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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 18:51

LECTURE OFFICINALE

Les risques liés à l’utilisation des anti-inflammatoires avant un marathon

 

LES RISQUES LIES A L'UTILISATION  ANTI-INFLAMMATOIRES AVANT UN MARATHON

Source : Etude allemande publiée avril 2013

Ref : M Küster et coll. : Consumption of analgesicsbefore a marathon and the incidence of cardiovascular, gastrointestinal and renalproblems: a cohortstudy. BMJ Open 2013; 3:e002090. doi:10.1136/ http://bmjopen.bmj.com/content/3/4/e002090.full.pdf+html

  

Objectifs de l'étude :

       Suite aux révélations d’une enquête allemande qui a montré que les 2/3 des participants à un marathon prenaient avant le départ des antalgiques sans ordonnance et que la plus part d’entre eux les utilisent avec doses supra-thérapeutiques, les auteurs de la dites enquête ont voulu savoir si la prise d’antalgique avait un intérêt pendant le déroulement de la course ou si au contraire elle exposait à des effets secondaires. 

Méthode :

- Un questionnaire a été envoyé aux 7048 participants du marathon de Bonn 2010

- Près de la moitié des sportifs 3913 ont répondu

Résultats :

  - 47% ont pris du diclofénac [Voltarène® ou autre], dont 11 % des athlètes avouent prendre des doses supérieures aux doses recommandées (> 100 mg),

 - 43% ont pris de l’ibuprofène [Brufen® ou autre] avec des doses de plus de 800 mg…

 - Les 10% restant prenaient de l’aspirine à des doses plus raisonnables et une minorité de coureurs prenaient d’autres AINS, célécoxib [Celebrex®], naproxène [Naprosyne®], etc.

 - 54 % des répondants ont pris ces médicaments sans ordonnance et la presque totalité se disent non informés des risques que comporte la prise d’antalgiques pendant le sport.

 

L’analyse des données révèle que chez les coureurs ayant pris des antalgiques, l’incidence d’effets indésirables est 5 fois plus élevée que pour ceux qui ne prennent rien.

Les effets indésirables surviennent

- pendant la course, notamment sous forme de crampes abdominales (14 % dans cette cohorte), entraînant un nombre non négligeable d’abandons,

- mais aussi après la course, où les athlètes ayant pris des antalgiques sont plus susceptibles de souffrir de manifestations cardiovasculaires telles qu’arythmie ou palpitations (9 % vs 3 %).

Ces incidents sont d’autant plus fréquents que les doses absorbées sont plus importantes. Et parallèlement à ces risques accrus d’effets indésirables, le bénéfice des antalgiques est loin d’être évident puisque les douleurs musculaires et articulaires après la course sont plus fréquentes chez ceux qui en avaient consommé.

Au total 9 coureurs ont été hospitalisés après la course, tous avaient pris des antalgiques avant le départ. Trois ont été hospitalisés pour une insuffisance rénale après l’absorption d’ibuprofène, 4 pour des saignements (après prise d’aspirine) et 2 pour des infarctus (après prise d’aspirine).

Il n'y avait pas de différence significative entre le taux de retrait de la course prématurée dans la cohorte des analgésiques et la cohorte qui n'ont pas pris des analgésiques («témoins»).

Discussion :

     Ce travail confirme les conclusions de précédents travaux qui montraient que l’incidence et la sévérité des perturbations électrolytiques, des problèmes intestinaux ou cardiovasculaires, pendant et après les courses, augmentent avec la prise d’antalgiques anti-inflammatoires, réduisant d’autant les bénéfices de l’activité sportive.

L'utilisation d'analgésiques et d’AINS avant de participer à des sports d'endurance peut causer un nombre important d’effets indésirables potentiellement graves. Ces effets secondaires augmentent avec l'augmentation des doses.

L'utilisation d'analgésiques avant les sports d'endurance pose un véritable problème médical largement sous-estimé par les sportifs   

L’avis du pharmacien :

     Les études basées sur des questionnaires complétés par les patients eux-mêmes nous laissent parfois perplexe quand à la fiabilité des réponses. Il n’en demeure pas moins qu’au vu de la revue ou cette étude a été publiée (BMJ), le sérieux de ce travail ne devrait pas être remis en cause.

     Les effets secondaires constatés par cette équipe allemande peuvent théoriquement s’expliquer par le fait qu’une activité physique d’endurance crée une déplétion hydrique, de facto la concentration de toute molécule absorbée avant le début le début de l’activité se trouve largement augmentée. Ceci nous rappel les effets secondaires de certains médicaments (en particulier les quinolones) au cours du mois de Ramadan.

Toute perte hydrique importante influence logiquement la pharmacocinétique des molécules absorbées ce qui implique des effets secondaires plus ou moins accentués.  

    L’utilisation de tout médicament avant toute activité physique (en particulier quand c’est intensif) doit être évaluée sérieusement, d’autant plus que le risque est important et le bénéfice escompté n’est pas au rendez-vous.

Une question se pose logiquement : si avant l’activité physique la prise de médicament est à proscrire, qu'en est-il de la prise d’AINS après l’activité physique ?

     Pour essayer de répondre à cette question il faut rappeler que « Dans le domaine sportif, le bain de glace est régulièrement utilisé par les athlètes dans le but d’optimiser la récupération suite à des entraînements physiques exigeants » [Source, un remarquable site canadien parfaitement documenté avec une bibliographie de bonne facture PERFORMANCES SPORTS ]. Le froid, en fait,  va agir comme un anti-inflammatoire.

    Au cours d’un exercice d’endurance le muscle est sollicité en premier mais aussi les articulations qui subissent des microtraumatismes pouvant être à l’origine de blessures survenant bien après la course. Le froid après un exercice intense améliorerait certainement la récupération musculaire mais aussi, à notre sens, pourrait bloquer aussi l’inflammation liée aux microtraumatismes.     

  Les bains de glace exigeant une structure qui n’est pas disponible pour le grand nombre, l’idée d’utiliser un AINS de façon ponctuelle après un effort intensif est, à notre sens, recevable (l’erreur est possible). Particulièrement chez des sportifs amateurs sujets à des blessures à répétition. Il est évident que l’AINS ne remplacera jamais les techniques classiques de récupération :

  • Repos
  • Hydratation correcte avant, au cours, et après l’effort
  • Durant les 24h après l’effort, une alimentation peu protéique et peu grasse, afin de ne pas trop solliciter le tube digestif qui est un gros consommateur d’énergie.       

A notre avis un marathon réussi est un marathon

  • qui a été bien préparé entre à 1 à deux mois, sur la base d’un potentiel de fond qui doit être préparé des années durant.
  • avec un chrono qui correspond aux capacités du moment du sportif
  • et surtout une récupération dans de brefs délais  

La véritable performance sportive pour un amateur ne se mesure pas par un chrono, c’est absurde voir suicidaire, l’objectif premier est un objectif santé. Autrement dit une bonne préparation sur un foncier - en termes de santé - correcte, un chrono adéquat, et surtout une récupération rapide et sans blessures ultérieures. Cette bonne récupération devrait être le véritable baromètre d’un marathon réussi. Le chrono devient un simple élément factuel, l’objectif santé reste la priorité des priorités est c’est l’essence même du sport.

PS : Cet article est dédié particulièrement aux au participants marocains du MARATHON DE SEVILLE qui se déroulera le 24 février 2014. Bonne préparation, bonne course & très bonne récupération dans la continuité.

Bonne année 2014                  

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commentaires

Dr. Pharmacien 09/01/2014 23:23

Vu que les prostaglandines favorisent la contraction musculaire ==> un AINS = Anti-prostaglandines (Mécanisme d'action) ==> Entraînera surement une altération des muscles.
Cdt

Amster 13/01/2014 19:59

Votre remarque est pertinente sauf que l’effet contracturant des prostaglandines s’exerce de manière plus prononcée (voir spécifique) sur le muscle lisse et en particulier sur le muscle utérin, comme on l’avait discuté dans notre article : ARTOTEC UN ABORTIF CACHE ! ANALYSE CRITIQUE COMPAREE AVEC LES COXIBS (cliquer pour visualiser). Par ailleurs en scrutant les effets secondaires d’un certains nombre d’AINS on remarque l’absence d’effet secondaire de ce genre, de plus les AINS sont largement prescris en association avec les myorelaxant type colchicoside, si les AINS avaient un effet contracturant cette association serait un non sens. Au final sur le plan pharmacodynamique on peu supposer un éventuel effet contracturant, en pratique cet effet absent (sauf erreur de notre part)
Par contre je m’attendais à ce qu’on relève les effets secondaires type cardiovasculaires. En effet après un effort intensif, non seulement l’appareil locomoteur a besoin de repos mais aussi l’appareil cardiovasculaire, nous supposons que pour éviter d’éventuels effets délétères décaler la prise de l’AINS jusqu’au repos total du système cardiovasculaire.

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