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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 19:57

CAS D’OFFICINE

EFFET SECONDAIRE SYSTEMIQUE

D’UN ANTIGLAUCOMATEUX

Dr L. Mouna

          Ce sujet longtemps remis à plus tard, est apparu  sur la sellette depuis peu, grâce à un cas observé en officine :

Une fillette de 5 ans, souffrant de glaucome congénital est sous traitement depuis sa naissance, par  Cosopt® et Travatan®. Au hasard d’une conversation, nous apprenons que  son père l’a à 2 reprises admise aux urgences pour bronchospasme et ce, en l’espace de 18mois. Ce qui nous a interloqué c’est le lien, si lien il y a, entre les collyres qu’elle prend et la crise respiratoire dont elle a souffert. Ceci nous a amené à faire une récapitulation des classes pharmacologiques des antiglaucomateux qui existent avec  mise au point de leurs effets secondaires.

Rappel :

          Le glaucome chronique à angle iridocornéen ouvert est une atteinte du nerf optique entrainant des altérations du champ visuel, susceptibles de conduire à la cécité. Le principal facteur de risque du glaucome chronique est l’augmentation de la pression oculaire. C’est un facteur fréquent mais inconstant, autrement dit, il ne suffit pas à définir un glaucome chronique.

Le traitement du glaucome chronique à angle ouvert est médicamenteux sous forme de collyre dont le chef de fil est le timolol.

Les antiglaucomateux disponibles sur le marché marocain :

Le tableau suivant récapitule ces classes pharmacologiques , les associations ainsi que les spécialités concernées existant sur le marché marocain.

Classe pharmacologique

DCI

Spécialités

Bétabloquants

 

 

Betaxolol

Carteolol

timolol

Betoptic®

Carteol®

Timoptol®

Analogues de Prostaglandine F2 alpha « APG »

Latanoprost

Travoprost

Bimatoprost

Xalatan®

Travatan®

Lumigan®

Inhibiteur de l’anhydrase carbonique « IAC »

Dorzolamide

Brinzolamide

Trusopt®  Xola®

Azopt®

Agoniste alpha adrénergique

Brimonidine

Alphagan®

Association de classes

Bétabloquant +APG

Timolol+ latanoprost

Timolol+ travoprost

Xalacom®

Duotrav®

Bétabloquant +IAC

Timolol+ Dorzolamide

Timolol+ Brinzolamide

Cosopt®  Xolamol®

Azarga®

 

        Selon plusieurs  numéros de la revue Prescrire que nous avons consultés,le traitement de référence est d’abord le timolol. Ce n’est qu’en cas de contre-indication ou d’effet insuffisant qu’il est logique de recourir au latanoprost ou au travoprost qui présente l’avantage de pouvoir être conservé à température ambiante contrairement au premier. Selon les cas, le médecin est habilité à ajouter une autre classe ou suggérer une association.

Sources :  Rev Prescrire 2015;35(376):123-125
                 Rev Prescrire 2009,29(306):259
                 Rev Prescrire 2003;23(240):450-454
                 Rev Prescrire 2001;(222):732-733
                 Guide interactions médicamenteuses-décembre 2014

 

Effets secondaires :

    - Bétabloquants

           Administrés en collyre, les bétabloquants exposent aux mêmes effets indésirables et interactions médicamenteuses que par voie orale notamment : Troubles cardiaques (insuffisance cardiaque, bradycardie, hypotension artérielle..) ; phénomènes de Raynaud ; troubles neuropsychiques et digestifs. Le risque de bronchospasme lié aux bétabloquants expose les patients  asthmatiques ou souffrants d’un syndrome obstructif à une dyspnée sévère voire mortelle.

    - Analogues de Prostaglandine F2 alpha APG :

         Ils sont plus actifs que les bétabloquants mais ont plus d’effets secondaires : Assombrissement de l’iris ( sous nos cieux, tous les iris sont sombres !!) et des paupières,hyperhémie conjonctivale, allongement des cils ( ça c’est bien !!), kératites superficielles. De plus, il y a risque d’aggravation d’asthme sous latanoprost.

    - Inhibiteur de l’anhydrase carbonique « IAC »

         Pas de risques bronchiques connus mais effets neuropsychiques et troubles électrolytiques, de plus, ces 2 composés sont des dérivés sulfamides, donc gare à la sensibilité qu’ils peuvent occasionner.

    - Sympathomimétiques :

        La brimonidine est un alpha2 stimulant proche de la clonidine, anti hypertenseur d’action centrale, dénué d’effets indésirables bronchiques connus mais expose à une constipation, des troubles neuropsychiques et bouche sèche.

      Il en ressort de manière générale, que même instillés en collyre, ces principes actifs ne sont pas dénués d’effets secondaires par passage systémique. Une modalité pratique de traitement à bien respecter consiste à exercer une pression avec le doigt sur le coin interne de l’œil pour réduire le passage systémique des substances administrées en collyre et pour en limiter les effets indésirables.

Conclusion :

      Pour notre cas cité auparavant, il apparait qu’il existe bien un lien de cause à effet entre Cosopt®, (bétabloquants + inhibiteur de l’anhydrase carbonique)  et bronchospasme survenu.

      Est-ce que la fillette était asthmatique et le bétabloquant a aggravé son cas ou bien est-ce le résultat d’un effet pharmacodynamique pur du bétabloquant à savoir bronchoconstriction sans antécédents bronchiques connus ? D’après les informations rapportées par le père de la fillette, la 2ème hypothèse semble être plus plausible. En tout cas, aux dernières nouvelles, l’ophtalmologiste a banni le bétabloquant de son traitement, le remplaçant par un inhibiteur de l’anhydrase carbonique  la dorzolamide (XOLA®)

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Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
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