31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 13:06

LECTURE OFFICINALE

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

Source: David B. Allison et coll. : Myths, presumptions, and facts about obesity. N Engl J Med. 2013., 31; 368. NB : En cliquant sur le lien vous avez accès à l’article dans son intégralité 

Source Image : Sculpture : Margot Pitra (Détail), photocomposition : Pharamster     

       Une équipe internationale de vingt chercheurs dirigée par David B. Allison de l’University of Alabama at Birmingham s’est attaquée à un certain nombre d’idées reçues au sujet de l’obésité et les a mises à l’épreuve de l’argumentation scientifique. Le résultat, comme on le verra par la suite, est surprenant.   

Au sujet de l’obésité, de nombreuses affirmations sont émises comme des vérités absolues par le corps médical, les enseignants et les média. Ces affirmations sont généralement issues d’articles parus dans des journaux scientifiques, elles sont même parfois à la base de décisions politiques pour lutter contre l’obésité.

 Cette équipe, à travers cette étude, démontre que ces « connaissances » sont souvent

- soit des mythes : affirmations qui sont contredites par les travaux scientifiques

- soit des présomptions : hypothèses non démontrées par les données scientifiques disponibles.

Au chapitre des mythes

Les auteurs refutent :

       - « la règle des 3 500 kcals » : celle-ci précise qu’une simple diminution de 100 kcal/jour des apports caloriques (ou d’une augmentation équivalente de la dépense énergétique) pendant cinq ans aboutit à une perte pondérale de 22,7 kg. Ce calcul selon ces chercheurs est faux. Si l’on tient compte de l’adaptation métabolique qui accompagne la perte pondérale, la perte de poids finale théorique n’est en fait que de 4,5 kg !

       - Toujours selon les auteurs de cette revue, l’idée qu’une perte de poids rapide entraîne une reprise de poids plus importante qu’un régime moins sévère est un véritable mythe infondé.

De même, bien qu’il soit recommandé de fixer des objectifs pondéraux « raisonnables », cette attitude pleine de bon sens n’est pas plus efficace que celle qui consiste à viser une perte pondérale très (voire trop) ambitieuse !

       - En ce qui concerne la prévention de l’obésité chez l’enfant, la promotion de l’activité physique à l’école semble inefficace pour réduire l’incidence de l’obésité, si l’on en croit les conclusions de deux méta-analyses qui ont regroupé les résultats d’études d’intervention en milieu scolaire.

        - De même, contrairement à ce qui est souvent répandu, l’allaitement n’est pas un facteur protecteur majeur de l’obésité de l’enfant.

         - Enfin, l’idée qu’un rapport sexuel d’une durée moyenne de six minutes conduit à dépenser 100 à 300 kcals est infondée. Les auteurs estiment cette dépense à 21 kcals. À titre comparatif, un homme dépense 7 kcals (soit 14 kcal de moins) en regardant la télévision pendant la même durée.

Au chapitre des présomptions

En ce qui concerne les présomptions, les auteurs mentionnent celles de l’importance du petit déjeuner, des fruits et légumes, de l’intérêt d’un environnement riche en équipement sportif et de l’importance d’un apprentissage précoce des bonnes habitudes alimentaires pour prévenir ou traiter l’obésité.

Bien que souvent présentées comme des vérités, il ne s’agit là que de présomptions pour lesquelles le niveau de preuve est faible voire nul. De même, il n’est pas démontré que la lutte contre les prises alimentaires inter-prandiales réduit la prise de poids ni même que le phénomène yoyo réduit l’espérance de vie.

Quelques messages scientifiquement fondés

A côté de ces incertitudes, les auteurs mentionnent quand même quelques messages qui leur semblent scientifiquement fondés. Parmi ces derniers ils rappellent les vérités suivantes :

     - La chirurgie bariatrique est efficace pour obtenir une réduction pondérale à long terme et diminuer la mortalité des personnes ayant une obésité massive. Remarque de l’officinal : oui mai à quel coût ?
    - En pédiatrie, les programmes nutritionnels impliquant l’environnement familial permettent d’obtenir une perte pondérale plus marquée.
    - L’exercice physique apporte un bénéfice quel que soit le poids et aide à maintenir un poids stable à long terme.

    - Malgré l’importance des déterminants génétiques dans la prise de poids chez une personne prédisposée, l’obésité n’est pas une fatalité et elle peut être combattue par des changements réalistes des habitudes de vie.

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

L’avis du pharmacien :

    Cet article, qui remet en cause un certain nombre de concepts, illustre parfaitement ce qu’on a appelé dans un article de juillet 2010: Les ambiguïtés rationnelles

En effet, il arrive souvent qu’avec des demi-vérités, issues à l’origine de publications scientifiques, on construit des concepts qui à force de simplification et de banalisation deviennent des vérités absolues incontestables et évidentes.

Les résultats présentés ici peuvent êtres eux-mêmes discutés. Cela dit un constat s’impose : en nutrition, comme dans les autres domaines de la médecine, ce qui relève du « bon sens » ne relève pas forcément de la « vérité scientifique ». Le « bon sens » doit se soumettre aussi l’épreuve de l’argumentation scientifique, à défaut il doit être présenté comme une présomption.    

Afin de lever l’ambiguïté dans les messages nutritionnels qui sont communiqués au grand public : une distinction devrait être clairement exprimée entre ce qui est établi, ce qui est supposé, et ce qui n’est que du domaine du mythe…

Un exemple édifiant à ce sujet : La consommation du lait & la santé, à ce sujet on vous propose de lire 2 articles :

1.  Un récent article du 31/10/14 publié dans le Huffington post intitulé : Le lait présenterait un danger pour les adultes? Une étude suédoise jette le trouble.

2. Un article du 02/01/2010 mis en ligne sur PHARAMSTER intitulé :   LAIT & CANCER DE LA PROSTATE ETAT DES LIEUX

3. Le Nouvel Observateur publié le 31/10/2014 « Les laitages ne sont pas le poison absolu, mais ils ne sont pas indispensables »

Au sujet des régimes lire : Existe-t-il un régime idéal ?

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 18:54

CHIFFRES & REPÈRES

Inquiétude sur l’équilibre financier futur de l’AMO*

*Assurance maladie obligatoire au Maroc

Inquiétude sur l’équilibre financier futur de l’AMO

Source :

«La Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS, caisse qui gère l’AMO pour les fonctionnaires) devrait dès l’année prochaine s’insérer dans un cycle de dégradation tendancielle de ses finances», prévient son directeur général, Abdelaziz Adnane. La CNOPS affichait, jusqu’en 2013, une santé financière jugée saine : l’excédent dégagé s’élevait à 6 milliards de DH.

Remarque de l’officinal : est-t-il normal qu’une caisse à vocation sociale dégage un tel excédent placé dans le circuit financier, alors qu’une bonne partie de la population n’est pas correctement couverte ?  

Pour expliquer la future dégradation des comptes de la CNOPS, Abdelaziz Adnane avance les éléments suivants :

   1- Avec l’introduction de spécialités très coûteuses dans le cas de maladies longue durée: 7% des assurés consomment 46% des recettes. Par exemple : 170 personnes atteintes de l’hépatite C s’accaparent le tiers des cotisations. «Le Maroc doit-il prendre en compte toutes les innovations ou stabiliser le panier des soins?» s’interroge le directeur de la CNOPS. Toujours est-il que la marge de manœuvre à ces deux niveaux reste réduite.

Remarque de l'officinal : Cette question est particulièrement d’actualité avec l’apparition du sofosbuvir [SOVALDI®]  un traitement efficace mais extrêmement onéreux de l’hépatite C 

  2- Les gains sont à rechercher dans l’utilisation des génériques mais cela reste mitigé.  A titre d’exemple, le taux d’utilisation de ces produits s’élève à 70% aux Etats-Unis. Chez nous le poids des corporatistes impose le statu quo selon directeur général de la CNOPS.

  3- L’effet de la limitation de recrutements dans la fonction publique qui progresse selon une moyenne annuelle de 8,3%, conjugué à l’importance du nombre de départs à la retraite qui évolue annuellement de +2%. Cet écart risque de s’élargir davantage sur les années à venir, voire même dès 2015.

  4- Le Directeur général invoque enfin la disparition de la pharmacie de la CNOPS (qui n’avait aucun texte la légitimant) il donne à titre d’exemple, les PPV pour les spécialités d’oncologie sont plus chers de 340% et 2.150% par rapport aux prix d’achat de la CNOPS et du ministère de la Santé.  
Il ajoute que la baisse des prix qui a été constatée au niveau de certaines spécialités remboursées par la CNOPS à ses assurés en ambulatoire (810 spécialités) va se traduire par une économie de 66 millions de DH pour la Caisse. Mais, dans l’ensemble, l’impact négatif de la baisse des prix des médicaments se chiffre à 47 millions de DH.

Ce constat contraste apparemment avec les prévisions du Ministre de la santé comme on les a rapportées dans notre article « Impact de la baisse des prix sur l’AMO »

     L’avis de l’Officinal :

      Les déclarations de directeur général de la CNOPS montrent, en filigrane, son attachement à l’ex Pharmacie du CNOPS, cette structure qui a opérée durant des années en toute illégalité a été en effet supprimée lors de la dernière reconfiguration des prix des médicaments au Maroc. Cette structure en plus de son illégitimité était sujette à plusieurs abus (comme dans le reste de la fonction publique).

A notre niveau (en tant que simple officinal de base et de proximité) la suppression ou non de cette structure n’affecte en rien notre activité. Pour nous le gros de l’activité est assuré par des produits peu onéreux (moins de 200.00DH) par rapport aux produits qui grèvent les finances de la CNOPS.

D’où l’idée de réserver une liste spécifique de médicaments (comme pour les produits à usage hospitaliers) délivrés non pas au niveau de la CNOPS mais au niveau des structures hospitalières sous contrôle direct du corps médical. Cette idée  constituerait une approche acceptable par une majorité de praticiens (du moins on le pense …).                    

La liste en question devrait être le fruit d’un consensus entre Ministère, CNOPS et Officinaux. Cela aura pour avantage la pérennisation des équilibres financiers de la CNOPS sans que l’écrasante majorité des officinaux ne soit affectée. 

D’autre part dans le même article on apparent que la couverture médicale gérée par la CNSS (La Caisse nationale de sécurité sociale qui gère pour le compte de  l’Etat l’AMO dans le secteur privé) intégrera les soins dentaires dès le 1er janvier 2015. Conséquence :

   1-L’élargissement du panier de soins  AMO aux soins dentaires nécessitera un réajustement des taux de cotisation puisque ce poste est connu pour être budgétivor. L’application de cette augmentation sera différée d’une année.

   2- Dans le détail, la cotisation de solidarité passera de 1,5 à 1,85% en 2016. Elle sera  prise en charge par les employeurs seuls. Le reste de l’effort soit  4,52%,  sera partagé entre salariés et employeurs.

Le paradoxe est que l’officinal (comme les médecins libéraux) n’a toujours pas de couverture médicale !!! Et au même temps en tant qu’employeur il va subir encore une fois une augmentation des charges sociales participant ainsi la couverture médicale des ses concitoyens sans qu’il n’en bénéficie lui-même d’aucune manière !!! 

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 19:42
PROCEDURE DE DETECTION ET DE NOTIFICATION D'UN CAS SUSPECT D'EBOLA AU MAROC

Un numéro vert a été mis en place pour informer les citoyens au Maroc : 0801 004 747

Autres dispositions : Le ministère de la Santé vient de solliciter une fatwa au Conseil des Oulémas pour permettre l'inhumation des musulmans décèdes des suites d'Ebola sans recourir au rite, notamment le nettoiement de la dépouille. Car, le contact avec une personne contaminée par le virus d'Ebola comporte un très haut risque de contagion.
Source : L'ECONOMISTE DU LUN 20 OCT 2014, n° 4382 

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 20:58

LECTURE OFFICINALE

Existe-t-il un régime idéal ?

LECTURE OFFICINALE : EXISTE-T-IL U? REGIME IDEAL ?

Source:

Johnston BC et coll. : Comparison of Weight Loss Among Named Diet Programs in Overweight and Obese AdultsA Meta-analysis. JAMA. 2014; 312: 923-933. doi:10.1001/jama.2014.10397

 

            Je veux réduire mon poids, mais que dois-je faire ? Quel régime dois-je suivre pour avoir de bons résultats ? Des questions récurrentes auxquelles nous sommes couramment confrontés dans l’exercice de notre métier.

            Une récente étude d’une équipe canadienne, dirigée par Bradley C. Johnston, (Hospital for Sick Children Research Institute, Toronto) publiée dans la revue Journal of the American Medical Association (la célèbre JAMA) de ce mois de septembre 2014 (c’est tout frais) vient nous apporter un éclairage particulièrement intéressant à ce sujet.  

Objectif :

Il s’agit de déterminer la perte de poids résultant de divers régimes à large diffusion  sur la base de publications crédibles

Méthode :

- Les auteurs ont réalisé une méta-analyse* en réseau, qui consiste à comparer l’effet des régimes testés dans 48 essais randomisés

- Les 48 essais ont concerné  7 286 sujets [- âge moyen : 46 ans - IMC moyen : 33,7  - poids moyen : 94 kg]

- Ces études ont été sélectionnées via 59 publications scientifiques jugées éligibles par les auteurs.

- La durée médiane des interventions nutritionnelles était de 24 semaines avec d’importantes variations (de 16 semaines à 52 semaines). [43 études rapportaient des résultats à 6 mois de suivi, 25 fournissaient des données à 12 mois]

- Les régimes équilibrés et pauvres en glucides étaient les plus fréquemment testés, en particulier le régime « Atkins », le régime « Weight-Watchers » et le régime « Zone ».

*Qu’est-ce la méta-analyse, quels sont ses objectifs ? C’est un document de l’Université de Lyon

Résultats :

    - Tous les régimes ont des résultats sur la perte de poids meilleurs que dans les groupes qui n’avaient pas suivi de diète. (logique ...)  

    - A 6 mois, les régimes pauvres en glucides ont entraîné une réduction pondérale moyenne de 8,7 kg (intervalle de confiance [IC] : 7,2-10,2). L’effet des diètes hypolipidiques était similaire : -8,0 kg (IC : 6,0-9,9). NB : Ces deux régimes ont eu une efficacité supérieure à celle des autres catégories de régimes que les auteurs qualifiaient d’équilibrés.

    - A 12 mois, on note une reprise de poids de l’ordre de 1 à 2 kg ; les effets pondéraux des régimes hypolipidiques et hypoglucidiques restent semblables.

      - L’analyse des méthodes amaigrissantes commerciales montre une efficacité décroissante des régimes « Atkins », « volumétrique » et « Ornish ».

      - A 12 mois, la perte de poids maximale est obtenue avec les régimes « Ornish », « Rosemary Conley », « Jenny Craig » et « Atkins ». Toutefois la reprise de poids partielle reste la règle entre 6 et 12 mois puisque la perte pondérale est de l’ordre de 6,5 kg avec ces régimes.

      - Les effets secondaires cliniques des régimes sont rapportés dans cinq essais cliniques concernant le régime Atkins et seuls des effets indésirables mineurs (constipation, céphalées, crampes, diarrhée, fatigue, mauvaise haleine) étaient attribuables à ce régime pauvre en glucides (avec un recul qui ne dépasse pas un an).

Conclusions des auteurs :

- Parmi les limites les auteurs reconnaissent une forte hétérogénéité des études incluses.

- En outre, 19 des 48 études sont considérées comme à fort risque de biais (risque d’erreur important).

- Enfin, les régimes comparés sont ceux qui sont proposés dans les groupes de volontaires mais pas forcément ceux qui sont appliqués, les scores d’adhésion aux régimes prescrits n’étant pas utilisés dans l’analyse.

- En résumé, une baisse significative de poids a été observée n’importe quel régime pauvre en glucide ou en lipide. La différence entre les régimes a été  faible.

La perte de poids ne dépend pas de la part relative de tel ou de tel  macronutriment dans l’alimentation.

Tous les régimes se valent à l’échelle d’une population ! Au niveau individuel, c’est finalement celui qui a le plus de chance d’être accepté à long terme qui est le plus efficace sur la perte pondérale.

L’avis du pharmacien :  

           D’abord on note avec plaisir que les auteurs marquent parfaitement les limites et les biais éventuels de leur étude. En soi, et au-delà du prestige de la revue qui a publié cette étude, c’est un gage de sérieux.

L’activité physique apporte une baisse significative de -2,13 Kg sur 12 mois. Cette donnée est compliquée à quantifier vu les disparités entre les diverses méthodes d’entrainement entre l’entrainement fractionné qui a tendance à faire augmenter le poids ! Et l’entrainement d’endurance qui par contre, peut engendrer une perte de poids (un article relativement intéressant à consulter : S. Cascua « Quelle endurance pour mincir ? »)

             Mais l’idée absolument capitale qui ressort de cette étude est, qu’au final, le meilleur régime est celui qui dure dans le temps. Cependant, « un régime » bien accepté à long terme ne doit pas être considéré comme une diète restrictive, une sorte d’épreuve à endurer, mais plutôt comme un changement de comportement global visant à améliorer l’hygiène de vie. Cela implique tout simplement un apport énergétique adapté à la dépense énergétique (comme la loi de l’offre et de la demande en quelque sorte) donc moins de sucre, de gras, et de sel et plus d’exercice physique d’endurance d’intensité modérée.  A cela s’ajoute un bien-être psychique nécessaire pour accompagner voire amorcer cette démarche.

A notre avis l’objectif perte de poids comme élément esthétique est une absurdité dangereuse qui mène à des dérives (anoréxie …) et surtout à une accumulation d’échecs. L’idée est d’avoir un but de poids santé  et surtout un poids bien-être qui passe par l’acceptation de son corps. Cette acceptation ne sous-entend pas forcément résignation, au contraire, c’est positiver une situation où on culpabilise souvent, ce qui a pour conséquence d’entraver sérieusement toute démarche constructive.

Pour nous, régime ou pas, l’important est de faire évoluer son attitude alimentaire et son mode de vie au-delà des modes, en réduisant les comportements à risque (tabac, alcool, stress …) avec un objectif affiché de bien-être physique et psychique : c’est tout simplement la définition de la santé.         

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 19:19

                C’est une reprise par Nabyla Maan (http://www.nabylamaan.ma/) d’un énorme classique du patrimoine MELHOUN marocain Laghzal Fatma. Avec une distribution remarquable, cette version montre la possibilité de faire évoluer une production artistique présentée classiquement de manière traditionnelle (voir folklorique ou naïf) vers un travail qui a une grande profondeur et de grande qualité.

                C’est, en quelque sorte, ce qu’on souhaite de mieux pour notre société. Une société qui, aujourd’hui, au lieu de faire évoluer  les mentalités traditionnelles vers plus de civisme et de progrès, les juxtaposent à une modernité de pacotille déterminant une situation schizophrénique invraisemblable.

 Bonne fête

Lire aussi AID ALADHA OU FÊTE DU MOUTON     

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 21:16

ANALYSE CRITIQUE

VERMOGAL®

UN PRODUIT D’USAGE COURANT ET POURTANT LARGEMENT MECONNU  

 

             Depuis bien longtemps nous cherchons à traiter sur ce blog cette spécialité largement diffusée dans nos officines marocaines. Grâce à cet article c'est désormais chose faite. La difficulté résidait dans l’absence de documentation sérieuse au sujet du Vermogal® dans les principales bases de données. Cette difficulté a été accentuée par l’utilisation sur le packaging d’une dénomination ancienne (utilisée essentiellement dans les pays anglo-saxons) de la  DCI, dénomination qui n’est plus usitée selon les normes AFNOR dans les bases de données type ANSM. Cela a transformé la recherche d’information sur le Vermogal® en « un chemin de croix » ! Par ailleurs, via ce modeste effort on tentera de comprendre la véracité de certaines allégations en particulier « LE VERMOGAL® EST BON CONTRE LA CHUTE DES CHEVEUX »

 

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Avant d’entamer notre analyse critique, et pour illustrer la « popularité » de cette spécialité nous vous proposons cette perle de comptoir

VERMOGAL® UN PRODUIT COURANT ET POURTANT LARGEMENT MECONNU

Nos patients ont du talent ! Oui le Clavulin® (Amoxicilline + acide clavulanique) devient vilain quand on le prend sans consulter son médecin

Le Clavulin® est ici mixé au Muxol® (ambroxol un expectorant) : remarquez que le sirop est pris de travers avec un S qui devient un « 2 » et un « p »qui devient un « q ». C’est le principe de la chiralité en chimie appliqué ici aux lettres alphabétiques !   

Terminons cette « auto-prescription » par le vIrmogal de son vrai nom  Vermogal® (objet de notre curiosité aujourd’hui). Et, précision de taille, en pommade ce qui est en réalité approximatif puisqu’il s’agit en fait d’un gel dermique.

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Vermogal®

ANALYSE CRITIQUE 

La composition marquée sur la boite est la suivante

- Bioallethrin   ………………………………….. 0.5 g

- Méprobutyl   ………………………………….. 2.5 g

- Bromure de benzododecinium ……..........… 0.1 g

La 1ère molécule la bioalléthrin : Q'est ce-que la biopalléthrin ?   

            La bioallethrine n’est en fait que l’ancienne dénomination de la dépalléthrine (cela nous a causé tellement de problèmes pffff) qui n’est autre que le principe actif de la gamme PARA SPECIAL POUX® (shampooing et solution pour application locale). Une spécialité qui a un RCP en France valide en bonne et due forme. Et ainsi la lumière fut … du moins elle a commencé !    

Un autre texte plus important encore qui a illuminé notre lanterne : c’est celui du RCP belge de la spécialité PARA®SPRAY publié par l’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé (AFMPS) en Belgique. Ce dernier est beaucoup plus riche que celui de l’ANSM française. Cliquer sur ce lien pour le télécharger : RCP DE PARA SPRAY® (fichier pdf de 7 pages)

La dépalléthrine est classée comme antiparasitaire, plus exactement ectoparasiticide (contre les ectoparsites), insecticide:

- c’est un pediculicide : contre la pédiculose, en clair il tue les poux des cheveux et du pubis, on parle aussi et plus exactement de  phtiriase inguinale au sujet des poux du pubis

- c’est un lenticide : agit aussi contre les lentes qui sont simplement les œufs du pou 

Chimiquement un  pyrèthrinoïde de synthèse, la depalléthrine est en fait un mélange de deux stéréo-isomère (énantiomères) R et S, cette remarque est capitale comme on le verra par la suite. C’est à la base le concept chimique fondamental de la chiralité qui est mis en évidence ici. (C’est peut être compliqué pour certains, mais c’est d’une importance capitale pour comprendre les nuances des choix thérapeutiques)      

VERMOGAL® UN PRODUIT COURANT ET POURTANT LARGEMENT MECONNU

> Pour plus d’informations sur les pyrèthrinoïdes de synthèse consulter

- Une étude remarquable de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique : Estimation des expositions de la population générale aux insecticides un ficher pdf de 78 pages, aller directement à la page 31

- Lire aussi PYRETHRINES – PYRETHRINOÏDES Molécules et présentation  

- Centre de Référence sur les Agents Tératogènes : Pyréthrines et grossesse

- Lire aussi Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec Répertoire toxicologique

Au sujet de la gale

- A lire  l’Institut Scientifique de la santé Publique ISP WIV

- La prise en charge de la gale

Au sujet de poux, nous vous conseillons de consulter : Pr Abdelaziz AGOUMI et coll. « Précis de parasitologie médicale », page 287, Ed Horizons, Collection Medika® 2003  

Mécanisme d’action de la dépalléthrine : source principale AFMPS 

        Dépalléthrine est notamment active contre les poux adultes (Pediculus humanus, capitis et corporis; Phtirus inguinalis), leurs nymphes et leurs larves (lentes) aux différents stades de maturation, quelle que soit la localisation de l’infestation : tête, corps, pubis. Très toxique pour les parasites du corps de la famille des arthropodes, mais très faiblement toxique pour l’homme et les mammifères. Elle agit par pénétration au travers de la cuticule cirolipidique des arthropodes et de leurs lentes. L’activité se manifeste par une paralysie ascendante de l’insecte, débutant par le contact des zones sensibles aux extrémités des pattes avec le produit. Pour des arthropodes, les pyréthrinoïdes sont des poisons neurotoxiques.

Question : dans toute la littérature qu’on a consultée la dépalléthrine n’a jamais été citée comme traitement de la gale !

Contre l’agent de la gale le sarcopte scabiei hominis le traitement préconisé est l’Esdépalléthrine (DCI de la spécialité Spregal®) ce dernier est l’isomère S de la dépalléthrine

Source d'origine de l'image NCBI PUBCHEM Substance       

VERMOGAL® UN PRODUIT COURANT ET POURTANT LARGEMENT MECONNU

Selon l’étude précitée de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique : Estimation des expositions de la population générale aux insecticides page 32 de ce document pdf « A l’exception de la delatméthrine que l’on est capable de synthétiser pure, les autres pyrèthrinoïdes de synthèse sont des mélanges d’isomères, il a été démontré que les différents isomères d’un même pyrèthrinoïde (présence d’un centre chiral) peuvent avoir des propriétés toxicologiques tout à fait différentes » .

Sur cette base et à défaut d’information officielle et précise on peut douter de l’efficacité de la dépalléthrine sur l’agent de la gale (le sarcopte scabiei). En clair si l’utilisation du Vermogal® contre les poux et les lentes est parfaitement justifiée, son usage contre la gale par contre est discutable !              

La 2ème molécule : Butoxyde de Piéronyl appelé aussi méprobutyl 
    Cette molécule n’a pas de propriétés insecticides par elle-même, elle potentialise en réalité l’effet du  pyrèthrinoïde (dans le Vermogal® c’est la dépalléthrine)

« L’action synergiste du Pipéronyl butoxyde est due à l’inhibition des enzymes oxydatives chez l’insecte capables de détoxiquer l’insecticide. L’inhibition ou le blocage de la détoxification enzymatique améliore ainsi significativement la mortalité » source Envirochem Europe

Le butoxyde agit ici en synergie, en empêchant l’élimination du pyréthrinoïde des insectes attaqués, par une inhibition des enzymes de défense. Source AFMPS. Cela rappelle en quelque sorte l’effet de l’acide clavulanique avec l’amoxicilline, ce parallèle permet de mieux appréhender cette formulation pour le commun des officinaux que nous sommes !   

La 3ème molécule : bromure de benzododecinium

Fiche descriptive sur le plan chimique du bromure de benzododecinium

C’est un antiseptique local de très faible activité, (source ANSM) de la classe des ammoniums quaternaires (un cationique ne pas mélanger avec les savons !).

Dans cette formulation son utilisation paraît a priori logique si on admet l’utilisation du Vermogal® dans la gale, en effet un antiseptique même faible pourrait faire éviter les surinfections bactériennes liées au prurit.

Dans le cas de la lutte contre les poux et les lentes l’effet antibactérien du bromure de benzododecinium, à notre avis, n’a aucun intérêt. Etant donné que l’indication du Vermogal® dans la gale est discutable sa place dans cette formulation est alors tout aussi mitigée (sauf erreur de notre part).

Au final, sauf élément qui nous échappe, le Vermogal® est un bon produit pour lutter contre les poux et les lentes moyennant les précautions d’usage. Son utilisation dans la gale n'est pas étayée par des arguments solides contrairement à ce qui est marqué sur le prospectus (Sauf erreur de notre part).    

LE VERMOGAL® EST-IL BON CONTRE LA CHUTE DES CHEVEUX ?

     Au Maroc, Vermogal® est aussi uitilisé en tant que fortifiant capillaire. Notre curiosité nous pousse à nous pencher sur cette "indication" inventée chez nous puisque non trouvée sur les documents consultés. Serions-nous des génies de cosmétique capillaire à l'insu des grands laboratoires spécialisés et surtout à moindre frais ? (19,00 DH le tube de 60g ). Il est de notoriété publique que la chute de cheveux est un gagne pain (et quel gagne pain !) pour de nombreux dermatologues et autres industries pharmaceutiques (nonobstant des charlatans). Voyons voit :     

Comment peut-on stimuler physiologiquement la repousse des cheveux ?  Il y a deux grandes démarches :

VERMOGAL® UN PRODUIT COURANT ET POURTANT LARGEMENT MECONNU

Démarche 1 :  Par action sur le système endocrinien via le blocage des androgènes. A l’heure actuelle il n’existe pas de produit à notre connaissance qui est basé sur cette pharmacodynamie. On le comprend rapidement ... car stimuler la repousse de cheveux et se retrouver avec une gynécomastie n’est pas très pratique (!!!)   

Démarche 2 : Par une action vasculaire locale, c’est le cas du minoxidil (et de ses dérivés) qui va créer une vasodilatation locale permettant une meilleure irrigation du bulbe du cheveu et donc un meilleur apport local en micronutriments.  

Cet effet peut être obtenu aussi par des substances qui ont un effet rubéfiant c'est-à-dire qui produisent une rougeur sur la peau, en dilatant les capillaires sanguins et causant un surplus de circulation sanguine dans la zone d’application ( à titre d’exemple le cosmétique Gel Rubéfiant Ducray®). Cet effet a été discuté en long et en large dans notre article : Association d’un emplâtre révulsif et d’un dermocorticoïde (juin 2012)

Notons aussi que cet effet de vasodilatation locale au niveau de la peau peut être obtenu tout simplement par le sport : affin de dégager l’excédent de chaleur provoquée par l’effort physique, le corps crée une vasodilatation périphérique afin de faciliter le transfert de chaleur, cela a pour effet collatéral de favoriser une meilleure irrigation des phanères dans l’ensemble.

Quel rapport avec le Vermogal® ?

A la page 33 de l’étude précitée de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique : Estimation des expositions de la population générale aux insecticides, on peut lire ce qui suit

« Exposition par voie orale : Les effets rapportés sur le système gastro-intestinal de personnes consommant des quantités jugées élevées de pyréthrinoîdes sont des nausées, des vomissements et des diarrhées (Gotoh et al, 1998 ; He et al, 1989). Des effets rénaux, hépatiques ou sur le système endocrinien ne sont pas rapportés, l’ingestion de quantité importante peut provoquer des tremblements, des convulsons et des céphalées importantes.
Exposition par voie cutanée : L’exposition par contact aux pyréthrinoïdes entraîne directement une irritation de la zone de contact (Schoenig 1995). Des sensations anormales (brûlure, fourmis...) au niveau de la zone de contact peuvent être observées  (leQuesne and Maxwell, 1980 ; Tucker and Flannigan, 1983).» sic  

Pas d’effet endocrinien prévisible  du Vermogal® (en particulier pas d’effet antiandrogénique), la démarche 1 est donc non valide pour expliquer l’effet sur les cheveux de cette spécialité.

Au niveau cutané par contre, l’étude rapporte une irritation de la zone de contact : c’est le fameux effet rubéfiant qui agresse le cuir chevelu et qui peut causer de grands dégâts sur les muqueuses en particulier ophtalmiques. Cet effet sur la chute est limité dans le temps et se fait moyennant des effets secondaires sérieux. Par ailleurs l’irritation (effet rubéfiant)  provoquée par ce  pyréthrinoïde n’est pas constante chez tous les patients. Elle dépend paradoxalement de la sensibilité du cuir chevelu.     

Conclusion générale :

       Non nos patients ne racontent pas forcément que des sornettes en disant que ce pellucide leur a fait du bien sur les cheveux. A nous, officinaux, d’expliquer les dangers et les limites de ce genre de produits avec des arguments sérieux.

Ce modeste travail nous a permis d’appréhender en toute indépendance  un produit largement utilisé ici au Maroc tant sur la base de sa formulation que sur ses effets collatéraux.

Merci à Dr Mouna pour sa relecture éclairée   

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 19:17

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 19:45

Le sulfate de magnésium au cours de la grossesse

Entre anomalies squelettiques fœtales et prévention de l’éclampsie

EFFET TERATOGENE DU SULFATE DE MAGNESIUM (SPASMAG°, BEROCCA°) AU COURS DE LA GROSSESSE

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Rappels déontologiques :          

      - Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

     - Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, Loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, PHARAMSTER reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

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Source principale : LA REVUE PRESCRIRE, JUILLET 2014, TOME 34, N° 369, PAGE 511

        Le sulfate de magnésium (Spasmag®,  Berocca® en association avec le carbonate de magnésium) est une simple et vielle molécule de formule  MgSO4. Cette matière 1ère qu’on trouve facilement dans le commerce (une vingtaine de DH le Kg) se présente sous forme de touts petits cristaux brillants de saveur amère (ah ! oui en pharmacie on goute …), on l’utilisait il y a encore une dizaine d’années  comme laxatif (6 à 7 g par prise) mais elle était très irritante. Aujourd'hui le sulfate de magnésium est surtout comme apport de magnésium.    

Nouvelles observations :

        A la mi-2013, l'Agence états-unienne du médicament (FDA) a analysé 18 observations publiées d'anomalies squelettiques chez des nouveau-nés exposés in utero au sulfate de magnésium administré pour une menace d'accouchement prématuré, hors autorisation de mise sur le marché (AMM) (1). Ces enfants avaient des anomalies osseuses liées à une ostéopénie, dont des fractures de côtes et d'os longs. Selon les cas, la durée d'exposition in utero avait été de 8 semaines à 12 semaines.

Une hypermagnésémie expose à une hypocalcémie à l'origine de troubles osseux. Quelques études ont montré un lien entre l'exposition in utero au sulfate de magnésium et des hypocalcémies néonatales et des anomalies osseuses après 5 jours à 7 jours d'exposition in utero (1). Les effets indésirables du sulfate de magnésium sont liés à l'hypermagnésémie, surtout des troubles de la jonction neuromusculaire et des troubles cardiaques.

Le sulfate de magnésium n'a pas d'efficacité démontrée dans la menace d'accouchement prématuré et il existe un doute sur une augmentation de la mortalité des enfants lorsqu'il est utilisé dans ce contexte (2,3). Mais il est efficace en prévention des complications de l'éclampsie chez la mère et chez l'enfant (1,3).

En effet selon ces recommandations de l’OMS datées de 2011 : « Le sulfate de magnésium est recommandé pour la prévention de l’éclampsie chez les femmes présentant une prééclampsie sévère, de préférence à d’autres anticonvulsivants. » sic. Pour plus de précisions consultez ce ficher pdf de 4 pages : OMS, Prévention et traitement de la prééclampsie et de l’éclampsie, RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS. NB pour le traitement de l’éclampsie nous vous conseillons de consulter cette fiche : Prise en charge de la pré-éclampsie sévère

RAPPEL AU SUJET  L’ECLAMPSIE : Source Larousse®

Affection grave survenant généralement en fin de  grossesse, caractérisée par des convulsions associées à une hypertension  artérielle.   La cause de l'éclampsie n'est pas exactement connue.

Symptômes et évolution :

- La maladie commence le plus souvent au troisième trimestre de la grossesse chez une femme n'ayant jamais accouché et ayant, souvent, une prise de poids excessive. Elle se manifeste tout d'abord par une hypertension artérielle, une présence anormale de protéines dans l'urine et des œdèmes. Ces signes s'accentuent tandis qu'apparaissent des maux de tête, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, des éclairs visuels et une douleur en barre à la hauteur de l'estomac, l'ensemble constituant la « pré-éclampsie ». Si celle-ci n'est pas traitée, survient l'éclampsie proprement dite, semblable à une crise d'épilepsie : perte de conscience, raideur des membres suivie de convulsions. Elle se déclenche parfois pendant l'accouchement ou immédiatement après celui-ci.

- En l'absence de traitement, l'éclampsie peut mettre en jeu la vie de la mère et, dans 50 % des cas environ, la vie de l'enfant.

L’avis du pharmacien :

Quatre idées maitresses nous semblent importantes dans ce qui vient d’être dit :

         1- Une molécule qu’on présente souvent comme naturelle [lire à ce sujet notre article : Pardon ! Vous avez dit naturel ? Aprés tout c’est juste du magnésium ! ] peut avoir des effets pharmacologiques dramatiques dans certaines conditions. La prévalence de ces effets pourrait être plus importante au vu de la multiplication et de la banalisation des compléments alimentaires à base de magnésium fabriqués sans contrôle pharmaceutique sérieux.

         2- Une hypermagnésémie expose à une hypocalcémie à l'origine de troubles osseux, c’est une idée fondamentale. Question cette affirmation est-elle spécifique au sulfate de magnésium ou à toutes les formes de magnésium type pidolate de magnésium (Magné B6®, Mag II, Maximag® …), Oxyde de magnésium ou carbonate de magnésium ?   

Si cela touche toutes les formes de magnésium, il faudra alors remettre en cause toutes ces spécialités en cas de grossesse ! 

         3- Le magnésium doit être considéré comme le parfait exemple d’un alicament (cliquer pour visualiser) qui est un simple nutriment essentiel largement disponible dans le cadre d’une alimentation équilibrée, il devient médicament dans la prévention des complications de l'éclampsie chez la mère et chez l'enfant

        4- Le sulfate de magnésium constitue aussi d’une certaine manière un parfait médicament puisqu’il est efficace pour la prévention des complications de l’éclampsie et au même temps il peut être à l’origine, chez le fœtus, de troubles de la jonction neuromusculaire et des troubles cardiaques. Par conséquent la décision d’utiliser ou non le sulfate de magnésium est une décision strictement médicale, seul le médecin traitant (voir le gynécologue) est à même de juger de l’intérêt de l’utiliser ou non. Ce n’est surtout pas le domaine des « marchants de compléments alimentaires » qui viennent avec des allégations plus farfelues les unes que les autres auxquelles une bonne partie du corps médical y croit en absence de tout sens critique et de toute rationalité.

Bien noter qu’il ne s’agit pas ici réellement d’une contradiction, puisque l’éclampsie survient généralement en fin de grossesse, la mise en place d’un traitement préventif à base de sulfate de magnésium, comme le préconise l’OMS,  ne devrait pas poser de problème puisque l’essentiel des structures musculo-squelettiques est déjà mis en place.        

Conclusion :

       Cet article que nous vous faisons partager est une révélation pour nous-mêmes ! C’est simplement un modeste effort de formation continue sincère, intègre et indépendant.

       Face à une molécule dont la vente selon certains économistes devrait être libéralisée, on se rend compte ici de l’importance du double verrou pharmacien – médecin pour un usage sécurisé des produits destinés à la santé humaine. Oui mais ... ce verrou fonctionnera  à condition que l’officinal ne reste plus cloitré dans son rôle de « délivreur de médicament » mais s’implique d’avantage d’une part par des analyses critiques indépendantes et d’autre part par des propositions constructives pour améliorer la santé de nos concitoyens.         

Bibliographie :

1- US Food and Drug Administration "FDA recom­mends against prolonged use of magnesium sulfate to stop pre-term labor due to bone changes in exposed babies" 30 mai 2013 : 4 pages.

2- Prescrire Rédaction "Menace d'accouchement prématuré. Les tocolytiques ont une place limitée" Rev Prescrire 2002 ; 22 (232) : 676-686 + (235) II de couv.

3- "Magnesium, Eclampsia and pre-eclampsia". In  : "Martindale The complete drug reference" :2 pages.

4- Dovault « L’officine », 23ème édition, page 1035

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 18:30

Evénement

Retour du Métcolpramide en pédiatrie

Un rétropédalage contrôlé

Retour du Métoclopramide en pédiatrie

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Rappels déontologiques :          

      - Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

     - Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, Loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, PHARAMSTER reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

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Source principale : « Réévaluation, métoclopramide chez certains enfants : retour » LA REVUE PRESCRIRE JUIN 2014/TomE 34 N° 368, PAGE 421.

Sur PHARHAMSTER : Interdiction du métoclopramide et ses alternatives en pédiatrie  

Métoclopramide DCI, Spécialités au Maroc : Primpéran®, Cloprame®, Vomistop®  

 

               Le 14 octobre 2011, l’AFSSAPS (ANSM aujourd’hui) avait décidée d’interdire l’utilisation du métoclopramide en pédiatrie [lire à ce sujet notre article : Interdiction du métoclopramide et ses alternatives en pédiatrie]. A notre surprise, la revue Prescrire dans son n° de juin 2014 rapporte ce qui suit :

 « Suite à une réévaluation européenne, le métoclopramide redevient autorisé chez les enfants âgés de plus de 1 an, uniquement en 2e ligne en cancérologie et en postopératoire. Étant donné ses effets indésirables, il est prudent d'utiliser la posologie minimale efficace durant la plus courte durée possible.»

La revue ajoute : « Suite à une première réévaluation européenne datant de 2010, l'Agence française des produits de santé (ANSM) avait contre-indiqué, l'utilisation du métoclopramide chez les enfants, en raison

- d'une efficacité peu établie à cet âge,

- et des effets indésirables disproportionnés, notamment neurologiques et cardiaques (1).»

En parallèle, l'ANSM a demandé à la Commission d'autorisation de mise sur le marché (CHMP) de l'Agence européenne du médicament (EMA) de réévaluer la balance bénéfices-risques du métoclopramide chez les enfants et chez les adultes (1). À l'issue de cette réévaluation l'ANSM a conclue fin 2013 à : Une balance bénéfices-risques favorable du métoclopramide chez les enfants âgés de plus de 1 an, en 2° ligne dans deux situations :

- la prévention des nausées et vomissements retardés induits par la chimiothérapie, par voie parentérale ou orale et pour une durée maximale de 5 jours ;

- le traitement des nausées et vomissements postopératoires, uniquement par voie parentérale, et pour une durée maximale de 48 heures (3).

Selon la revue : malgré le peu de données d'efficacité chez les enfants, surtout dans les nausées et vomissements après une chimiothérapie, la Commission d'autorisation de mise sur le marché a proposé le maintien du métoclopramide, car les autres options acceptables sont peu nombreuses (3). Eh bien c'est quasiment la conclusion de notre analyse du 07 décembre 2011 !!! lire :  Interdiction du métoclopramide et ses alternatives en pédiatrie

Néanmoins Chez les enfants âgés de moins de 1 an, les conclusions de l'ANSM restent sur une balance bénéfices-risques défavorable du métoclopramide dans toutes les situations (3).

Afin de limiter les effets indésirables neurologiques dose-dépendants, l'ANSM recommande des doses chez les enfants de : (Ah ! c’est éminemment important, notez le … affichez le … bref retenez le …)   

================================================================================

0,10 à 0,15 mg/kg, 1 à 3 fois par jour, par voie orale ou par voie intraveineuse, sans dépasser 0,5 mg/kg par jour.

Ces doses sont similaires à celles qui figuraient dans les RCP français (3).

================================================================================.  

En pratique pour une spécialité comme le Primpéran® solution 0.1% (0.1g pour 100 ml) càd : qui contient 100 mg de métoclopramide par 100 ml de solution buvable  soit 1mg/1ml la posologie devient

0.10 à 0.15 ml / kg par dose 1 à 3 fois par jour.

Pour un enfant de 2 ans, pesant 12 kg, avec une posologie moyenne de 0.125 ml/kg par dose : La dose unitaire est 1.5 ml 1 à 3 fois par jour. Question : comment l'administrer correctement ? On y reviendra ci-après ...  

La revue note qu'au 14 mai 2014, ces recommandations du la Commission d'autorisation de mise sur le marché, validées par la Commission européenne fin 2013, n'ont été incluses que dans certains RCP des spécialités à base de métoclopramide pour enfants (3).

Elle ajoute que d'ici à l'arrivée d'une forme buvable de métoclopramide avec un conditionnement adapté aux enfants (en France … car au Maroc il faut prier le bon Dieu pour que cela arrive de ces jours), quand la solution buvable adulte à 1 mg/ml semble la meilleure option, il faut déconseiller l'usage de la cuillère-mesure afin de limiter les erreurs de dose. Faute de mieux, il faut aussi fournir une seringue orale graduée adaptée à la dose, et préciser sur l'ordonnance le volume à administrer.

Ce que dit ici la revue Prescrire nous l’avons  explicité, il y a longtemps,  en long et en large dans un article intitulé (à lire absolument) : Cuillérées à café et cuillérées à soupe. Réflexion autour d’un  héritage désuet et obsolète de la pharmacie de 20ème siècle. En effet l’utilisation d’une cuillère-mesure est à bannir absolument en pédiatrie, autant pour le métclopramide que pour le salbutamol ou pour la codéine. A notre modeste avis, une prescription logique en pédiatrie doit se baser sur le poids de l’enfant et non pas l’âge, elle devrait absolument être formulée en ml et non càc ou cuillère-mesure

À ce propos le seuil de 1 an tel que précisé par la Commission d'autorisation de mise sur le marché (CHMP) de l'Agence européenne du médicament (EMA) nous parait sauf erreur de notre part comme un seuil très fluctuant, car la variation du poids en pourcentage  est importante, cette variation peut induire des erreurs fort importantes, l'idéal serait de se baser sur le poids comme seuil ey non sur l'âge.  

Conclusion :

       Certes le retour du métoclopramide en pédiatrie n’implique le retour à la situation d’avant puisque les indications légales sont très restreintes. Néanmoins il nous semble, sauf erreur de notre part, que l’interdiction d’utiliser le métoclopramide en pédiatrie a été une décision hâtive, basée sur le sacrosaint principe de précaution … or ce principe s’il est appliqué littéralement sur les médicaments, impliquerait le retrait de la quasi-totalité des produits utilisés aujourd’hui puisqu’ils exposent tous à des effets secondaires plus ou moins important. La prise d’un médicament implique systématiquement une prise de risque et c’est du ressort du corps médical de le justifier en fonction des données cliniques et biologiques voire sociales à sa disposition.

Autre élément, statistiquement ce n’est pas le nombre d’effets secondaires survenus qui est à retenir en premier mais la probabilité de survenue de ces évènements. Cette probabilité, doit être elle-même rapportée au nombre de boites effectivement utilisées. L’idée est d’éviter l’écueil suivant : un produit peu vendu aura logiquement moins d’effets secondaires rapportés qu’un produit à large diffusion.

Comme on l’a montré à plusieurs reprises ici, c’est le mésusage et la banalisation à outrance du médicament, avec l’aval parfois des autorités de tutelle, qui est source de la recrudescence des effets secondaires d’un certains nombre produits utilisé depuis fort longtemps. Cela nécessite une profonde remise en cause de nos pratiques quotidiennes et des méthodes de diffusion de l’information sur le médicament qui dépendent énormément du markéting des industriels, directement via les visiteurs médicaux et de façon institutionnelle via le contrôle des congrès et des symposiums voir de la formation directe des médecins et des pharmaciens.

Et les officinaux ? L’officinal à travers ses instances représentatives devrait être au cœur de la diffusion d’une information objective, rationnelle, intègre, rigoureuse et indépendante de tout lobby. Malheureusement, les connaissances pharmacologiques sont accaparées par les industriels, les données médicales sont la chasse gardées des médecins, et l’officinal se comporte comme un simple délivreur de … médicament sans avis critique ni proposition constructive. Lire à ce sujet notre analyse : La crise de l’officine  en chiffres

Bibliographie :

1- Prescrire Rédaction "Métodopramide : contre-indiqué chez les enfants" Rev Prescrire 2012 ; 32 (345):507.

2- "Metoclopramide". In: "Martindale The complete drug reference" The Pharmaceutical Press, London. Site www.medicinescomplete.com consulté le 27 février 2014 : 29 pages.

3- Commission européenne "Décision d'exécution de la Commission concernant (...) les AMM (...) contenant uniquement du métoclopramide" + "Annexes" 20 décembre 2013: 68 pages.

4- ANSM "Point d'information - Primpéran et ses génériques (_.) : actualisation des indications et de la posologie pour diminuer le risque d'effets indé­sirables" + "Rappel de lots - Spécialités fortement dosées en métodopramide" 12 février 2014+"Lettre aux professionnels de santé - Spécialités à base de métoclopramide : actualisation des indications et de la posologie" 12 février 2014: 5 pages.

5- Prescrire Rédaction "ondansétron-Zophren° ou autre" Rev Prescrire 2008 ; 28 (296) : 413.

6- Prescrire Rédaction "Dompéridone : une approche du nombre de morts subites en France (...)" Rev Prescrire 2014; 34 (365) : 195-197.

7- EMA "Assessment report - Metodopramide only containing medicinal products" 20 décembre 2013 : 33 pages.

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 17:18
ESCAPADE HTA AVC CHU Etc.

Là la chute est la petite phrase à gauche ...

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