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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:31

LA FABLE DU PIGEON & DE LA COLOMBE

 

 

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« Un sourire coûte moins cher que l'électricité, mais donne autant de lumière »

L’abbé Pierre

          A propos de la violence on vous conseille bien sûr de lire notre article « De la violence en général et celle à l’égard des femmes en particulier »  avec une phrase qui résume ce texte « la violence constitue un échec en soi de l’intelligence humaine »

         Cette fois-ci on vous propose de raconter une fable, après tout un certain La fontaine en a les siennes. Bien entendu l’apothicaire du coin, le philosophe du comptoir, l’éminence grise des analphabètes du quartier ne pouvait pas ne pas en avoir au moins une, moyennant juste quelques fautes d’orthographe et de syntaxe, comme ces esses qui tombent dans l’eau ou ces points-virgules qui n’arrivent pas à se faire une place ou alors se placent n’importe comment, …  Enfin jetons-nous à l’eau, que mon ancienne maîtresse de français me pardonne  et que le Bescherelle aille en enfer.                                                  

 

Préambule :

         L’Homme comme tout animal est animé par deux types d’instinct primaire qui modulent une bonne partie de ses comportements : d’une part l’instinct de survie et d’autre part l’instinct de la reproduction qui le pousse à transmettre en priorité son patrimoine génétique.

Celui-ci  amène l’animal mâle à deux types de comportements : la séduction - domination vis-à-vis de l’animal femelle et une violence caractérisée vis-à-vis des autres mâles les pourchassant par exemple loin de son domaine.

L’être humain étant un animal sociable va faire évoluer ces comportements en arguant la protection des « biens conquis ». En effet pour pouvoir assurer la transmission de son patrimoine génétique en toute tranquillité, l’évolution de la pensée aidant, l’être humain va développer des règles de vie en commun. Et pour se donner une assurance à vie, il fallait transformer ces règles en lois immuables régies par des préceptes moraux.

Les religions sont nées et elles vont reprendre en fait à leur compte sous la houlette de la divinité, chacune à sa façon, ce besoin de transmettre en priorité son patrimoine génétique en imposant un nombre incalculable de règles de la plus sensée à la  plus absurde. Ce n’est pas un hasard si la majorité des prêches religieux tourne autour de la sphère reproductrice, à tel point que les méchantes langues de vipère disent que le cerveau des prédicateurs à force de vouloir faire éloigner le commun des mortels de la « chose » finit par se retrouver lui-même au niveau du bas-ventre ? (désolé, ce n’est pas bien de dire cela)       

Ainsi certains prêchèrent la chasteté vis-à-vis du « bien acquis » transformant ainsi le plaisir de la chair en un péché impardonnable, alors que d’autres se sont penchés d’abords sur ce « bien conquis » lui imposant une domination sans faille et une rigueur touchant tous les aspects des sa vie de sa naissance à sa mort.

Quelque soit l’espèce animale, la configuration sociétale, la philosophie ou la manière l’objectif final reste le même : la transmission prioritaire et « sécurisée » du patrimoine génétique du mâle. C’est avec ces élucubrations  improbables et soporifiques que naquit « la fabuleuse » fable du pigeon et de la colombe.                                             

La fable du pigeon et de la colombe     

         Extradominator était un bon pigeon élevé à la dure par ses parents. Quand il fit ses premiers pas dans le ciel il avait déjà l’étoffe des grands volatiles, il était courageux, ne craignait ni chasseur ni échassier ni rapace, majestueux c’était un voyageur né.

Le temps passa vite, et l’insouciance de la jeunesse fit place rapidement au devoir de pérenniser l’espèce : il fallait qu’il assure sa descendance  en transmettant, à son tour, son patrimoine génétique de façon fiable et sure.

Extradominator, comme la plupart des palombes était sérieux. La déliquescence des singes bonobo le heurtait, la multiplicité des conquêtes chez les félins et autres espèces (…) l’irritait         

        Par un temps printanier une colombe passa par là, le sang d’Extradominator ne fit qu’un tour et le voilà à la conquête de la belle Colombe, Schneck de son vrai nom. Séduite et comment ? Comment pouvait-elle refuser les avances, que dis-je, l’élégante sérénade du beau ramier ?                

Il l’a conquise et elle fut séduite, ils emménagèrent dans un tout nouveau nid douillet à l’abri des regards. Extradominator était un compagnon avenant et Colombe était radieuse et comblée, la vie était paisible et le futur s’annonçait idyllique.

       On aurait bien voulu terminer la fable ici, sauf que au bout d’un certain temps le pigeon restait un pigeon et Extradominator fut rattrapé par son instinct primaire : il fallait qu’il transmette son patrimoine génétique. Cela pouvait se faire simplement et naturellement, sauf qu'Extradominator lui avait un soucis qui le travaillait : comment pouvait-il être sûr qu’il serait le seul à fertiliser la belle Colombe ? Pourrait-elle  résister aux chasseurs qui écument les parages si jamais ses ailes la transportaient loin du nid ? Pourrait-elle résister aux avances d’un autre prétendant déclaré, sournois ou même potentiel ? Sa sensibilité féminine ne serait-elle pas sa propre faiblesse ?

Mille et une questions sans réponse, mais Extradominator n’était pas un pigeon qui se laissait faire, il trancha et il trancha dans le vif. Au début il demanda à Colombe de limiter ses déplacements hors du nid au strict minimum, par la suite il lui demanda de se cloîtrer dans le nid en l’assurant qu’il se chargerait de tout le reste. Ayant échos de ces demandes les colombistes (vous ne le saviez pas ? Ah c’est l’équivalent des féministes chez les volatiles) susurrèrent à Colombe qu’elle ne pouvait pas passer sa vie à pondre des oisillons et à donner la becquée, qu’il fallait changer l’ordre des choses dites établies. Colombe écoutait ces paroles d’une oreille distraite, la famille pour elle passait avant tout ou … presque.

Les commérages des colombistes rendaient notre pigeon encore plus anxieux, ça n’allait pas se passer ainsi, se disait-il. Il décida de passer à la vitesse supérieure, pour s’assurer que seul son patrimoine génétique fertilisera « sa » Colombe il décida de lui couper les ailes. Par amour, pour sauver son couple ou pour sauver les convenances, car chez les Columbidaes on ne se sépare pas en un claquement de doigts, Colombe Schneck se résigna. Extradominator était enfin apaisé, Colombe s’occupait des oisillons qui venaient  de naître et lui du reste.             

Les choses auraient pu en rester là et donner raison à l’aile conservatrice des pigeons, car comme vous ne le savez pas les tourterelles ont une aile conservatrice et l’autre progressiste c’est pour cela que, quand ils volent, on entend des claquements tacatac, tacatac, tacatac.

Au bout d’un certain temps, ne pouvant plus voler, Colombe se transforma petit à petit en une poule ! Et le pire c’est qu’Extradominator ne s’en aperçut même pas, du moins au début, vu qu’il finissait par la confondre avec les meubles de son nid (oui ils ont aussi des meubles).

La belle Colombe après juste deux ou trois pontes était devenue méconnaissable tellement elle était devenue grasse, et comme elle ne bougeait pas suffisamment ses os étaient devenus fragiles et ce n’est qu’à sa première fracture qu’Extradominator s’était rendu compte de la loque qu’était devenue, dans la force de l’âge, sa Colombe jadis bien-aimée.

Après réflexion il se dit que finalement rien n’empêche Colombe, après tout, de faire de l’exercice. Soudain un éclair transperça sa pensée, mon Dieu et s’il y avait un coq dans les parages. Aie ! Une douleur lui serra encore plus fort la poitrine, cette histoire de coq, semble d’autant plus vraisemblable que … oui son troisième oisillon, le petit Extradominator junior, avait de grosses cuisses et ne savait toujours pas voler ! Mon Dieu, après tout ce que j’ai fait, aurai-je besoin en plus d’un test parental ?                   

Moralité :

      Vous pouvez toujours leur élaguer les ailes, cela fera certainement allonger votre moustache, et accessoirement vous perdre de la qualité vie vu que celle qui est votre moitié ne sera plus que le dixième d’elle-même, mais le pire c’est que cela ne vous immunisera absolument pas contre le risque d’un « écart de conduite » éventuel.  

 

Elucubration pour élucubration, tant qu’on y est, creusons encore …

       Cette « fabuleuse » fable (oui on sait faire de l’auto-promotion nous, hein !) pose en filigrane une autre problématique qui touche les gens indépendamment des spécificités culturelles propres : il s’agit de la dualité pour tout un chacun entre l’épanouissement individuel et la responsabilité sociale.

Si la responsabilité sociale implique essentiellement les exigences de principe vis-à-vis de son entourage familial (en particulier vis-à-vis des enfants), l’épanouissement individuel, lui, touche un nombre important d’aspects allant de la carrière professionnelle à l’épanouissement physique et sexuel, en passant par l’évolution de l’intellect.

Dans des sociétés de plus en plus individualistes, l’épanouissement personnel, assimilé parfois à une forme d’égoïsme, devient non seulement une demande mais une exigence très difficile à conjuguer avec la responsabilité sociale.

De tout temps, face à leurs responsabilités sociales les gens sacrifient une bonne partie de leur propre vie, ce qui est moralement valorisant mais qui engendre pas mal de frustrations et de privations. Doit-on jeter l’opprobre sur toute personne qui le refuse ? Pas sur, par contre ce qui est peut être certain c’est qu’on ne doit pas juger l’autre sur des bases qui ne sont pas les siennes.

En pratique tout est question de dose, et la question fondamentale à laquelle tout un chacun devrait répondre : jusqu’où  peut-on aller dans l’épanouissement personnel sans faire éclater sa responsabilité sociale et inversement, jusqu’à quelle limite devrait-on se sacrifier pour autrui sans que cela ne constitue un handicap pour soi ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a autant de réponses différentes que de cas. Vouloir légiférer une infinité de cas particuliers, c’est l’utopie que vendent la plus part des moralisateurs depuis la nuit des temps.

Je remercie vivement ma consoeur Mouna pour sa relecture minutieuse et pertinente de ce texte.

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Published by Amster - dans ESCAPADE
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