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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 20:43

L’EXTRAORDINAIRE HISTOIRE

DE L'EX-HÔPITAL MILITAIRE MARIE FEUILLET DE RABAT

 

L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE L'EX-HOPITAL MILITAIRE MARIE FEUILLET DE RABAT

        Appelé communément par les marocains MARIFIYI, l’ex-hôpital militaire MARIE FEUILLET DE RABAT, abrite non seulement une part importante de l’histoire de la médecine au Maroc, mais aussi de l’Histoire (avec un grand H) tout court.

Situé au quartier populaire l’Océan, l’hôpital militaire MARIE FEUILLET a été fermé en 1999 remplacé depuis par un établissement flambant-neuf situé au quartier huppé de Hay Riad : l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V(HMIMV).   

L’excellent historien Hassan Aourid dans cet article paru dans la non moins excellente revue marocaine spécialisée  de l’histoire : Zamane [ www.zamane.ma/ ], nous rapporte un éclairage extraordinaire que peut de gens connaissent, et pourtant cela fait partie de notre patrimoine matériel et immatériel.   

Source : Hassan Aourid « Marifiyi, lieu de mémoire » Revue Zamane, n°33-34, pages 96-97, août/septembre 2013. Article lui-même basé sur le livre « L'hôpital Marie Feuillet de Rabat, origine, histoire et évolution » (2012), de Ali Akhddar

        « Récemment, un chauffeur de taxi à qui j'ai demandé de me conduire à l'hôpital Marifiyi m'a rétorqué : « Lequel ? L'ancien ou le nouveau ?» La confusion devrait pourtant être levée pour lui entre l'ancien hôpital militaire et le nouveau. J'ai alors compris qu'il y avait plusieurs confusions à lever sur le nom, devenu pour mon chauffeur de taxi une fonction, tout comme sur le lieu, qui abrite non seulement une part importante de l'histoire de la médecine au Maroc, mais aussi de l'histoire tout court, et qui est peu connue. N'était-il pas question de le raser? On se plaignait de sa vétusté et de la dégradation de ses bâtisses.

Une retraite du sultan Moulay Sliman & un palais d'été du sultan Moulay Abdelaziz

         Ce même lieu était initialement une retraite du sultan Moulay Sliman [1], connue sous le nom de Dar al-Bahr, avec des constructions au style mauresque sobre, des jardins et un promontoire qui donne sur la mer. Il ne reste de ce promontoire que deux petites tourelles séparées de la bâtisse parla route côtière. Ce même lieu a été également le palais d'été du sultan Moulay Abdelaziz [2]. C'est d'ailleurs là qu'il avait reçu en octobre 1907 la délégation présidée par l’ambassadeur Regnault, accompagné du commandant de la région d'Oran : Lyautey. C'est donc un lieu qui atteste des prémices de normalisation avec la France et le prélude au Protectorat. C'est dire combien son histoire est chargée.

Dans ce qui était un centre de santé à Sidi Fath, au coeur de la médina de Rabat, on a pensé, depuis la conclusion du traité du Protectorat et l'établissement de la ville de Rabat, en juillet 1912, comme capitale, opérer une extension pour répondre aux besoins et à la demande croissante. Un hôpital de campagne étant érigé initialement autour du lieu historique qu'était Dar al-Bahr, il sera choisi pour devenir l'hôpital militaire Mohammed V, ou Marie Feuillet, ou selon l'usage local « Marifiyi» . Qui était donc cette dame Marie Feuillet, immortalisée dans l'imaginaire collectif marocain par « Marifiyi » ?

Marie Feuillet, l’infirmière engagée

     savons, grâce au travail de M. Ali Akhaddar, qui a réservé une recherche à l'histoire de cet hôpital, que Marie Feuillet était une infirmière major qui a servi au Maroc dans la foulée des pionniers. Elle a fait de sa charge un sacerdoce, sans être pour autant une religieuse:

     -  Née le 30 mai 1864, Marie Huot, mariée à Jaques Feuillet, eut le malheur de perdre son époux en 1887. Elle se trouva donc veuve à l'âge de 23 ans, puis perdit ses fillettes neuf mois plus tard emportées par la rougeole.

    - Elle décida alors de faire de son épreuve une raison pour soulager la souffrance humaine. La jeune femme se consacra à l'activité infirmière à partir de 1890.

    - En 1907, elle servit en Oranais, sous le regard bienveillant mais scrutateur de Lyautey, commandant de la région.

     - En 1911 déjà elle est au Maroc. En février 1912, avant la conclusion du traité du Protectorat, elle fut décorée par la croix de chevalier de la légion d'honneur. Elle devait accompagner l'été de la même année une caravane médicale à l'intérieur du Maroc, et c'est là que sa vie s'achève à Meknès le 24 août 1912.

Voici une description des derniers jours de Mme Marie Feuillet :

«Partie de Rabat le jeudi 15 août, avec le convoi, elle s'est sentie souffrante à la première étape à camp Monod. Elle voulut néanmoins poursuivre sa route, attribuant son indisposition à une migraine (...) Les cahots des voitures d'ambulance sur les pistes mal tracées, la poussière, la chaleur étouffante des tentes en plein soleil ont fait du voyage un véritable martyre pour notre malade. A notre arrivée à Meknès, elle continua à beaucoup souffrir pendant trois jours, avant de s'éteindre paisiblement le samedi 24 août 1912 ».

Lyautey, qui l'a connu en Oranais, lui rend un hommage émouvant : «Je l'ai trouvée à Rabat, disait-il, aux chevet de nos camarades qu'elle disputait à la mort sans que nous puissions nous douter que c'était eux, que nous croyions perdus, qui lui survivraient. A leur rendre la vie, elle a épuisé ses dernières forces ».

     - En octobre 1912, Lyautey prend la décision de baptiser l'hôpital militaire de Rabat en son nom et de faire de ce lieu, le fleuron de l'équipement hospitalier militaire en Afrique du Nord.

     - Les travaux d'aménagement continuèrent. L'hôpital connut en 1914 une expansion pour pouvoir répondre au voeu du premier Résident général, Lyautey. Le projet fut confié à un architecte monégasque, Léon Fombertaux, imprégné du génie architectural hispano-mauresque, que la direction des Beaux-Arts, sous Prost, proche de Lyautey, tâchait d'imprimer au Maroc. Il fut doté d'un bloc opératoire en 1937, le plus moderne du pays.

     - Puis, le 15 mai 1963, il change de nom pour devenir « l'hôpital militaire d'instruction Mohammed V ».

Il demeure, avec l'hôpital Louis de Meknès (plus connu sous le nom de « Lgbibat »), l'un des fleurons de la médecine au Maroc, avec une très belle architecture, unique en son genre, tout comme le sanatorium de Ben Smim, qui tombe en ruine. »

Annexe, précision sur quelques personnages cités dans le texte : 

1- Le règne de moulay slimane (1792-1822) correspond à une époque où le contexte international est troublé par la révolution française et les guerres napoléoniennes qui ravagent l'Europe.
En réaction à cette situation le makhzen, adopte une politique de repli presque total. Ainsi, quand en 1808 napoléon Ier envahit l'Espagne et propose au Maroc de restituer Ceuta et Melilla en échange de son soutien contre l'Angleterre, Moulay Slimane refuse catégoriquement cette offre et répond avec mépris à l'empereur français "que l'Espagne ne lui appartient pas et que le makhzen refuse de traiter avec les usurpateurs".
En outre Moulay Slimane, s'il se méfiait de l'occident, était un souverain mystique qui entretenait de solides rapports avec Ibn Saoud d'Arabie. Moulay Slimane sera d'ailleurs le premier à introduire le wahhabisme au Maroc, allant jusqu'à interdire par dahir les Moussems et les pèlerinages aux marabouts. Cela provoquera un soulèvement généralisé des tribus amazigh et même de la capitale, Fès.
Après un règne agité, assombri par de terribles épidémies de peste (1799 et 1820) ainsi que par des famines et des sécheresses, Moulay Slimane finira par abdiquer au profit de son neveu, Moulay Abderrahmane.

2- Moulay Abdelaziz, (1878-1943), sultan du Maroc entre 1894 et 1908. Fils d'Hassan Ier et d'une esclave circassienne du nom de Lalla Rkia[]. Il accède au trône à l’âge de 16 ans, le 7 juin 1894, son frère aîné ayant été déshérité. Le grand vizir Bahmad exerce la régence jusqu'à sa mort en 1900. Il poursuit la politique de balance et d’hésitation entre les puissances européennes.

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commentaires

parent 27/12/2015 11:01

1940 ma mere m'y a donne naissance ,1958 mon fils y est ne ce jour meme la princesse lalla Amina soeur de Moulay Hassan et de Moulay Abdallah etait venue visiter l'hopital , comme le temps passe ....Mais qu'est devenu l'hopital Avicennes ?

dess 20/04/2014 05:22

Y a beaucoup de non dit !!!! L'histoire de ce lieu mérite un vrai beau livre !!! Cordialement

Legendre christine 16/04/2014 09:56

L'histoire de ce magnifique bâtiment si prêt de la côté est très intéressante ,pourvu que l'on puisse le remettre en état et lui donner une autre vocation !

Amster 16/04/2014 10:56

C’est un espoir fort louable que vous exprimé mais il ne peut se réaliser que si les élus et la population en générale aient la culture nécessaire pour apprécier et mettre en valeur l’Histoire. Sachant qu’une société qui ne valorise pas (sans fioriture) son histoire ne peut prétendre à construire son avenir. Or nos élus sont plus enclins à la spéculation immobilière qu’à une quelconque pensée structurée orientée vers le progrès.

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