Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 20:22

La mise en place du RAMED* &

son impact sur l’activité pharmaceutique

* Régime d'assistance médicale pour les économiquement démunis

 

12-03-20-RAMED-PHARAMSTER.jpg

Sources :

1- Hassan EL Arif « Le Ramed, une manne pour l’industrie pharmaceutique », L’ECONOMISTE, n°3744, page 3, du 20/03/2012  

2- Hassan El Arif « Ramed, le générique s’adjuge la part du lion » , L’ECONOMISTE, n°3744, page 4, du 20/03/2012

3- France 24 Actualités Internationales « Le Maroc lance un régime d'assistance médicale pour 8,5 millions de pauvres » mis en ligne le 13/04/2012

4- AUFAIT « Généralisation du RAMED : Les trois étapes de la mise en œuvre » mise à jour du 20/03/2012

5- Site officiel du RAMED : ramed.ma

6- N. Bineta Ndiaye « L’accés aux soins, un droit pour tous » Le Soir Echos, n°1057, page 8 du 11/04/12

7- A. EL AZIZI « RAMED Cadeau royal à Benkirane » Revue Actuel Maroc, n°137 du 14/04/2012 page34.

 

Ramed,  les grandes lignes de ce programme :  

         Date de lancement officielle 13 mars 2012, c’est un programme qui vise la  généralisation d’un régime d'assistance médicale (Ramed) au profit de 8,5 millions de personnes à faibles revenus, soit 28% de la population totale,

Le système se présente ainsi :

Le  coût en 2012 pour l’Etat est d'environ trois milliards de dirhams (290 millions d'euros).

- Quatre millions de personnes vivant dans l'extrême pauvreté bénéficieront de la gratuité totale des soins (...)

- Quelque 160.000 autres, parmi les pensionnaires des établissements pénitentiaires et des orphelinats et les personnes sans domicile fixe seront éligibles de droit.

- En revanche, 4,5 millions de personnes en situation de vulnérabilité bénéficieront de la gratuité partielle, moyennant une cotisation annuelle de 120 dirhams (10 euros) plafonnée à 600 DH (54 euros) par famille.

Ce régime doit ainsi profiter aux catégories à faibles revenus comme les paysans, les artisans, les petits commerçants ainsi qu'au secteur informel.

Selon le Ministre de la santé El Hossein El Ouardi :

« c’est un des grands chantiers visant l'amélioration des conditions d'accès aux soins de santé pour cette tranche de la population en concrétisation des dispositions de la nouvelle Constitution  adoptée le 1er juillet 2011 »

 « Il est fondé sur les principes de l'assistance sociale et de la solidarité nationale au profit de la population démunie qui n'est pas soumise au régime de l'assurance maladie obligatoire », selon le ministre.

Le Ramed, a-t-il ajouté, « permet aux bénéficiaires d'accéder aux soins de santé offerts par les hôpitaux publics, les établissements publics de santé et les services sanitaires relevant de l'Etat ».

L’avis du pharmacien du coin :

     C’est incontestablement une avancée indéniable, en particulier en cette période de ralentissement économique où les ressources financières des Etats sont en période de vaches maigres. Même au niveau international pratiquement touts les programmes d’assistance à la population subissent des coupes budgétaires sévères.

    

Impact de la mise en place du Ramed dur l’activité pharamceutique :

12-03-20-IMPACTE-DU-RAMED-SUR-L-ACTIVITE-PHARMACEUTIQUE-Sca.jpg

- Le budget alloué au programme Ramed s’élève à 3 milliards de DH pour 2012. La part allouée à l’achat des médicaments est estimée à 2,3 milliards. Ces médicaments sont destinés aux structures hospitalières.  A noter qu’en 2011, le montant consacré à l’achat de médicaments a déjà atteint 1,5 milliard de DH. [1]
- L’achat des médicaments par l’Etat n’est pas une démarche nouvelle, mais ce qui va changer, c’est le volume de la commande publique de médicaments. «Nous assisterons à une augmentation des appels d’offres. Ce qui entraînera inéluctablement une chute des prix», déclare Mohamed Houbachi, président de Polymédic. Toutefois, cette baisse ne se répercutera pas sur les clients des officines. [1]
- Les fabriquant de génériques  se frottent les mains. En effet, sur les 2,3 milliards de dirhams dont le dispositif sera doté, les génériques vont s’accaparer environ 90%. [2]

- Sur les 2,07 milliards de dirhams que représentent les achats de génériques, 70% seront consacrés à l’achat de médicaments destinés aux maladies chroniques telles que l’hypertension, le diabète, le cancer ou encore l’insuffisance rénale [2]

- Le chiffre d’affaires réalisé par l’industrie du générique à fin 2011 a atteint 2,5 milliards de dirhams, contre 5,7 milliards pour le princeps. En 2011, la production de génériques a atteint 87 millions de boîtes contre 206 millions pour le princeps. [2]
- L’effet Ramed ne sera pas immédiat : «Il faudra attendre 2013 pour que le dispositif atteigne sa vitesse de croisière», estiment les professionnels.[2]

 

L’avis du pharmacien :

       - Au niveau industriel c’est clairement une excellente opportunité pour les génériqueurs et pour cause si nos calcules sont bons : les 90% des 2,3 milliards de DH soit 2,25 milliards prévues constitueraient une augmentation d’environ 100% du chiffre d’affaires actuel des fabricants de générique … .

       - Au niveau de l’activité libérale (officines et cabinets médicaux) deux évolutions possibles

Soit on estime que le Ramed, va drainer une bonne partie des patients vers les structures publiques, il orientera alors le chiffre d’affaire du secteur libéral, dans sa globalité, à la baisse

Soit on estime que le Ramed va répondre à une demande qui, jusqu’à présent, n’était pas satisfaite au vu du faible niveau de dépense en médicament par tête d’habitant [lire à ce sujet : Dépenses en médicament par habitant nouvelle données]. Si c’est le cas l’impacte sur l’activité libérale sera alors très limité et dans certains cas orientera l’activité à la hausse, car il amènera des populations jusque là exclues dans le circuit médical classique.

A ce sujet notons qu’il existe toujours un va et vient des patients entre le secteur public et le secteur libéral et à ; l’heure actuelle les modalités d’une prise en charge mixtes (public / privé) de ces patients ne sont pas claires. 

L’un des écueils majeurs de ce programme réside dans la distribution gratuite du médicament dans les structures sanitaires du secteur public. En effet le système actuel est décrié (selon nos sources) par les médecins eux-mêmes autant sur le fond que sur la forme. Tel qu’il est, c’est une source de gabegie au niveau des structures de santé périphériques. La politique des achats de médicaments est elle-même source de défaillances, elle est caractérisée par l’inadéquation des achats avec les besoins réels.

A ce sujet, quand l’Etat met gratuitement à la disposition de la population des produits stratégiques comme les vaccins, les antituberculeux, les pilules contraceptives ou encore l’insuline c’est une démarche louable, on dirait même que c’est absolument indispensable pour améliorer les indicateurs de la santé qui font partie intégrante des indices du développement humain du pays (INDH …). C’est dire si c’est hautement stratégique 

Mais quand l’Etat commence à distribuer gratuitement du paracétamol, de l’amoxicilline (il ya encore quelque temps du GANIDAN sulfaguanidine !) ou encore de l’aspirine, cela pose un problème (non pas aux pharmaciens d’officine) mais aux médecins.

En effet la gratuité de certains produits dont le prix est accessible à l’extrême majorité de la population, qui sont par ailleurs utilisés le plus souvent en automédication, crée un appel d’air vers les dispensaires grossissant une demande qui ne se justifie pas par la recherche d’une consultation ou d’un diagnostic médical, mais par l’obtention d’un médicament gratuit (à la limite peu importe lequel pourvu qu’il soit gratuit, « l’esprit biliki »)

Cette demande pressante crée un surplus de pression sur les médecins qui finissent le plus souvent par déléguer la délivrance des médicaments à l’infirmer major et c’est le début de la gabegie, des passes droits  qui font échouer la plus sensée et la meilleure des politiques sanitaires.

Selon certaines sources il est fort probable que les médicaments achetés dans le cadre du RAMED seraient utilisé uniquement lors des hospitalisations (… ?), si c’est le cas l’impacte du RAMED sur l’activité du secteur libéral sera vraisemblablement négligeable.      

Utilisation du médicament : notion du principe du double verrou 

         A la base le médecin ne devrait prescrire les médicaments que si nécessaire, le choix du produit ne devrait pas être imposé ni par  les stocks disponibles ni par toute autre considération, mais par les besoins réels du patient, c’est le premier verrou.  Le pharmacien (libéral ou public) délivrera les produits dans les règles de l’art veillant par là au respect des bases de la pharmacologie, c’est le deuxième verrou. 

Autant l’automédication sauvage, que les conseils abusifs en officine, que la délivrance directe des médicaments par le médecin, ou encore l’achat via Internet, constituent  des modes d’obtention de médicaments qui favorisent, d’une manière ou d’une autre, des usages abusifs et non sécurisés de ces produits toxiques par  essence.     

         Le principe du double verrou est l’un des meilleurs moyens pour sécuriser l’usage du médicament, ce principe pourrait être assoupli en fonctions des besoins de santé publique et des diverses contraintes (économiques …). Néanmoins son domaine d’application devrait toucher aussi bien le secteur libéral que le secteur public. En insistera sur le fait que tout médicament prescrit dans la santé publique, disponible au niveau des structures du MSP, devrait être délivré strictement sous la responsabilité d’un pharmacien de la santé publique. Cela implique une refonte partielle des organigrammes de la santé publique, intégrant de façon effective, intelligente et rigoureuse les compétences pharmaceutiques dans les structures étatiques. Ces compétences sont les seules à même de prendre en charge la commande, la distribution et la délivrance du médicament au patient. Et avec les achats importants de médicaments par l’Etat dans le cadre du RAMED il y a matière à exploiter parfaitement ces compétences.

Pour finir on vous rapporte l’avis de la Revue Actuel [7], qui ne manque pas de justesse :

12-03-23-CEFe---Cafe.jpg

« La Difficulté du terrain : (…) Sauf que tout le monde sait qu’il ne suffit pas de se rendre dans un hôpital pour se faire soigner. Aux déficits en scanner et autres moyens matériels. Les pots de vin sont incontournables pour avoir accès aux soins. Sur le fond comme sur la forme, le gouvernement qui actuellement à la tête du pays est incapable de trouver une réponse adéquate aux difficultés sur le terrain à pratiquer une sécurité sociale pour tous. Reste à espérer que les Marocains, et notamment la société civile, procéderons à la réforme effective d’un système de santé plombé par des décennies de corruption généralisée. »   

       

Partager cet article

Repost 0
Published by Amster - dans MEDECINE & SANTE
commenter cet article

commentaires

samir zenati 03/05/2012 21:57


bon retour,vous vous êtes fait rare, ces derniers jours,cela fait toujours plaisir de vous lire!Quant au sujet de la ramed l'horizon s'obscurcit d'avantage pour les pharmaciens ,que nous réserve
encore l'avenir? certains disent que ,connaissant les rouages ,les lenteurs et toutes les déficiences du système marocain,la ramed ne fera pas long feu,et l’état n'aura d'autre solution que de se
retourner vers nos officine! mon avis personnel est que, tant ,nos responsables persisterons dans cette mentalité d'épicier,(pour vous reprendre),ou le prix a payer, prime sur la sécurité du
citoyen( eh,oui tout ce remue ménage ;juste pour pour "économiser" sur les marges du pharmacien et du grossiste,et se leurrer qu'il "qafzines",on aura toujours ce système sanitaire déficiente et
attardé faisant les beaux jours des magouilleurs de tout azimut,et tant pis pour les six ans que j'ai passé a trimer et a rassembler les bouts de chandelles,ne suis je pas en fin de compte ? ce
crétin,qui paye un loyer, sauve et emploie deux personnes ,paye impôts et patente,ne fait pas de setting devant le parlement, se fait tondre comme un doux agneau a chaque recoin de rue,accepte
sans broncher qu'on touche a son monopole sa marge,qu'on l'agresse et qu'on agresse son savoir a chaque instant dans sa propre officine,dans toute les instances et dans tous les médias et tout le
tsoin tsoin,et qui ne rêvera jamais ni de  salaire ni de couverture médicale,ni pour lui,ni pour sa famille,ni de vie digne te décente!!!

Recherche