Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 20:06

MESUSAGE DE PSYCHOTROPES CAS DU BROMAZEPAM

     Dans une insertion la revue à distribution gratuite DOCTINEWS* a rapporté l’information suivante :  

« CONTRÔLE DES STUPÉFIANTS 

Le Maroc siège désormais à l’OICS : Le Pr Jallal Toufik, psychiatre et directeur de l'hôpital Arrazi de Salé, a été élu par le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) en tant que membre de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS). Cet organisme a pour mandat la mise en œuvre de la Convention unique sur les stupéfiants signée en 1961 et compte 13 membres d'experts indépendants qui ont pour mission d'examiner les moyens à même de limiter la fabrication et de réglementer la distribution des stupéfiants dans le monde. Il est également chargé d'élaborer un rapport annuel sur la situation des drogues dans le monde. L'élection de l'expert marocain est une reconnaissance de la contribution du Royaume aux efforts internationaux dans la lutte contre les stupéfiants, la criminalité transnationale organisée, ainsi que les substances psychotropes, qui constituent, aujourd'hui, un défi majeur pour la santé de la jeunesse mondiale. »

*Source : DOCTINEWS, n°66, page 6, mai 2014

L’avis du pharmacien :

         Cette reconnaissance est vraisemblablement plus en rapport avec la personnalité même de l’élu, Pr Jallal Toufik, qu’au mérite de nos autorités dans la lutte contre le mésusage des psychotropes dans notre pays.

Cas d’officine

A ce propos nous avons reçu dernièrement l’ordonnance suivante :

MESUSAGE DE PSYCHOTROPES CAS BROMAZEPAM

Rappels déontologiques :        

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

  - les coordonnés du médecin traitant et du patient on été expressément masqués. Cette image est publiée à titre strictement informatif afin de rapprocher le plus possible le lecteur de la réalité complexe de notre exercice professionnel.      

- Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. - Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, PHARAMSTER reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

 

Prescripteur : Médecin généraliste secteur public

Patient :         Jeune mère de famille de 36 ans

Ordonnance :

           - Anxiol® 6mg Boite de 30 CP :

                        DCI bromazepam (ici c'est une copie du célèbre Lexomil®)

                        Prix PPV : 36.70 DH

Le bromazepam appartient à la classe des 1-4 benzodiazépines et il a une activité pharmacodynamique qualitativement semblable à celle des autres composés de cette classe, à savoir : myorelaxante, anxiolytique, sédative, hypnotique, anticonvulsivante et amnésiante.

            - Magmine® boite 30 CP : un complément alimentaire à base de magnésium 300 mg par CP sous forme d’oxyde de magnésium. Prix PPC : 99.00

Analyse critique :

    Au niveau du fond : l’intérêt du magnésium dans les troubles d’anxiété nécessitant une benzodiazépine est quasi nul. C’est au mieux un placébo, mais ici c’est un placébo de luxe, et pour cause payer 99,00 DH pour un produit non remboursable, pour une population où la consommation moyenne annuelle en médicament ne dépasse pas les 400,00 DH par habitant est tout simplement un non sens thérapeutique (et civique). D’autant plus que le patient se trouve ici dans une fragilité psychologique et qu’il n’a pas les moyens de faire la part des vérités et des demie-vérités qui, dans la pratique quotidiènne, deviennent de vrais mensonges.

   Au niveau de la forme :

Ça saute aux yeux … c’est une ordonnance :

- Rédigée sur un simple bout de papier ordinaire, lui-même « offert » par un distributeur de compléments alimentaires (Marque DietAZ)

- Rédigée sans mentionner le nom du patient

- La durée du traitement du bromazepam (Anxiol®) n’est pas mentionnée.

- Un simple tampon, plus ou moins lisible, est utilisé en guise d’entête.

Conclusion :

      Un terme résume ce cas d’officine : la banalisation. Sous les effets conjugués de la pression du marketing pharmaceutique et du manque de moyens dans les structures (en particuliers ceux périphériques) de la santé publique, on constate une banalisation accrue auprès du corps médical de l’usage de certains psychotropes, allant jusqu’à négliger les règles de base de leurs prescription.

L’élection d’un cadre marocain de haut niveau en tant que membre de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) qui a pour mission entre autre d'examiner les moyens à même de limiter la fabrication et de réglementer la distribution des stupéfiants dans le monde ne correspond pas à une quelconque consécration de la politique nationale.

La réalité est loin de là … lire à ce sujet notre article du 04 avril 2014 : UN JEUNE SUR CINQ AU MAROC SOUFFRE DE TROUBLES MENTAUX (cliquer pour visualiser), trafique et mésusage de psychotropes est monnaie courante dans notre pays avec des effets catastrophiques sur une frange importante de notre population.

La majeure partie de ce trafique (du moins on l’estime) se situe vraisemblablement hors du circuit formel et réglementé du médicament. Néanmoins une partie de ce mésusage est initialisée par des prescriptions « males ficelées » dues certainement à une banalisation importante auprès du corps médical et un manque de moyens humains et materiels à même de répondre en toute sécurité à la fragilité psychologique de bon nombre de nos patients.                   

Partager cet article

Repost 0
Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
commenter cet article

commentaires

Docteur Ka 26/06/2014 22:00

Dans les pays qui se respectent, il y a distribution d'ordonnanciers pour les stupifiants numérotes et sécurisés, mais devant un ordre de médecins pour la forme on verra encore..

Amster 26/06/2014 23:17

En tant que simple officinal, je pense que... plus qu'une question de structures ou d'organisations c'est une prise de conscience citoyenne qui est nécessaire ... et on en est loin

Recherche