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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 12:52

REFLEXION

LE PHALLOCRATE & LE PRIMATE

 

 

Source de base : Raoult D "La leçon sexiste du chimpanzé" Le Point 2016; 21 avril (2276): 18.

Rapporté par     : Luc Cifer « Primates » La Revue Prescrire, n°393, page 553, juillet 2016.  

 

Là on vous fait partager un joli texte rapporté par la sérieuse Revue Prescrire du mois de juillet 2016 

« PARDON SI JE VOUS DÉRANGE : Primates

       Le bonobo (Pan paniscus) appartient à la famille des hominidés. Il s'y distingue par des spécificités comportementales : l'acte sexuel ne paraît pas, chez lui, uniquement dévolu à la reproduction, mais s'intègre dans un système de régulation sociale, avec une codification très élaborée.

- Ce n'est pas parce qu'une femelle bonobo s'enduit de sent-bon (parfum) au lait de coco qu'elle est disponible pour le premier mâle de rencontre.

 - Ce n'est pas parce qu'elle accepte, en copine, de se prêter au rituel de l'épouillage, qu'elle accepte de se faire sauter par l'épouilleur. Pour aller plus loin, il lui faut des manières.

À cet égard il y a, dans la sexualité bonobo, un léger décalage entre les sexes. Pour coucher, une femelle a besoin d'un motif... un mâle a juste besoin d'un endroit où se mettre.

- Le motif peut être de l'ordre de l'affect.

- Il apparaît parfois lié à des considérations matérielles. Depuis les temps les plus anciens, les femelles ont remarqué que le mâle était souvent prêt à céder une part de sa ration nutritive contre une petite fantaisie, voire plus, si affinités.

L'idée s'est ainsi fait jour que la relation sexuelle pouvait devenir une monnaie d'échange, et pourquoi pas un dû au bénéfice du mâle ?

      Du point de vue sociologique, la population mâle se montre très structurée : au-dessus du tout-venant des subordonnés, dit groupe "bêta", les singes "alpha" mâles dominants, eux-mêmes coiffés des "alpha-alpha" où se recrutent les dirigeants de la tribu. Cette graduation s'accompagne d'un taux de testostérone croissant de bas en haut de l'échelle, avec pour les chefs un petit rabiot de cortisone. De fait, chez les bonobos, l'organisation de la hiérarchie ne dépend pas de la culture mais de la concentration hormonale.

Il existe également des femelles dominantes, s'imposant aux autres femelles, avec qui les mâles ont souvent du fil à retordre. Notamment en raison d'entorses aux bons usages. Certains mâles, à l'occasion, dérapent, se mettant à pratiquer le sexisme ordinaire, gestes inconvenants, allusions graveleuses, pressions diverses, mains baladeuses, car le bonobo peut pratiquer la bipédie. Le mâle en situation de dominance, tout à son délire de supériorité, cède facilement à ses pulsions et à la tentation de considérer les femelles comme du gibier.

Les femelles bonobos les plus représentatives ont récemment voulu marquer un coup d'arrêt à ces attitudes de bonobo praedator, réclamant qu'un peu de civilisation vienne moduler l'influence des stéroïdes anabolisants. Il faudra sûrement du temps pour y parvenir, car bonobo qui bande n'a plus de cervelle. »

 

L’avis De l’apothicaire du coin :

      Le comportement phallocrate rapproche de manière extraordinaire le bonobo de l’homme et inversement l’esprit  phallocrate rapproche l’homme du primate. Ainsi en a décidé mère nature avec sa vicieuse testostérone.

Dans nos sociétés où on évolue de plus en plus vers des rapports humains ultra-matérialistes, où les valeurs de l’amour sont remplacées soit par du « porno-chic », soit par des « conceptions religieuses rigoristes » qui dans tous les cas déshumanisent le désir, et qui sont en réalité les deux faces d’une même réalité structurée par les males, en tant que genre prédateur qui impose un ordre sociale qui a comme source et finalité l’entre-jambe des citoyens.

      Si la phallocratie rapproche les Hommes des primates,  l’éducation et la culture sont là en réalité pour « domestiquer » nos pulsions naturelles.

Le constat aujourd’hui est manifestement  amer, ce qu’on présente souvent comme liberté ou libération est en fait une régression de l’éducation accompagnée d’une augmentation de diverses formes de violence.

Ce qu’on marginalise souvent, c’est que le bien-être sexuel est d’abord psychique et mental avant tout, c’est aussi, et il faut le dire, un malicieux jeu de rapport de force qui grâce à l’éducation, se « règle » de manière intelligente et surtout consensuelle. L’objectif final de l’acte sexuel n’est pas l’onanisme mais bien le partage.

La phallocratie, qu’elle soit d’obédience religieuse ou porno-libertaire, c’est souvent la négation du partage, la marginalisation du plaisir, du désir et de l’humanité de l’autre qui devient une « chose ». Cela est clairement générateur de tension et de violence homme-femme  mais aussi entre hommes. Oui des rapports sexuels apaisent les tensions … sociales à condition qu’ils soient indexés à une l’éducation de qualité et une culture riche.

       L’éducation sexuelle (quand elle existe …) se limite aujourd’hui souvent à la description anatomique fonctionnelle de la reproduction, des rapports sexuels et à l’utilisation des moyens de contraception (pilules et condoms), elle néglige scandaleusement l’aspect humain. En cela elle cautionne la pornographie comme comportement naturel !    

Non la sexualité des êtres humains n’est pas une mécanique huilée, non on ne peut faire de règles générales comme le voudraient les traditions religieuses car ne nous sommes qu’une suite de cas particuliers, non il ne suffit pas de prendre une célèbre pilule bleue pour arrivé au bien-être. Tout cela contribue au contraire à la déshumanisation des rapports sexuels. Une déshumanisation génératrice d’une insatisfaction chronique qui débouche sur une « consommation de la chose » frôlant l’absurde.   

       Oui des rapports sexuels bien amenés de part et d’autre sont d’une complexité extraordinaire où l’aspect psychologique est dominant. Nier cet aspect c’est déshumaniser les rapports humains et faire le lit de la phallocratie qui nous fait rapprocher de nos cousins primates. Aussi sympathique soit-il, le comportement des bonobos quand il est adopté par les humains est une régression sociale manifeste.                                              

 

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Published by A. KAMAL - dans REFLEXIONS
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