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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 19:06

LECTURE OFFICINALE

MAL DES TRANSPORTS 

 

         Les désagréments liés au  mal des transports sont une source de demande de conseil récurrente en officine. A l’occasion de la publication d’un article sur ce sujet dans la Revue Prescrire de ce mois de septembre 2016, une lecture officinale s’est imposée naturellement, ce qui nous a réservé quelques surprises !

Source : « Mal des transports : l’essentiel sur les soins de premier choix » La Revue Prescrire, tome 36, n°395, page 678-680, septembre 2016 

Physiopathologie :

     Le mal des transports est attribué à un défaut d'adaptation entre les informations transmises au cerveau par l'œil et celles fournies par les autres systèmes, telle l'oreille interne, qui renseignent sur la position et les déplacements du corps dans l'espace [1]. Cela a pour conséquence des troubles digestifs et neurologiques. [1,2]

  • - nausées
  • - sensations vertigineuses
  • - pâleur 
  • - vomissements
  • - sueurs froides
  • - augmentation de la salivation

Evolution : Les symptômes du mal des transports diminuent le plus souvent au fur et à mesure du trajet, grâce à une capacité d'adaptation qui varie selon les personnes. En cas d'exposition continue à la cause du mal des transports, ces symptômes disparaissent en général dans les 36 à 72 heures [1,2].

Après cessation des mouvements perturbants, les symptômes du mal des transports s'estompent généralement en un quart d'heure environ. Ils réapparaissent parfois après que la personne ait quitté le véhicule [1,2].

Les traitements :

Mesures non médicamenteuses :

Pour prévenir ou limiter le mal des transports, quelques mesures non médicamenteuses semblent utiles :

  • - Choisir sa place et occuper son esprit pendant le trajet.
  • - Se placer dans le sens de la marche, à l'endroit le plus stable du véhicule, c'est-à-dire : sur les sièges avant d'une voiture ; à l'avant d'un train ; au centre d'un bateau (sur le pont plutôt que dans une cabine) ; au niveau des ailes d'un avion ;
  • - Regarder l'horizon ou des objets distants plutôt que l'intérieur du véhicule, ou éventuellement s'allonger et fermer les yeux ;
  • - S'occuper l'esprit et se détendre, par exemple en écoutant de la musique ou en discutant [1,2].

Il semble préférable d'éviter de lire, de visionner un écran vidéo, et d'éviter les mouvements de la tête, en la calant avec un coussin par exemple (1,2). Lors de trajets en voiture, le conducteur est moins exposé au mal des transports que les passagers. Adopter une conduite souple et fluide est préférable pour prévenir les symptômes d'un mal des transports chez les occupants du véhicule [1,2].

L'absorption de certains aliments ou boissons semble influencer les réactions au mal des trans­ports de manière variable selon les personnes, ce qui ne permet pas de proposer une mesure générale bien étayée [2].

Traitement médicamenteux : Les antinaupatiques

Quand les procédés non médicamenteux ne suffisent pas les Antihistaminiques H1 atropiniques sédatifs  constituent  les médicaments de premier choix selon la Revue Prescrire ; ils sont représentés par le tableau suivant :

Les antinaupathiques selon la Revue Prescrire

DCI

NOM COMMERCIAL

PRIX - LABO

Méclozine 

AGYRAX®        25 mg  30CP

PPV 25.00DH SOTHEMA 

Diménhydrinate 

DRAMAMINE® 50 mg  10CP

PPV   7.50DH  PFIZER

Diphénhydramine*

 diacefylline

NAUTAMINE®  90 mg  20CP

PPV 16.20DH  SANOFI

Diphénhydramine*

 Chlorhydrate

BENADRYL® SP 2.8 MG/ML 125ML

PPV 11.40DH  PFIZER

 

REMARQUE DE L’OFFICINAL

Benadryl® n’est pas cité dans l’article de la Revue Prescrire, mais il est commercialisé au Maroc en tant qu’antitussif. 

Si le principe actif de Nautamine® est diphénhydramine diacefylline,celui de Benadryl® est diphénhydramine chlorhydrate ; le poids molaire des deux sels n’est pas le même , autrement dit : 1 mg de diphénhydramine NAUTAMINE® n’est pas équivalent à 1 mg de diphéhydramine BENADRYL®. La pharmacodynamie reste la même ( voir la 2ème partie consacrée au BENADRYL®).

Décortiquons le texte de la Revue Prescrire :

Ces antihistaminiques H1 atropiniques et sédatifs sont plus efficaces en prévention qu'après l'apparition des premiers symptômes [1,2].

Le mal des transports perturbe l'absorption digestive des médicaments ; aussi, mieux vaut prendre l'antihistaminique H1 quelques dizaines de minutes avant le départ [1].

Posologie :

Dans le mal des transports, le choix d'un antihistaminique H1 dépend notamment de : l'âge de la personne & de la durée d'action souhaitée.

Chez les adultes :  

  • - Une prise de 25 mg* de diphénhydramine (Nautamine®  CP à 90mg), ou de 50 mg de diménhydrinate (Dramamine® CP à 50 mg), a une durée d'action d'environ 6 à 8 heures *La Remarque du pharmacien : pour administrer 25 mg avec des CP dosés à 90 même sécables ?!!! c’est irréalisable en pratique.
  • - Une prise de 25 mg de méclozine (Agyrax® 25 mg) a une durée d'action d'environ 24 heures.

Chez les enfants, Selon la Revue Prescrire

              entre 6 et 12 ans : la dose de ces antihistaminiques est à diviser par deux [1]

              entre 2 et   6 ans : la dose de ces antihistaminiques est à diviser par quatre [1]

L’avis du pharmacien :

Cette manière de présenter la posologie pédiatrique est quelque peu cavalière à notre sens, en particulier pour des molécules qui peuvent avoir de sérieux effets secondaires.

En effet la posologie en pédiatrie doit s’exprimer logiquement  en DOSE/KG/JOUR, pour la simple raison que la pharmacocinétique (absorption, distribution …) d’une molécule donnée dépend du poids. Or, les variations physiologiques de ce dernier chez l’enfant et a fortiori chez le nourrisson, sont extrêmement importantes. Ce qui implique impérativement  une adaptation de la posologie au cas par cas.

Un pharmacien digne de ce nom ne peut pas  dire « pour vous ce sera un CP … pour votre 1er enfant  la moitié et le tout petit prendra le quart !  ».

Et justement, une  bonne utilisation de molécules anciennes préviendrait  en grande partie l’apparition d’effets secondaires, conduisant ultérieurement à des interdictions et des restrictions abusives (cas du métoclopramide).     

Au niveau des effets indésirables :

Le principal effet indésirable des antihistaminiques H1 sédatifs et atropiniques est la somnolence. Ces médicaments exposent aussi à des effets atropiniques périphériques, notamment sur l'œil et la vision, ainsi qu'à des sécheresses buccales, tachycardies, constipations, reflux gastro-o­esophagiens, difficultés à uriner ; et à des effets centraux, dont confusions, désorientations, hallucinations visuelles, agitations. Outre ces effets indésirables, la diphénhydramine (Nautamine®, Benadryl®), expose à des effets extrapyramidaux, et le diménhydrinate (Dramamine®), à des hypotensions artérielles [3].

Des morts par surdose d'antihistaminiques H1 sédatifs et atropiniques chez des enfants et des dépendances avec ces médicaments chez des adultes ont été signalées [4,5].

Les antihistaminiques H1 sédatifs et atropiniques exposent à des interactions médicamenteuses, notamment par addition d'effets indésirables. L’association de plusieurs médicaments contre le mal des transports est à éviter [1,3].

L'avis du pharmacien :

  • - Primo : avec de tels effets secondaires … comment admettre les posologies pédiatriques recommandées ?
  • - Secundo : Rapportée tel quel dans la Revue Prescrire, la lecture de ces effets secondaires est anxiogène autant pour la patientèle (clientèle en pharmacie) que pour le corps médical … ces effets secondaires n’ont réellement de signification que s’ils sont corrélés à la probabilité de survenue. Rappelons que dans un effet secondaire deux éléments sont clés : la fréquence & la gravité  

Précautions : 

  • - Bien entendu pas d'antihistaminique H1 pour les conducteurs. L'effet sédatif et les troubles de la vision liés aux antihistaminiques H1 rendent dangereuses la conduite d'un véhicule [1,3,6].
  • - Une attention particulière doit être portée aux sujets âgés : Risques d’effets atropiniques chez les personnes âgées ou à risque accru. Ces personnes sont particulièrement exposées aux effets indésirables centraux des médicaments atropiniques.
  • - Les patients qui ont des troubles du transit intestinal, un angle iridocornéen étroit (risque de glaucome aigu), un reflux gastro-oesophagien, ou une prédisposition à la rétention d'urine telle qu'une hypertrophie bénigne de la prostate sont particulièrement exposés aux effets indésirables des médicaments atropiniques [7].
  • - Chez les femmes enceintes, mieux vaut éviter les médicaments et limiter la gêne par des mesures non médicamenteuses pour prévenir le mal des transports. Quand un médicament contre le mal des transports paraît malgré tout souhaitable pour une femme enceinte ou qui pourrait l'être, la doxyla­mine (Donormyl® en France non commercialisé au Maroc selon nos informations) est l'antihistaminique H1 sédatif et atropinique de premier choix, malgré ses effets sédatifs parfois importants et son utilisation hors AMM  [1,9].

Traitements à écarter dans le mal des transports selon la Revue Prescrire :

  • - Neuroleptiques "cachés'' com­mercialisés comme antiémétiques : alizapride (Plitican® non disponible au Maroc), dompé­ridone (Motilium® ou autre), métopimazine (Vogalène®), métoclopramide (Primperan® ou autre) ont une balance bénéfices-risques défavorable pour prévenir ou traiter les nausées et vomissements liés au mal des transports. Leur efficacité n'est pas établie, alors qu'ils exposent notamment à des effets extrapyramidaux et atropiniques, ainsi qu'à des troubles cardiaques graves (1,16 à 19).
  • - Hydroxyzine (Atarax®) :  L'hydroxyzine est un antihistaminique H1 séda­tif et atropinique à écarter en raison de l'importance de ses effets indésirables atropiniques, sédatifs, neuropsychiques, et du risque d'allongement de l'intervalle QT de l'électro­cardiogramme.
  • - La scopolamine (non commercialisé au Maroc), un atropinique en dispositif transdermique, a une balance bénéfices-risques défavo­rable dans le mal des transports. Elle a une durée d'action d'environ 3jours, et expose à des effets atropiniques

Avec l'aimable collaboration de Dr Mouna

A suivre l'article consacré au Benadryl®

Bibliographie Prescrire :

  1. 1 Prescrire Rédaction "Le mal des transports" Rev Prescrire 2008 ; 2812991: 687-688.
  2. 2 Priesol AJ et coll. "Motion sickness" UpToDate 2016.
  3. 3 Prescrire Rédaction "24-1-2. Patients sous ont histaminique H1" suppl. Interactions médicamenteuses 2016.
  4. 4 Prescrire Rédaction "Médicaments de le toux et du rhume : des effets indésirables trop graves face à des troubles bénins" Rev Pres­crire 2009 ; 29 (312) : 751-753.
  5. 5 Prescrire Rédaction " Diphénhydremine, dlménhydrinate : usage détourné" Rev Prescrire 2015 ; 35 (3801: 426.
  6. 6 Prescrire Rédaction "Fiche E15c. Troubles de la vision des couleurs médicamenteux en bref" suppl. Interactions médicamenteuses 2016.
  7. 7 Prescrire Rédaction "Fiche M1. Le syndrome etropinlque en bref' suppl. Interactions médicamenteuses 2016.
  8. 8 "Nausea and vomitif g" Martindale,The Pharmaceutical Press 2016.
  9. 9 Prescrire Rédaction "Gingembre et nausées de le grossesse. Efficacité modeste, innocuité mal garantie' Rev Prescrire 2008 ; 28(301): 849-850.
  10. 10 Prescrire Rédaction "Homéopathie : AMM "extra-light"" Rev Prescrire 2003 ; 231241) : 505.
  11. 11 Prescrire Rédaction "Homéopathie toujours pas de preuve del-f toc le' Rev Prescrire 2012 ; 32 (344) 
  12. 12 Prescrire Rédaction "Homéopathie: attention aux dilutions" Rev Prescrire 2001 21 (2211, 674.
  13. 13 Prescrire Rédaction' Lotite moyenne aiguë chez l'enfant. Sixième partie. Donner toute la place aux antalgiques non spécifiques" Rev Prescrire 2003 ; 23 (238) : 278-281.
  14. 14 Prescrire Rédaction "Patientes enceintes gênées par des nausées-vomissements modérés" Rev Prescrire 2013 ; 33 (358) : 594-600.
  15. 15 Prescrire Rédaction "Femmes enceintes et médicaments utilises dans les douleurs" Rev Prescrire 2013 ; 33 (358) : 602-607
  16. 16 Prescrire Rédaction "19-1. Patients psychotiques" suppl. Inter­actions médicamenteuses 2016.
  17. 17 Prescrire Rédaction "Métoclopramide chez les adultes : restric­tions" Rev Prescrire 2014 ; 34 (368) : 422.
  18. 18 Prescrire Rédaction "Dompéridone : des troubles du rythme ventri­culaire et des morts subites" Rev Prescrire 2012 ; 321341) : 196-197
  19. 19 Prescrire Rédaction "Métoclopramlde, dompéridone : morts subites, arythmies ventriculaires" Rev Prescrire 2016 ; 36(391) : 351-354.
  20. 20 Prescrire Rédaction "Hydroxyzine : trop d'effets indésirables car­diaques mortels" Rev Prescrire 2015 ; 35(3851: 819.
  21. 21 Prescrire Rédaction "ScopodermTTS°. Attention aux enfants" Rev Prescrire 1988 ; 8 (71) : 15

 

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Published by Amster
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commentaires

wafaa mindy 27/11/2016 12:30

merci beaucoup, article qui m'a énormément servi, je tiens a mentionner l'usage de gingembre comme traitement non médicamenteux pour prévenir les nausées et vomissements attribuables au mal des transports recommandé par L'ESCOP (La European Scientific Cooperative on Phytotherapy).

Amster 28/11/2016 17:42

Le gingembre fait parti des remèdes qui n'ont pas d'activité pharmacologique démontrée, c'est pour cette raison qu'il n'a pas été mentionné par la Revue Prescrire, cela dit si cela peut aider certains patients pourquoi pas, comme d'autres produits on peut le considérer comme un alicament. Le seul hic c'est le prix injustifié de certains compléments alimentaires à base de gingembre.

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