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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 00:21

Réflexion politiquement incorrecte & sciemment amorale

LA LEÇON TUNISIENNE

« LE CAS MAROCAIN »

Copie de 10 09 17 Homme politique marocain

RAPPELS DEONTOLOGIQUES : C’est une simple réflexion d’apothicaire, loin de nous tout côté « donneur de leçons », PHARAMSTER considère que ne nous détenons pas de vérité absolue (cliquez pour plus d’information), en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi, sauf erreur fort possible de notre part.     

 

           Dans un article publié dans le journal Le Soir [Réf. Le Soir Echos, n°769, page 14, du 24/02/2011], Mohamed Horani président de la CGEM (confédération générale des entreprise du Maroc) s’exprimait après les manifestations, relativement calmes, du 20 avril 2011. Le patron des patrons reconnaît solennellement, selon le journal, la légitimité des slogans brandits et ajoute que le mode de gouvernance économique au Maroc doit être repensé.

Cette sortie de Mohamed Horani, qui vient d’être nommé par le Roi au nouveau conseil économique et social (CES) est tout simplement remarquable, elle montre la capacité du système marocain à absorber et à digérer les protestations. En effets les revendications des promoteurs des manifestations du 20 avril 2011 ont été intelligemment « pillées » d’abords par les ONG des droits de l’homme, puis, par de plus en plus de partis politiques pour finalement arriver avec une vitesse grand V  aux patronat, qui les a fait siennes.

C’est comme si Laurence Parisot présidente du MEDEF (le patronat français) trouvait recevable les thèses  d’Olivier Besancenot le candidat à la présidentielle de la LCR (la ligue communiste révolutionnaire). Il faut le faire !

En réalité ce qui arrive au Maroc c’est une réadaptation à la marocaine de la technique de Sarkozy face au Front National, qui s’est approprié ses sujets phares. Sauf qu’en France à force de chasser sur les terres du FN, on fini par adopter une bonne partie de ses thèses, et entre l’original et la copie une partie non négligeable des français pourrait choisir « l’original » avec son lot d’antisémitisme sournois et de xénophobie bien étalée.     

Cette plasticité des institutions est une caractéristique fondamentale du système marocain, car même au plus fort des années de plomb (les années Hassan II) les canaux de dialogues et d’échanges non jamais été complètement rompus entre l’institution monarchique les mouvements contestataires. Et ce qui était à l’époque des contacts officieux, a été depuis institutionnalisé, dés lors que personne (ou presque) ne conteste plus la légitimité de la monarchie constitutionnelle. C’est ce qui fait l’originalité imperceptible du « cas marocain » par rapport aux autres pays de la région caractérisés par une forme de rigidité dans le gestion de la chose politique.

Le Maroc connaît une moyenne de 24 protestations et revendications par jour. Source : Le Soir Echos, n°764, page3, du 16/02/2011

Cela ne veut pas dire que c’est une sécurité à toute épreuve, cette plasticité donne simplement une plus grande marge de manoeuvre au niveau strictement politique (vous remarquerez qu’on n’a pas parlé ici de démocratie). La question reste de savoir si cette plasticité pourra résister au choc des bouleversements actuels dans le Monde Arabe ? D’autant plus que ces événements seront, et sont, envenimés de façon opportuniste, et c’est de bonne guerre, par divers groupes de pressions (syndicats …) et par des mouvements classiquement marginaux dans la société marocaines : les extrémistes qu’ils soient de gauche ou d’obédience religieuse, les mouvements amazigh, les pro-polisario etc. …          

Sauf erreur de notre part, l’attachement à la monarchie consacre en réalité le désire intuitif d’une bonne partie des marocains de sécuriser la continuité de l’Etat, particulièrement dans un pays où le niveau de développement humain est très bas et où toute rupture de cette continuité est fortement anxiogène, une anxiété accentuée par l’absence d’alternatives crédibles.

De là, on peut comprendre facilement que les manifestations du 20 avril ait pu se dérouler dans un climat plutôt calme malgré une certaine fébrilité dans les décisions et la communication des structures étatiques ces deux dernières semaines.

Lors de ces manifestations, dont la sérénité du déroulement a été saluée par le Wall Street Journal et par la radio publique américaine NPR [Réf. Le Soir, n°767, page 3, du 22/02/2011], on avait l’impression que les forces de l’ordre, du moins celles qui sont visibles, ce sont focalisées beaucoup plus sur les risques de hooliganisme (qui se greffe sur les mouvements de foule, autant dans les manifestations politiques que sportives) que sur les manifestants pacifiques. Le pire pour le pays, et son image, aurait été le mélange des genres, sur ce point la gestion de ces manifestations a été plutôt correcte.                 

Cela a ouvert la porte au « pillage », une sorte d'accaparement intelligent, des revendications des promoteurs de ces manifestations par un panel large d’élites politiques et économiques. On a opéré ici ce qu’on peut appeler un mouillage.

En pharmacie galénique le terme mouillage signifie dilution, on a choisi ce terme pour la simple raison que son synonyme en dialecte marocain est tout aussi adapté cette situation.           

Il nous reste trois points à expliciter : le rôle des ONG des droits de l’Homme, le rôle d’Internet et enfin se poser la question what’s next ?

Les ONG des droits de l’Homme :

       Au Maroc nous avons une dizaine d’ONG opérant sur ce thème. Pourtant il y a une question qui saute aux yeux (politiquement incorrecte bien sur) : Si les droits de l’Homme sont universels, se positionnant au dessus de toute politique, pourquoi y a-t-il autant d’ONG dans un seul et même pays ? Logiquement on aurait du avoir Une seule ONG. On doit, certainement là encore, se tromper (et non pas tremper comme c'était écrit) au vu de l’halo de sainteté attribué par les mass media à ces ONG.  

En recoupant diverses informations, on se rend compte que la thématique des droits de l’Homme permet le recyclage dans le circuit médiatico-politique d’un certain nombre de personnalités dont les thèses politiques ne leurs permettent plus d’avoir une assise populaire à même de passer directement par le jugement des urnes. Ainsi on y retrouve comme par hasard des anciens extrémistes de gauche non encore séduit par le goût du caviar, ou encore des personnalités issues de courants religieux qui dès qu’ils sont au pouvoir consacreraient la suprématie du droit divin sur les droits de l’Homme.

Si les radicaux apaisés ce sont engouffrés dans le cheval de Troie que sont les droits de l’Homme, les autres partis politiques ne sont pas restés les mains liés, chacun d’entre eux a ses entrées dans telle ou telle ONG, d’où la multiplicité d’organisations supposées être audessus des "basses" considérations politiques, avec une "moralité" et un "humanisme" irréprochables (...). On se retrouve ainsi face à des personnalités qui sont certainement honnêtes par rapport à leurs convictions, mais qui, pour exister médiatiquement, sont forcées de devenir politiquement hypocrites.

 Le rôle d’Internet

        Internet, avec ses réseaux sociaux et ses blogueurs "hardis", a été depuis un certain temps présenté comme un éden de la liberté. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout fait juste non plus, c’est un exemple de ce qu’on appel une vérité partielle (lire à ce sujet sur ce même blog : Les ambiguïtés rationnelles)     

A chaque fois que l’on écrit un mot sur Internet, il faut savoir qu’immédiatement, avec des moyens adéquats, on peut connaître qui écrit quoi. L’anonymat sur le net est une notion toute relative.  

On présente aussi l’Internet comme un media incontrôlable : c’est vrai et faux à la fois

- C’est vrai au sens basique du terme contrôle, c'est-à-dire une censure à la chinoise. La censure peut être assimilée, dans ce cas, à une forme de violence, elle consacre de facto un état d’échec de l’intelligence humaine, lire à ce sujet : De la violence en général et de celle à l’égard des femmes en particulier.

- C’est faux, quand on sait la puissance actuelle des techniques d’intelligence économique et de veille Internet. Ce sont des techniques qui ont été développées au début pour défendre l’image de marque des grandes entreprises sur le réseau. Elles impliquent la collecte et le traitement d’un nombre colossal d’informations, puis le développement de stratégies pour réaliser les objectifs des donneurs d’ordre qu’ils soient des entreprises ou des Etats. Ces « opérations » sont le plus souvent sous-traitées en toute confidentialité auprès de structures spécialisées (on en connaît à pharamster au moins deux). On comprendra facilement que les vieux dictateurs ont du mal à adopter ces nouvelles donnes, se contentant de censurer ce qui en soit est une bêtise monumentale.

Un intervenant dans l’émission Capital de M6, consacrée à Facebook, a très bien résumé la situation de l’envahissement des réseaux sociaux dans la vie publique en disant à peu près l'idée suivante : soit on se met en retrait (on censure, on bloque) et on laisse le champs libre aux autres (...), soit on intègre le système et on y « diffuse intelligemment » sa vision, mouillant par la même occasion les idées des autres.

De la sorte Internet à défaut d’être littéralement contrôlable, devient parfaitement gérable à condition d’en avoir les moyens techniques et humains. Dans le « cas marocain », cette donne nous paraît relativement bien assimilée.

What’s next ?

         Là on est dans le domaine de la spéculation politique, naturellement hasardeuse. En effet, l’éventualité d’un changement de premier ministre pourrait sérieusement être posée (Mostafa Terrab actuel PDG de l’OCP, pourrait être un candidat sérieux). Là deux façons de procéder sont possibles : 

Soit par décision royale directe, cette manière, nous parait à double tranchant, puisqu’elle pourrait être interprétée autant comme un gage d’apaisement que comme un signe de fragilité.

Soit on peut imaginer (c’est de la fiction politique) une mention de censure déposée au parlement contre le gouvernement actuel par le PAM et le PJD qui ferait tomber de facto le premier ministre. Cela aura l’avantage de mettre l’institution monarchique au dessus des joutes politiques et de renforcer la position du parlement, une donne qu’on peut vendre autant à l’opinion nationale qu’internationale comme un gage de renforcement de la démocratie parlementaire (...). Et c’est tout à fait réalisable au vu des attaques virulentes, depuis plus d’une année, du PAM contre les ministres de l’Istiqlal, le parti du 1er ministre.  Ça serait alors le hold-up politique du siècle, puisque les revendications des promoteurs du 20 avril seraient, alors, totalement digérées par le système, du moins tant que sa plasticité le lui permet.

 

Cet article est la suite logique de deux articles antérieurs politiquement incorrects :

- A propos de la corruption rédigé juste avant la chute de BEN ALI  

- La leçon tunisienne : une valse à deux temps rédiger juste après la chute de BEN ALI  

Il sera suivi, incha allah, si tout va bien (ou allaaah yester), c’est le cas de le dire au vu des incertitudes actuelles, par un article qui terminera cette série « politiquement incorrecte » et « sciemment amorale » avec comme titre : Démocratie, "démocratisme" & alternatives.  Un sujet dont nous n’avons pour le moment que le titre et quelques idées éparses qu’il va falloir mettre en forme dans la limite de nos capacités linguistiques. Bonne semaine.       

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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