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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 19:56

LECTURE OFFICINALE

LE JEÛNE & LA SANTÉ

 

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Nous vous rapportons comme promis un article paru dans la revue Pour La Science de ce mois de juin 2011 avec comme titre « Le jeûne est-il sain ? » qu’on discutera par la suite. Un sujet sensible, mais d’emblé, pratiquer le jeûne n’est pas spécifique à la religion musulmane, loin de là il existe dans la plus part des grandes religions sous une forme ou une autre. Il est même pratiqué par certaines communautés à caractère non religieux pour « purifier » le corps. L’article suivant, aussi critiquable soit-il, constitue un point de départ, relativement intéressant, pour une réflexion rationnelle à ce sujet.            

 

Source : Jean-Michel LECERF* « Le jeûne est-il sain ? » Revue Pour la Science, n°404, page 20, juin 2011

*Chef du Service de Nutrition - Professeur associé à l’Institut Pasteur de Lille

« L’homme moderne est souvent gavé de nourriture et de biens de consommation : il est repu ! Il n'est pas pour autant comblé. Dès lors, doit-il réapprendre à jeûner ? Le jeûne est une privation volontaire, ou non, de nourriture. Il peut avoir une dimension spirituelle. Jeûner, c'est aussi apprendre à se détacher du corps, des sens, aller à l'essentiel, écouter l'autre ... Le jeûne revient à la mode. Pourtant, il est néfaste pour la santé. Revenons sur le sens de cette pratique avant d'en présenter les conséquences.

Dans toutes les religions, il y a une recherche d'ascèse** et d'effort à travers le jeûne. Dans la religion chrétienne, le jeûne se limite à celui du carême, où il est associé à la prière et à la charité, notamment le mercredi des Cendres (premier jour du carême) et le vendredi saint. Le jeûne devient partage et offrande; il n'est ni une mortification ni une performance. Dans la religion musulmane, le ramadan est un jeûne diurne; c'est un rite, un signe de reconnaissance entre croyants et d'appartenance à une communauté.

Proche de cette dimension spirituelle, le jeûne de la non-violence est une protestation silencieuse, mais visible, des causes humanistes. On est là dans une dimension philosophique, voire politique. Le jeûne conscient de l'anorexique est une autre forme de contestation: il se prive pour dominer et écraser son corps et ses sens. Il trouve du plaisir à supprimer certains plaisirs sensoriels. Le jeûne sanitaire moderne est aussi une protestation contre la suralimentation et l'accumulation de «toxines », C'est ainsi qu'aujourd'hui, de nombreux groupes prônent le jeûne, en tant que thérapie. Les défenseurs de ce principe et leurs adeptes parlent de détoxification, de purification et de mise au repos de l'organisme. Mais ce discours ésotérique n'est ni scientifique ni médical.

Le jeûne fait partie de la physiologie normale de l'organisme. Tous les jours, en générai la nuit, on cesse de se nourrir pendant 4 à 12 heures. L’organisme trouve alors son énergie, sous forme de glucose, en puisant dans le stock hépatique et musculaire de glycogène - le principal glucide de réserve -, puis dans les graisses. Si le jeûne se prolonge au-delà de quelques heures, le foie produit du glucose supplémentaire en utilisant les acides aminés dits glucoformateurs qui se trouvent dans les tissus maigres, tels les os et les muscles. Or ces acides aminés sont essentiels au renouvellement des tissus.

La nourriture, source d'énergie vitale : Le cerveau consomme 140 grammes de glucose par jour, et c'est pour assurer cet apport d'énergie que ces mécanismes de survie se mettent en place. En parallèle, la lipolyse -la libération des graisses du tissu adipeux - entraîne la production de corps dits cétoniques, ce qui engendre une anorexie rendant le jeûne «aisé» : on ne se rend pas compte que l'on a faim, alors que les réserves d'acides aminés, de glucides et de lipides s'épuisent.

En aucun cas, le jeûne ou les régimes hypocaloriques drastiques - sans graisses ni glucides - ne peuvent être une méthode d'amaigrissement. Ils entraînent un risque majeur de reprise du poids dans le tissu adipeux et non dans le tissu maigre, même s'ils sont associés à un régime hyperprotidique (riche en acides aminés). Chez les personnes âgées, le risque de dénutrition est important, y compris chez les obèses. Et la répétition des jeûnes augmente ces troubles, quel que soit l'âge.

Quant aux défenseurs du jeûne, ils le considèrent comme une thérapie contre les maladies inflammatoires, intestinales ou articulaires par exemple. Qu'en est-il vraiment? Le jeûne supprime effectivement l'inflammation physiologique survenant après le repas et certains symptômes digestifs (par exemple les ballonnements], et l'amaigrissement diminue l'inflammation modérée liée à l'obésité. Et il est vrai que les choix alimentaires (l'excès de matières grasses par exemple) peuvent moduler cette inflammation « à bas bruit », source de stimulation permanente et délétère du système immunitaire. Mais aucune étude n'a montré de rémission durable ou de guérison de ces troubles avec le jeûne. En fait, on a montré que le jeûne diminue les défenses immunitaires de ces patients, ce qui les affaiblit et les rend plus susceptibles de tomber malades.

Ainsi, le jeûne peut avoir un sens spirituel, philosophique ou politique, mais il n'a aucune justification pour la santé. Si le jeûne peut compenser des excès alimentaires, le bon sens consiste à les éviter. En résumé, bien manger est source de bienfaits, tandis que le jeûne peut engendrer des risques pour la santé lorsqu'il est prolongé. »

** Effort visant à la perfection spirituelle par une discipline constante de vie

 

L’avis du pharmacien :

     Sans aller chercher des explications biochimiques, il aisé de comprendre que le jeûne réduit de façon significative les capacités physiques de l’organisme et cela est parfaitement visible chez les sportifs de haut niveau. Une privation stricte d’eau et de nutriments pendant une période relativement longue crée vraisemblablement une situation de stress métabolique pour l’organisme.

De tout temps on essaye de trouver des explications scientifiques (théoriquement rationnelles) à des injonctions religieuses. La pratique du jeûne, est en théorie une pratique spirituelle, marquée le plus souvent par des traditions très fortes et bien ancrées, elle ne peut pas obéir à un raisonnement scientifique rationnel. Les bienfaits procurés par le jeûne se résument à un bien-être spirituel doublé d’une adhésion identitaire à communauté donnée. Le physique lui reste vraisemblablement en situation de souffrance métabolique.

Vouloir expliquer la religion par la science ou inversement, (chose qui est largement pratiquée dans les médias) conduit à des analyses et à des polémiques complètement stériles. Chercher coûte que coûte à trouver des explications médicales à des pratiques religieuses spirituelles c’est vouloir mélanger ce qui ne peut être miscible. La science, avec ses incertitudes et ses doutes, ne devrait obéir qu’à l’analyse rationnelle indépendamment des convictions intimes et des certitudes des uns et des autres. Par contre, il est plus raisonnable d’analyser les pratiques religieuses sur des bases religieuses, à ce sujet deux questions fondamentales restent posées à propos du jeûne :

        Primo : les objectifs escomptés par la pratique jeûne, en terme de comportement humain et d’humilité dans la consommation, sont-ils atteints ? En observant les comportements de nos concitoyens la réponse est désespérément NON, tant l’incivisme est monnaie courante* et la consommation des ménages en alimentation frôle l’absurde, on assiste non pas à une rupture de jeûne mais à des orgies alimentaires, on est à mille lieux de l’esprit d’humilité prôné par les préceptes religieux !   

Lire à ce sujet : A. Bennani « Le mois de tous les forfaits » Le Soir Echos, n°894, page 16 du 18/08/2011 

       Secundo : les objectifs escomptés par la pratique du jeûne peuvent-ils être atteints sans passer par le rite ? La réponse est clairement oui, puisque la cohésion sociale, la lutte contre les inégalités, la lutte contre la surconsommation voire la remise en question même de la société de consommation sont des requêtes qui sont reprises par un grand nombre de structures politiques ou ONG.

Au final, dans notre société marquée par un niveau de développement humain très bas, le rite prend une place énorme par rapport aux objectifs pour lesquels il a été mis en place, à tel point que non seulement ces nobles objectifs n’ont jamais été atteints (depuis 14 siècles) mais on se retrouve dans une situation affligeante où chaque jour on bafoue en long et en large ces objectifs mêmes, c’est le comble de l’absurdité.

Post-scriptum du 26/08/2011 

On vous rapporte une jolie déclaration de l’imam (et député) Abdelbari Zemzemi qui donnait son avis à propos des nuits « chaudes » du ramadan à Casablanca

« Certains ne prennent pas la religion au sérieux. Ils la pratiquent comme bon leur semble. Que ce soit après le ftour ou à la fin du ramadan, ils reprennent leurs vices de plus belle. Mais ça ne me choque pas. Cela arrive partout. Même à Médine, les gens sortent la prière des Tarawihs pour s’adonner à l’adultère par exemple »

Source : A. Benanni « Le mois de tous les paradoxes » Le Soir Echos, n°898, page16 du 25/08/2011

L’Homme il est ce qu’il est. Il semble plus intelligent de gérer ses comportements dans le respect de la dignité, avec le progrès comme point de mire, que de vouloir l’accabler d’interdits inapplicables (à part dans une société idéale donc utopique) le transformant un schizophrène non déclaré.

« Mais ça ne me choque pas » heureusement car ceux qui sont les plus effarouchés, le sont souvent du fait de leur ignorance de l’Histoire.

Post-scriptum du 18/10/2011

PRODUCTION INDUSTRIELLE L’EFFET RAMADAN : La production industrielle a accusé une baisse en août dernier avec un solde négatif de 21%, selon les résultats de l’enquête mensuelle de conjoncture dans l’industrie réalisée par Bank al-Maghrib (BAM : la banque centrale marocaine). En effet, 43% des chefs d’entreprises de l’enquête font ressortir une régression de l’activité ; 35% une stagnation ; et 22% un développement, soit un solde négatif de 21%. Par branche, la baisse observée en août, qui a coïncidé cette année avec le mois du Ramadan, a concerné l’ensemble des branches, à l’exception des industries agroalimentaires, qui ont connu une hausse de leur production. Source : Le Soir Echos, n°917, page 2, du 23/09/2011

Lire sur ce même blog : BON RAMADAN

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