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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 19:43

CONSEIL OFFICINAL

LA PRÉVENTION DES INFECTIONS URINAIRES RÉCIDIVANTES

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Préambule :

              L’image présentée ci-dessus est une partie du tableau d’Eugène Delacroix « Femmes d’Alger dans leur appartement » (1834, Domaine public). Une œuvre qui nous a marqué par l’attitude entre ces deux femmes qui suggère le partage entre elles de confidences et de « petits conseils », la chicha, n’appartient pas à Marouan Chamakh, non c’est en fait une marque de la présence des Ottomans en Algérie pendant une longue période. Petits conseils : le parallèle est tout trouvé avec ceux qu’on délivre, souvent à voix basse, sur le comptoir des officines (admirer svp la transition …). Mais le parallèle s’arrête là, car les conseils en officine contrairement aux recettes de grand-mères, doivent se baser sur des analyses rationnelles, des statistiques éprouvées et des études approuvées et publiées par des revues sérieuses et d’envergure internationale. C’est ce qu’on tente de respecter dans le texte qui suit.        

  

           Suite à notre article au sujet du la spécialité Gynophilus® intitulé « Gynophylus utilisation et limites » qui a été très lu (même au niveau international) si on juge par vos commentaires.  

Durant les 30 derniers jours,  cet article a été lu plus 550 fois. Merci, en passant, entre autre à Google qui met notre article en première proposition, sans contrepartie,  à chaque fois que l’on tape le mot « Gynophilus ».  Une petite consécration pour PHARAMSTER  

On vous propose une série de conseils pratiques pour éviter les infections urinaires à répétition. Ces conseils s’inspirent directement de ceux diffusés dans la presse spécialisée canadienne, qu’on a corrélés avec les données d’une fiche « Info-Patients Prescrire » de la revue du même nom, datée du mois de septembre 2011.      

            Sur 10 femmes qui ont eu une cystite simple, 2 en auront au moins une autre au cours de leur vie. Gênantes, ces infections urinaires concernent essentiellement les femmes et peuvent rapidement devenir insupportables. Pourtant, des conseils simples suffisent pour se protéger contre ces désagréments. C’est un travail d’information et de communication typiquement officinal qui doit être basé sur des données rigoureusement établies et vérifiables.    

 

    1. Uriner régulièrement

     Si on souffre d’infections urinaires à répétition, il est important de penser à uriner fréquemment pour les éviter (environ 1 fois toutes les 3 à 4h). Il est fortement déconseillé de se retenir.

Pensez également à se décontracter au maximum afin de bien vider la vessie et de permettre ainsi une meilleure élimination des bactéries. C’est pour la même raison qu’il est recommandé d’uriner systématiquement avant et après chaque rapport sexuel.

     2. Avoir une bonne hygiène intime

     Avoir une bonne hygiène intime est primordial pour éviter le développement des bactéries. Il faut cependant être vigilant(e) et ne pas se laver plus d’une fois par jour avec un produit spécifique au PH acide (5 à 7), au risque d’abîmer la flore intime et de créer un terrain propice à la formation de bactéries. Les toilettes vaginales sont bien entendu à proscrire. Pendant les règles, veillez aussi à changer régulièrement de tampon ou de serviette.

     3. Boire beaucoup d’eau pour éliminer

     Boire beaucoup d’eau permet de prévenir les cystites à répétition et d’enrayer une infection urinaire déjà contractée.

L’avis du pharmacien : à ce sujet on ne peut que conseiller vivement une activité physique régulière. L’hydratation associée au sport permet une forme de « drainage hydrique » améliorant les performances globales du système rénal. Ne pas oublier de boire avant, pendant et après l’activité physique.     

      4. Eviter la constipation

     Pour prévenir les infections urinaires, il est important de veiller à ne pas être constipée. La stagnation des selles a tendance à favoriser le développement des bactéries qui peuvent migrer chez la femme vers les parois urinaires et créent des infections.

      5. Le jus de cranberry :

     Il s’agit du  canneberge à gros fruits un arbrisseau qui croît dans les tourbières des régions froides d’Amérique du Nord et d’Europe. Au Maroc on trouve des fois son jus dans certaines  grandes surfaces huppées.

Le cranberry diminue un peu le risque de récidive, selon la Revue Prescrire cette diminution est obtenue en prenant chaque jour 750 ml de jus ou de concentré de fruit. Faire attention au fait que le cranberry peut favoriser les saignements chez les personnes prenant des médicaments antivitamine K (interaction médicamenteuse)

La presse canadienne conseille de prendre 80 à 160 ml de jus de canneberge pur ou 300 à 400 mg d’extrait solide à raison de 2 fois par jour.

L’avis du pharmacien : on est en présence ici d’un complément alimentaire, qui pour une fois, a un intérêt démontré. Cela dit, cette utilité ne devient intéressante réellement pour le patient marocain que si le prix reste raisonnable.     

 

  

Tel que présenté ci-dessus, la question des cystites récidivantes peut paraître simple. En réalité c’est loin d’être le cas. Dans une logique déontologique, nous estimons que ces conseils doivent être appréhendés à l’aulne des divers écueils.

 

Mise au point : Infections urinaires et pyélonéphrites  

      Les infections urinaires « basses » ou cystites, sont limitées à la vessie. Les infections urinaires dites « hautes », ou pyélonéphrite, atteignent le rein. Ces infections, généralement dues à des bactéries, peuvent être récentes (aiguës) ou prolongées (chroniques).

On reconnait une cystite aiguë simple lorsque :

- depuis moins de 3 jours, les urines sont anormalement fréquentes, et uriner est difficile ou douloureux ;

- chez une femme de plus de 15 ans (jamais un enfant ou un homme), qui n’est pas enceinte, qui n’a pas eu d’autre infection urinaire depuis 3 mois, et qui n’est pas atteinte d’une autre maladie augmentant les risques (diabète, insuffisance rénale, immunosuppression …)

- il n’y a pas de démangeaisons de la vulve ou du vagin, ni de signe faisant craindre une infection du rein (fièvre, frissons, nausées, vomissements, mal de ventre ou de dos).

 

Selon la Revue Prescrire, lorsque tous ces critères sont réunis, le diagnostic est certain à 95%, et aucun examen corporel ou autre (analyse …) ne permet d’avoir une meilleure certitude.

La revue préconise un traitement essentiellement court :

Sans traitement, les cystites aiguës simples guérissent dans 50 % à 70 % des cas, mais seulement au bout de plusieurs semaines ou mois.

Un traitement antibiotique de un à trois jours suffit en général à accélérer la guérison. A condition qu’il s’agisse vraiment d’une cystite simple, datant de moins de trois jours.

 

Attention à la pyélonéphrite :

La pyélonéphrite est une infection des reins, elle est à craindre quand certains symptômes s’ajoutent aux troubles urinaires : fièvre élevée avec frissons, nausées ou vomissements, mal au ventre ou aux reins.     

Une infection du rein peut évoluer vers un abcès du renal, une infection grave généralisée (septicémie) ou une atteinte sévère du fonctionnement du rein. Pour diminuer ces risques, un traitement antibiotique relativement prolongé, répondant aux résultats d’une analyse des urines (ECBU), est justifié.

 La revue conclue à ce sujet « En cas d’infection urinaire, mieux vaut donc consulter rapidement. Soit pour mettre en route un traitement de courte durée en cas d’infection aiguë simple, soit pour diminuer le risque d’aggravation en cas d’infection urinaire plus sérieuse. »

  

 Conclusion :

       Au Maroc, face à aux signes d’une infection urinaire, le reflexe classique des officinaux est de proposer d’emblée, et de manière souvent abusive,  de la nitroxoline (Nibiol®, devenu au Maroc Nabyol®). Le terme « antiseptique urinaire » utilisé par le marketing pharmaceutique est un non sens pharmacologique. La nitroxoline est bel et bien un antibiotique dérivé des oxyquinoléines, son usage doit répondre à des critères rationnels.

      Faire la distinction entre cystite et pyélonéphrite est fondamental. Mais encore, si en Europe et au Canada la conduite à tenir officinale est claire, la réalité marocaine exige, elle, une démarche adaptée basée sur un consensus pluridisciplinaire permettant au mieux de prendre en charge la patiente marocaine dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité possibles. Encore faut-il avoir des congrès indépendants de la pression des laboratoires où la parole est libre, où la difficulté et les paradoxes de notre pratique quotidienne s’expriment clairement, sans détour, ni contrainte, ni langue de bois. Un seul leitmotiv notre apport réel au patient : rigoureux, efficace et  intègre. C’est ce qui objective devant le reste de la société notre rémunération qui être sans remise, ni ristourne, ni toute autre concession stupide.       

Sources :

- « Patients ayant une infection urinaire » Rev Prescrire 2011 ; 31 (338 suppl. interactions médicamenteuses).

- « Cystite aiguë simple de la femme jeune »   Rev Prescrire 2003 ; 23(241) pages 532-534

- « Histoire naturelles des infections urinaires bactériennes simples » Rev Prescrire 2007 ; 27(280) pages 118-122

- « Cranberry et infections urinaires » Rev Prescrire 2007 ; 27(286) pages 595-597

- « Infections urinaires simples : un traitement court même chez les femmes âgées » Rev Prescrire 2009 ; 29(311) page 691

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Published by Amster - dans MEDECINE & SANTE
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