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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 18:18

ASSOCIATION D’UN EMPLÂTRE RÉVULSIF

& D’UN DERMOCORTICOÏDE

UN SYSTÈME TRANSDERMIQUE LOW COST !

 

Rappels déontologiques :        

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

- Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons.

 

        A l’origine de cet article un billet, comme tant d’autres, que nous a adressé un de nos patients. Certains de ces billets se retrouvent dans la rubrique « Perle de comptoir », c’est  loin d’être le cas de celui-ci ; voyons voir ce qui a retenu notre attention cette fois-ci.  

12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE copie         

L’idée d’associer un emplâtre révulsif avec un dermocorticoïde mérite qu’on s’y attarde. Mais d’abord, il paraît élémentaire de présenter une analyse critique des produits cités, à la manière de PHARAMSTER.       

 

ANALYSE CRITIQUE DES SPECIALITES EN PRESENCE : 

    - Emplâtre Sedisol® 

    12-06-13-EMPLATRE---DERMOCORTICOIDE-Sedisol-Pharamaster.jpg 

    Selon Larousse un  emplâtre (nom masculin, latin emplastrum, du grec emplastron : modeler) est une préparation thérapeutique adhésive destinée à être appliquée sur la peau ou à être étendue sur des bandes de tissu (sparadrap).

Dans le cas présent, la composition de l’emplâtre est la suivante :

      Capsicum : dans la classification botanique des espèces végétales, le capsicum est un genre, "le genre Capsicum" qui  comprend les piments (au goût piquant) et les poivrons (au goût doux), ce genre appartient lui-même à la famille des solanacées (comme la tomate. Et forcement quand la pharmacie rencontre la cuisine cela donne une grande salade …).

L’objectif recherché à travers l’utilisation du capsicum n’est pas de relever le goût (bande de gourmands …), mais l’obtention d’un effet révulsif local

Révulsif : Procédé thérapeutique visant à provoquer une irritation cutanée locale afin de retenir le sang près de la peau (Larousse)

Le capsicum, ou capsicine, se trouve dans de vielles spécialités comme le Baume Sloan® ou le Baume Algipan®. Dans ces médicaments, il est associé à d’autres révulsifs comme le salicylate de glycol, le nicotate de méthyl ou même à l’histamine (...).

Mais ce qui importe c’est son association avec  des molécules myorelaxantes comme la méphénésine (cas du Baume Algipan®) ou encore des topiques analgésiques comme le salicylate de méthyle, qu’on retrouve justement dans notre emplâtre.

12-06-13-Salicylate-de-Methyl.jpg

         Associer un révulsif avec un antalgique local, parait une solution astucieuse pour accentuer l’effet de la molécule antalgique. En effet, la molécule révulsive, avec le massage en plus, crée une vasodilatation locale qui permet une meilleure pénétration de l’antalgique local. La sensation de chaleur comme la vasodilatation n’est qu’une conséquence de l’effet irritant de la molécule révulsive (le capsicum dans notre cas).                             

Outre le capsicum (révulsif) et le salicylate de méthyle (l’antalgique) on retrouve dans notre emplâtre l’oxyde de Zn (Kenta®) vraisemblablement utilisé ici comme un adoucissant.

Remarque générale au sujet de la chaleur :

La chaleur ne constitue en aucun un traitement anti-inflammatoire, bien au contraire, elle favorise l’installation de l’inflammation. Le véritable traitement anti-inflammatoire c’est bien entendu le froid qui bloque, lorsqu’il est appliqué rapidement après un choc, la mise en route du processus physiologique de l’inflammation.

Cependant, dans le cas d’une inflammation déjà bien installée, la chaleur apporte un certain confort, elle ne devient relativement utile que si elle s’accompagne de l’application simultanée d’un topique antalgique. La chaleur constitue en quelque sorte « un excipent » de l’action antalgique proprement dite. En disant cela, on montre par la même occasion, les limites de ce genre de remèdes   

 

   - Percutalgine Gel®

  12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE Percutalgine paharamste

 

Le Percutalgine® est un produit intéressant par l’originalité de sa formulation. Il est composé de :  

       - L'acétate de dexaméthasone (que vous connaissez bien avec le Decadron® qui cause des ravages dans la population …). La dexaméthasone est un dermocorticoïde d’activité modérée (Classe IV sur la base du test de McKenzi).

       - Le salicylamide est un antalgique salicylé. On a eu affaire à cette molécule au tout début du lancement  de ce blog ; en effet, elle entre dans la composition de la spécialité Rinomicine®. Remarquez que, là aussi, on utilise un salicylé à usage local comme dans notre emplâtre (Sedisol®), c’est intéressant à noter pour la suite.

12-06-13-Salicylamide.jpg 12 06 13 Aspirine et Saule Blanc Salix alba 2

 

 

 

 

Pour rappel, on vous laisse le plaisir de découvrir la différence entre ces molécules et  l’aspirine (l’acide l’acétylsalicylique)  grâce à cette illustration où on retrouve, par hasard, comme image de fond, un saule blanc (Salix alba).

  

 

   

Outre le salicylamide, ou retrouve encore ici dans le Percutalgine® le salicylate de glycole qui est révulsif comme vous le savez.

Au final, cette spécialité se résume à une association d’un anti-inflammatoire stéroïdien (dexamétasone) et d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS pour les intimes).  Notons par la même occasion la liste des excipients de cette spécialité :

 Nicotinate de méthyle, propylèneglycol, carbomère (carbopol 980 NF), trolamine, édétate disodique, éthanol à 96 %, eau purifiée.                      

Vous reconnaissez dans cette liste le nicotinate de méthyle : un autre revulsif, et surtout le fameux trio : eau, Cabopol et triéthanolamine (noter ici trolamine) qui sont à la base de la structure galénique de la majorité écrasante des  gels qu’ils soient cosmétiques ou médicaux.

 

DISCUSSION :

        Sur la base de ces données on peut légitimement se poser la question suivante : peut-on associer un emplâtre à base de capsicum et de salicylate de méthyle avec le Percutalgine® ?

 

       Sauf erreur de notre part (…), il n’y a pas de raison de contre-indiquer une telle association, elle paraît à nos yeux (aussi myopes soit-ils …) tout à fait recevable. D’autant plus que la forme gel, n’étant absolument pas grasse, l’adhésion de l’emplâtre à la peau n’est pas remise en cause.

 Il faut noter cependant que le RCP de la spécialité Percutalgine® mentionne que l’application de ce gel avec un pansement occlusif est une contre-indication. Ceci est valable pour beaucoup de dermocorticoïdes, cette contre-indication pourrait être levée, à notre avis, sous certaines conditions qu’on verra plus loin.               

En admettant que cette association soit recevable, elle devient de facto, sur le plan galénique, un système transdermique low cost, une sorte de charter transdermique à bas coût. Au niveau pharmacologique ce «système » pourrait être proposé comme un succédané à l’infiltration de corticoïdes, avec comme avantage le côté moins invasif et un coût abordable. L’indication cible serait les pathologies rhumatismales invalidantes des articulations. Les contre-indications sont évidentes : l’enfant de moins de 15 ans (pour cause de fragilité dermique), la peau lésée ou atopique, la femme enceinte … Etc.

Si le concept théorique paraît, pour nous, tout à fait intéressant, il nécessite toutefois la détermination de la posologie qui est fonction d’au moins 4 paramètres :

- La surface d’application

- La quantité de gel corticoïde à appliquer

- L’effet révulsif qui devrait être juste nécessaire pour une vasodilatation locale sans se transformer en une irritation trop agressive.

- Et enfin la durée d’application, cette durée ne doit pas être laissée au hasard mais déterminée de manière exacte afin d’assurer la pénétration totale du dermocorticoïde.

Tout cela nécessite à coup sûr des études sérieuses, pas forcement très couteuses, à la portée de nos universités et de nos laboratoires pharmaceutiques. 

 

       Mais de quoi je me mêle ?

    Être une force de proposition ou ne pas être        

       Limiter le rôle de l’officinal à la délivrance du médicament est une absurdité monumentale, cet acte est tout à fait réalisable par n’importe quel  technicien. Non, la société dans son évolution actuelle exige du pharmacien (bac +7) un rendement à la hauteur de ses études avec  en particulier des positions claires en ce qui concerne l’analyse critique et indépendante des médicaments et des thérapeutiques.

Mieux encore, le pharmacien sur le plan collectif doit se positionner comme un think tank du secteur de la santé : dynamique, constructif, intègre et volontariste. Tout en mettant le patient, autrement dit l’être humain, au cœur de son métier (et non pas le médicament … allons mais c’est stupide) il devrait être un partenaire à la hauteur scientifique et intellectuelle des autres acteurs de la santé en particulier des laboratoires pharmaceutiques.

Pour ce faire, il faudra mutualiser les intelligences, or tout ce qu’on mutualise aujourd’hui dans notre profession c’est la médiocrité scientifique, les egos surdimensionnés, la cupidité et la recherche immodérée du pouvoir. Notez que même la réussite des entreprises du médicament se base d’abord et avant tout sur la mutualisation des intelligences.    

      Discutez avec le responsable de la R&D chez Laprophan ou avec le directeur médical de Pfizer, Novartis ou tout autre laboratoire et vous verrez qu’à la moindre approximation, il (ou elle) vous fera un grand sourire, vous offrira un carton d’échantillons gratuits, vous donnera même un bon d’essence pour votre joli 4X4, et vous invitera aimablement à rejoindre votre officine en attendant le passage d’un sympathique délégué pharmaceutique qui vous fera des offres de marchés intéressantes , vous serez alors,« bien » informé, à grand renfort de brochures aux couleurs chatoyantes, de grandes affiches cartonnées et de présentoirs attrayants pour booster votre marchandising … Alors comblé ? Comment ne pas l’être ?  Toujours est-il  qu’au final, vous serez aux yeux de votre partenaire un parfait crétin scientifique dont la seule utilité se limite uniquement à la taille de sa caisse.                         

Avis du Dr Mouna :

     Je trouve extraordinaire et vraiment louable pareille démarche : décoller d’un vulgaire petit billet (comme on en reçoit pas mal !) écrit de manière approximative et/ou à la va- vite (qui ne nourrissait aucun espoir de finir ailleurs que dans une poubelle) et atterrir sur un concept tout à fait défendable et plausible : « Infiltration sans effraction » ! Il fallait y penser …

Amis futurs médecins et pharmaciens en herbe, voici un bon sujet de thèse : étudier le Percutalgine® sous l’effet occlusif de l’emplâtre , le comparer à une infiltration pure et simple de corticoïde en terme d’efficacité, de pharmacocinétique …bref de faisabilité en général ; je crois que ça peut se concevoir dans un service de rhumatologie d’un grand hôpital, les moyens humains ne manquent pas, peut être que là où le bât blesse c’est le coût du dosage du principe actif dans le sang pour juger de l’absorption du produit, mais on peut déjà essayer.

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Published by Amster - dans MEDICAMENT
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commentaires

bernard 05/08/2015 16:35

Bonjour,

très bien expliqué, j'apprécie la démarche. Je cherche actuellement, comme beaucoup de gens, de la "percutalgine". je souffre d'une inflammation à un endroit précis où agiseent des muscles croisés. bref, je" déguste" au moindre geste...

Amster 06/08/2015 13:34

En effet le Percutalgine n'est plus disponible au Maroc. Cela dit, en principe, et en accord avec le médecin traitant, il peut être remplacé par autre dermocorticoïde de la même classe sous forme gel ou même crème.
Bon rétablissement.

Tur Enrique 15/08/2012 16:38


Bonjour, J'éprouve beaucoup de plaisir à lire votre blog, bien documenté, qui présente soucis du patient et regard critique mais bienveillant sur l'environnement. Bravo!
En fait, je suis acuponteur, Je n'écris jamais de prescription laissant ça aux médecins si je suis face à quelque chose que je ne peux pas soigner, mais là je peux mesurer la portée de mon
ignorance et malheureusement de celle de mon entourage de "professionnels".... Ici l'industrie est maîtresse et le dollar règne... L'argentine est pourtant un pays bien sympathique mais nous
n'avons que peu de personnes de votre qualité aujourd'hui.
Je salue donc le Maroc à travers vous!

Amster 15/08/2012 18:10



Merci Mme 



ayoub 14/06/2012 19:42


qu en est t'il de la durée d application de l emplatre (seul) et encore de la conduite a tenir pour renouvellement si necessaire et merci

Amster 14/06/2012 20:47



Merci Sidi, concernant la durée
d’application de l’emplâtre seul (bien entendu) elle peut être, selon les mentions écrites au verso de la dite spécialité, de 3 à 4 jours. Il est entendu que ce produit n’est pas légalement un
médicament, il rentre dans le cadre de la parapharmacie, cela implique que ces données sont aléatoires et n’obéissent pas à des études référencées. C’est l’occasion de se poser la question sur
ces produits dits de parapharmacie, que les officinaux vendent sans les maîtrisés. S’ils avaient cette maîtrise … le monopole de la vente de ces produits ne serait pas attaqué de toute part.
Imaginez que la seule riposte que propose les officinaux, face à cela, c’est de faire des remises … lamentable, car ces remises sont  en soi un
constat d’échec de l’intelligence de notre corporation.      



ayoub 14/06/2012 19:34


chapeau monsieur, un reel plaisir ce blog

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