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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 13:32

LECTURE OFFICINALE

EXPLICATION PHYSIOLOGIQUE DE L’EFFET

COUPE-FAIM DES PROTEINES

RÔLE DES RECEPTEURS µ-OPÏODES

 Proteine-pharamster.jpgSource image : Master STIC pour la Santé

Source principale :

1- C Duraffourd, F De Vadder, D Goncalves, F Delaere, A Penhoat, B Brusset, F Rajas, D Chassard, A Duchampt, A Stefanutti, A Gautier-Stein, G Mithieux. «Mu-Opioid Receptors and Dietary Protein Stimulate a Gut-Brain Neural Circuitry Limiting Food Intake » Cell, Volume 150, Issue 2, 377-388, 05 July 2012. 

Autres sources :

2- Interview de Gilles Mithieux* in La Recherche, n°467, page 24-25, septembre 2012 

3- CNRS, Communiqué de presse : L’effet « coupe-faim » des protéines élucidé.  05 Juillet 2012

4- G Mithieux, P Misery, C Magnan, B Pillot, A Gautier-Stein, C Bernard, F Rajas, C Zitoun. « Portal sensing of intestinal gluconeogenesis is a mechanistic link in the diminution of food intake induced by diet protein. » Cell Metabolism, Volume 2, Issue 5, 321-329, 1 November 2005
5- C. Duraffourd, F. Deleare, B. Brusset, A. Duchampt, G. Mithieux « 
PO37 Rôle des récepteurs μ-opioïdes dans les effets de satiété dépendants de la néoglucogenèse intestinale » Diabetes & Metabolism. Volume 36, Supplement 1, March 2010, Pages A37

  

         Divers régimes hyper protéinés on été proposés depuis une trentaine d’années, avec peu de résultats et beaucoup de désillusions. Ces régimes se basent tous sur l’effet coupe-faim des protéines.

Une étude publiée en ce mois de juillet 2012 [1] dans la revue Cell par une équipe de chercheurs Inserm, CNRS et Université Claude Bernard Lyon I, dirigée par G Mithieux est parvenue à élucider la sensation de satiété ressentie plusieurs heures après un repas riche en protéines. Ce travail montre par la même occasion les limites physiologiques de ce genre de régimes.      

         On sait depuis des années que l’absorption de protéines entraîne une sensation de satiété, c'est-à-dire une sensation de non-faim qui se prolonge bien au-delà du repas

En 2005, une équipe du laboratoire nutrition et cerveau de l'université Lyon-I [4] a montré que, plusieurs heures après un repas riche en protéines :

         -  Les intestins synthétisent du glucose par néoglucogenèse. La néoglucogenèse c’est le processus de synthèse du glucose à partir de précurseurs non-glucidiques, en particulier des acides aminés (qui ne sont rien d’autre que les éléments de base constitutifs des protéines … pour ceux qui l’on oublié entre les traites du crédit de la maison et frais de scolarité des enfants).

         -  L’équipe pensait que ce glucose passait dans le sang et se fixait à des récepteurs de la veine porte, qui collecte le sang de l'intestin. Un signal nerveux «coupe-faim» est alors envoyé via les fibres innervant la veine vers les centres cérébraux de l'appétit.

Mais à l'époque, ils n'avaient pas réussi à découvrir comment s'active cette néoglucogenèse.

L’équipe pensait alors que la voie d'action des protéines se superposait peut-être à celle d'autres composés qui ont un effet sur la faim en particulier, la morphine qui se fixe sur les récepteurs µ-opioïdes, qu'on trouve notamment au niveau de la veine porte.

Remarque :

Contrairement à la majorité des publications (y compris celles de l’ANSM) qui montrent que la morphine provoque une perte de l’appétit, G Mithieux, dans une interview pour La Recherche [2], affirme que cette dernière « active l’appétit en se fixant sur des récepteurs, les récepteurs µ-opioïdes, qu'on trouve notamment dans la veine porte. » sic. Cette question reste pour nous ouverte, dans l’attente d’avoir ultérieurement plus de précisions … !   

PS du 30/10/12 : Nous avons en effet contacté l’auteur au sujet de cette question, voici de suite sa réponse : " Merci de votre question. Je pense qu'il faut distinguer les effets à court-terme de la morphine (activateurs de la prise alimentaire, et ne pas les confondre avec les effets à long-terme chez les "accros", chez qui les récepteurs sont désensibilisés, ce qui fait qu'ils ont besoin de plus en plus de "produits" pour les activer. Ceci se traduit par des souffrances (état de manque par exemple) qui s'accompagnent de phénomènes "dépressifs" potentiellement... Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais ceci pourrait peut-être expliquer ce que vous mentionnez (perte de l'appétit, etc).

Bien cordialement, GM " 

Cette explication paraît cohérente avec l’effet de bien-être procuré par la morphine lors des 1ères administrations

Par ailleurs une autre question reste posée, si on a bien compris, ce n’est pas le glucose circulant qui induit l’effet coupe-faim mais le déclanchement la néoglucogenèse.    

Dans cette même interview [2] Gilles Mithieux rapporte les éléments suivants :  

On a d'abord étudié des rats et des souris nourris avec une alimentation normale,

- soit en bloquant les récepteurs µ-opioïdes par la naloxone (antagoniste μ-opioïde, qui est aussi un antagoniste pur et spécifique des morphinomimétiques sans effet agoniste.) [5] 

- soit en les activant par le DAMGO (Peptide de synthèse agoniste μ-opioïde, analogue des enképhalines, d’intérêt expérimental. Tyr-D-Ala-Gly-Me-Phe-Gly(ol)) [5]

Effet-de-l-acitivation-des-recepteur---opoides-pharamster.jpg

- Lorsqu'ils sont activés, la néoglucogenèse n'a pas lieu, et les rongeurs dévorent leur repas.

- A l'inverse, lorsqu'ils sont bloqués, la néoglucogenèse se déclenche. Les animaux n'ont alors plus faim.  

Puis on a étudié l'effet d'un repas riche en protéines sur ces récepteurs µ-opioïdes. Et on a constaté que des peptides, fragments moléculaires provenant de la digestion des protéines, s'y fixent et bloquent leur activité.

 

           La nouvelle étude publiée en juillet 2012 a permis de démontrer qu’après le blocage des récepteurs μ-opioïde, une succession de réactions, conduit à l’envoi de deux signaux vers le cerveau, l'un via le nerf vague, l'autre par la moelle épinière. Dans un second temps, le cerveau envoie un message retour vers les intestins, pour activer la néoglucogenèse, et donc l'effet coupe-faim. Le temps nécessaire à tout cela explique que la satiété soit ressentie plusieurs heures après le repas.

12-10-10-Illustration-Effet-coupe-faim-des-proteines-pharam.jpg

L’avis du pharmacien :

           La clef de l’effet coupe-faim  des protéines réside dans ces fameux récepteurs µ-opioïdes de la veine porte.

Les produits résultants de la digestion des protéines (oligopeptides) bloquent ces récepteurs, la néoglucogenèse se déclenche. Le glucose étant ainsi suffisamment disponible, le corps réagit en arrêtant l’apport alimentaire. C’est en quelque sorte un effet feed-back négatif tout ce qu’il y a de plus classique en physiologie.  Encore fallait-il le démontrer…D’où la force de ce travail, car non seulement on a démontré l’implication des récepteurs µ-opioïdes de la veine porte, mais en plus on est arrivé à décrypter la réaction en chaîne qui suit leur inhibition.

Deux voies (en rouge sur le schéma) vont converger vers le système neveux central :

         - La première impliquant le système nerveux périphérique ventral (passant par le nerf vague)

         - La deuxième impliquant système nerveux périphérique dorsal (passant par la moelle épinière, les nerfs spinaux).         

Après réception des messages nerveux de ces deux voies, le système neveux central (SNC) envoie un message-retour qui déclenche la néoglucogenèse par l'intestin. Cette dernière initie alors l'envoi du message « coupe-faim » dans les zones du cerveau contrôlant la prise alimentaire, comme l'hypothalamus.

C’est une double boucle comme annoncé dans le communiqué du CNRS [3] :

         a) le SNC reçoit le 1er message il déclenche la néoglucogenèse               

         b) La néoglucogenèse enclenchée, va activer au niveau central le message « coupe-faim »

Pour les néophytes que nous sommes c’est une partie de ping-pong entre le cerveau et les récepteurs proches de l’appareil digestif.          

Et après ? Dirait l’autre …

         L’idée d’agir sur ces récepteurs pour contrôler la satiété, parait a priori séduisante. Pour cela il faudra trouver des peptides ou d'autres molécules bloquant durablement ces récepteurs dans les intestins. A cette question, la réponse des chercheurs est prudente et rationnelle [4], car si on sollicite fortement les récepteurs µ-opioïdes, il y a un risque de les rendre insensibles, et donc d'arriver à l'effet inverse de la satiété. C'est ce qu'on observe chez les personnes faisant un régime hyperprotéique pour perdre du poids et chez qui l'effet de satiété a tendance à s'estomper avec le temps.

L’avis du pharmacien :

         Ces nouvelles données peuvent aiguiser (pour ne pas dire faire saliver) l’intérêt pécuniaire de plus d’un laboratoire. Pourtant, il faut d’emblée modérer fortement ces prétentions (avant-même qu’elles puissent exister) car en plus du risque d’insensibiliser les récepteurs µ-opioïdes (ce qui annihilera de facto l’efficacité du préposé médicament) il y a la question de la sélectivité de la future molécule par rapport aux récepteurs µ-opioïdes.

Sachant que Ces récepteurs

        - existent non seulement sur la veine porte mais aussi au niveau du cerveau et de la moelle épinière

        - qu’ils sont présents déjà sous forme de 2 variantes avérées : µ1 et µ2 (on parle aussi de µ3)

        - et qu’ils ont comme effet : dépendance physique, dépression respiratoire, myosis euphorie, réduction de la motilité du tractus gastro-intestinal et analgésie supraspinales.

On comprendra alors facilement les effets secondaires potentiels d’un  éventuel médicament.   

A notre avis, il n’existe pas de molécules strictement sélectives. Le fait que, les récepteurs interagissent plus avec la stéréochimie des molécules qu’avec leur composition moléculaire stricte, fait que le risque d’interaction avec plusieurs récepteurs subsiste malgré toutes les astuces de la chimie fine organique.

Conclusion :

Dans l’état actuel des connaissances, pour réduire le poids, le bon sens implique :

- Primo : de réduire l’apport calorique, via une alimentation riche en fruits et légumes et une consommation réduite de sucre et de gras

- Secundo : d’augmenter la consommation de calories grâce à l’activité physique, qui peut être juste modérée, mais surtout elle doit être régulière.

Ces conditions exigent de la personne qui veut retrouver un poids santé, de faire des efforts physiques constants et de reconfigurer son goût (qui a été défiguré par l’industrie agro-alimentaire) par rapport au sucre et au gras.

Non, ce n’est pas facile, il n’en demeure pas moins que le rapport bénéfice-risque-coût des autres méthodes (souvent ponctuelles) est largement défavorable. Sous le poids des publicités mensongères, on préfère tester ou acheter telle ou telle méthode (ou produit) plutôt  que de faire des efforts constants (physiques et gustatifs) à très long terme. Il faut cependant faire exception des cas de dérèglements nutritionnels liés à des états psychiques particuliers, dont la prise en charge est pluridisciplinaire.   

 Merci à Dr Mouna, pharmacienne d’officine, pour sa relecture pertinente

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