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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 18:45

CAS D’OFFICINE

DEXAMÉTHASONE EN CONTREBANDE

K I N A T E   D E R D E G

 DEXAMETHASONE-DE-CONTREBANDE-packaging-copie.jpg

  

           En ce jour du mardi 21/08/2012, une dame, la trentaine d’années, s’est présentée à la pharmacie pour demander conseil au sujet d’un produit qu’elle a acheté au souk chez un aâtar (herboriste traditionnel marocain).

Ce genre de demande est classique dans notre officine vu qu’on ne rechigne jamais à donner l’information quitte à la chercher à posteriori ou à défaut, avouer honnêtement « je ne sais pas ». Du coup, la population de notre quartier s’en donne à cœur joie pour mille et une raison. Certes, d’une part  cela nous demande beaucoup d’effort  pour trouver les réponses appropriées (qui se retrouvent en partie sur ce blog) et d’autre part, cela  nous rapporte indirectement du cash dans notre caisse. Grâce à cet état de fait et au fur et à mesure, un climat de confiance et de respect nous lie à notre clientèle, ce qui a permis de placer l’officine comme référence locale pour une information de proximité, sérieuse, intègre et régulièrement mise à jour (du mieux qu’on peut). Par conséquent, la pharmacie réussit à  drainer un nombre respectable de nouveaux patients (l’achalandage) et de les fidéliser ; bref, assurer une bonne rentabilité par le savoir. Toutes les techniques de ventes et de marchandising qu’on vous prodigue dans les congrès des pharmaciens (plutôt des foires pour le marketing des laboratoires) sous le chapeau de la formation continue sont des absurdités monumentales pour crétins patentés, en particulier quand elles sont déconnectées de toute base scientifique sérieuse intègre et indépendante. Revenons aux données du cas présent :

- Le produit qu’on nous a présenté serait, selon son étiquette, de la déxaméthasone dosée à 0,5 mg par CP, comme pour l’ORADEXON ORGANON®  (14,30 DH boite de 20 CP) et le DECADRON® (21,50 DH boite de 20 CP). Il comporte le prospectus ci-après (cliquer sur l'image pour agrandir) :   

DEXAMETHASONE DE CONTREBANDE PROSPECTUS

- Les CP ont été conditionnés dans un flacon en verre teinté, d’une contenance de  100 CP.

- Ce produit a été acheté selon les dires de la dame à 100,00 DH.

- L’indication recherchée par la dame : prise de poids vu qu’elle se trouve maigre.

         Hasard de calendrier, ceci est véridique, une heure plus tard, une deuxième dame se présente avec le même produit. Cette dernière se l’est  procuré à travers une tierce personne de la ville d’Oujda (ville de l’Est du Maroc aux frontières avec l’Algérie), vraisemblablement du fameux Souk Elfellah. Le prix cette fois-ci est de 40,00 DH pour la même présentation. On apprend par la suite que c’est probablement ce produit qui serait appelé dans les couches populaires marocaines KINATE DERDEG, c'est une déformation à la marocaine du nom "DECADRON".   

Présentation d’un exemple de conduite à tenir officinale :

        Et bourkoi bas (pourquoi pas) ? Comme dirait l’autre. Oui, et c’est une bonne question  pour pharmacien, pourquoi le fait de prendre de la dexamétasone  pour grossir est une catastrophe, ce qui est une évidence pour tout pharmacien « normalement constitué » ne l’est absolument pas pour le citoyen de base. Face à une population à qui on a fait perdre le sens du respect des lois, le fait qu’il soit un produit tableau A n’a aucun intérêt, on est ici dans l’obligation de développer  des arguments simples et compréhensibles. Cet argumentaire n’a d’intérêt que si l’officinal jouit d’un aura positif et d’une confiance appréciable auprès de la population. Ci-après, un exemple d’argumentaire qu’on met en avant dans notre officine et que vous pouvez adapter en fonction de votre environnement :

        - Ouaaaa Lalla (chèèèère Madame) ce produit n’est pas un remède miracle puisqu’on l’a ici dans la pharmacie sous d’autres appellations. Il est à base de dexamétasone un corticoïde : le terme « corticoïde » est facultatif, cependant il s’avère parfois utile d’utiliser avec parcimonie un terme savant. Cela donne parfois de l’ascendant sur votre interlocuteur qui a tendance à tendre l’oreille, l’écoute, mais il ne faut pas en faire trop au risque de le perdre complètement.

       - La prise de poids constaté avec ce produit est un leurre, puisqu’il  s’agit en réalité d’une rétention d’eau. Autrement dit, l’eau qui allait passer dans les urines sera retenue dans le corps, ce dernier va gonfler et la peau sera tendue. Le pire c’est qu’à l’arrêt du produit, le corps perdra cette eau retenue, il se dégonflera comme peau de chagrin (l’expression n’existe pas en arabe, mais elle est parfaitement adaptée au cas présent) et justement, la peau présentera alors des vergetures. Au final, à l’arrêt du produit on aura non seulement perdu la prétendue prise de poids, mais on aura «gagné » en plus de « jolie » vergetures

      - Et bourkoi bas (pourquoi pas) ne pas l’utiliser tout le temps ? Et bien justement c’est là où on se fait avoir (pardonnez-moi l’expression, c’est pour la bonne cause), car l’utilisation continue sur de longues périodes d’un corticoïde aura comme effet :

 - de favoriser l’apparition du diabète : ajouter « allah yester » (que Dieu nous préserve), l’insertion d’expressions religieuses dans un discours permet un meilleur contact avec les gens, faisant appel par là à leur inconscient mystique. Oui, paradoxalement on peut défendre parfaitement des arguments rationnels en jouant sur la fibre irrationnelle de vos interlocuteurs.       

- de fragiliser l’os avec les fractures qui l’accompagne : c’est l’ostéoporose pour les intimes, insister plutôt sur le terme « fracture » qui est mieux perçu que l’expression « fragilité osseuse ». Si vous parlez de densité osseuse là vous êtes mort !

- de favoriser l’hypertension artérielle : pas besoin d’artifice, ça marche tout seul

- de baisser l’immunité et de favoriser les infections : le terme immunité (almanaâ en arabe) sonne parfaitement bien, puisqu’on surfe ici vaguement sur des notions de sida, ça percute …

- En cas d’arrêt brutal du produit, il y a un risque énorme de mort imminente:  laisser toujours cet argument  pour la fin, l’objectif étant de terminer en apothéose. Pour ceux qui l’auraient oublié (pour cause d’abus de congrès pseudo-pharmaceutiques financés par les laboratoires), un arrêt brutal d’une corticothérapie de plus de 10 jours peut déterminer une  insuffisance corticosurrénalienne aiguë du fait d’une mise en repos prolongé de la glande surrénale, pour plus d’information vous pouvez consulter cette page sur le site Urgence On-line « Insuffisance surrénalienne aigüe »       

       Aaa Si Dictor (Mr le Docteur !) puisque ce produit a de tels effets, pourquoi il est vendu en pharmacie ? Excellente question à laquelle on est obligé de répondre le plus clairement possible :

       - la dexamétasone comme tout médicament digne de ce nom, est d’abord un poison qui trouve son utilité dans des cas bien précis que seul le corps médical est à même d’apprécier.

      - les effets secondaires précités sont très fortement diminués par les protocoles thérapeutiques adoptés 

      - une prescription de courte durée (moins de 10 jours) n’a presque pas d’effets secondaires

      - quand une prescription de corticoïdes à long terme est nécessaire (plus de 15 jours), il faut savoir qu’il y a des règles strictes à respecter (régime sans sel, sans sucre et arrêt par paliers afin de laisser le temps à la corticosurrénale de reprendre ses secrétions de cortisol)

      - Enfin, l’utilisation de la dexaméthasone, comme tout médicament digne de ce nom, se justifie par l’appréciation du rapport pour le patient du bénéfice / risque. Il faut savoir que, contrairement à ce que distille une partie du marketing pharmaceutique, le « risque » est constitutif du médicament. C’est pour ces raisons qu’on a besoin du médecin qui doit non seulement diagnostiquer une situation donnée mais aussi justifier le risque potentiel couru par le patient du fait d’une thérapeutique donnée.

Que peut-on faire collectivement ?

    Entre l’herboriste et l’autre  

         La présence d’un tel produit au niveau des herboristeries traditionnelles marocaines (mon Dieu la tradition ?!?), est le signe d’un trafic international qui vraisemblablement, n’implique pas que des petits contrebandiers transfrontaliers, mais plutôt des réseaux criminels structurés.

On peut demander la condamnation de l’herboriste du coin, celle de ses fournisseurs et même celle des fournisseurs de ses fournisseurs, il n’en demeure pas moins que les vrais criminels sont ceux qui, à tous les niveaux, savent (et ils sont nombreux …) et qui laissent FAIRE par laxisme, par intérêt pécuniaire ou du fait d’une conjoncture politique donnée (lutte contre le chômage … !). Ceux là sont les véritables criminels qui ne sont malheureusement  que rarement touchés, pour la simple raison, qu’ils sont en partie dans l’ossature de l’Etat.  

    Et nous alors ?

        Doit-on pour autant, en tant qu’officinaux, baisser les bras ? Pas du tout. Et là il y a deux façons de faire :

           - On peut se présenter comme des victimes, arguant le manque à gagner pour les pharmaciens, la concurrence déloyale et la paupérisation des officinaux. Mettre l’aspect économique en avant est, sauf erreur de notre part, totalement contre productif du fait du manque d’empathie vis-à-vis des officinaux. En effet, les couches populaires considèrent ces derniers comme des nantis alors que les élites et l’intelligentsia les considèrent comme des sangsues du système de santé sans réelle plus-value. Et ceci, d’autant plus que la rue marocaine ne s’émeut plus ni du sort des ouvriers de Jerada, ni de celui des diplômés chômeurs (à tort ou à raison), ni des dizaines de morts quotidiens sur les routes marocaines.

L’âme du marocain a été progressivement lessivée depuis l’aube de l’indépendance par une corruption endémique et par l’absence de projet de société cohérant. Le marocain d’aujourd’hui s’emporte plus par la défaite d’une équipe de foot que par l’injustice sociale. A ce propos, l’univers du football marocain est un condensé de la société marocaine d’aujourd’hui avec des dirigeants analphabètes et corrompus, des joueurs qui ne sont porteurs d’aucune valeur à part celle de l’agent et un public à majorité de voyous (la violence récurrente dans les stades en atteste). Dans ce magma évoluent des gens simples, gagnant bien leur vie ou pas, qui vivent en priant le tout puissant (l’Etat étant démissionnaire) de protéger leur famille et en essayant, autant que faire se peut, de rester honnêtes par rapport au peu de valeurs qui nous restent. La valeur refuge par excellence reste la religion, qui elle-même est vidée de tout sens de progrès et dont on ne retient finalement que des traditions anachroniques, désuètes et contreproductives.     

Dans un tel contexte, la paupérisation de l’officinal est le dernier des soucis et de la population et des décideurs.    

          - Face au problème posé par cette dexaméthasone de contrebande, la réplique du corps officinal devrait être beaucoup plus pertinente. Elle devrait s’articuler, sauf erreur de notre part, autour de 2 points diligentés par les diverses instances représentatives :

   1- Une prise de conscience des pharmaciens eux-mêmes et de leurs collaborateurs du problème posé par l’usage abusif des corticoïdes. Commençons d’abord par balayer devant chez nous avant de faire la leçon aux autres. Cette prise de conscience n’est possible qu’à travers des réunions régionales secteur par secteur (pas de congrès …) où la parole serait parfaitement libre et où on se dira les 4 vérités en face, à partir de là se dégageront de façon automatique les éléments d’autorégulation. Il faut dire que pour une société donnée « l’autorégulation » est toujours plus rentable qu’un système de contrôle – sanction, en particulier dans une société aussi corrompue que la nôtre.

   2- Mettre en place une communication qui vise à alerter la population des dangers de la corticothérapie sauvage. Nos officines, en elles-mêmes, constituent un outil de communication de proximité exceptionnel, qui n’est exploité que par le marketing des laboratoires pharmaceutiques (Cf. les grandes affiches, PLV ...). Le rêve … serait qu’au sein de nos instances représentatives, il y ait un département chargé de la  communication médicale grand-public. Il aura pour charge de développer des affiches (non sponsorisées), des outils didactiques à utiliser par les pharmaciens, et des campagnes médiatiques, en collaboration avec des partenaires de la société civile comme l’association AFAK par exemple.

Ci-dessous une affiche en arabe réalisée avec la participation effective de mes collaborateurs (qu’ils en soient remerciés), elle est simple, en noir et blanc, imprimable sur ¼ de feuille papier A4, vous pouvez l'adapter à votre environnement. Notre petite expérience montre une excellente réceptivité des patients. Cela démontre que, pour faire un geste citoyen responsable on a besoin de peu de moyen et de beaucoup d’intégrité intellectuelle. Cliquer sur l'image pour agrandir :

FICHE-DE-CONSEIL-EN-ARABE-CONTRE-L-USAGE-ABUSIF-DE-CORTICOI.jpg             L’ensemble de ces actions aura pour effet d’installer le corps officinal dans une logique citoyenne, cette position sera beaucoup plus confortable pour défendre les revendications matérielles légitimes des officinaux. Encore faut-il faire l’effort intellectuel nécessaire pour comprendre que le cœur de notre métier n’est ni le médicament ni la caisse mais bien entendu le patient.

Cette deuxième démarche n’est qu’un rêve qui, au vu de la déliquescence des officinaux d’aujourd’hui, devient une chimère. Mais bon le rêve nourrit l’espoir … il maintient aussi la capacité de travail pour les petites gens besogneux que nous somme.

PS : Ce texte a été rédigé avec beaucoup de cœur. Que l’on nous pardonne si on s’est trompé, mais si par un heureux hasard on avait raison, on ose espérer que cette raison puisse réveiller quelques consciences, c’est tout le bien qu’on souhaite. PHARAMSTER     

Relu et commenté par Dr Mouna, Pharmacienne d’officine

Rédaction Amster

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Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
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commentaires

FIFI 28/12/2014 20:27

et maintenant c'est vrai ??

lola 01/03/2014 01:29

je suis une jeune fille de 28 ans célibataire j'ai pris se médicament chez (l3atar) a 80 dh 15 jours après un changement sur mon poids bien entendu? 4 mois après j'avais une allergie sur le corps avant j'ai pris chaque nuit 1 comprimé je me suis dis avec l'allergie il faut arrêt se médicament j'ai pas pu le poids c que je cherche j'ai essai plais des médicaments son aucune résulta, écoute bien cette histoire après 2 ans je suis arriver a 2 comprimé par jour les e faits secondaire bien sur des douleurs de tête avec un changement des règles une fatigue un stresse le 15 février 2014 j'ai pris une diction d’arrêté cette folie cette un samedi 17 un lundi dans le coup 2 ganglion je suis partie voir un ORL je lui parler pour ce médicament la dexamethasone il ma dis comma ça aie aie aie tu as pris ça pende combien de temps je lui dis 2 ans il ma awwwww c grave ???? je suis reste bouche B après il ma diagnostiquée il a trouver un nodule dans thyroïde effectivement avec la radio cérébrale les analyses aussi les globules blancs dépasse la norme j'ai un rende vous lundi je vais vous dire le reste moi je pense que c'est cancer a la thyroïde

Amster 21/08/2014 04:06

Absolument Mr, c'est juste la triste réalité

adel 20/08/2014 21:58

C vrai ca

khadidja 23/05/2014 15:36

merci pour le consiell

racha 16/04/2014 21:50

vria???

racha 16/04/2014 21:50

c vrai??

Amster 03/03/2014 18:24

Merci Melle pour votre témoignage

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