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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 17:50

ExplicationS physiopathologiqueS

de la dépendance aux morphiniques

  

Préambule : Suite à notre premier article consacré à la douleur chronique, on vous présente ce billet consacré à une remarquable explication physiopathologique de la dépendance aux morphiniques telle que rapportée dans la dernière partie d’un excellent article paru dans la revue Pour La Science du mois de mars 2010.
L’iconographie utilisée dans ce billet est tirée du même article, nous l’avons juste simplifiée afin de faciliter sa lecture. L’image originale est aussi disponible dans notre article : TRAITEMENT DES DOULEURS CHRONIQUES        

 

 Source :
D. FIELDS Douleur chronique les nouveaux coupables Pour la Science* N°389, pages 50-57 Mars 2010. * Pour la science est l’édition française de la revue américaine Scientific American  


       Au cours des recherches menées sur le rapport entre la douleur et les cellules gliales, on a découvert que ces cellules sont à l’origine du développement de la tolérance à l’héroïne et à la morphine.    

 Douleur-chronique-4-bis.jpg

Observations :

        Comme n'importe quel toxicomane dépendant à l'héroïne qui cesse brutalement d'en consommer, les sujets devenus dépendants aux analgésiques narcotiques, et qui arrêtent brusquement de prendre leurs médicaments, ressentent les symptômes du sevrage.

Les malades (et les héroïnomanes) deviennent, entre autre, hypersensibles au point qu'ils ne supportent ni le bruit ni la lumière. La similarité de ces symptômes et de l'hyperesthésie* observée chez les patients atteints de douleurs neuropathiques suggère une cause commune

* Exagération de la sensibilité, tendant à transformer les sensations ordinaires en sensations

Expérimentions : 

         Lorsque les chercheurs ont administré des doses répétées de morphine à des rats, ils ont observé une augmentation du nombre d'astrocytes réactifs dans la moelle épinière.
Les modifications consécutives aux injections répétées de morphine étaient identiques à celles observées dans la moelle épinière après une blessure ou au cours du développement des douleurs neuropathiques. Les chercheurs ont alors éliminé les astrocytes avec un poison.

       Résultat : La tolérance à la morphine chez ces animaux a notablement diminué. Autrement dit ces animaux avaient besoin d’une dose moindre de morphine pour avoir le même effet antalgique. Les astrocytes jouent un rôle frénateur de l’effet antalgique de la morphine.

 

Dès lors, de nombreux groupes de recherche ont essayé de bloquer divers signaux entre les neurones et les cellules gliales (par exemple, en inactivant des récepteurs spécifiques des cytokines sur les cellules gliales) et dire si cela modifiait la tolérance à la morphine.

      Résultats : Ces travaux ont montré que
- Le blocage des signaux inflammatoires en provenance des cellules gliales ne modifient pas les sensations de douleur aiguë.
- En revanche, si les agents bloquants sont injectés avec de la morphine, ils réduisent la dose de morphine nécessaire pour obtenir le même soulagement et la durée de l'effet analgésique est doublée.

Tous ces résultats suggèrent que la glie contrecarre l'effet analgésique de la morphine.     .

 

Explications :


      Pourquoi les cellules gliales réduisent-elles les effets de la morphine?

- On sait que la fonction fondamentale des cellules gliales est de maintenir une activité équilibrée dans les circuits neuronaux.
- Dans la mesure où les narcotiques atténuent la sensibilité des circuits de la douleur, les cellules gliales réagissent en libérant des substances neuro-actives qui augmentent l'excitabilité neuronale de façon à restaurer l'activité physiologique normale dans les circuits neuronaux. Cela passe, malheureusement, par le blocage entre autre des effets sédatifs des antalgiques


     
Le rapport entre dépendance aux morphiniques et cellules gliales :

Après une lésion, les cellules gliales augmentent avec le temps et de manière progressive la sensibilité des neurones de la douleur. Les médicaments analgésiques narcotiques atténuent cette sensibilité, mais, quand on arrête d'administrer la drogue, les neurones déchargent intensément des neurotransmetteurs de manière réflexe, ce qui provoque une hypersensibilité et des symptômes de manque douloureux exacerbés par les cellules gliales qui progressivement augmentent la sensibilité neuronale à la douleur : l’addiction s’installe  

 

Dans les modèles animaux, les symptômes de manque douloureux associés à l'addiction à la morphine peuvent être considérablement réduits par des médicaments qui bloquent les cellules gliales.

Ainsi, moduler l'activité des cellules gliales serait non seulement la clé pour soulager la douleur chronique, mais aussi pour diminuer la probabilité que les personnes traitées avec des analgésiques narcotiques ne deviennent tolérantes.

De futurs médicaments ciblant les cellules gliales redonneraient espoir à ceux qui depuis trop longtemps cherchent à contrôler ces deux sources majeures de souffrance humaine : la douleur chronique et la dépendance aux morphinique.

Les liens entre neurones, douleur et addiction ont résisté aux chercheurs qui avaient oublié jusqu'à là les partenaires des neurones : les cellules gliales.

 

L’avis de l’apothicaire :

     Sur le fond :

A ne pas douter, ces travaux qui sont d'une grande importance vont impacter profondément notre attitude vis-à-vis de la douleur.

Les futurs médicaments ciblant les cellules gliales vont améliorer l’efficacité antalgique des produits actuels, et on peut imaginer avec raison des associations [antalgique + inhibiteurs de la glie] avec un dosage réduit de l’antalgique (donc moins d’effets secondaires) et une bonne efficacité sur le long terme sans échappement thérapeutique.

Autres applications majeures : si ces travaux sont confirmés, l’association de la morphine avec un inhibiteur de la glie serait une solution pharmacologique innovante pour éviter l’addiction. Cette application pourrait être étendue éventuellement, (on peut l’imaginer du moins) aux effets délétères des psychotropes, en particulier les benzodiazépines et les neuroleptiques, qui sont souvent pris sur des périodes très longues. Les inhibiteurs de la glie deviendraient alors un traitement adjuvent précieux (un peu comme le trihexyphénidyle - ARTANE -) permettant de réduire les doses de psychotropes et surtout d’éviter l’addiction à ces produits, facilitant ainsi la réappropriation du patient de ses émotions et donc la guérison.                          

       Sur la forme : de quoi je me mêle ?

Autrement dit quel intérêt un praticien (apothicaire de surcroît) a-t-il à s’intéresser à ce genre de sujets. La question mérite d’être posée

En fait la mise à jour des connaissances à l’heure d’aujourd’hui permet au praticien d’appréhender  les évolutions futures de manière intelligente. Il est dommage de constater qu’un certains nombres de praticiens ne soient informés des grandes évolutions thérapeutiques que par les laboratoires qui les présentent le plus souvent avec des enrobages marketing. Se mettre au diapason des savoirs actuels c’est accéder aujourd’hui aux arguments de base qui nous permettrons de défendre demain l’intérêt de nos patients. L’intérêt du patient qui est, et qui restera, au cœur de notre pratique quotidienne.

L’épisode des inhibiteurs de la cyclo-oxygénase 2 est le parfait exemple qu’il faut éviter dans le futur.   

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