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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:42

LECTURE OFFICINALE

INTÉRÊT DU MIEL DANS LES ÉPISODES DE TOUX NOCTURNE  CHEZ L’ENFANT DE MOINS DE 5 ANS

 

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Sources :

1 - Herman Avner Cohen, Josef Rozen, Haim Kristal, Yoseph Laks, Mati Berkovitch,  Yosef Uziel, Eran Kozer, Avishalom Pomeranz, and Haim Efrat  : « Effect of Honey on Nocturnal Cough and Sleep Quality: A Double-blind, Randomized, Placebo-Controlled Study » Pediatrics pré-publié en ligne le 06/08/2012

Référence bibliographique : Pediatrics peds.2011-3075; published ahead of print August 6, 2012, doi:10.1542/peds.2011-3075

2 - Recommandations  de l’OMS en 2008 au sujet du miel allez à la page 33 de fichier pdf  « Soins palliatifs : Prise en charge des symptômes et soin de fin de vie ». Autre texte à la page 23 de ce fichier pdf « RÉSULTATS DES ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES RELATIVES AU CONTRÔLE DES IRA EN BOLIVIE »  (IRA : Insuffisance rénale aiguë) 

3- Paul IM, Beiler J, et al. Effect of honey, dextromethorphan, and no treatment on nocturnal cough and sleep quality for coughing children and their parents. Arch Pediatr Adolesc Med. 2007 Dec;161(12):1140-6

4- Source image originale : "Miel y Cuchara" par Filmosofia, photocomposition PHARAMSTER.

 

          Quoi de mieux pour entamer cette nouvelle rentrée qu’un sujet mielleux tout en douceur. L’objectif de cette étude tout à fait sérieuse, randomisée et contrôlée en double aveugle, est d’évaluer l’effet du miel sur la toux nocturne et l’insomnie lors d'un épisode d'infection respiratoire haute chez des enfants âgés de 1 à 5 ans. Cette affection est un motif fréquent d’automédication et de conseil en officine. En tant qu’officinal cette étude nous interpelle naturellement d’autant plus que, depuis l’interdiction des mucolytiques chez l’enfant de moins de 2 ans, les solutions thérapeutiques pour cette tranche d’âge sont très limitées.

          L’utilisation du miel comme remède contre la toux chez l’enfant fait l’objet, depuis plusieurs années, de recommandations de la part de l’OMS [2,3], cependant ces recommandations ne reposent que sur un faible niveau de preuve d’où le peu d’intérêt qu’elles suscitent. Cette nouvelle étude vient à point nommé pour corroborer ces recommandations, il n’en demeure pas moins qu’elle supporte aussi certaines critiques, comme on le verra par la suite.              

 Méthode :

 - Étude randomisée et contrôlée en double aveugle

- Echantillon : 300 enfants  âgés de 1 à 5 ans présentant des symptômes d'infection respiratoire haute, depuis une période inférieure ou égale à 7 jours, avec toux nocturne mais n’ayant reçu aucun traitement (à part du paracétamol ou de l’ibuprofène) la veille de l’étude.

- Ces enfants ont été recrutés à partir de 6 dispensaires

- L’échantillon a été randomisé en 4 groupes pour recevoir, 30 minutes avant le coucher, 1 dose unique de 10 g de miel ou de placebo

> Groupe 1 : miel d'eucalyptus
> Groupe 2 : miel d'oranger
> Groupe 3 : miel de plantes labiées (thym, romarin...)
> Groupe 4 : placebo (extrait de sirop de datte).

- Cinq questions évaluant de manière subjective les symptômes de la toux et de l’insomnie ont été soumises aux parents avant l’intervention puis juste après. Les principaux critères de jugement étaient la fréquence et la gravité de la toux, le caractère gênant de la toux, et la qualité du sommeil de l'enfant et des parents

Les parents devaient répondre à ce questionnaire en attribuant une note de 0 à 6 en fonction de la sévérité des symptômes (0= absence, 6= extrême). L’objectif étant de comparer la modification de ces notes avant et après l’intervention.

Résultats :

- Pas de différence significative entre les 4 groupes avant l’intervention : les enfants âgés en moyenne de 29 mois, étaient malades depuis 2,8 jours, et la sévérité des symptômes était notée à 3,75/6 pour la toux et 3,70/6 pour l’insomnie chez l’enfant et les parents. 

- Après l’intervention, l’amélioration de la sévérité des symptômes (aussi bien de la toux que de l’insomnie)  était significative dans les 4 groupes mais de manière plus prononcée dans les 3 groupes « miel » (2 points en moins en moyenne) que dans le groupe placebo (1 point en moins en moyenne).

Conclusion des auteurs :

       Selon les auteurs, le miel, dans toutes ses variétés, est plus efficace que le placebo pour soulager les symptômes de la toux et de l’insomnie lors d’un épisode d’IRH chez l’enfant.

Cette étude vient renforcer la recommandation de l’OMS qui préconise l’utilisation du miel comme traitement potentiel contre la toux nocturne chez les enfants de plus d’un an.

 

L’avis du pharmacien :

       Malgré le sérieux incontestable de cette étude, il n’en demeure pas moins qu’il persiste quelques griefs :

              - la méthode utilisée pour évaluer l’effet du miel est largement subjective, puisqu’il s’agit d’une appréciation des parents des améliorations constatées chez leurs propres enfants ! Autrement dit l’amélioration annoncée n’a pas été constatée par un professionnel de la santé, ce qui laisse une grande marge de subjectivité. Même si cette subjectivité est réduite par l’appréciation avant et après administration du miel, elle reste à notre avis, assez forte, et elle ne permet pas de faire passer clairement le miel du statut d’aliment à celui de médicament.

             - L’utilisation d’une dose unique nous laisse perplexe, en effet une durée de 3 à 5 jours de traitement au moins aurait affiné davantage (dans un sens comme dans l’autre) les résultats obtenus.    

             - La composition même du miel pose aussi un problème : [Source principale : Santé Canada. Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2005]

> les sucres représentent plus de 80 % du miel : glucoses, lévuloses, fructoses, maltoses, saccharoses, mélézitoses ... . 
 > l'eau : 17 % environ. 
 > substances diverses : 3 % environ, dont des acides organiques et aminés, des sels minéraux, des matières volatiles qui donnent au miel son arôme, des pigments qui lui donnent sa couleur, des vitamines : B1, B2, PP..., des enzymes, des flavonoïdes aux effets antioxydants et toutes sortes d'autres substances. [Pour 15 ml de miel : Calorie 65 ; protéines 1,1 g ; glucides 17,7 ; lipides et fibres alimentaires 0 g]

De part sa composition complexe qui est variable d’un miel à l’autre, et d’une région à une autre, la reproductibilité à grande échelle des résultats de cette étude parait fortement aléatoire. Pour accéder à une telle reproductibilité, on devrait disposer d’un « miel standard », or c’est loin d’être le cas.

Autre problème posé par la composition du miel : le marché du miel est dominé, autant en Europe qu’au Maroc, par le miel chinois. Le problème est que ce miel, présenté sous divers emballage pompeux, est décrié de toute part pour sa mauvaise qualité et surtout pour la présence de substances dangereuses comme des antibiotiques, lire à ce sujet un document de 2002 de Santé Canada « Le Chloramphénicol dans les produits alimentaires »           

  Conclusion générale :

         A notre avis, malgré l’étude présentée ci-dessus, le miel ne peut être considéré comme un médicament. Il trouve sa place parfaitement comme alicament au même titre que les yaourts, l’huile d’olive, les omégas 3 …

 

Enfin, disons que :

       - grâce à son innocuité indéniable, hormis le fort apport en glucides qu’il faut rappeler aux diabétiques,

       - vu le peu de thérapeutiques disponibles contre la toux chez l’enfant de moins de deux ans

       - vu son efficacité probable dans le traitement des épisodes de toux nocturne chez les enfants de moins de 5 ans 

Le miel, à condition qu’il soit de bonne qualité …, constitue :  

       - un conseil officinal judicieux                    

       - un choix thérapeutique médical qui peut  être considéré soit comme une alternative crédible, dans les cas bénins, soit comme un traitement adjuvant des thérapeutiques actuellement disponibles.   

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