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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 18:22

Lecture Officinale

RAMADAN & GROSSESSE QUEL IMPACT ?

RAMADAN & GROSSESSE

Source : Chraibi C*, Harizi H**, HANAFI Y*** « Ramadan et grossesse, quel impact ? », Doctinews, n°67, page 29-32, juin 2014.

*Chef de service gynécologie obstétrique, Maternité des Orangers, CHU Rabat - ** Gynécologue, obstétricienne, Maternité des Orangers, CHU Rabat - *** Médecin résident, Hôpital des spécialités, CHU Rabat.

        Le sujet de cet article nous a apparu fort important, car il donne des éléments de réponse à la question de la poursuite du jeûne pour une femme enceinte.  D’autant plus que les études traitant de l'impact du jeûne du Ramadan sur la grossesse sont rares   

Objectif :

Etudier, d’une part, les répercussions du jeûne sur la femme enceinte et les pathologies gestationnelles pouvant apparaître durant la grossesse, et d’autre part, l’impact du jeûne sur le nouveau-né.

Méthode :

- Etude rétrospective à partir des dossiers de la Maternité des Orangers, CHU Rabat.

- Période analysée : les 12 mois de l’année 2005, de janvier à décembre.

- Panel : Les 6023 femmes enceintes qui s’étaient présentées au cours de cette année pour une prise en charge de leur grossesse et de leur accouchement on été classées en 2 groupes

Groupe 1 :   1455 femmes qui  ont jeûné durant leur grossesse.

Groupe 2 :   3028 femmes qui n’ont pas jeûné durant leur grossesse

Le reste, soit 1545, leurs grossesses n’ont pas coïncidé avec le Ramadan   

- Les dossiers sélectionnés comprenaient en outre, précision importante, le nombre de jours et le trimestre de jeûne.

Résultats :

Présentés ici de façon de façon succincte  

 

Groupe 1

Ramadan

jeûné

Groupe 2

Ramadan non jeûné

Déroulement normal de la grossesse.

82.6%

84%

Menace d’accouchement prématuré

3.1%

3%

Menace d’avortement qui a compliqué la grossesse

2.%

2.5%

Rupture prématurée des membranes avant terme

1.75%

0.8%

Complication maternelle au cours de l’accouchement

8.3%

10.26%

Souffrance néonatale du nouveau-né  

5.07%

7.16%

Détresse respiratoire du nouveau-né

3.7%

7.16%

Score d’Apgar  sup à 7 (normal)

92.63%

96.05%

Poids à la naissance inf 2500g

11.2%

5.58%

Conclusion des auteurs :

« Dans notre étude, le Ramadan n'a eu aucun impact sur les risques de fausse-couche spontanée ou de mort fœtale in utero, de malformations, de prématurité, de détresse respiratoire.

L'impact du jeûne sur l'hypotrophie fœtale est le seul paramètre ayant été révélé par cette étude. Cette hypotrophie est d'autant plus fréquente chez les patientes ayant jeûné le 1er trimestre et lorsque le nombre de jours de jeûne est important. »

Les auteurs conseillent : « La qualité de la relation médecin-malade est essentielle pour une prise en charge la mieux adaptée. Or, sous-estimer l'importance du Ramadan pour la patiente musulmane, en méconnaître les modalités, ou préjuger de ses effets sur le fœtus conduisent à des situations où l'existence même de cette particularité religieuse est niée, voire même source de situations conflictuelles. Ce travail a apporté des réponses qui pourront rendre cette relation plus sereine. En effet, le soignant doit  aborder ce sujet avec sa patiente, afin de lui montrer qu'il respecte ses choix et qu'il est prêt à l'accompagner quelle que soit sa décision. »

L’avis du pharmacien :

      Comme l'affirme les auteurs ce travail apporte en effet une certaine sérénité à ce sujet, loin des partis pris.Au niveau officinal, face à une question de cet ordre il serait irresponsable de dire à la femme enceinte de jeûner ou non, c’est du ressort du médecin traitant. Une attitude officinale logique serait, qu’à l’approche du mois de Ramadan, de conseiller à la femme enceinte de faire une visite médicale d’évaluation des risques liés au jeûne. Sachant que, selon cette étude qui devrait être confirmée ou infirmée par d’autres études prospectives, le jeûne a un impact limité sur la femme enceinte.    

Petite réflexion de l’apothicaire :

      La pratique d’une diète restrictive (jeûn) est largement diffusée dans plusieurs cultures (les Hounzas du Karakoram, les Abkhases du Caucase russe, ou en Équateur  …). Dans les trois grandes religions monothéistes on retrouve bien entendu la pratique du jeûne, le taanit chez les juifs, le carême chez les chrétiens et le ramadan chez les musulmans, avec comme objectif global, indépendamment des rites, la pénitence et la recherche du pardon.

   Cette pratique (avec les rites afférents) peut être comprise à l’heure actuelle comme une contre-réaction vis-à-vis de la société de surconsommation dans laquelle on beigne aujourd’hui. En cela, le jeûne devient un concept réellement moderne à condition qu’il s’accompagne d’une baisse globale de la consommation autant alimentaire qu’énergétique. Cette baisse est en parfaite adéquation avec les préceptes religieux d’humilité et de modération … d’une part et d’autre part, avec le concept écologique de décroissance contrôlée  (certes discutable …) qui implique des économies d’énergie, d’eau et une baisse draconienne des déchets.

A travers la pratique du jeûne les objectifs escomptés, en term de comportement humain et de consommation raisonnée, sont-ils atteints dans notre société? En observant les comportements de nos concitoyens la réponse est désespérément NON, tant l’incivisme est monnaie courante* et la consommation des ménages en alimentation frôle l’absurde, on assiste non pas à une rupture de jeûne mais à des orgies alimentaires, on est à mille lieux de l’esprit d’humilité prôné par les préceptes religieux !    

Lire à ce sujet : A. Bennani « Le mois de tous les forfaits » Le Soir Echos, n°894, page 16 du 18/08/2011 

Et c’est donc tout le contraire qui se passe au Maroc en ce mois sacré où la consommation des ménages frôle l’hystérie. En effet, dans un article du journal L’Economiste*, cette augmentation de la consommation est chiffrée à 1500,00 DH par ménage. Ce qui est énorme par rapport au niveau moyen de la population.

*  Btissam ZEJLY « Ramadan propice à la hausse des dépenses » L’Economiste n°3842 p14 du 07/08/12

Cette augmentation n’a aucun justificatif religieux, c’est plutôt lié au fait que le marocain festoie pendant 30 nuits avec des orgies alimentaires nocturnes qui dépassent de loin le cadre de la compensation de la privation diurne !

Par ailleurs, cette augmentation de la consommation s’accompagne, comme le montrait un article du défunt journal Le Soir Echos*, d’une baisse de la productivité industrielle. Autrement dit, on consomme plus et on produit moins. La baisse de la productivité industrielle, logique au vu du stress métabolique que subit le corps qui jeûne (en particulier au cours la première moitié du mois de ramadan), aurait put être sans conséquence si elle était corrélée à une baisse de la consommation. Sur le plan macroéconomique, cela va plus ou moins s’équilibrer, avec un bénéfice environnemental et sanitaire indéniable.  Malheureusement on est très loin de cette pratique vertueuse du Ramadan.    

* Source : Le Soir Echos, n°917, page 2, du 23/09/2011

Autres articles à ce sujet :

Bon Ramadan 25/08/2010

La pratique du jeûne & la santé 15/08/2011  

Jeûner un moyen de lutter contre le cancer ! 16/08/2012

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commentaires

Célie 02/08/2014 17:40

Mais de toute façon les femmes enceintes ne font pas le ramadan normalement non? Et je tiens a dire que le nom de votre blog est vraiment bien trouvé !! j'adore!

Amster 02/08/2014 22:14

Justement ... la présente étude nuance l'impact du Ramadan sur la femme enceinte, cela dit on ne peut pas tiré de conclusion définitive sur la base d'une seule étude.

Arsa 19/07/2014 01:00

Est ce que vous me permettez de publier votre article sur mon mur fecebook merci

Amster 19/07/2014 12:41

Sans problème, juste svp citer la source : pharamster.over-blog.com
Bonne journée.

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