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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 20:58

LECTURE OFFICINALE

Existe-t-il un régime idéal ?

LECTURE OFFICINALE : EXISTE-T-IL U? REGIME IDEAL ?

Source:

Johnston BC et coll. : Comparison of Weight Loss Among Named Diet Programs in Overweight and Obese AdultsA Meta-analysis. JAMA. 2014; 312: 923-933. doi:10.1001/jama.2014.10397

 

            Je veux réduire mon poids, mais que dois-je faire ? Quel régime dois-je suivre pour avoir de bons résultats ? Des questions récurrentes auxquelles nous sommes couramment confrontés dans l’exercice de notre métier.

            Une récente étude d’une équipe canadienne, dirigée par Bradley C. Johnston, (Hospital for Sick Children Research Institute, Toronto) publiée dans la revue Journal of the American Medical Association (la célèbre JAMA) de ce mois de septembre 2014 (c’est tout frais) vient nous apporter un éclairage particulièrement intéressant à ce sujet.  

Objectif :

Il s’agit de déterminer la perte de poids résultant de divers régimes à large diffusion  sur la base de publications crédibles

Méthode :

- Les auteurs ont réalisé une méta-analyse* en réseau, qui consiste à comparer l’effet des régimes testés dans 48 essais randomisés

- Les 48 essais ont concerné  7 286 sujets [- âge moyen : 46 ans - IMC moyen : 33,7  - poids moyen : 94 kg]

- Ces études ont été sélectionnées via 59 publications scientifiques jugées éligibles par les auteurs.

- La durée médiane des interventions nutritionnelles était de 24 semaines avec d’importantes variations (de 16 semaines à 52 semaines). [43 études rapportaient des résultats à 6 mois de suivi, 25 fournissaient des données à 12 mois]

- Les régimes équilibrés et pauvres en glucides étaient les plus fréquemment testés, en particulier le régime « Atkins », le régime « Weight-Watchers » et le régime « Zone ».

*Qu’est-ce la méta-analyse, quels sont ses objectifs ? C’est un document de l’Université de Lyon

Résultats :

    - Tous les régimes ont des résultats sur la perte de poids meilleurs que dans les groupes qui n’avaient pas suivi de diète. (logique ...)  

    - A 6 mois, les régimes pauvres en glucides ont entraîné une réduction pondérale moyenne de 8,7 kg (intervalle de confiance [IC] : 7,2-10,2). L’effet des diètes hypolipidiques était similaire : -8,0 kg (IC : 6,0-9,9). NB : Ces deux régimes ont eu une efficacité supérieure à celle des autres catégories de régimes que les auteurs qualifiaient d’équilibrés.

    - A 12 mois, on note une reprise de poids de l’ordre de 1 à 2 kg ; les effets pondéraux des régimes hypolipidiques et hypoglucidiques restent semblables.

      - L’analyse des méthodes amaigrissantes commerciales montre une efficacité décroissante des régimes « Atkins », « volumétrique » et « Ornish ».

      - A 12 mois, la perte de poids maximale est obtenue avec les régimes « Ornish », « Rosemary Conley », « Jenny Craig » et « Atkins ». Toutefois la reprise de poids partielle reste la règle entre 6 et 12 mois puisque la perte pondérale est de l’ordre de 6,5 kg avec ces régimes.

      - Les effets secondaires cliniques des régimes sont rapportés dans cinq essais cliniques concernant le régime Atkins et seuls des effets indésirables mineurs (constipation, céphalées, crampes, diarrhée, fatigue, mauvaise haleine) étaient attribuables à ce régime pauvre en glucides (avec un recul qui ne dépasse pas un an).

Conclusions des auteurs :

- Parmi les limites les auteurs reconnaissent une forte hétérogénéité des études incluses.

- En outre, 19 des 48 études sont considérées comme à fort risque de biais (risque d’erreur important).

- Enfin, les régimes comparés sont ceux qui sont proposés dans les groupes de volontaires mais pas forcément ceux qui sont appliqués, les scores d’adhésion aux régimes prescrits n’étant pas utilisés dans l’analyse.

- En résumé, une baisse significative de poids a été observée n’importe quel régime pauvre en glucide ou en lipide. La différence entre les régimes a été  faible.

La perte de poids ne dépend pas de la part relative de tel ou de tel  macronutriment dans l’alimentation.

Tous les régimes se valent à l’échelle d’une population ! Au niveau individuel, c’est finalement celui qui a le plus de chance d’être accepté à long terme qui est le plus efficace sur la perte pondérale.

L’avis du pharmacien :  

           D’abord on note avec plaisir que les auteurs marquent parfaitement les limites et les biais éventuels de leur étude. En soi, et au-delà du prestige de la revue qui a publié cette étude, c’est un gage de sérieux.

L’activité physique apporte une baisse significative de -2,13 Kg sur 12 mois. Cette donnée est compliquée à quantifier vu les disparités entre les diverses méthodes d’entrainement entre l’entrainement fractionné qui a tendance à faire augmenter le poids ! Et l’entrainement d’endurance qui par contre, peut engendrer une perte de poids (un article relativement intéressant à consulter : S. Cascua « Quelle endurance pour mincir ? »)

             Mais l’idée absolument capitale qui ressort de cette étude est, qu’au final, le meilleur régime est celui qui dure dans le temps. Cependant, « un régime » bien accepté à long terme ne doit pas être considéré comme une diète restrictive, une sorte d’épreuve à endurer, mais plutôt comme un changement de comportement global visant à améliorer l’hygiène de vie. Cela implique tout simplement un apport énergétique adapté à la dépense énergétique (comme la loi de l’offre et de la demande en quelque sorte) donc moins de sucre, de gras, et de sel et plus d’exercice physique d’endurance d’intensité modérée.  A cela s’ajoute un bien-être psychique nécessaire pour accompagner voire amorcer cette démarche.

A notre avis l’objectif perte de poids comme élément esthétique est une absurdité dangereuse qui mène à des dérives (anoréxie …) et surtout à une accumulation d’échecs. L’idée est d’avoir un but de poids santé  et surtout un poids bien-être qui passe par l’acceptation de son corps. Cette acceptation ne sous-entend pas forcément résignation, au contraire, c’est positiver une situation où on culpabilise souvent, ce qui a pour conséquence d’entraver sérieusement toute démarche constructive.

Pour nous, régime ou pas, l’important est de faire évoluer son attitude alimentaire et son mode de vie au-delà des modes, en réduisant les comportements à risque (tabac, alcool, stress …) avec un objectif affiché de bien-être physique et psychique : c’est tout simplement la définition de la santé.         

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Published by Amster
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