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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 17:38

LECTURE OFFICINALE

PLACE DU MIEL EN PANSEMENT

DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES

 

PLACE DU MIEL EN PANSEMENT DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES

           En septembre 2012, nous avons évoqué le miel dans un article intitulé « l’intérêt du miel dans les épisodes de toux nocturne chez l’enfant de moins de 5 ans » selon une étude sérieuse de Haim Efrat and coll. ainsi qu'à travers les recommandations de l’OMS de 2008.      

Cette fois-ci, à travers cette lecture officinale, le miel est proposé comme traitement des plaies. Plusieurs reportages dans des journaux télévisés français ont été consacrés à ce sujet notamment dans des hôpitaux britanniques.

L’étude néozélandaise ci-après, dont on vous propose une lecture officinale, essaye de préciser la pharmacodynamie du miel dans le cadre de son utilisation sur des plaies infectées.

Notons de prime abord, que nous n’avons pas eu accès aux modalités opératoires, et que les sources de financement de cette étude ne sont pas précisées ainsi que les conflits d’intérêts éventuels entre les auteurs et l’industrie du miel de manuka par exemple.

Source principale : Molan P et Rhodes T* “Honey: a biological wound dressing”. Wounds 2015 ; 27(6) : 141-151. * University of Waikato, Hamilton, New Zealand.

Lecture officinale :

Les  auteurs néozélandais rapportent les données suivantes :                     

- Les propriétés physiques du miel sont favorables à son action sur les plaies, du fait de son pH acide (~ 4), ce qui aide la libération d’oxygène par l’hémoglobine et entrave l’activité des protéases.

- De plus, l’osmolarité élevée du sucre assèche le lit de la plaie en assurant l’exsudation de la lymphe. En asséchant de même les bactéries, le miel inhibe leur prolifération jusqu’à ce que les « humeurs » le diluent, c’est alors que son activité chimique qui entre en jeu.

- L’activité antibactérienne du miel in vitro  a en effet été prouvée contre de multiples souches de microbes et de champignons, surtout dans certaines variétés de miel actives contre la plupart des staphylocoques, streptocoques, entérocoques, Pseudomonas, anaérobies, etc. Pour toutes ces souches, la concentration minimale inhibitrice*  a été trouvée < 11 %, ce qui signifie que, même dilué par les exsudats, le miel reste un puissant agent antimicrobien, y compris sur les staphylocoques méthicilline-résistants ou les entérocoques vancomycine-résistants.

- De plus, on ne connaît pas de mutations de germes devenant résistants au miel.

Note officinale : *On définit la CMI comme la concentration minimale d'antibiotique permettant d'inhiber (bactériostase) totalement la multiplication bactérienne, après 18 à 24 heures de contact à 37 °C. Ceci se décline en plusieurs variantes :

- la CMI50 est la plus faible concentration inhibant, en 18 à 24 heures, la multiplication de 50 % des bactéries ;

- la CMI90 est la plus faible concentration inhibant, en 18 à 24 heures, la multiplication de 90 % des bactéries.

- Dans la plupart des variétés de miel, l’activité biologique s’explique par la richesse en H2O2, celle-ci provenant de la glucose-oxydase, enzyme ajouté par les abeilles au nectar stocké dans les rayons de la ruche, et qui ne devient actif qu’après dilution du miel par les secrétions de la plaie, encore que les catalases secrétées inhibent l’H2O2.

Note officinale : L’H2O2 n’est autre que le peroxyde d’hydrogène, communément appelé « eau oxygénée », qui en fonction de sa concentration (10V, 15V … 130V) est capable de libérer un certain volume d’oxygène.

Son usage thérapeutique est décrit comme suit dans le vénérable DORVAULT (23ème édition, page 1241) : « L’eau oxygénée est une source d’oxygène naissant ; à ce titre il agit comme décolorant et aussi comme désinfectant désodorisant et antiseptique. Comme il a été dit plus haut, il se décompose au contacte de la fibrine ; mais lorsque cette décomposition se produit dans le sang vivant, il en provoque la coagulation : l’eau oxygénée est donc hémostatique ».

Ainsi le peroxyde d’hydrogène H2O2 , eau oxygénée pour les intimes, trouve des applications entre autre en chirurgie dentaire comme produit de blanchiment dentaire ou comme hémostatique. Il est (ou il a été) utilisé en coiffure pour décolorer les cheveux (d’où la célèbre expression : des cheveux peroxydés à la Marilyne Monroe).                

 Au niveau du miel ; la formation du peroxyde d’hydrogène par la glucose-oxydase est donc activée par les secrétions de la plaie. Mais … elle est désactivée par les catalases qui sont les antagonistes des glucose-oxydases. La présence naturelle de catalase réduit de facto l’effet antiseptique escompté du miel.       

- Certains miels, comme celui des abeilles pollinisant l’arbre à thé (Leptospermum scoparium) appelé miel de manuka, agissent autrement que par l’H202, et, en conséquence, sont indifférents à la catalase. Leur activité antibactérienne repose alors sur le pyruvaldéhyde, dont le précurseur chimique se trouve dans le nectar de l’arbre à thé et qui paraît particulièrement efficace dans les ulcères de jambe des diabétiques.

PLACE DU MIEL EN PANSEMENT DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES

Note officinale :

1- Sur Internet on trouve un grand nombre de producteurs de Miel de Manuka qui revendiquent pour leurs produits des propriétés plus ou moins sérieuses. Un conflit d'intérêt éventuel peut exister entre les auteurs de notre étude et les producteurs de ce type de miel largement produit en Nouvelle Zélande.   

2- Au sujet de pyruvaldéhyde ; souvent appelé méthylglyoxal, de son nom chimique 2-oxopropanal (CH3–CO–CHO) [Il s'agit de l'aldéhyde de l'acide pyruvique (CH3-CO-COOH) qui, entre autres, est le produit final des voies de dégradation du glucose (la glycolyse)].

Le méthylglyoxal apparaît comme sous-produit de diverses voies métaboliques. La principale source de cette molécule reste la glycolyse, où elle se forme par clivage d'un groupe phosphate du glycéraldéhyde-3-phosphate et de la dihydroxyacétone phosphate. Le pyruvaldéhyde est présent dans de nombreux produits naturels, tels que le café.

Source J. Wang et T. Chang, « Methylglyoxal Content in Drinking Coffee as a Cytotoxic Factor », Journal of Food Science, vol. 75, no 6,‎ août 2010, H167-H171 (lire en ligne [archive]) DOI:10.1111/j.1750-3841.2010.01658.x

Le méthylglyoxal du miel (et autres aliments) étant fortement cytotoxique, l'organisme a développé pour le contrer plusieurs mécanismes de détoxication. L'un d'entre eux est le système glyoxalase. C’est vraisemblablement cette activité cytotoxique qui serait utile dans les ulcères de jambe des diabétiques.

Un autre effet rapporté du méthylglyoxal est le fait d'accroître la sensation de douleur en se liant directement aux nerfs, ce qui provoque une hyperalgésie dans le cas d'une neuropathie diabétique.

Source : M Humpert et al., « Methylglyoxal modification of Nav1.8 facilitates nociceptive neuron firing and causes hyperalgesia in diabetic neuropathy », nature medicine, vol. 18,‎ 2012, p. 926-933 (lire en ligne [archive]) DOI:10.1038/nm.2750

Par ailleurs, nous avons trouvé une curiosité ; un document italien des années 1930-1940 rédigé par un certain Emilio Martini [5] qui traite de l’action physiologique du méthylglyoxal, surtout sur le système neurovégétatif.

A la lecture de ce qui précède, on note que l’action antiseptique autant du peroxyde d’hydrogène que du pyruvaldéhyde se trouve à chaque fois contrecarrée(catalse et glyoxalase). Cela montre d’une certaine manière les limites intrinsèques du miel.

Selon les auteurs néozélandais , le miel a en plus des :

- propriétés immunostimulantes, ce qui a été démontré par l’accélération de la cicatrisation qu’il provoque même dans les plaies stériles chez l’animal,

- propriétés anti-inflammatoires, révélées par la réduction de l’œdème,

- un effet apaisant sur les brûlures et, expérimentalement, une diminution des adhérences postopératoires.

Les auteurs en concluent que le miel est un produit très complet. Il réunit selon eux les bienfaits de plusieurs substances et chacune a un effet synergique. Ansi, il existe un certain nombre de pansements tout préparés avec notamment du tulle imbibé de miel de manuka (arbre à thé).

Discussion et avis :

Nous avons trouvé un document remarquable de 35 pages de l’Université Ibn Khaldoun de Tiaret (Algérie) [4] ; il s’agit d’une étude bibliographique tout à fait intéressante. Au sujet de l’utilisation du miel comme cicatrisant sur les plaies, cette étude rapporte cet argumentaire fort utile :

« I.I1.1. Cicatrisation des plaies

- Les pansements humides ou toute forme d'irrigation humidifient les tissus et donc retardent la cicatrisation.

- Les pansements secs adhèrent à la surface, causant de la douleur et des dommages au tissu de granulation, chaque fois qu'ils sont changés.

- Les pansements huileux empêchent les secrétions de s'écouler librement et pouvant ainsi se répandre dans les surfaces de peau voisines en causant des réactions indésirables ou des effets toxiques.

- A l'inverse, le miel est un traitement de choix des plaies, car il est non irritable, non toxique, stérile, bactéricide, nutritif, aisément appliqué et plus confortable que les autres pansements (AMY et al. 1996). Aujourd'hui, une quantité importante de publications scientifiques sur la capacité du miel dans la cicatrisation des plaies confirment sa valeur, comme agent antibactérien et cicatrisant (NATIONAL HONEY BOARD, 2002)»

Dans cet argumentaire, nos confrères algériens n’ont pas mentionné les pansements hydrocolloides qui ont aussi leur indication dans les plaies, escarres … ils sont très bien tolérés. Ils ne contiennent pas généralement d’antiseptique, leur efficacité est démontrée comme le montre cet excellent fichier PDF que nous vous recommandons (4 pages) de la Haute autorité de santé en France HAS de 2011 : «Les pansements Indications et utilisations recommandées ». Les pansements hydrocolloïdes ont comme inconvénient le coût.

Le Document de l’Université Ibn Khaldoun de Tiaret rapporte aussi au sujet de la composition du miel

« I.I.4.Composition du miel :

C'est un produit qui n’est pas stable et ne peut donner lieu à aucune constante parfaitement précise. Il évolue d'une façon continue au cours du temps [(GOUT, 1998) (HUCHET et al. 1996)]. Cette composition varie d’une variété à l’autre, elle est influencée par de nombreux facteurs : La nature du sol et du végétal, les conditions pratiques, le moment et le mode de la récolte, le mode d’extraction et de conservation, la race d’abeille, l’état physiologique de la colonie et surtout le type de nourrissement, mais les principaux composants sont les mêmes dans tous les miels (JEFFREY et ECHAZARETTA, 1996). »

Etant un produit instable, le miel ne peut être considéré comme médicament, mais plutôt comme un bon remède dans la mesure où

- son application sur les plaies n'occasionne pas d'effets délétères.

- ses conditions de production et de conservation sont excellentes. Ces conditions nécessaires à une qualité médicale renchérissent automatiquement et de manière substantielle le coût du traitement par le miel.

Conclusion :

        L’utilisation du miel sur des plaies ne parait pas provoquer des effets secondaires notables. Il peut améliorer l’évolution d’une plaie, cet effet bénéfique est lié entre autres, à la présence de peroxyde d’hydrogène (H2O2) et de pyruvaldéhyde. Cependant, son instabilité et sa composition inconstante ne peuvent en faire un médicament, il reste néanmoins un bon remède pour les plaies comme pour d’autres affections comme la toux nocturne de l’enfant de moins de 5 ans, à condition qu’il soit de bonne qualité. C'est en quelque sorte un alicament à usage local.  

Rédigé avec l'aimable collaboration de Dr L. Mouna Pharmacienne d'officne

 

Références

1- Molan P et Rhodes T* “Honey: a biological wound dressing”. Wounds 2015 ; 27(6) : 141-151. * University of Waikato, Hamilton, New Zealand.

2- Cooper, R. A. PhD*; Halas, E. BSc*; Molan P “The Efficacy of Honey in Inhibiting Strains of Pseudomonas Aeruginosa From Infected Burns” , Journal of Burn Care & Rehabilitation: November/December 2002 - Volume 23 - Issue 6 - pp 366-370

3- O.A. Okhiria, A.F.M. Henriques, N.F. Burton, A. Peters, R.A. Cooper* “Honey modulates biofilms of Pseudomonas aeruginosa in a time and dose dependent manner” (5 pages pdf) Journal of ApiProduct and ApiMedical Science 1 (1): 6 - 10 (2009)

4- « Le Miel : Étude bibliographique » document de 35 pages Word de la bibliothèque de Université IBN Khaldoun Tiaret

5- Emilio Martini « Action physiologique du méthylgyoxal » Archives Biologiques Italiennes

6- Sabrina Radjei « Détoxification des composés dicarbonylés glyoxal et méthylglyoxal par le système glyoxalase et implications dans la protection des protéines au cours du vieillissement cutané » Thèse Ecole Centrale Paris

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ANNEXES

Annexe 1 : Composition du miel

Comme nous l’avons vu, le miel est un produit très complexe dont la fabrication demande plusieurs étapes qui toutes ont une influence sur sa composition chimique finale. En effet, la composition qualitative du miel est soumise à de nombreux facteurs très variables qu’il est impossible de maîtriser tels que : la nature de la flore visitée et celle du sol, les conditions météorologiques lors de la miellée, la race des abeilles, l’état physiologique de la colonie, etc.... En schématisant, la composition moyenne du miel est la suivante:

Hydrates de carbones (sous formes de sucres divers) : 79,5%   Eau : 17%    Divers : 3,5%

Principaux composants du miel en pourcentage

Source Document de l’Université Ibn Khaldoun de Tiaret [4] 

1- Eau 17,2 %

2- Sucres : 79.59 %

- Lévulose (d-fructose) ……………………………..... 38,19 %

- Dextrose (d-glucose) ……………………………..... 31,28 %

- Sucre (saccharose) ……………………………........   1,31 %

- Maltose et autres disaccharides réducteurs .......…   7,31 %

- Sucres supérieurs ……………………………..........    1,50 %

3- Acides : 0.57%

Acide glucoronique, citrique, malique, succinique, formique, etc. ici ce sont les acides totaux calculés en acide glutamique

4- Protéines 0.26%

Acides aminés: alanine, arginine, glycine, leucine, isoleucine, acide aspartique, valine, histidine et lysine 

5- Cendres : 0.17%

Minéraux: potassium, sodium, magnésium, calcium, phosphore, fer, manganèse, cuivre, etc.

6- Composants mineurs : 2.21%

Comprenant principalement des pigments, des substances aromatiques, des alcools de sucre, des tanins, des enzymes et diastases dont l’amylase, la glucose-oxydase, la peroxydase, la succin-deshydrogènase, la phosphatase et les invertases. En plus des vitamines dont la thiamine, la riboflavine, l’acide nicotinique, la vitamine K, l’acide folique, la biotine, la pyridoxine et l’acide pantothénique

Annexe 2 : Stabilité du miel

Le miel est un produit périssable qui subit au cours du temps un certain nombre de modifications aboutissant à la perte de ses qualités essentielles. La rapidité de la dégradation dépend de la composition du produit ainsi que des conditions de sa conservation.

- L’humidité : Ainsi, étant très hygroscopique, le miel confiné en atmosphère humide absorbe l'eau rapidement. Ce phénomène gagne rapidement en profondeur et le miel hydraté acquiert une structure très fragile. Les locaux de conservation et de mises en conditionnement du miel seront secs et aérés.

- La chaleur : Si le produit s'échauffe, on observe alors une dégradation plus ou moins rapide des sucres, dégradation qui s'effectue essentiellement aux dépend du fructose et s'accompagne de la formation d'hydroxyméthylfurfural (HMF). A cette formation d'HMF s'ajoutent une augmentation du taux de l'acidité et une disparition rapide des enzymes.

- Certains miels sont plus fragiles que d'autres en fonction de leur acidité naturelle. En effet, tous les miels dont le pH est inférieur à 4 se dégradent plus vite que ceux dont le PH est supérieur à 4. Il convient donc de garder le miel dans des locaux frais où la température ne dépasse pas 20°C. Si le miel à stocker présente un risque de fermentation, il faudra impérativement le pasteuriser ou le conserver à une température de 4 à 5°C.

Annexe 3 : Les propriétés physiques du miel

- Densité : 1,410 à 1,435 à 20°C

- Viscosité : diminue quand la température s'élève à 30°C (point d'inflexion vers35°C).

- Hygroscopicité : un miel à 18% d'eau se trouve en équilibre dans une atmosphère dont l'humidité relative est de 60% et dont la température est de 14°C. S’il contient plus de 20% d’eau, le miel dégagera du CO2 et fermentera).

- Cristallisation : se produit d'autant plus rapidement que le rapport glucose/eau est élevé. Généralement ce rapport oscille entre 1,6 et 2,5 (colza 2,25 ; acacia 1,63). La cristallisation dépend aussi du rapport fructose / glucose (colza = 0,90 contient plus de glucose que de fructose, cristallisation très rapide ; acacia(1,43), c’est l’inverse. S’il est pur il reste liquide), ainsi que de la présence d’impuretés (pollen, autres)le fait cristalliser.

- Conductibilité thermique : 540x10-3 W.m-1.K-1. Le miel est 14 fois moins bon conducteur que l'eau.

- Conductibilité électrique : entre 1 et 2,5 x 10-4 S/cm (colza, acacia). - Chaleur spécifique : 0,54 fois celle de l'eau à 20°C (pour un miel à 17% d'eau). - Indice de réfraction : de 13 à 26%, selon la teneur en eau (lorsqu’il est liquide).

- Coloration : très variable, du presque incolore au presque noire. Elle s'apprécie au moyen de colorimètres ou de comparateurs visuels. Elle varie selon l'espèce butinée (teneur en différents sucres) et la rapidité de la sécrétion (miel clair si sécrétion rapide).

- Le pH du miel varie entre 3,2 et 5,5. Il est généralement inférieur à 4 dans les miels de nectar, supérieur à 5 dans ceux de miellat (sapin = max 5,3). Les miels à pH bas (type lavande min 3,3) se dégradent plus facilement : il faudra alors prendre un soin particulier à leur conservation.

Published by Amster
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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 12:28

CHIFFRES ET REPÈRES

NOTION D’EPIGÉNÉTIQUE

               C’est à travers une vidéo, largement partagée sur le Internet, où le prospectiviste et conférencier Joël de Rosnay expliquait cette notion d’épigénétique que ce thème nous a interpelé.

Par ailleurs, un dossier d’information concis de l’INSERM, explicite cette notion d’épigénétique de façon plus précise. Source : Déborah Bourc'his « Dossier d’information : Epigénétique »

Déborah Bourc'his défini dans ce document cette notion comme suit : « Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une "couche" d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule… ou ne pas l’être. En d’autres termes, l’épigénétique correspond à l’étude des changements dans l’activité des gènes, n’impliquant pas de modification de la séquence d’ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires. Contrairement aux mutations qui affectent la séquence d’ADN, les modifications épigénétiques sont réversibles »

L’un des points soulevé les plus important à nos yeux c’est le rapport entre le comportement conscient de l’Homme et l’expression réversible de certains gènes. Et c’est une révolution car jusqu’à là on pensait que l’expression ou non des gènes (en partie du moins) était du domaine de l’inné et de l’incontrôlable. Or là, par la modulation consciente de notre comportement on peut impacter l’expression d’une partie de nos gènes. D’où le rapport entre épigénétique et maladie …

A ce sujet le document de l’INSERM rapporte les éléments suivants « Il est désormais largement admis que des anomalies épigénétiques contribuent au développement et à la progression de maladies humaines, en particulier de cancers …. Des anomalies épigénétiques activant des oncogènes (gènes dont la surexpression favorise la cancérogenèse) ou inhibant des gènes suppresseurs de tumeurs ont pu être mises en évidence »

Cela nous amène directement aux thérapeutiques, à ce propos le document de l’INSERM rapporte ce qui suit : « Si les marques épigénétiques sont réversibles, il doit être possible de corriger celles qui posent problème, en particulier celles associées à des maladies. Cette idée a conduit au développement de molécules qui agissent sur les mécanismes épigénétiques pour éliminer les marquages anormaux. On parle d’"épidrogues" ou d’"épimédicaments". Deux principales familles de molécules développées jusqu’ici :

- celle des agents qui inhibent la méthylation de l’ADN (inhibiteurs des ADN méthyltransférases ou DNMTi),

- celle des agents qui ciblent la modification des histones (inhibiteurs des déacétylases d’histone ou HDACi).

Les molécules qui existent aujourd’hui manquent encore de spécificité d’action, ce qui les rend rapidement toxiques pour l’organisme des patients. Mais de nombreux autres épimédicaments sont en cours de développement. De plus, en associant un épimédicament à d’autres approches thérapeutiques, il sera peut-être possible d’en retirer un bénéfice clinique tout en limitant les doses administrées, et donc les effets secondaires »

L’avis du pharmacien :

        Les nouvelles connaissances en épigénétique devraient nous inciter à adopter une hygiène de vie globale. Ce changement de comportement impactera notre santé de manière physiologique classique, mais aussi, et c’est la véritable nouveauté, au niveau de l’expression de nos gènes.

       Quant aux molécules issus de la recherche sur l’épigénétique, nous restons sceptiques ... car la grande difficulté est la spécificité d’action et le ciblage précis des récepteurs. C’est une difficulté majeure non seulement pour ce genre de « futures médicaments » mais aussi pour des familles de médicaments déjà installés comme les antihistaminiques H1 dit non sédatifs, les prokinétiques type métoclopramide, ou encore les inhibiteurs de la cyclo-oxygénase 2 (COX-2) présentés comme des produits sélectifs alors que la pharmacovigilance a démontré qu’il en est autrement.

29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 14:06

MEDICAMENT

OFLOXACINE OU CIPROFLOXACINE VS RIFAMYCINE

DANS LES OTITES EXTERNES AIGUÊS

Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas

Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences pour votre santé.

OFLOXACINE OU CIPROFLOXACINE VS RIFAMYCINE DANS LES OTITES EXTERNES AIGUÊS

      

        Cet insertion est basé essentiellement sur la lecture d’une discussion parue dans le numéro de janvier 2014 de la REVUE PRESCRIRE

Source : « Prescrire en questions Otites externes aiguës : et la rifamycine ? » PAGE 77 • LA REVUE PRESCRIRE JANVIER 2014/TOME 341 V° 363

Les otites externes aiguës sont des inflammations aiguës de l'épiderme et du derme du conduit auditif externe, principalement d'origine bactérienne. Pseudomonas aeruginosa et Staphylococcus aureus, (le fameux staphylocoque doré), sont les bactéries les plus souvent impliquées (2).

Divers médicaments en application locale réduisent la durée des symptômes, mais même en l'absence de traitement, l'évolution est souvent spontanément favorable en quelques semaines (2).

 

 

OFLOXACINE OU CIPROFLOXACINE VS RIFAMYCINE DANS LES OTITES EXTERNES AIGUÊS

 

 

ANALYSE COMPARATIVE :

RIFAMYCINE (OTOFA®)

Selon la Revue Prescrire il n’existe pas d'essai comparatif randomisé ayant évalué la rifamycine en gouttes auriculaires dans les otites externes aiguës, ni versus placebo, ni versus autre antibiothérapie. Autrement dit, l'utilisation de la rifamycine auriculaire dans les otites externes aiguës ne repose pas sur une évaluation clinique comparative.

La revue rapporte que le Martindale (un ouvrage de base en pharmacologie clinique) affirme que la rifamycine est active contre les bactéries Gram positif, dont fait partie le staphylocoque doré, mais son activité est plus inconstante contre certaines bactéries à Gram négatif, dont fait partie le Pseudomonas aeruginosa (3).

Dans le résumé des caractéristiques (RCP) de la spécialité à base de rifamycine auriculaire Otofa®, il est mentionné que la rifamycine est inactive contre le pseudomonas aeruginosa, ce qui conduit à des échecs cliniques et microbiologiques (4).

OFLOXACINE (OFLOCET® goutte auriculaire)      &

CIPROFLOXACINE SPECTRUM® goutte auriculaire)

- L'ofloxacine auriculaire (Oflocet® ou autre), une fluoroquinolone, est autorisée selon son RCP « dans le traitement des otorrhées purulentes : sur aérateur transtympanique ; sur cavité d'évidement ; sur otites chroniques non ostéitiques à tympan ouvert ». Cette fluoroquinolone n'est pas officiellement autorisée dans le traitement des otites externes aiguës.

- Cependant, dans plusieurs essais cliniques, l'ofloxacine et la ciprofloxacine par voie auriculaire ont été aussi efficaces en termes de guérison d'otites externes aiguës après 7 jours et 2 semaines de traitement que l'association auriculaire d'un antibiotique avec un corticoïde (2,5,6). On en deduit aussi l'inutilité du corticïde local dans cette indication.

- Dans un essai randomisé chez des patients atteints d'otites externes ou d'otites moyennes chroniques, l'efficacité de la ciprofloxacine et celle de la gentamicine auriculaire ont été voisines, sans différence statistiquement significative

- Selon le Martindale, les fluoroquinolones sont en général actives contre les bactéries le Pseudomonas aeruginosa, et les staphylocoques. Mais des résistances à ces antibiotiques se développent (7)

Autant la rifamycine que l’ofloxacine ou ciropfloxacine ne sont ototoxiques :

La rifamycine ne fait effectivement pas partie des antibiotiques avérés ototoxiques, et elle peut être utilisée en cas de perforation du tympan, comme l'ofloxacine et la ciprofloxacine (1,2). Rappelons que les antibiotiques ototoxiques à éviter en cas de perforation du tympan sont (2) :

                 - La framycétine, aminoside, n’est plus disponible au Maroc sous forme auriculaire

                 - La gentamicine, aminoside, n’est plus disponible au Maroc sous forme auriculaire

                 - La néomycine, aminoside retrouvé dans le POLYDEXA® et ANTIBIO SYNALAR® en association avec un corticoïde et la polymexine B qui est elle aussi ototoxique

                 - La polymyxine B, polypeptide retrouvé dans POLYDEXA®, ANTIBIO SYNALAR® et l’AURICULARUM® en association avec un corticoïde et l’oxytétracycline.

 

             La revue conclue qu’en pratique dans les otites externes aiguës, l'absence d'évaluation clinique et le spectre d'activité de la rifamycine, qui ne couvre pas les Pseudomonas aeruginosa, en font un choix moins utile que les fluroquinolones, notamment l'ofloxacine.

La place de la rifamycine apparaît limitée aux infections résistantes à un traitement par fluoroquinolone, avec preuve d'infection par une bactérie Gram positif, notamment un staphylocoque doré.

L’avis du pharmacien :

        Cet article nous permet, à toute fin utile, de rappeler les formes auriculaires ototoxiques : POLYDEXA®, ANTIBIO SYNALAR® et l’AURICULARUM®. Leur administration ne peut être faite qu’après osculation de l’état tympan. Cela implique que tout conseil hasardeux ou prescription probabiliste est à proscrire. Au Maroc nous avons comme ofloxacine en goutte auriculaire OFLOCET® dont l’avantage est sa présentation en récipients unidoses ce qui facilite sa conservation et dont l’inconvénient est le prix, à 70.80 DH, et qui malgré une petite baisse lors de la dernière vague de baisse des prix au Maroc reste chère pour nos patients.

Le SPECTRUM® gouttes auriculaire, DCI ciprofloxacine, à 33.00 DH, constitue une alternative moins onéreuse et tout aussi indiquée dans les otites externes aiguës même à tympan ouvert.

A titre d’information rappelons que la rifamycine, antibiotique macrocyclique complexe qui inhibe la synthèse d'acide ribonucléique, peut être transformé par hémi-synthèse en rifampicine, le célèbre antituberculeux.

Références :

1-Prescrire Rédaction "Otofa° solution auri¬culaire" Rev Prescrire 1987; 7 (62) : 63-64.

2- Prescrire Rédaction "Otites externes aiguës non compliquées. Un traitement local par cipro-floxacine ou ofloxacine, sans corticoïde, est le plus souvent suffisant" Rev Prescrire 2013 ; 33 (356) : 443-446.

3- "Rifamycin Sodium" + "Rifampicine". In :"Mar¬tindale The complete drug reference" The Pharma-ceutical Press, London. Site www.mediànes complete.com consulté le 11 juillet 2013 :31 pages.

4- ANSM "RCP-Otofa°" + "Notice" 22 février 2006: 12 pages.

5-Prescrire Rédaction "Otloxacine auriculaire : balance bénéfices-risques favorable" Rev Prescrire 2012 ; 32 (342) 267.

6- Prescrire Rédaction "ciprofloxacine auriculaire¬Ciloxan°. Otites externes aiguës : une autre fluoro-quinolone, sans plus" Rev Prescrire 2013; 33 (356) : 412. 7- "Ciprofloxadrte"+ `Ofloxacine"+ "Quinolones". ln : "Martindale The complete drug reference" The Pharmaceutical Press, London. Site www. medicinescomplete.com consulté le 21 octobre 2013:45 pages.

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 21:16

LECTURE OFFICINALE

Rôle du fenugrec en prévention du diabète type II

Rôle du fenugrec en prévention du diabète type 2

Source : Gaddam A et coll. : Role of Fenugreek in the prevention of type 2 diabetes mellitus in prediabetes. J Diabetes Metab Disord., 2015; 14: 74. doi: 10.1186/s40200-015-0208-4.

 

Avant-propos :

          Les graines du fenugrec de leurs vrai nom Trigonella foenum graecum ou en arabe al halba, sont connus depuis longtemps pour leurs vertus alimentaires. Cependant elles ont comme  inconvénient l’odeur qu’elles provoquent au niveau des aisselles.

Abdelhaï Sijelmassi dans son livre « Les plantes médicinales du Maroc » [page 117, Ed Le Fennec 1993] rapporte que le fenugrec a été utilisé, en France, pendant la 2ème guerre mondiale comme source de protéine.

De nos jours on retrouve, en pharmacie, le fenugrec sous forme d’extrait dans de nombreux compléments alimentaires [VITATINE®,  NURAX®, DYNAVIT® …] comme stimulant de l’appétit avec un faible niveau de preuve.

Depuis un certain temps  on sait, via un certains nombre d’études de cas et essais cliniques préliminaires, que le fenugrec pourrait (au conditionnel) contribuer plus ou moins à la régulation du taux de glucose sanguin en cas de diabète de type 2. Cependant, comme le soulignent les auteurs de 3 synthèses, les essais de bonne qualité méthodologique sont trop peu nombreux [1,2,3]. De plus, comme les chercheurs ont utilisé différents dosages de graines, de farine, ou d’extrait, il n’y a pas de protocole de traitement établi [4,5,6,7].

Sources :

1. Basch E, Ulbricht C, et al. Therapeutic applications of fenugreek. Altern Med Rev. 2003 Feb;8(1):20-7. Review. Texte intégral : www.thorne.com
2. Shekelle PG, Hardy M, et al. Are Ayurvedic herbs for diabetes effective?J Fam Pract. 2005 Oct;54(10):876-86. Texte intégral : www.cfp.ca
3. Complementary and alternative medicine for the treatment of type 2 diabetes. Nahas R, Moher M. Can Fam Physician. 2009 Jun;55(6):591-6. Review. Texte intégral : www.cfp.ca
4. Gupta A, Gupta R, Lal B. Effect of Trigonella foenum-graecum (fenugreek) seeds on glycaemic control and insulin resistance in type 2 diabetes mellitus: a double blind placebo controlled study.J Assoc Physicians India 2001 Nov;49:1057-61.
5. Effect of fenugreek seeds on blood glucose and lipid profiles in type 2 diabetic patients. Kassaian N, Azadbakht L, et al. Int J Vitam Nutr Res. 2009 Jan;79(1):34-9.
6. Clinical observation on trigonella foenum-graecum L. total saponins in combination with sulfonylureas in the treatment of type 2 diabetes mellitus. Lu FR, Shen L, et al. Chin J Integr Med. 2008 Mar;14(1):56-60.
7. Fenugreek bread: a treatment for diabetes mellitus. Losso JN, Holliday DL, Finley JW, Martin RJ, Rood JC, Yu Y, Greenway FL. J Med Food. 2009 Oct;12(5):1046-9.

    Cette nouvelle étude randomisée contrôlée  (document PDF de 10 pages) d’origine  indienne, publiée ce mois d’octobre 2015 ne bouleverse pas les données précitées mais milite pour une future éventuelle utilisation dans la prévention du diabète II

Les auteurs déclarent qu'ils n’ont aucun conflit d'intérêts avec les industriels fabricants de fenugrec, cela dit ils ne mentionnent pas avec précision les sources de financement. Une chose est précisée, la poudre de fenugrec utilisée dans cette étude a été fournie par la société SMS Pharmaceuticals Limited (Jeedimetla, Hyderabad, Inde)

Objectif :

      Les auteurs partent de l’hypothèse qu’une  supplémentation alimentaire avec fenugrec modulerait l'homéostasie du glucose et empêcherait potentiellement la survenue du diabète sucré type 2 chez les personnes atteintes de prédiabète. L'objectif de cette étude est de déterminer si le fenugrec peut empêcher cette survenue chez les personnes prédiabètiques.

Méthode :

      - Il s’agit d’une étude randomisée contrôlée,  étalée sur une durée de 3 ans.

      - Ella a inclus 66 patients âgés de 30 à 70 ans présentant un pré-diabète.

      - Ces 66 volontaires ont reçu de la poudre de fenugrec, à la dose de 5 g deux fois par jour avant les repas, pendant 3 ans.

       - Leurs constantes sanguines étaient comparées tous les 3 mois à celles de 74 sujets témoins.

       - Les auteurs ont utilisé un extrait en poudre de fenugrec « desamérisé » (sans amertume, dans le texte noté : debitterized). La quantité administrée est de 5g deux fois par jour avec 200 ml d’eau ½ heure avant les repas   

Résultats :

A la fin de la période d’observation de 3 ans

 -  Le taux de conversion des hyperglycémies à jeun et des intolérances au glucose en diabète est significativement inférieur dans le groupe ayant reçu le fenugrec par rapport au groupe témoin

                 34,62 % groupe témoin  vs 18,52 %  groupe fenugrec

- Ils ont aussi observées, dans le groupe fenugrec, des réductions significatives

                 des glycémies à jeun                  1,4    g/l vs  1      g/l

                 des glycémies post-prandiales   1,43  g/l vs. 1,29 g/l

                 du LDL-cholestérol                      1,17 g/l vs  1,10 g/l

- Le cholestérol total, le HDL-cholestérol et les triglycérides en revanche ne sont pas modifiés.

- L’insulinémie moyenne, a augmenté dans le groupe fenugrec par rapport au groupe témoin où elle est restée stable 12 mU/l vs 10,2 mU/l

- Il n’apparaît en revanche aucune différence entre les deux groupes en ce qui concerne l’indice de masse corporelle moyen.

- l’observance et la tolérance du traitement sont bonnes pendant la durée de l’étude

 

Conclusions des auteurs : 

Selon les auteurs, l’effet hypoglycémiant de 10g de fenugrec par jour pendant 3 ans serait lié à une augmentation  de l’insulinémie et une diminution de la résistance de l’organisme à son effet, et ils suggèrent que cette action est la conséquence des alcaloïdes contenus dans le fenugrec.

 

L’avis du pharmacien :

Rappel déontologique en direction des patients : il s’agit ici d’une discussion interprofessionnelle, seul votre médecin traitant est à même de prendre les décisions idoines. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences !

     1- Cette étude n’étant pas randomisée contre placébo elle ne permet pas d’éliminer ou de limiter les risques de biais.

     2- On peu se demander si la composition chimique de la poudre de fenugrec est constante dans le temps afin de permettre la reproductibilité de cette étude.

     3- Par ailleurs on attribue classiquement au fenugrec des propriétés orexigènes qui impliquent logiquement une prise de poids. Cette étude démontre que le fenugrec n’a pas d’effet notable sur le poids. Et si c’était le cas … cela serait en contradiction avec son effet antidiabétique supposé. Autrement dit l’effet escompté des stimulants de l’appétit type  VITATINE®,  NURAX®, DYNAVIT®, EXTRAFORM® et autre ACTI’PETIT® ou encore FENUGRENE® en France, n’est absolument pas démontré.  Même si en 1990 (il y a 25 ans  à une époque où on était laxiste par rapport aux exigences pharmacologiques), la Commission Européenne avait approuvé l'usage médicinal des graines de fenugrec pour stimuler l'appétit en peros, et par voie externe pour soulager l'inflammation ! A noter que l’ANSM en termes d’indication mentionne pour ce genre de produits : « Traditionnellement utilisé pour faciliter la prise de poids. » cas du RCP de YOREXELLA®, comprimé enrobé (consulter le 22/10/15) ce qui montre un flou remarquable, car entre la tradition et la pharmacologie il y a trop de marge. 

 

Au final le fenugrec est un complément alimentaire sans effets secondaires notables, c’est une source de protéine végétale indéniable (au même titre que le soja ou les poids chiches). Malgré de nombreuses études plus ou moins crédibles, ses effets pharmacologiques ne sont pas démontrés.

Concrètement, pour nous, si un patient veut utiliser le fenugrec en extrait, en poudre, ou en grain, il peut le prendre :

       - comme apéritif orexigène : même si aucune prise de poids n’est escomptée … c’est une bonne source de protéines.      

       - comme adjuvent antidiabétique, et uniquement comme adjuvent, en complément d’un régime hypocalorique et d’une activité physique régulière et d’un éventuel médicament antidiabétique prescrit, qui ne doit sous aucun prétexte être arrêté sans l’avis du médecin prescripteur ; c’est un complément alimentaire intéressant qui pourrait, au mieux, réduire les doses d’antidiabétique administré voir amélioré l’évolution du diabète, et  au pire il n’aura aucun effet.                      

15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 18:23

LES RAISONS OBJECTIVES

POUR ABANDONNER LA CONSOMMATION DES SODAS

LES RAISONS OBJECTIVES POUR ABANDONNER LA CONSOMMATION DES SODAS

          Dans un billet mis en ligne en ce mois de juillet sur le site Canadien Passeport  Santé, Le site relate une liste d’arguments objectifs et référencés pour abandonner la consommation des sodas (Coca-Cola® ou autres).

L’intérêt de cet article, est qu’il relate pour chaque affirmation les références bibliographiques s’y attachant   

Nous avons  déjà traité, sous d’autres angles, ce sujet dans divers articles :

- février 2010 : IMPACT SUR LA SANTE DES BOISSONS GAZEUSES : OSTEOPOROSE & CANCER DU PANCREAS

- juillet 2010 : BOISSONS ENERGISANTES : PRENDRE DU RECULE

- novembre 2010 : IMPACTE DES BOISSONS SUCREES SUR LE DIABETE & LE SYNDROME METABOLIQUE 

Les sodas favorisent la prise de poids

        C’est prévisible, les sodas contiennent en moyenne 100 g de sucre par litre, soit 20 g par verre (l’équivalent de 4 morceaux de sucre), ce qui est beaucoup trop par rapport aux recommandations de l’OMS qui préconise de ne pas dépasser 50 g de sucre par jour.

Après saturation du stockage du sucre sous forme de glycogène, les graisses prennent le relais et constituent alors une seconde forme de mise en réserve :

    - les sucres sont transformés en triglycérides et sont stockés principalement dans les cellules adipeuses, surtout dans la zone abdominale [2].

    - Ainsi, il est avéré que le sucre des sodas est fortement impliqué dans les phénomènes de surpoids et d’obésité [1],

    - En outre, la consommation de soda ralentirait le métabolisme [3], ce qui signifie que le corps brûle moins de graisses et dépense moins d’énergie, un autre facteur qui favorise la prise de poids

Sources :
1. Babey SH, Jones M, Yu H, et al., Bubbling over: soda consumption and its link to obesity in California, Policy Brief UCLA Cent Health Policy Res, 2009
2. Ma J, Sloan M, Fox CS, et al., Sugar-sweetened beverage consumption is associated with abdominal at partitioning in healthy adults, J Nutr, 2014
4. Meena Hart Duerson, Step away from the soda, says biologist: Fizzy drinks can cause permanent weight gain, www.nydailynews.com, 2012

Les sodas incriminés dans la suralimentation

      Le pic d’insuline consécutif à l’ingestion d’une quantité excessive de sucre réveille la sensation de faim. En effet, l’insuline induit une résistance à la leptine [1], l’hormone qui régule l’appétit.

Ainsi, lorsqu’on consomme des sodas, la sensation de satiété ne se fait jamais sentir. Par ailleurs, les sodas entraînant une dépendance au sucre, il y a plus de risque que la sensation de faim soit compensée par des aliments riches en glucides (biscuits, viennoiseries, pâtes, pain, pommes de terre…).

L’addiction au sucre a effectivement tendance à transformer notre sens du goût, ce qui fait qu’on a plus de mal à apprécier un aliment brut sans sucre ajouté, comme un fruit. Le consommateur de soda entre donc dans une spirale où le sucre appelle le sucre, entraînant bien souvent une surconsommation calorique.

De plus, composés principalement d’eau gazéifiée et de sucre, les sodas sont démunis de fibres, de vitamines, de minéraux et d’autres nutriments essentiels. Ils représentent donc des calories vides pour l’organisme.

Sources
1. M. Hyman, Why Calories Don’t Matter, www.huffingtonpost.com, 2014
2. Shapiro A, Tümer N, Gao Y, et al., Prevention and reversal of diet-induced leptin resistance with a sugar-free diet despite high fat content, Br J Nutr, 2011

Les sodas augmentent le risque de diabète de type 2

      Les sodas, par leur forte teneur en sucres, leur pouvoir à faire monter la glycémie et donc à causer des pics d’insuline, peuvent entraîner à terme une résistance à l’insuline. C’est-à-dire que le sucre est moins bien utilisé par l’organisme, ce qui se traduit par un taux de sucre sanguin plus important. Or, l’insulinorésistance précède souvent le diabète de type 2.

  - Dans une étude réalisée en 2014 [1], 2 037 employés japonais ont été suivis pendant 7 ans. 170 d’entre eux ont contracté le diabète 2 au cours de l’étude. Les chercheurs ont trouvé une corrélation entre la consommation de sodas, qu’ils soient classiques ou light, et l’augmentation du risque de diabète.

  - Dans une autre étude réalisée en 2009 [2], ce sont les effets du soda light exclusivement qui ont été étudiés sur les risques de diabète. Là encore, la consommation d’au moins 1 soda par jour a été associée à un risque accru de 67 % de contracter le diabète 2 par rapport à une absence de consommation.

Le lien de cause à effet entre les sodas et le diabète 2 n’est pas avéré par ces études, car les participants peuvent parallèlement avoir une mauvaise hygiène de vie, mais ils constituent très probablement un facteur aggravant.

Sources
1. Sakurai M, Nakamura K, Miura K, et al., Sugar-sweetened beverage and diet consumption and the 7-year risk for type 2 diabetes mellitus in middle-aged Japanese men, Eur J Nutr, 2014
2. Nettleton JA, Lutsey PL, Wang Y, et al., Diet soda intake and risk of incident metabolic syndrome and type 2 diabetes in the Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA), Diabetes Care, 2009

Sources
1. Mallikarjun S, Sieburth RM, Aspartame and risk of cancer: A meta-analytic review, Arch Environ Occup Health, 2013
2. Marinovic M, Galli CL, Bosetti C, et al., Aspartame, low-calorie sweeteners and disease: regulatory safety and epidemiological issues, Food Chem Toxicol, 2013
3. Soffritti M, Padovani M, Tibaldi E, et al., The carcinogenic effects of aspartame: The urgent need for regulatory re-evaluation, Am J Ind Med, 2014
4. Jacobson MF, Carcinogenity and regulation of caramel colorings, Int J Occup Environ Health, 2012
5. Risques alimentaires, la réglementation sur les sodas, www.alimentation.gouv.fr/sodas, 2012

Les sodas contiendraient des substances potentiellement cancérigènes

   Les sodas contiennent un certain nombre d’additifs et d’édulcorants :

- L’aspartame(Canderel® ou autre), qui compose la majorité des boissons light fait l’objet de nombreuses controverses, car il aurait notamment des effets cancérigènes. Si plusieurs études ne démontrent aucun lien entre l’ingestion d’aspartame et les risques de cancer [1,2], une étude réalisée en 2014 sur des rats et des souris a montré le potentiel cancérigène de l’aspartame [3]. Après ingestion, l’aspartame se transformerait en méthanol et libèrerait des substances potentiellement cancérigènes comme le formaldéhyde et l’acide formique.

- Le colorant caramel (E150d sur l’étiquette) utilisé dans les boissons au cola est également suspecté d’être cancérigène. En effet, sous l’effet de la chaleur, le colorant peut former un composé chimique, le 4-méthylimidazole (abrégé 4-MEI) qui serait toxique pour le corps à fortes doses (360 mg par kilo de masse corporelle). Une étude réalisée en 2012 sur des rats a confirmé ce risque [4]. Le colorant est d’ailleurs interdit en Californie [5], mais une fois encore toutes les études ne sont pas d’accord sur son pouvoir cancérigène.

Sources
1. Mallikarjun S, Sieburth RM, Aspartame and risk of cancer: A meta-analytic review, Arch Environ Occup Health, 2013
2. Marinovic M, Galli CL, Bosetti C, et al., Aspartame, low-calorie sweeteners and disease: regulatory safety and epidemiological issues, Food Chem Toxicol, 2013
3. Soffritti M, Padovani M, Tibaldi E, et al., The carcinogenic effects of aspartame: The urgent need for regulatory re-evaluation, Am J Ind Med, 2014
4. Jacobson MF, Carcinogenity and regulation of caramel colorings, Int J Occup Environ Health, 2012
5. Risques alimentaires, la réglementation sur les sodas, www.alimentation.gouv.fr/sodas, 2012

 

Les sodas favorisent la déminéralisation

    De manière générale, il est important de maintenir un équilibre entre le calcium et le phosphore dans l’organisme. Ces deux minéraux jouent un rôle important dans le métabolisme osseux : le rapport entre le phosphore et le calcium doit être compris entre 0,8 et 1 pour une bonne calcification. Si un excès de phosphore est bien supporté par l’organisme, il peut à long terme provoquer une décalcification, car il réduit dans ce cas l’absorption du calcium.

Or, l’acide phosphorique est employé dans les boissons non alcoolisées comme régulateur de pH, et principalement dans les sodas au cola. Ainsi, une étude réalisée sur des adolescentes et jeunes femmes âgées entre 10 et 22 ans a montré une corrélation entre la consommation de soda et un niveau plus faible de calcium dans le sang, ainsi qu’une concentration plus importante de calcium et de phosphore dans les urines [1]. Ce déficit en calcium augmenterait, à terme, le risque d’ostéoporose.

Sources
1. Mahmood M, Saleh A, Al-Alawi F, et al., Health effects of soda drinking in adolescent girls in the United Arab Emirates, J Crit Care, 2008

Les sodas provoquent des caries

     Comme cela a déjà été mentionné, les sodas sont riches en sucres ajoutés, or il est largement reconnu que ces derniers sont fortement impliqués dans l’apparition de caries dentaires [1]. La déminéralisation que peut entraîner le soda touche également la dentition en provoquant une érosion de l’émail [2].

Une étude réalisée aux Etats-Unis [3] a d’ailleurs montré que la consommation de soda est responsable du développement de caries chez les jeunes enfants. Ce sont les acides (phosphorique, citrique…) présents dans les sodas qui causent l’érosion de l’émail. A titre d’exemple, l’eau a un pH neutre de 7 quand le Coca-Cola normal a un pH acide de 2,44.

Sources
1. Freeman R, Moderate evidence support a relationship between sugar intake and dental caries, Evid Based Dent, 2014
2. Kaplowitz GJ, An update on the dangers of soda pop, Dent Assist, 2011
3. Lim S, Tellez M, Ismail Al, Dental caries development among African American children: results from a 4-year longitudinal study, Community Dent Oral Epidemiol, 2015
4. D M. Buyer, Are you drinking your teeth away? How soda and sports drinks dissolve enamel, 2009

Les sodas entraîneraient des troubles du comportement

    Le fait de boire régulièrement des sodas serait associé à une augmentation des comportements violents, notamment chez les enfants et les adolescents.

  - Une étude a été réalisée en 2013 sur 2 929 enfants de 5 ans, dont 43% consommaient au moins 1 soda par jour [1] (la fréquence pouvant aller jusqu’à plus de 4 par jour). Les résultats ont montré que les enfants consommant au moins 1 soda par jour avaient un comportement plus agressif et destructeur que ceux qui n’en consommaient pas du tout. En outre, ceux qui consommaient au moins 4 sodas par jour présentaient davantage de problèmes d’attention que les autres.

  - Les mêmes chercheurs ont réalisé en 2014 une autre étude cette fois-ci sur des lycéens américains [2]. Ils sont arrivés à des conclusions semblables : une plus grande propension à la bagarre, mais aussi un plus grand risque de souffrir de tristesse, de dépression, et même d’avoir des pensées et comportements suicidaires, ceux-ci augmentant proportionnellement à la quantité journalière de sodas.

Même si le lien de cause à effet n’a pas été prouvé dans ces études, on suppose que ces résultats sont dus à la teneur en caféine des sodas, qui peut causer entre autres de l’impulsivité et de la dépression. 

Sources
1. Suglia SF, Solnick S, Hemenway D, Soft drinks consumption is associated with behavior problems in 5-year-olds, J Pediatr, 2013
2. Solnick SJ, Hemenway D, Soft drinks, aggression and suicidal behaviour in US high school students, Int J Contr Saf Promot, 2014

 

L’avis du pharmacien :

   Les sodas et autres boissons gazeuses sucrées sont présentés comme des boissons rafraichissantes, en réalité la boisson rafraichissante par excellence est l’eau.

Par ailleurs, au vu de leur composition chimique complexe (plus compliquée que certaines spécialités pharmaceutiques !) peut-on les considérés comme des aliments, alors qu’ils n’ont aucun intérêt nutritif, ou comme produit d’agrément au même titre que les boissons alcoolisées ?         

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 14:51

Lecture officinale

CONSTIPATION DU NOURRISSON

Rôle et limite du conseil officinal

 

Sources :

1- O. MOUTERDE « Constipation du jeune nourrisson » JIM Publié le 17/06/2015

2- Société canadienne de pédiatrie : « Point de pratique : La prise en charge de la constipation fonctionnelle chez l’enfant » mis en ligne le 01/12/2011 reconduit le 01/02/2014

3- François Pillon Savoir « conseiller les laxatifs à l’officine Actualités pharmaceutiques » • n° 492 • Janvier 2010

4- Pr Chantal Maurage (CHRU et Université de Tours) « Cours : Constipation »   Dernière mise à jour : 18/07/2006

          Comme toute autre symptomatologie concernant le nourrisson, la constipation relève en théorie exclusivement de la consultation médicale. Cependant, la réalité des conditions de pratique de la pharmacie (et de la médecine aussi) au Maroc, imposent une certaine flexibilité de cette donne tout en précisant les risques et les écueils qu’un conseil officinal peut faire courir au nourrisson.      

La constipation du jeune nourrisson est donc, un motif extrêmement fréquent de demande de conseil officinal, et d’emblée, il faut faire la part entre deux types de constipation : constipation organique et constipation fonctionnelle.

Repères : Classification succincte des laxatifs

  • Laxatifs de lest : Mucilage (Normacol® granulé ou autre)  Délai d’action :1-2j
  • Laxatifs lubrifiants : Huile de paraffine (Lansoyl® ou autre) Délai d’action :6-8h
  • Laxatifs Osmotiques :

       - Laxatifs salins : sulfate de Mg, hydroxyde de Mg (Osmosine® ou autre) 

       - Polyéthylène glycol : macogol (Forlax®, Movicol® ou autre)

       - Sucres et polyols : lactitol, lactulose (Duphalac® ou autre), sorbitol (Sorbhepatique® ou autre), pentaerythritol. Délai d’action : 24-48h

  • Laxatifs par voie rectale : bisacodyl, glycerol (Cristal®) délai d’action :5-10mn, Microlax® :5-20mn
  • Laxatifs stimulants : bisacodyl (Contalax®) huile de ricin,  laxatifs anthracéniques (Eucarbon® et autres), Picosulfate de sodium

LECTURE OFFICINALE

         A ce sujet, un article [1] court mais fort intéressant mis en ligne le 17/06/2015 dans le JIM sous la plume d’O. Mouterde (    Département de pédiatrie médicale, CHU de Rouen - Hôpital Charles Nicolle) nous est apparu tout à fait pertinent pour nous éclairer sur ce que peut cacher une « simple » constipation chez le nourrisson.   

Selon l’article, le diagnostic de constipation est clinique et ne se limite pas au nombre de selles.  Un nouveau-né ou nourrisson constipé, est suspect de constipation organique et doit être exploré, s'il présente l’un des signes suivants :  

- un retard d’élimination du méconium,

- des subocclusions,

- des débâcles,

- un retard de croissance,

- une anomalie du dos ou de l’anus

L’article ajoute : un interrogatoire et un examen clinique complets permettent de diagnostiquer ou de suspecter les situations de constipation secondaire (médicaments, hypothyroïdie, etc.).

Les cas de constipations fonctionnelles elles sont au nombre de trois :

 1 – la constipation au lait maternel, isolée chez un enfant sans anomalie clinique, avec des intervalles pouvant atteindre 1 mois entre les selles (variante de la normale) ;

 2 – la dyschésie : ce terme désigne une défécation difficile indépendamment de sa cause. (Cela pourrait éventuellement correspondre à ce qui est communément appelé dans certaines régions du Maroc « toutia » !) 

 3 – la tendance à la constipation, avec facteur familial fréquent, avec un début précoce sans signes d’organicité

Selon l’article la constipation fonctionnelle peut se traiter par des mesures diététiques et des laxatifs pour éviter l’aggravation avec le temps.

Un lait riche en lactose, à base de protéines solubles et de lipides structurés, contenant de la caroube, peut améliorer le transit. [1]

Toujours selon l’article susmentionné le lactulose (Duphalac®, Laevolac® ou autre)  est utilisable dès la naissance, le polyéthylène glycol  PEG* (Foralx®, Movicol® ou autre) après 6 mois (selon AMM). Les autres traitements, y compris les eaux fortement minéralisées, et les manoeuvres endo-anales ne peuvent pas être recommandés chez le nourrisson

LA CONSTIPATION DU NOURRISSON RÔLE &amp; LIMITE DU CONSEIL OFFICINAL

 

Repères : Le polyéthylène glycol, macrogol

« Le polyéthylène glycol (PEP) est appelé en DCI macrogol. Il est principalement utilisé comme laxatif ou pour réaliser un lavement intestinal. Dans le domaine paramédical, le PEP se retrouve dans les gels hydro-alcooliques et les lubrifiants intimes. Pour la cosmétique, le PEP possède des propriétés très intéressantes, comme sa faculté à hydrater la peau et à retenir l'eau dans les tissus. C'est pour cela qu'on le retrouve dans de nombreux savons liquides, shampoings ou crèmes hydratantes. » Source : Polyéthylène glycol - Définition

 

LA CONSTIPATION DU NOURRISSON RÔLE &amp; LIMITE DU CONSEIL OFFICINAL

 

 

LES LIMITES DU CONSEIL OFFICINAL

        Dans un article au sujet de la prise en charge de la constipation fonctionnelle chez l’enfant, la Société canadienne de pédiatrie [2] nous apporte les éléments suivants :  

- Pendant la première enfance, la constipation est surtout fonctionnelle, mais il faut faire preuve d’une grande vigilance dans ce groupe d’âge pour repérer les signes évocateurs d’une maladie organique.

- On sait que la fréquence des selles des nourrissons allaités peut être très variable*. Certains nouveau-nés allaités normaux peuvent faire une selle à chaque biberon ou en faire une seulement tous les sept à dix jours.

- L’huile minérale (huile de paraffine) est contre-indiquée chez les nourrissons parce que leur déglutition n’est pas coordonnée et qu’ils courent un risque d’aspiration et de PNEMONIE subséquente (Qui vient à la suite)

L’avis du pharmacien : Alors que l’on savait que l’utilisation ponctuelle chez l’adulte de l’huile de paraffine comme laxatif ne présente pas d’effets secondaires conséquents, on ignorait jusqu’ici les raisons de sa non recommandation chez le nourrisson, l’élément présenté ici est un excellent éclairage. Donc tant que la déglutition n’est pas coordonnée, pas d’utilisation de l’huile de paraffine.          

- Il peut être bon de consommer davantage de liquide et de réduire les excès de lait de vache pour soulager la constipation des nourrissons plus âgés*.

- On peut utiliser du lactulose (Duphalac® Lactulax® ou autre) et des suppositoires de glycérine* (Cristal®).

- Il existe deux analyses rétrospectives de dossiers portant sur l’innocuité du PEG 3350 (Movicol®) chez les nourrissons**. Toutes deux démontrent qu’à une dose de 0,8 g/kg/jour, le PEG était bien toléré, efficace et sécuritaire pour la prise en charge de la constipation des nourrissons de moins de 18 mois.

En France, existe une forme pédiatrique à base de macrogol 4000 (PEG à haut poids moléculaire) Forlax® 4g sachet, l’indication cette spécialité est utilisable à partir de 6 (six) mois (source : RCP Forlax® 4g, mis à jour le 11/03/2015, consulté le 06/7/2015)       

*Ref.: North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition. Evaluation and treatment of constipation in children: Summary of updated recommendations of the North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2006;43:405-7.

** Ref.: Loening-Baucke V, Krishna R, Pashankar DS. Polyethylene glycol 3350 without electrolytes for the treatment of functional constipation in infants and toddlers. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2004:39;536-9.

** Ref.: Michail S, Gendy E, Preud’Homme D, Mezoff A. Polyethylene glycol for constipation in children younger than eighteen months old. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2004;39:197-9.

          Sur la base de ce qui vient d’être énoncé, on comprend que la constipation du nourrisson ne doit pas être prise à la légère et ne doit pas nous faire oublier le risque d’une éventuelle constipation organique. Heureusement on sait que la majorité des constipations durant les six premiers mois de la vie sont fonctionnelles. Et même dans ce cas le seul critère de la fréquence des selles de définie pas à lui seul une constipation.

Retenons à ce sujet que la Société canadienne de pédiatrie [2]  définie la constipation comme suit :

« La définition de la constipation est variable, mais elle comprend une évacuation peu fréquente, difficile, douloureuse ou incomplète de selles dures … »

Selon certains auteurs [4] On parle de constipation quand les selles sont douloureuses et leurs nombre inférieur à 1 par jour, chez le nourrisson dans les premiers mois de la vie. (Inférieur à 2 par semaine, chez l'enfant plus grand) [4]

Si conseil officinal il y a ... , il doit prendre acte des écueils éventuels, privilégiant les règles diététiques à savoir boisson abondante et alimentation riche en cellulose digestible (carotte, salade … pour nourrisson ayant entamé la diversification alimentaire).

A notre avis le médicament de choix pour un officinal reste les suppositoires de glycérine (Cristal®, NB ce produit n’est plus commercialisé en France !), il devrait être utilisé de manière très limitée dans le temps dans le cas d’une constipation fonctionnelle occasionnelle. Une utilisation prolongée des laxatifs par voix anale risquent d’entraver le réflexe normal de défécation (ou d’exonération) créant une véritable dépendance. En informer les parents est obligatoire.  

Sauf erreur de notre part, l’utilisation des suppositoires de glycérine (Cristal®) ne devrait être qu’une amorce du traitement afin de soulager, le lactulose ou le macrogol devraient prendre logiquement le relais si nécessaire.

Conclusion :

La constipation du nourrisson, qui peut se présenter comme un simple problème bénin, peut cacher une véritable pathologie organique. Le conseil officinal, s’il a lieu, devrait être très limité dans le temps. Toute utilisation abusive de laxatifs peut avoir des répercussions néfastes sur la santé du nourrisson.           

Ce qu’il faut retenir :

 - Chez le Nourrisson la constipation est rare, elle est définie par des selles trop dures et une défécation douloureuse plutôt que par des selles trop rares,(donc consistance plutôt que fréquence).

 - Même si la constipation d’origine organique est rare, y penser dans l’interrogatoire pour orienter vers une consultation médicale surtout en cas de retard de croissance et dans les situations citées en haut.

 - Privilégier les mesures hygiéno-diététiques : chez le nourrisson de quelque mois, on conseille d’augmenter les apports en eau et de donner du jus de fruits tels que pommes et pruneaux qui sont riches en sorbitol, un sucre qui reste dans l’intestin et qui provoque un appel d’eau ce qui ramollit les selles et donc en facilite l’évacuation.

 - En cas d’échec, avoir recours à un laxatif dont le choix diffère selon le cas :

          ° usage ponctuel : difficulté de défécation liée à un événement ponctuel inhabituel, utiliser un laxatif d’action rapide : Glycérine voir rectale.

          ° constipation  occasionnelle ou récente : laxatifs de lest ou osmotique sucrés et macrogol sur plusieurs jours.

          ° constipation prolongée : laxatifs osmotiques sucrés sur plusieurs mois, mais là une consultation médicale s'impose. 

 - Huile de paraffine est à éviter chez le nourrisson en raison de risque de fausse route conduisant à une pneumonie.

En collaboration avec Dr L. Mouna, Pharmacienne d'officine   

29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 18:42

CHIFFRES & REPÈRES

L’INFERTILITÉ AU MAROC

Chiffres &amp; repères : l’infertilité au Maroc

L’infertilité touche un couple marocain sur huit

Sources :

1- Rédaction du HuffPost Maroc  « Infertilité: Un Marocain sur trois pense qu'il n'existe pas de traitement » Publication: 25/06/2015 19h44 CEST Mis à jour: 25/06/2015 19h44 CEST

2- Ouardigh Rahmouna « Un couple sur huit souffre d'infertilité au Maroc » le 360.ma mis en ligne 30/06/2015 à 07h45

     Ce chiffre provient d’une enquête réalisée par la Société marocaine de médecine de reproduction (SMMR) présentée jeudi 25 juin à Casablanca à l’occasion de la première édition de la Semaine nationale de l’infertilité lancée au Maroc.

     Le sondage, effectué du 6 au 18 juin par l’institut Averty, a été réalisé auprès de 1.034 couples de 25 à 45 ans et dans 40 villes couvrant les 16 régions administratives du Maroc.

Selon l’enquête

     - 11,8% des couples sondés souffrent d’un problème d’infertilité.

        Parmi ces derniers, ils sont plus d’un tiers (34%) à attendre un enfant depuis plus de 3 ans.     

      - Par ailleurs, un quart des couples infertiles n’ont pas consulté de médecin spécialisé ou ont utilisé un autre biais, comme la médecine parallèle, indique la SMMR dans un communiqué.

26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 18:06

ANALYSE CRITIQUE

LE TANNATE DE GELATINE (TASECTAN®)

EN QUESTION

 

LE TANNATE DE GELATINE (TASECTAN®) EN QUESTION

                Suite à la mise sur le marché marocain de la spécialité Tasectan® (en gélules et en sachets) proposé dans le traitement de la diarrhée, il nous a paru utile de proposer une analyse critique de cette spécialité, d’autant plus que nous avions traité sur ce même blog le problème des diarrhées aigues dans un article intitulé LES DIARRHEES AIGUËS ENTRE LA PRATIQUE ET LES RECOMMANDATIONS . Cette nouvelle analyse sera un complément utile à l’article susmentionné.

Fiche produit :

- Nom commercial : Tasectan®

- DCI : Tannate de gélatine

- Présentations :  Tasectan® 15 gélules  PPV 69.00 DH Pour l’adulte

                            Tasectan® 20 sachets PPV 69.00 DH Usage pédiatrique

- Posologie

      * adulte : 1 è 2 gélules toutes les 48 heures jusqu'à disparition des symptômes.

      * enfants de moins de 3 ans : 1 sachet toutes les 6 heures jusqu'à disparition des symptômes

      * enfants de 3 à 14 ans : 1 à 2 sachets toutes les 6 heures jusqu'à disparition des symptômes.

- Laboratoire exploitant au Maroc : SYNTHEMEDIC CASA sous licence NOVINTETHICAL SUISSE 

Mécanisme d’action

    Selon la notice du  Tasectan Therabel® : http://www.tasectan.be/ ou plus exactement dans le ficher pdf suivant http://www.tasectan.be/download/Tasectan-PIL-fr.pdf

« Tasectan® est un dispositif médical destiné à rétablir les fonctions physiologiques de la paroi intestinale, spécialement développé pour contrôler et réduire les symptômes liés aux diarrhées d'étiologies diverses, tels qu’une tension abdominale et des selles fréquentes. Efficace dans les 12 heures.

Le tannate de gélatine, dont se compose le produit, ne se modifie pas dans l'estomac et agit en formant un film qui protège la muqueuse intestinale, réduisant ainsi la fréquence et la durée des manifestations diarrhéiques. »

L’avis du pharmacien :

      1- D’emblée on doit noter que le Tasectan® n’est pas un médicament au sens strict et réglementaire du terme, il est classé comme complément alimentaire avec une TVA à 20% (subie par l’utilisateur). Cela est d’une importance capitale et implique que :

* Le produit est non remboursable

* Le dossier technique et scientifique, permettant sa mise sur le marché, est très limité et ne comporte pas de garanties pharmacologiques parfaitement établies de son efficacité. Néanmoins, comme tout complément alimentaire, sa toxicité est estimée par  le Ministère de la santé comme acceptable.            

     2- Le terme « dispositif médical » est assez évasif voir prétentieux, se rapportant plus à un appareillage qu’à  un produit chimique.

     3- la phrase suivante « Le tannate de gélatine ne se modifie pas dans l'estomac et agit en formant un film qui protège la muqueuse intestinale » nous fait penser à une action type pansement gastro-intestinal.

Eclairage :     

      Un premier éclairage fort important est apporté par la Swiss Society of Paediatrics à travers une question posée  en 2013 à D. Herzog* :  Questions au spécialiste Vol. 24 No. 2 2013 * Dr méd. spéc. Médecin adjoint Clinique de pédiatrie Consultation gastroentérologie pédiatrique. HFR Fribourg - Hôpital cantonal 1700 Fribourg. Correspondance Dr D. Herzog Gastropadiatrie Kantonsspital 1700 Fribourg Denise.Herzog@h-fr.ch

On y apprend que : 

- Le tannate de gélatine est composé d’acide tannique, un polyphénol  d’origine végétale et de gélatine, une protéine extraite de collagène d’origine porcine ou bovine.

- L’acide tannique possède de nombreux sites de liaison aux protéines, incluant les entérotoxines, qui une fois liés à l’acide tannique ne pourront plus activer la sécrétion de liquide via des récepteurs entérocytaires.

L’avis du pharmacien : là l’explication devient un peu plus claire et l’idée du gentil « film qui protège la muqueuse intestinale » est nuancée.

L’auteur rapporte dans la suite les quelques études qui se sont intéressées aux effets du tannate de gélatine (TAN) :  

- Dans les pays européens et américains ce produit est autorisé comme anti-diarrhéique chez l’enfant.

- En 2009 une étude espagnole (1), la seule à tester ce produit chez des enfants, a comparé la fréquence des selles de 97 enfants (âge moyen: 2.5 ans) avec diarrhée aigue traites par sel de réhydratation oral SRO + acide tannique avec celle de 114 enfants traites par SRO seulement. Douze heures après le début du traitement la fréquence des selles avait diminué d’une moyenne de 7.26 à 2.06 (soit -5.2) dans le groupe traité et de 6.19 à 5.86 (soit -0.33) dans le groupe contrôle. Malheureusement, selon l'auteur, il est impossible de comprendre le calcul de la fréquence des selles selon l’auteur.  

- Une seule étude auprès de personnes adultes présentant des diarrhées du voyageur traitées par l'acide tannique TAN (2), et une étude plus ancienne auprès d’enfants avec diarrhée aigue traitée par la caroube riche en acide tannique, ont démontré une diminution significative de la fréquence des selles (3).

- Cependant, l'acide tannique n’est mentionne ni dans les recommandations de l’ESPGHAN de 2008 (The European Society for Paediatric Gastroenterology Hepatology and Nutrition), concernant le traitement de la diarrhée aigue chez l’enfant (4), ni dans la revue publiée en 2013 par les mêmes auteurs (5).

 Références

1) Esteban Carretero J, Durban Reguera F, Lopez-Argueta Alvarez S, Lopez Montes J. A comparative

analysis of response to ORS (oral rehydration solution) vs. ORS + gelatin tannate pediatric patients

with acute diarrhea. Rev Esp Enferm Dig. 2009; 101: 41–8.

2) Allegrini A, Costantini, J Gelatine Tannate for the Treatment of Acute Diarrhoea in Adults. Gastroint Dig Syst 2012, 2: 3.

3) Loeb H, Vandenplas Y, Wursch P, Guesry P. Tanninrich carob pod for the treatment of acute-onset diarrhea. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 1989; 8: 480–5.

 4) Guarino A, Albano F, Ashkenazi S, Gendrel D, Hoekstra JH, Shamir R, Szajewska H. European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition/European Society for Paediatric Infectious Diseases Evidence-based Guidelines for the Management of Acute Gastroenteritis in Children in Europe. J Pediatr Gastroenterol Nutr, 2008; 46: S81–S122.

5) Piesścik-Lech M, Shamir R, Guarino A, Szajewska H. Review article: the management of acute gastroenteritis in children. Aliment Pharmacol Ther. 2013; 37: 289–303.

LE TANNATE DE GELATINE (TASECTAN®) EN QUESTION

Le tannate de gélatine en question :

Le tannate de gélatine est décrit selon le brevet  WO2007146331A1 comme suit

« Résumé : La présente invention concerne une composition comprenant un mélange de polypeptides sous la forme d'un sel de tannate dans laquelle chaque polypeptide est un copolymère des acides aminés acide L-glutamique, L-alanine, L-tyrosine et L-lysine »

Il s’agit donc du sel de l’acide tannique associé à un polypeptide, qu’est ce qu’alors l’acide tannique ?  
« L'acide tannique est une substance présente dans diverses plantes telles que le chêne (son écorce) ou le séquoia. Cette molécule qui appartient à la famille des tanins a un rôle antioxydant et a donc une action anticancéreuse. L'acide tannique lutte également contre les pathologies neurodégénératives et inflammatoires. Classiquement, l'acide tannique s'emploie en agroalimentaire pour clarifier (filtrer afin de purifier) le vin et la bière et pour éviter la corrosion du fer. Toutefois, en médecine, il est également employé en tant que traitement contre la diarrhée ». Source : Acide tannique – Définition

On arrive alors aux tannins : Chimiquement les tannins sont des oligomères flavonoliques appartenant à la grande famille des polyphénols, ayant comme caractéristique, entre autre autres, d’être :

Astringents : capable de se fixer sur des protéines salivaires riches en proline

Tannants : capacité de fixation et dénaturation des protéines comme le collagène

source : http://www.lecomprime.com/cours/files/2013/09/Pharmacognosie-chap-4-polyphenols.pdf Autre source http://isyeb.mnhn.fr/IMG/pdf/selossetannins2008.pdf

 L'astringence est une propriété de certaines substances de produire une crispation des muqueuses (wikipedia)

Par ailleurs l’effet astringent est retrouvé dans la classification des anti-diarrhéiques selon le Centre Belge d'Information Pharmacothérapeutique (CBIP)

Les antidiarrhéiques ont été regroupés ici en quatre classes:

- les adsorbants et astringents

- les probiotiques

- les freinateurs du transit intestinal

- les antisécrétoires.

Le tannate de gélatine est lui classé dans la rubrique adsorbants et astringents, à son sujet le CBIP apporte les précisions suivantes :

« Le tanin, sous forme de tannate d'albumine, a des propriétés astringentes mais peut être toxique pour le foie. Le tannate de gélatine (Tasectan®), un tanin non enregistré comme médicament mais bien comme complément alimentaire, est proposé sans preuve dans le traitement de la diarrhée. »

L’avis du pharmacien :

Sauf erreur, le mécanisme d’action probable du tannate de gélatine nous parait plus lié à son effet astringent et tannant qu’à une quelconque formation de film protecteur. Quand on ingère une substance astringente, la bouche se dessèche. Les traitements contre l'acné sont composés de produits astringents afin de resserrer les pores de la peau. Source (Astringence – Définition)

Plusieurs produits sont dans ce cas : l'alun, le nitrate d'argent, l'oxyde de zinc (Kenta® ou autre), le sulfate de zinc (eau et pommade Dalibour), les préparations à base d'avoine, l'achillée millefeuille, les tanins, notamment présents dans le vin, la prunelle, le thé (acide gallique), la baie de myrtille, les fleurs de lilas, D'autres végétaux astringents incluent la nèfle, , la chicorée, l'eucalyptus, le peuplier, la grenade (fruit), l'ail cultivé, la pomme, la framboise, le coing, l'écorce du frêne, la canneberge (cranberry), le caroube

L'astringence désigne donc la capacité d’une substance à contracter les muqueuses, si cet effet s’avère réel au niveau intestinal, pour le tannate de gélatine, cela impliquerait probablement une plus grande densité des villosités intestinales et donc une plus grande absorption de l’eau … tout cela reste hypothétique au vu du manque d’études à ce sujet.      

Conclusion :

Le Tasectan® nous parait un produit théoriquement intéressant, il est néanmoins handicapé  

- Par le manque d’études sérieuses prouvant son efficacité le reléguant à un simple complément alimentaire

- Par un mécanisme d’action loin d’être clair

- Un prix élevé     

A notre échelle et à l’heure actuelle nous n’avons pas eu de retour probant significatif au sujet du Tasectan®  

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 19:57

CAS D’OFFICINE

EFFET SECONDAIRE SYSTEMIQUE

D’UN ANTIGLAUCOMATEUX

Dr L. Mouna

          Ce sujet longtemps remis à plus tard, est apparu  sur la sellette depuis peu, grâce à un cas observé en officine :

Une fillette de 5 ans, souffrant de glaucome congénital est sous traitement depuis sa naissance, par  Cosopt® et Travatan®. Au hasard d’une conversation, nous apprenons que  son père l’a à 2 reprises admise aux urgences pour bronchospasme et ce, en l’espace de 18mois. Ce qui nous a interloqué c’est le lien, si lien il y a, entre les collyres qu’elle prend et la crise respiratoire dont elle a souffert. Ceci nous a amené à faire une récapitulation des classes pharmacologiques des antiglaucomateux qui existent avec  mise au point de leurs effets secondaires.

Rappel :

          Le glaucome chronique à angle iridocornéen ouvert est une atteinte du nerf optique entrainant des altérations du champ visuel, susceptibles de conduire à la cécité. Le principal facteur de risque du glaucome chronique est l’augmentation de la pression oculaire. C’est un facteur fréquent mais inconstant, autrement dit, il ne suffit pas à définir un glaucome chronique.

Le traitement du glaucome chronique à angle ouvert est médicamenteux sous forme de collyre dont le chef de fil est le timolol.

Les antiglaucomateux disponibles sur le marché marocain :

Le tableau suivant récapitule ces classes pharmacologiques , les associations ainsi que les spécialités concernées existant sur le marché marocain.

Classe pharmacologique

DCI

Spécialités

Bétabloquants

 

 

Betaxolol

Carteolol

timolol

Betoptic®

Carteol®

Timoptol®

Analogues de Prostaglandine F2 alpha « APG »

Latanoprost

Travoprost

Bimatoprost

Xalatan®

Travatan®

Lumigan®

Inhibiteur de l’anhydrase carbonique « IAC »

Dorzolamide

Brinzolamide

Trusopt®  Xola®

Azopt®

Agoniste alpha adrénergique

Brimonidine

Alphagan®

Association de classes

Bétabloquant +APG

Timolol+ latanoprost

Timolol+ travoprost

Xalacom®

Duotrav®

Bétabloquant +IAC

Timolol+ Dorzolamide

Timolol+ Brinzolamide

Cosopt®  Xolamol®

Azarga®

 

        Selon plusieurs  numéros de la revue Prescrire que nous avons consultés,le traitement de référence est d’abord le timolol. Ce n’est qu’en cas de contre-indication ou d’effet insuffisant qu’il est logique de recourir au latanoprost ou au travoprost qui présente l’avantage de pouvoir être conservé à température ambiante contrairement au premier. Selon les cas, le médecin est habilité à ajouter une autre classe ou suggérer une association.

Sources :  Rev Prescrire 2015;35(376):123-125
                 Rev Prescrire 2009,29(306):259
                 Rev Prescrire 2003;23(240):450-454
                 Rev Prescrire 2001;(222):732-733
                 Guide interactions médicamenteuses-décembre 2014

 

Effets secondaires :

    - Bétabloquants

           Administrés en collyre, les bétabloquants exposent aux mêmes effets indésirables et interactions médicamenteuses que par voie orale notamment : Troubles cardiaques (insuffisance cardiaque, bradycardie, hypotension artérielle..) ; phénomènes de Raynaud ; troubles neuropsychiques et digestifs. Le risque de bronchospasme lié aux bétabloquants expose les patients  asthmatiques ou souffrants d’un syndrome obstructif à une dyspnée sévère voire mortelle.

    - Analogues de Prostaglandine F2 alpha APG :

         Ils sont plus actifs que les bétabloquants mais ont plus d’effets secondaires : Assombrissement de l’iris ( sous nos cieux, tous les iris sont sombres !!) et des paupières,hyperhémie conjonctivale, allongement des cils ( ça c’est bien !!), kératites superficielles. De plus, il y a risque d’aggravation d’asthme sous latanoprost.

    - Inhibiteur de l’anhydrase carbonique « IAC »

         Pas de risques bronchiques connus mais effets neuropsychiques et troubles électrolytiques, de plus, ces 2 composés sont des dérivés sulfamides, donc gare à la sensibilité qu’ils peuvent occasionner.

    - Sympathomimétiques :

        La brimonidine est un alpha2 stimulant proche de la clonidine, anti hypertenseur d’action centrale, dénué d’effets indésirables bronchiques connus mais expose à une constipation, des troubles neuropsychiques et bouche sèche.

      Il en ressort de manière générale, que même instillés en collyre, ces principes actifs ne sont pas dénués d’effets secondaires par passage systémique. Une modalité pratique de traitement à bien respecter consiste à exercer une pression avec le doigt sur le coin interne de l’œil pour réduire le passage systémique des substances administrées en collyre et pour en limiter les effets indésirables.

Conclusion :

      Pour notre cas cité auparavant, il apparait qu’il existe bien un lien de cause à effet entre Cosopt®, (bétabloquants + inhibiteur de l’anhydrase carbonique)  et bronchospasme survenu.

      Est-ce que la fillette était asthmatique et le bétabloquant a aggravé son cas ou bien est-ce le résultat d’un effet pharmacodynamique pur du bétabloquant à savoir bronchoconstriction sans antécédents bronchiques connus ? D’après les informations rapportées par le père de la fillette, la 2ème hypothèse semble être plus plausible. En tout cas, aux dernières nouvelles, l’ophtalmologiste a banni le bétabloquant de son traitement, le remplaçant par un inhibiteur de l’anhydrase carbonique  la dorzolamide (XOLA®)

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 18:53
1600  INTOXICATION ALIMENTAIRE PAR AN AU MAROC
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