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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 19:11

LA PROBLEMATIQUE DE
 LA GESTION DU RISQUE SANITAIRE 
R  E  F  L  E  X  I  O  N

« Ne priez pas pour être protégé des dangers mais pour pouvoir les affrontés »

Rabindranath Tagore (1861-1941)  Compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien, prix Nobel de littérature en 1913

 

Avant-propos :

Contrairement à ce qu’on a cru (lire LA VACCINATION CONTRE LA GRIPPE H1N1 AU MAROC) et au vu des informations non confirmées* qui nous parviennent, les Marocains boudent apparemment le vaccin H1N1, et ce pour les raisons suivantes nous semble-t-il :

- La circulation d’informations contradictoires au sujet des effets de la vaccination
- L’extrême dangerosité annoncée de la grippe H1N1, parait avec les jours, beaucoup moins catastrophique et le rapport bénéfice / risque du vaccin devient alors discutable pour une bonne partie de notre population. En particulier avec la généralisation de la vaccination à toute la population.

Grippe.JPG
 Notre propre avis, sur ce sujet, rejoint en tout point celui de la Revue Prescrire lire : CHIFFRES & REPERES : GRIPPE A/H1N1 L'AVIS DE LA REVUE PRESCRIRE  
Cette situation pose une question de fond, qui à notre avis est extrêmement importante c’est : la problématique de la gestion du risque sanitaire.
Cette question stratégique peut être abordée de 2 points de vu : la gestion politique et la gestion technocratique strictement rationnelle.

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- La gestion politique du risque sanitaire :

         Elle obéit à une règle, devenue quasi universelle, le fameux «principe de précaution». Le non respect de ce principe peut coûter politiquement très cher pour un ministre, on se souvient tous de l’image de ministre français de la santé en tenue de vacance lors de l’épisode de la canicule.

Le «principe de précaution» a pour finalité, plus ou moins déclarée, d’amener par touts les moyens, la probabilité de survenue d’un incident sanitaire à zéro. Ce qui est une pure utopie.
Il s’agit en fait d’un vœux purement politique avec consonance populiste qui répond au besoin primaire de la population de se sentir en totale sécurité par rapport au futur [nous sommes décidé à régler tous vos problèmes]. L’Homme politique prend des décisions qui visent d’abord le ressenti de ses électeurs amalgamant de façon harmonieuse et crédible des études scientifiques plus ou moins fiables, des images médiatiques sensationnalistes et une communication opportuniste efficiente. On retrouve en fait, ici, les ingrédients classiques de la réussite en politique.

Mais revenons, un moment, à ce besoin primaire de la population de se sentir en totale sécurité vis-à-vis du futur, ce besoin trouve son origine, me semble-t-il, dans les comportements religieux et parareligieux (horoscope …) qui visent à déterminer le futur pour la population en terme de certitudes et non en terme de probabilité. Et c’est là ou se situ un des grands écueils des technocrates mêmes les plus chevronnés.    

- La gestion technocratique du risque sanitaire :

          Il s’agit d’une gestion rationnelle qui se base sur des statistiques de l’existant et des probabilités sur le futur. Ces probabilités étant elles mêmes extrêmement difficiles à quantifier, pour avoir une approche relativement objective on propose généralement aux décideurs 3 scénarii : une évolution à minima, une évolution médiane et une dernière à maxima. A charge au décideur le choix de l’option idoine.

La grande difficulté avec ce genre de méthodologie c’est la communication avec la population, avec tout ce que cela comporte comme gestion des peurs, des mouvements de foules voir des fantasmes communautaires.

Il est politiquement suicidaire d’arriver face à ses électeurs avec un discoure rationnel type « Oui nous savons qu’il y a des risques qui vont engendrer des morts, chose insupportable en soi dans l’absolu, mais vu les options pour y remédier qui comportent elles-mêmes des risques autant humains que financiers, nous avons fait le choix sans être pour autant certain à 100% de tempérer notre réponse et de réagir en fonction de l’accumulation des données vérifiables en notre possession. Cela demande à notre population un effort intellectuel pour rationaliser sa réaction qui sous-entend l’acceptation de cette prise risque avec ce que cela engendre».

De tels propos peuvent signer l’autodafé politique de leur auteur. Demander à une population, plus ou moins impactée par la religiosité ou même l’absolutisme, de réagir rationnellement face à un risque paraît à juste titre une hérésie.

 

       Au final, quelque soit l’évolution future de l’épidémie de la grippe H1N1, elle aura de toute façon montré encore une fois la difficulté d’allier la gestion politique et la gestion technocratique rationnelle du risque sanitaire. Cette difficulté trouve son origine comme dit plus haut dans les caractéristiques socioculturelles d’une population donnée.

Cette difficulté peut être atténuée par l’éducation qui doit comportée en son sein l’étude de l’appréciation rationnelle de la prise de risque. Chose plus facile à dire qu’à réaliser au vu de la facilité avec laquelle l’être humain tombe dans l’irrationnel face l’incertitude du futur, Mitterrand homme de grande culture et d’une intelligence aiguisée n’était-t-il pas attiré par le parareligieux ?                                              

Cette difficulté peut être atténuée aussi si dans les analyses rationnelles classiques qui se basent uniquement sur des vérités avérées on incluait l’incertain comme une composante à part entière de l’analyse et non comme simple aléa. Malheureusement là aussi, autant en France que dans les pays du sud, les intellectuels de tout bord cultivent des concepts basés sur des « vérités » présentées comme absolues.

A défaut d’atténuer ces difficultés, tout l’art du politique du 21ème siècle serait de gérer les risques futurs et leur corollaire d’irrationnel collectif (que cet irrationnel soit le fruit des peurs, ou qu’il soit alimenté par des théories religieuses) sur des bases rationnelles tout en ménageant ses propres ambitions politiques personnelles légitimes.  
              

Post-scriptum du 13/01/2010

       D’après des informations recueillies auprès de médecins de santé publique, les dépenses occasionnées par la mise en place gratuite du vaccin de la grippe H1N1 auraient impactées l’approvisionnement des dispensaires marocains en médicaments, cette situation paraît dramatique particulièrement pour l’insuline distribuée depuis longtemps gratuitement aux populations les plus démunies. Il y a fort à parier qu’au Maroc, quand on est démuni, on risque beaucoup plus de mourir bêtement de diabète par manque d’insuline que de grippe H1N1, dans un pays qui produit l’insuline et qui en plus l’exporte.
Ce sont là les prémisses des « dégâts collatéraux » d’une gestion purement politique d’un risque sanitaire.     
        Dans l’immédiat on espère que cela  va être un problème conjoncturel, mais à longue échéance et concernant en particulier le cas de l’insuline  la solution à notre avis ne réside pas dans la gratuité totale de l’insuline, gratuité qui correspond plutôt à une gestion « humano populiste » non viable, mais :

- Dans la pratique de prix  raisonnés
- Dans la mise en place d'une véritable assurance maladie bien ciblée
- Dans l’appui structurel des industriels afin de randomiser le plus les procédés de fabrication
- Dans une recherche volontariste d’autres marchés avec l’appui massif des structures de l’Etat, recherches ayant pour objectif de faire des économies d’échelles à même d’assurer un rendement convenable pour notre industrie tout en faisant baisser les prix pour le patient         
                     Rectificatif du 23/01/10 : le budget alloué à la grippe H1N1 émane en réalité de la primature et n’affecte donc pas le budget du ministère de la santé, cela n’empêche pas le fait que l’effort et la mobilisation consentis pour la grippe H1N1 a sérieusement handicapé la marche des autres programmes de la santé. De ce fait les problèmes liés à l’approvisionnement des dispensaires en médicaments sont tout à fait conjoncturels


Post-scriptum du 15/01/2010

          Selon le dernier communiqué en date du ministère de la santé (30/12/09) on eu 2935 cas confirmés de grippe a H1N1 et 53 décès. Source : Le journal Le Soir N° 486 du 15/01/2010
lire à ce sujet aussi : GRIPPE A H1N1 vs ACCIDENTS DE LA ROUTE AU MAROC


*
Post-scriptum du 21/01/2010
 
         C’est confirmé, les marocains ont boudé  la vaccination H1N1. Cette vaccination a mobilisé 1258 centres sur l’ensemble du territoire, en plus de 600 unités mobiles pour les régions reculées, avec comme objectif la vaccination de toute la population. La campagne de vaccination n’a drainé que très peu de monde, notamment parmi le personnel de la santé.   
En tout, à peine 800 000 personnes au Maroc se sont présentés pour se faire vacciner, alors que les objectifs établis par les cadres de l’OMS préconisent la vaccination de 60% de la population.      

Source : O. El Menzhi, Directeur du Centre d’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la santé, in le journal Le Soir Echo, auteur K. SKALLI, « Grippe A : Le ministère de la santé décrète le silence radio » n° 488, du 19/01/2010, page 1 et page 8       

LIRE ABSOLUMENT : L'OMS RECONNAÎT DES ERREURS DANS LA GESTION DE LA GRIPPE H1N1

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Published by Amster - dans MEDECINE & SANTE
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