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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 19:20

LA COMMISSIONITE !

 

11 02 15 La commissionite 2

    Après la cacophonie liée à l’hécatombe du Mediator, le Canard Enchaîné du 19/01/2011 livre dans un encadré un listing percutant montrant la complexité bureaucratique dans la prise de décision en matière de santé et en particulier du médicament. Ce listing prend toute son importance à l’heure où le Maroc pense enfin à créer une Agence nationale de santé publique         

« L’armée des ombres : qui dit mieux ? L'Afssaps compte 98 instances scientifiques. 12 commissions, dont celles, stratégiques, d'« autorisation de mise sur le marché », de « sécurité sanitaire », de «pharmacovigilance », de « contrôle de la publicité et de la diffusion de recommandations sur le bon usage des médicaments ». Il faut y ajouter 3 comités, 8 groupes d'experts et 74 groupes de travail.

La Haute Autorité de santé n'est pas en reste : elle aligne 1 749 experts, permanents ou occasionnels, et collectionne aussi les commissions. Elles sont 7:« Commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé », « Commission d'évaluation des actes professionnels », « Commission d'évaluation économique et de santé publique », « Commission qualité et diffusion de l'information médicale ». Etc.
Celle chargée de la « transparence », notamment saisie des questions de remboursement, a sa propre « Direction de l'évaluation économique et de santé publique », un « service d'évaluation des médicaments », un« service d'évaluation des dispositifs », un « service d'évaluation des actes professionnels », un «service d'évaluation économique et de santé publique ». Vite, une commission d'évaluation de l'utilité des commissions ... ».
Source : Le Canard Enchaîné, n°4708, page 04, du 19/01/2011

 

L’avis du pharmacien :

             L’une des armes favorites des décideurs (Hommes politiques), à chaque fois qu’un problème se pose avec acuité, est la création de commissions.

L’inflation vertigineuse du nombre de commissions, de conseils et autres structures bureaucratiques montre l’incapacité du politique à prendre des décisions soit par méconnaissance du problème, soit par manque de courage politique.

La création de commissions permet au décideur d’enterrer un problème en donnant l’impression à l’opinion publique d’y répondre. Et si ce n’était que cela … la "commissionite" engendre une complexification des structures étatiques et des procédures avec la multiplicité des intervenants sur un même sujet, et une augmentation proportionnelle des budgets de fonctionnement sans rendement ni efficience.

A l’heure où les budgets des Etats ne sont plus extensibles indéfiniment (cas de la Grèce), le bon sens impose à tout manager de s’attaquer à un problème donné en améliorant, en réformant et en éradiquant les failles des structures préexistantes. La superposition des structures, sur un sujet donné, est un signe manifeste de mauvaise gouvernance, transformant l’organigramme de l’Etat en un labyrinthe inextricable et budgétivore. C’est l’une des sources (entre autre, car il y en a bien d’autres …) de dilapidation des deniers publics.

Un cas d’école :

Dans une interview avec la journaliste Ghizlane El Karmoudi sur Radio Atlantic le 15/02/2011 (à 7h45) Kamal Belhaj, président de la FNSPM (fédération nationale des syndicats de pharmaciens du Maroc), a parfaitement mis l’accent sur la multiplicité des intervenants dans l’assurance maladie où on retrouve CNSS, CNOPS et autres mutuelles. Le pire c’est que les pharmaciens comme la majorité des autres professions libérales n’ont pas accès aux services de ces caisses malgré l’insistance des représentants syndicaux. Oui, il reste pour les professions libérales les assurances individuelles privées qui, non seulement coûtent chères, mais dont les contrats constituent une arnaque légale  grâce à une « petite » close écrite en touts petits caractères dans un texte de 5 à 7 pages où il est mentionné que l’assurance se garde à tout moment le droit de résilier le contrat présent sans justificatif. Autrement dit, dès que vous n’êtes plus rentable vous êtes viré. Le médecin libéral comme l’officinal qui travail pour la santé de ses concitoyens, payant sa quote-part dans la CNSS des ses collaborateurs, se retrouve dans la situation dramatiquement ubuesque où sa propre santé n’est pas assurée et ce avec au moins 3 caisses d’assurance maladie ! Qui dit mieux ? 

10 06 09 Le Soir n°589 copie             S’il y a un héritage préjudiciable que la Maroc a reçu de la France c’est bien la complexification des procédures et des structures bureaucratiques, on aurait bien voulu s’en passer et ne recevoir que l’esprit d’égalité, de liberté, les compétences et la capacité d’innovation (on laissera aussi volontiers à la France, par la même occasion, les analyses de Bernard Henry Lévy ou de Le Pen père et fille). Dommage, l’Histoire ne se fait pas à la carte …

La critique de l’AFSSAPS formulée par le Canard Enchaîné dans son article « Le rapport sur le Mediator peut en cacher deux autres » d’où est tiré le texte susmentionné nous interpelle particulièrement à PHARAMSTER, car l’AFSSAPS constitue une de nos sources d’information les plus importantes.

A l’AFSSAPS comme dans toute structure qui est amenée à se prononcer sur des sujets impliquant de gros intérêts, le problème essentiel ne réside pas dans la structure ou l’organigramme mais dans les conflits d’intérêts ou plus exactement la confluence d’intérêts entre laboratoires et experts.

Cette confluence constitue en soi une forme de corruption intellectuelle insidieuse, qui à notre humble avis, est l’une des pires formes de corruptions. Y remédier avec efficience nécessite forcément l’utilisation, à la base, des techniques d’intelligence économique, relayés par la suite et en cas de force majeure par la justice (comme ce qu’on a dit pour la corruption en général). On demande bien à un  politique de déclarer son patrimoine (c’est relativement simple car c’est quantifiable), pour certains postes stratégiques l’idéal serait de déclarer aussi ses réseaux, c’est en pratique impossible à réaliser et c’est stigmatisant pour la famille et l’entourage, d’où l’importance ici de l’intelligence économique pour sécuriser l’indépendance décisionnelle des structures de l’Etat

C’est d’autant plus important que les Etats ont été énormément affaiblis, par rapport au capital, par la mondialisation et la privatisation massive des grandes structures étatiques. Ne pouvant pas faire marche arrière sur ces sujets, l’unique possibilité pour avancer reste de trouver les moyens à même de sécuriser l’indépendance décisionnelle des structures de l’Etat. C’est un challenge fondamental pour le futur de la démocratie, car il ne suffit plus d’être élu, il faut encore avoir les moyens concrets, eu égard aux lobbys en présence, pour réaliser ses promesses électorales ou simplement ses objectifs administratifs avec honnêteté.                         

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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commentaires

Bocquet Alain 16/02/2011 17:49



Volontiers ,


Deux sites incontournables en Belgique le site du CBIP www.cbip.be et le site Minerva


Pharmacovigilance, recommandations, Evidence Based Medecine ou EBM


 


Permettez-moi de revenir sur votre approche du retrait du dextropropoxyphène et alternatives et indirectement les commentaires de votre charmant correspondant.


Je pense être bien placé pour en parler car j'ai travaillé sur cette molécule en Belgique ( DXP ) dans le laboratoire à l'origine de cette ancienne molécule très utile pour les patients notamment
arthrosiques...Je vais sans doute vous surprendre mais en Belgique, feu Parke-Davis ( racheté par Pfizer en 2000) a mis sur le marché le Depronal ( 150 mg DXP forme retard, micropellets  ).
Donc une forme bien plus dosée et unique. Médicament si, bien utilisé sans aucun souci depuis de nombreuses années. Mais il est vrai que chaque année nous avions des T.S sous Depronal ( avec
alcool ).


A mon sens le vrai problème réside dans ce phénomène...plus la tentative volontaire de surdosage ( et surtout coktail avec tranquillisants ou alcool ) qu'involontaire.


Et il est vrai que dans les pays anglo-saxons, les antalgiques sont utilisés plus librement.


A retenir, pays anglo-saxons surtout codéine, côté allemands surtout tramadol ( laboratoire Grunenthal !) et côté français le fameux Di Antalvic....et consorts.


L'Agence européenne a tranché donc règlement pour tous...on retire.


Alternative vraiment objective et plutôt bien tolérée = paracétamol + codéine.


Je serais nettement plus prudent vis-à-vis du tramadol et associations ( nombreux effets secondaires , profil défavorable, effet sérotoninergique ! ).


Vous remarquerez l'opportunité de certains labos ici au Maroc (nouvelle association)...à ne pas mettre dans toutes les mains...même si dosage faible de tramadol...


Le correspondant a peut-être essayé la forme Tramal ( tramadol seul ) donc intéressant de tenter avec la nouvelle forme tramadol + paracétamol ...si constipation avec codéine...


 


Pour vous confirmer dans la prudence d'utilisation de tous les médicaments même le paracétamol est surveillé de près...surdosage volontaire et/ou involontaire...au point que les Etats-Unis ont
décidé pour début 2014, d'imposer aux laboratoires un dosage maximal de 325 mg.


Le surdosage paracétamol aux States c'est 25.000 hospitalisations/an.


Autant savoir...


Amitiés


 


Bocquet Alain


 



Amster 16/02/2011 21:36



Merci pour les sites, le CBIP on le connaissait mais on l'utilisait relativement peu. Pour le tramadol on partage parfaitement votre analyse, c'est en effet un produit de second choix sur
lequel un laboratoire marocain a parié. S'il est legitime de saisir les opprtunités qui soffrent sur le marché, il est dommage, sauf erreur de notre part, d'opter pour un produit de
deuxième ligne ! A chacun son analyse ... Merci et bonne fin de journée  



Bocquet Alain 16/02/2011 16:48



Chers confrères ,


 


Je vous lis toujours avec beaucoup d'attention car vos analyses sont souvent pertinentes.


Je souhaiterais réagir sur le ton de l'humour, étant un p'tit Belge installé à Casablanca, spécialisé dans la formation pharmaceutique continue "indépendante"...et ardent défenseur d'une
information sans conflits d'intérêts.


Nous ne pouvons pas prétendre qu'il n'existe pas de couacs en Belgique en matière de pharmacovigilance mais les errements de certains en France sont stupéfiants.


Conflits d'intérêts


Pensons au Mediator, au retard dans le retrait du dextro, à la Butazolidine (toujours en vente), aux nombreux conflits d'intérêts de la part des experts, à l'entourage du président Sarkozy (trop
proche de Sanofi), à l'ex Ministre de la Santé , Roselyne Bachelot ( ex déléguée de l''industrie pharma), aux pressions et menaces exercées par Servier sur la courageuse pneumologue à l'origine
du scandale Mediator, au futur ex blockbuster Accomplia vite retiré... attendez de voir les prochains scandales qui s'annoncent..les Champix, Actos, Arcoxia, Celebrex...dont la balance
bénéfice/risque est toujours défavorable...et si l'on parlait du forcing pour faire enregistrer le Multaq et bénéficier d'un remboursement alors que son apport est sérieusement remis en
question...


On peut sincèrement s'interroger.


Seul Prescrire sort du lot en matière de presse réellement indépendante.


On doit se remettre en question également au Maroc et avoir le courage et l'honnêteté intellectuelle de revendiquer le bien-être du patient tout en défendant la cause du pharmacien.


Clin d'oeil  : lorsque vous recherchez des renseignements objectifs de bon niveau prenez le soin et l'habitude de consulter les divers sites reconnus en Belgique ( pharmacovigilance, recommandations, bonnes pratiques ).


Le Mediator n'a jamais été autorisé en Belgique....autant savoir.


 


Bocquet Alain


Casablanca



Amster 16/02/2011 17:16



Cher confrère vos commentaires le sont tout aussi pertinent, et celui sur les sartans nous a été très utile, cela nous pousse à améliorer et à
affiner, dans la limite de nos capacités linguistiques, nos écrits.   


Pour les sites belges,
promis on n’y manquera pas. Si vous pouvez nous indiqué directement les adresses des sites que vous juger de référence, on vous sera reconnaissant  



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