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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 14:44

DEXTRAMOL la 6ème copie de l’association dextropropoxyphène - paracétamol

Analyse de l’offre & Aspects pharmacologiques

 

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POST-SCRIPTUM DU 03/01/2011:

Suite à la Circulaire 284DMP/00 du 29/12/2010 retirant le dextropopoxyphène du marché marocain nous vous invitons à lire aussi notre article daté 03/01/2011 intitulé : SUPPRESSION DU DEXTROPRPOXYPHENE DU MARCHE MAROCAIN  (cliquer sur le titre pour visualiser)  

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L’association Dextropropoxyphène et paracétamol a été lancée à la base sous le nom de DI-ANTALVIC, depuis, plusieurs copies ont été mises sur le marché marocain. Le DEXTRAMOL est la dernière en date.

 

Tableau comparatif* : 

 

Nom Spécialité

P.P.M

EN   DH

Prix

Par unité

Variation

Laboratoire

DI-ANTALVIC

BT 18 GEL 

32.30  

1.79  

100 %

AVENTIS

 

BI-ALGAN 

BT 20 GEL

28.55                   

1.42  

-20 %      

SANOFI

SYNTHEMEDIC

PARADEX 

BT 20 CP

26.50

1.32  

-26 %   

COOPERMAROC

 

BI-SEDAL 

BT 20 GEL

25.00

1.25  

-30 %     

PROMOPHARM

PROPOFAN

BT 20 CP

25.00

1.25  

-30 %      

FRILAB

SYNTHEMEDIC

XALGIX

BT 30 CP

35.00

1.16

-35 %       

SOTHEMA

DEXTRAMOL

BT 18 GEL  

20.00

1.11

-38 %

PHARMA 5

 

* Sauf erreur ou omission

Analyse critique de l’offre  dextropropoxyphène - paracétamol sur le marché marocain :

Il faut noter d’abord que toutes les spécialités précitées sont basées sur la même formule à savoir :

                    Dextropropoxyphène 30 mg + Paracétamol  400 mg             

Sauf dans 2 cas

       Le XALGIX qui lui est relativement sous dosé avec  la formulation suivante :

                    Dextropropoxyphène 32,5 mg + Paracétamol 325 mg

       Le PROPOFAN qui contient en plus de la caféine, suivant la formule : 

                    Dextropropoxyphène 27,0 mg + Paracétamol 400 mg + Caféine 30 mg

Le rôle de la caféine a été déjà expliqué dans un article précédant   (cliquer sur le mot) consacré aux médicaments du rhume. En effet  et comme le montre des études cliniques la caféine a un effet potentialisateur sur les antalgiques et sur le paracétamol en particulier.


Mise à part ces spécificités, le DEXTRAMOL peut être être considéré comme la meilleure offre sur le marché marocain de l’association  dextroppropoxyphène - paracétamol avec un prix modeste. Cependant le petit prix du DEXTRAMOL peut-être considéré comme un avantage ou comme inconvénient :

     - C’est un avantage indéniable quant on sait que l’association dextroppropoxyphène - paracétamol est souvent utilisée avec à des AINS. Un petit prix permet une meilleure accessibilité de ce genre de prescriptions à un large panel de nos patients à faible revenu et sans couverture médicale.

     - Un petit prix peut, paradoxalement, être un inconvénient ; en effet un prix trop bas peut parfois être la raison d’un blocage à cause de la notion subjective de « prix psychologique ».

Le patient en allant acheter son ordonnance a d’emblé en tête un prix en deçà duquel il commence à douter de la qualité même du produit ce qui peut engendrer un effet nocebo (l’inverse de l’effet placebo), il fera instinctivement le parallèle avec d’autres produits de consommation courants. C’est le cas, par exemple, du NOFEBRIL un excellent paracétamol à 7,00 DH la boite de 20 CP dosés à 500 mg. Dans notre région le prix de 20,00 DH du DEXTRAMOL peut être considéré (et c’est absolument subjectif) comme la limite inférieure pour cette classe d’antalgiques à notre avis.

En définitif : le DEXTRAMOL trouvera parfaitement sa place dans le cadre d’une ordonnance avec plusieurs médicaments (notamment des AINS …), par contre si le médecin opte pour une prescription avec un seul médicament (ce qui est non seulement logique, mais vivement souhaitable comme le préconise divers institutions de santé publique) le choix se portera, paradoxalement, sur un produit un peu plus cher afin d’éviter un éventuel effet nocebo dû à la notion subjective du « prix psychologique ».

 

Analyse critique de l’association dextropropoxyphène - paracétamol sur le plan pharmacologique :


      L’intérêt pharmacologique de cette association a été, et est encore, une source de débat intense notamment après son retrait progressif annoncé en 2005 en grande Bretagne, ce retrait a été vivement salué par la revue PRESCRIRE avec comme arguments :

     1- Le dextropropoxyphène est un opiacé apparenté à la méthadone, commercialisé depuis plus de 40 ans en France, expose les patients à des risques de dépression respiratoire, de perturbation de la conduction cardiaque, voire de décès, notamment en cas d'insuffisance rénale ou chez les patients âgés. L'association paracétamol - dextropropoxyphène a une balance bénéfices-risques défavorable [5].

     2- L'association antalgique dextropropoxyphène - paracétamol a une balance bénéfices-risques défavorable sans avantage démontré sur le paracétamol non associé, avec notamment de nombreux décès [1].

     3- On ne dispose pas d'étude ayant comparé l'effet antalgique de l'association paracétamol - dextropropoxyphène à celui du paracétamol seul [2] 

     4- Le risque d'intoxication mortelle a motivé le retrait du marché en Suède et en Suisse [3].

     5- Aux États-Unis, l'association de consommateurs Public Citizen a présenté à la Food and Drug Administration une pétition demandant le retrait des spécialités à base de dextropropoxyphène, au vu des données du réseau Dawn (Drug abuse warning network), qui a recensé 2 110 décès accidentels liés au dextropropoxyphène entre 1981 et 1999 [4].

 

Néanmoins il existe des arguments pour cette association à savoir que :

     - Le 01/02/2005 L’affsaps donne un point d’information où elle indique : « l'Afssaps rappelle que l'association de paracétamol et de dextropropoxyphène n'expose pas à un risque de surdosage, et donc d'intoxication grave, dans les conditions normales d'utilisation. »

     - En 2007, la Commission française de la transparence a considéré que cette association d'antalgiques apporte un service médical rendu (SMR) "important" [6]

              Sources :

1- Prescrire Rédaction "Dextropropoxyphène + paracétamol : toujours là… malgré les risques" Rev Prescrire 2007 ; 27 (288) : 735.
2- Rev Prescrire Octobre  2007 ; 27 (287) : 735.

3- Prescrire Rédaction "Dextropropoxyphène associé : retrait du marché suédois" Rev Prescrire 2005  25 (265) : 665.
4- Public Citizen's Health Research Group "Petition to FDA to ban all propoxyphene" 28 février 2006. Site internet http://www.citizen.org consulté le 27 mars 2006 : 11 pages.

5- Prescrire Rédaction "Dextropropoxyphène : encore des décès" Rev Prescrire 2007 ; 27 (282) : 274.

6- HAS - Commission de la transparence "Avis-Di-Antalvic gélule" 25 avril 2007 : 2 pages.

7- Afssaps - Commission nationale de pharmacovigilance "Compte rendu de la réunion du mardi 28 novembre 2006'' 30 janvier 2007. Site internet http://afssaps.sante.fr consulté le 21/02/2007 : 14 pages.

 

L’avis du pharmacien : 

    Il est vrai que le dextropropoxyphène est un dérivé de la méthadone un puissant morphinique utilisé comme substitutif en cas de dépendance  à la morphine. Au vu de cette filiation tout usage abusif est extrêmement dangereux.

Les formules chimiques sont nécessaires là, car la chimie thérapeutique est le socle de la pharmacologie elle-même à la base de tout protocole thérapeutique

   Cependant l’avis de l’AFSSAPS paraît bien motivé par le fait que dans les pays ou il y a eu le plus d’effets secondaires il y aurait un laxisme dans l’utilisation de ces spécialité. L’affsaps  souligne littéralement qu’en France il s’agit de « spécialités pharmaceutiques qui ne peuvent être obtenues que sur prescription médicale »       

A notre avis, ce débat démontre l’importance de ne pas banaliser l’usage de médicaments. Le médecin traitant devra avoir toute la latitude pour personnaliser ses traitements en  se basant sur toutes les données possibles et ne pas se contenter des fiches posologiques rédigées par les services marketing des laboratoires.


Au niveau notre propre expérience - quelques bonnes années d’exercice - alors qu’on a été témoin d’un nombre important de cas d’effets secondaires avec les COXIB, les AINS, les quinolones, des cas d’allergies divers et variées, on n’a jamais eu à constater un quelconque problème tangible (à notre niveau) avec l’association dextropropoxyphène - paracétamol. 

Note déontologique : ici c’est un simple témoignage qui n’a de valeur que sa valeur intrinsèque, à ne pas ni prendre ni à citer comme référence.


En toute bonne foi, on peut considérer que l’association dextropropoxyphène – paracétamol a tout a fait sa place dans l’arsenal des thérapeutiques anti-douleurs moyennant de sérieuses précautions à savoir :    

       - Faire attention lors de la prescription chez la personne âgée ou l'insuffisant rénal

       - Faire attention chez les personnes susceptibles de développer une insuffisance respiratoire en particulier les asthmatiques

       - Faire attention à l’association avec d’autres opiacés qui se cachent, entre autre, dans les médicaments du rhume et des affections respiratoires (Codéine, tramadol, codéthyline, Pholcodine)

       - Ne pas se baser uniquement sur le nom commercial mais d’abord sur la DCI est une sage approche.   

       - Faire attention à l’association avec les antihistaminiques et les psychotropes

       - Veiller au respect stricte des posologies

       - Enfin, et comme d’habitude, ne pas banaliser la manipulation d’un médicament même s’il est utilisé depuis l’antiquité ; un médicament reste un produit dangereux son usage obéit à des règles strictes à ne pas confondre un produit de consommation courrant.

A lire sur ce meme blog : CAS D'OFFICINE DEXTROPROPOXYPHENE + BROMAZEPAM

Entre nous :

Tous ces débats se passent dans l’absence de toute contribution des pharmaciens d’officine, et on ne parle pas ici des mes collègues marocains car depuis longtemps ils ont opté, Dieu merci, pour une stratégie basée sur l’abstinence totale de tout effort intellectuel, non on parle ici de mes collègues français qui sont, eux aussi, frileux à donner leur avis.

Comment ne pas comprendre l’analyse de J. ATTALI ou l’attitude d’E. LRCLERC vu qu’avec un bac plus sept minimum, l’intérêt du pharmacien d’officine se limite au marchandising, à l’achalandage et à quelques menus conseils.  

Si on arrive à mettre réellement l’intérêt du patient au cœur de notre métier au lieu du simple médicament, de facto notre comportement professionnel changera vers plus d’efficience et de générosité intellectuelles et une amélioration conséquente du service rendu par les officinaux à la société.

A lire : « Le rôle du pharmacien d’officine »           

Suivi post-rédactionnel du 07/10/2009 

L’association Dextropropoxyphène – Paracétamol en chiffres

Source : M. A. Belaïche  L’officinal n°75 pages 24-25 juillet - Août 2009


Historique :

45 ans     : durée de sa commercialisation en France.
22 ans     : durée de sa commercialisation au Maroc.
30           : nombre de spécialité en France à base de Dextropropoxyphène – Paracétamol          
7             : nombre de spécialité au Maroc à base de Dextropropoxyphène – Paracétamol
2004       : date de retrait du marché du Di-antalvic au Danemark et au Royaume-Uni
2009       : retrait dans un délai d'un an du Di-antalvic dans tous les pays du marché commun  

 

Le marché des antalgiques à base Dextropropoxyphène – Paracétamol au Maroc [1]

77 900 000 de dirhams : dépenses consacrées à l'achat de Dextropropoxyphène – Paracétamol.
2 600 000 : nombre de boites consommées par an (5,4% du marché des antalgiques en volume)
49 000 000 de dirhams : chiffre d'affaires par an (6,3% du marché des antalgiques en valeur),
70,3% des antalgiques pallier II en volume et 78,6% en valeur.

 

Pharmacovigilance hors Maroc [3]
- 300 à 400 décès par an en Angleterre pour une population de 60 millions d'habitants dus à des surdoses à la fois accidentelles et volontaires (suicides pour 20% de ces décès).
- 200 décès par an en Suède pour une population de 9 millions d'habitants.
- 65 décès par an en France pour une population de 65 millions d'habitants.

 

Pharmacovigilance au Maroc [2]
- 1 seul décès en 13 ans: il s'agit d'une personne âgée de plus de 70 ans qui a pris une association Dextropropoxyphène – Paracétamol + Atarax (Hydroxyzine DCI) à fortes doses dans un but suicidaire.
- 53 intoxications non mortelles sur les 15 676 intoxications médicamenteuses recensées au niveau du Centre Marocain Anti-poison, au cours des 13 dernières années.


1- Données obtenues auprès de l'industrie pharmaceutique
2- Données obtenues auprès du Centre Marocain Anti-poison

3- Communiqué de l'Afssaps in l’officinal n°75 pages 19-23 juillet-Août 2009

   

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Published by Amster - dans MEDICAMENT
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commentaires

sur le médicament atarax 06/10/2015 12:24

Merci pour ces riches informations ! Moi, j’ai un problème d’allergie et mon médecin me prescrit de l’atarax ! C’est super efficace et ça me tranquillise aussi quand je stress au boulot !

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