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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 07:30

C A S   D ’ O F F I C I N E

METOCLOPRAMIDE & SULPIRIDE

 

Proposé par Dr MOUNA

Co-rédigé par  Dr MOUNA  &   PHARHAMSTER-LOGO-01.jpg

 10 10 12 metoclop

Rappels déontologiques :

- Ordonnance reconstituée selon l’originale, les noms et coordonnées du médecin traitant sont purement fantaisistes. Toute ressemblance avec les de personnes existantes ou ayant existées est purement fortuite.  

- Loin de nous tout côté « donneur de leçons », PharHamster considère que ne nous détenons pas de vérité absolue, en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, pharHamster reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas

 

Cette ordonnance a été reçue en officine le 09/10/2010 :

 

Contexte :

Médecin : spécialiste secteur public

Patiente : femme la trentaine, enceinte de 6 mois

 

Ordonnance :  

      Primpéran CP à 10 mg : 1cp 3x/j    

DCI : métoclopramide dosé à 10mg. C’est un neuroleptique antagoniste de la dopamine périphérique. Il prévient les vomissements par blocage des sites dopaminergiques.    

      Dogmatil CP à 50 mg : 1cp 3x/j

       DCI : sulpiride dosé à 50 mg. Antipsychotique neuroleptique benzamide

      Digestine CP à 40 mg : 1cp 2x/j            

       DCI : Résinate de métoclopramide dosé à 40mg, c’est forme à libération prolongée

      Prazol CP à 20 mg : 1cp le soir        

DCI : Oméprazol dosé à 20mg. L' oméprazole est un inhibiteur de la pompe à protons : il diminue la sécrétion d'acide au niveau de l’estomac.

 

Discussion :

 

       1- Le métoclopramide surdosage :  

       Sachant que la posologie habituelle du métoclopramide est de 30 à 40mg/j, en suivant cette prescription, nous tombons sur 110mg de métoclopramide par jour ce qui constitue presque le triple de la dose max recommandée.

L’association Primpéran et Digestine est aberrante, il s’agit des 2 faces de la même monnaie sous des appellations différentes.

Par ailleurs, Digestine est un nom commercial qui peut prêter à confusion, d’où la nécessité d’avoir recours à la DCI  qui reste une donnée sûre et immuable.

Le médecin a peut être penser à un de ces compléments alimentaires à base de plantes qui, soit disant, faciliterait la digestion et réduirait la dyspepsie sans aucune preuve rationnelle d’efficacité. Des produits comme il en existe une quantité importante sur le marché marocain.

Le risque de survenue d’un syndrome extrapyramidal inhérent au métoclopramide surtout à forte dose, a déjà été déjà traité lire à ce sujet :  

            -  METOCLOPRAMIDE & AZITHROMYCINE NOUVELLES RECOMMANDATIONS

            -  PRIMPÉRAN NOUVEAUX CHANGEMENTS

 

Note à part : Digestine en question (sauf erreur ou omission)

Le résinate de métoclopramide selon le prospectus du Digestine « assure une libération lente du métoclopramide ». C’est un produit qui nous semble peu référencé, non commercialisé ni en France ni en Europe, la dci « résinate de métoclopramide » n’est rapporté ni dans l’AFSSAPS ni dans le BIAM ni dans Esculapepro et encore moins dans le Vidal.

En consultant en le site Belge du laboratoire sous la licence duquel est fabriqué Digestine, on n’a trouvé aucune trace du « résinate de métoclopramide », sauf erreur de notre part.

Il s’agit, vraisemblablement, d'un produit adapté aux « spécificités » des marchés du tiers monde, vendu généralement en Afrique, Afrique du Nord, Egypte ou encore Pakistan. 

La question qui se pose c’est : y a-t-il un intérêt pharmacologique objectivant l’utilisation d’un métoclopramide à libération prolongée ? Et s’il y en est un, pourquoi le résinate de métoclopramide n’est pas commercialisé en France ? A notre modeste niveau, on préfère en rester là. Il est possible qu’il y ait des informations qui nous échappent bien entendu.

 

       2- Intérêt du sulpiride dans les vomissements de la femme enceinte et en gastro-entérologie en général :

       Le sulpiride est un neuroleptique qui interfère dans les transmissions nerveuses dopaminergiques cérébrales et exerce, aux faibles posologies, une action activante simulant un effet dopaminomimétique. Aux doses plus élevées, le sulpiride a également une action antiproductive.

Aucune indication en gastro-entérologie n’est spécifiée dans le RCP de la spécialité Dogmatil  50 mg CP (Mise à jour du 25/11/09 consulter le 09/11/2010).

Autrement dit toutes les utilisations du sulpiride dans « La composante psychomotrice des maladies organiques, en particulier la maladie ulcéreuse et la rectocolite hémorragique » tel que spécifié dans le VIDAL 1994, page 459, sont purement fantaisistes. Ni hoquet, ni colopathie fonctionnelle, ni ulcère, ni vomissements même réfractaires aux autres thérapeutiques, ne justifient l’utilisation du sulpiride.

Les seules indications reconnues du sulpiride 50 mg par CP sont :

- Traitement symptomatique de courte durée de l'anxiété de l'adulte en cas d'échec des thérapeutiques habituelles. (Donc mêm ici en 2ème ligne)

- Troubles graves du comportement (agitation, automutilations, stéréotypies) chez l'enfant de plus de 6 ans notamment dans le cadre des syndromes autistiques.        

Dans ces indications l’utilisation du  sulpiride est envisageable quel que soit le terme de la grossesse sous réserve d’une surveillance particulière pour le nouveau-né. 

En l’occurrence, dans le cas présent, l’utilisation du sulpiride est possible mais elle n’est justifiable que si la femme enceinte a des troubles d’anxiété.  

 

       3- L’association métoclopramide et sulpiride :

       Il s’agit là d’une association de deux  neuroleptiques dont l’un, le métoclopramide, a une vocation d’antiémétique. C’est une association tout simplement contre-indiquée et pour cause : 

Rectificatif : Suite à la remarque pertinente d’un internaute, que nous remercions vivement au passage, et après vérification dans le thesaurus de l’AFSSAPS et même dans le simple Vidal : l’association métoclopramide – sulpiride n’est pas classée comme « contre-indication » mais comme une interaction à « PRENDRE EN COMPTE ». Heureusement pour nous, cela ne change pas dans le fond l’analyse dans son ensemble. Merci encore pour votre vigilance

Cette association expose clairement la patiente, au minimum, à des troubles extra-pyramidaux graves : il s'agit de dystonies aiguës pouvant se manifester par des mouvements anormaux de la tête et du cou (spasmes faciaux, trismus, crises oculogyres, révulsion oculaire, protrusion de la langue, difficultés de déglutition, dysarthrie, torticolis), une hypertonie généralisée, voire un opisthotonos.      

Dans le cas de la femme enceinte ces troubles pourraient sérieusement impacter l’évolution normale de la grossesse. 

 

       4- Oméprazol et grossesse : 

      Selon l’AFSSAPS « Les études chez l'animal n'ont pas mis en évidence d'effet tératogène. En l'absence d'effet tératogène chez l'animal, un effet malformatif dans l'espèce humaine n'est pas attendu. En effet, à ce jour, les substances responsables de malformations dans l'espèce humaine se sont révélées tératogènes chez l'animal au cours d'études bien conduites sur deux espèces. En clinique, aucun effet malformatif ou fœtotoxique particulier n'est apparu à ce jour. Toutefois, le suivi de grossesses exposées à l'oméprazole est insuffisant pour exclure tout risque. En conséquence, l'utilisation de l'oméprazole ne doit être envisagée au cours de la grossesse que si nécessaire.» sic.

En claire, l’utilisation de l’oméprazole au cours de la grossesse est possible mais n’exclue pas des risques éventuels. L’appréciation par le médecin de la nécessité de l’oméprazole prend ici toute son importance, il s’agit d’une responsabilité qui est loin d’être mince.  

 

Conclusion : 

Cette ordonnance, qui selon notre appréciation est un cas rare d'association - certainement involontaire - de 2 métoclopramides, a été pour nous l’occasion de se poser des questions fondamentales 

    - d'une part sur difficulté de la gestion des troubles gastriques chez la femme gestante et en particulier sur l’utilité du sulpiride dans les affections gastro-intestinales

    - d'autre part sur l’intérêt pharmacologique réel du métoclopramide à libération prolongée sous forme de résinate de métoclopramide. C'est une question qui, étonnement et en toute honnêteté, on ne s'était jamais posé jusqu'à là !. Cela montre encore une fois que ce qui apparaît comme une évidence consacrée par l’usage, ne l’est absolument pas quand on cherche à obtenir une argumentation rigoureuse et indépendante.

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Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
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commentaires

freud 28/12/2010 18:24



salut , en lisant votre cas d'officine , je ne pouvais pas m'empecher de commenter au sujet de l'interaction métoclopramide+ sulpiride , association qu'on ne peut pas la qualifier de tout
simplement contre-indiquée mais de PRENDRE EN COMPTE et ça d'aprés l AFSSAPS qui dans sa rubrique dossiers thématiques (interactions médicamenteuses ) dans le fameux thesaurus p 134 .
au passage merci pour ce joli blog que vous nous offrez ici , je vous encourage plus a publier :-)



Amster 28/12/2010 22:42



Merci pour cette information, après vérification, on le réctifiera dans les plus brefs délais. Merci bps 



DRKETABD 19/11/2010 17:52



Bonne analyse.


 



Amster 19/11/2010 20:16



MERCI



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