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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 13:08

LE CANNABIS EN QUESTION III

R E F L E X I O N

La réglementation du cannabis

Entre aspiration à la liberté individuelle et les contraintes liées au développement humain

 

11-03-08-Liberte---cannabis-copie.jpg

 

        C’est le 3ème volet de cette petite série d’articles au sujet du cannabis, après  « La production de cannabis au Maroc » et « La relation entre cannabis et psychose », consacré à une réflexion libre au sujet de la réglementation du cannabis comme exemple de produit toxique dont l’usage est largement diffusé voire admis.             

        La réglementation du cannabis, comme par ailleurs d’autres substances toxiques comme le tabac ou l’éthanol (appelé communément alcool), est sujette souvent à des discussions passionnelles amalgamant allégrement considérations scientifiques, convictions culturelles et orientations politiques (les partis écologiques par exemple). Comme toute réglementation elle touche d’une manière ou d’une autre à la restriction de la liberté individuelle.

Question : dans quelle mesure on peut libéraliser la commercialisation d’un produit reconnu toxique ?

        La déréglementation, plus ou moins partielle, de la commercialisation d’un produit toxique devrait être indexée, sauf erreur de notre part, au niveau de développement humain dont deux éléments nous intéressent particulièrement :

 - Le niveau de civisme des citoyens : cela implique de la part de tout un chacun le respect de la vie, autant la sienne que celle des autres. Exemples : tabagisme passif, alcool au volant, respect des règles de sécurité de base …

- Le niveau d’analphabétisme fonctionnel : c’est une donnée capitale, car il ne suffit pas uniquement d’être outiller pour accéder à l’information, il faut en plus savoir l’analyser correctement pour pouvoir l’utiliser de manière rationnelle.

Moyennant un niveau de civisme élevé et un taux d’analphabétisme fonctionnel très bas, ont peut parfaitement imaginer que la phrase mythique des mouvements contestataires de 1968 en France « Il est interdit d’interdire » ne soit pas totalement dénouée de sens.

Autrement dit, plus une société a un niveau de développement humain élevé, plus les restrictions des libertés individuelles peuvent sauter, sans pour autant créer de tensions sociales ou faire prendre des risques non maîtrisés à l’ensemble de la société.

Ainsi des sociétés qui peuvent paraître, de ce côté-ci de la méditerranée, comme « permissives » voire « dissolues », sont en réalité plus ou moins en phase avec leur niveau de développement humain.         

Autres remarques : Mettre un policier dans chaque carrefour (et même, mettre un policier derrière chaque policier), est un signe de régression de la société humaine. C'est un signe de sous-développement du facteur humain.

Les débats actuels dans leurs ensemble, 

               - soient ils mettent en avant l’universalité à outrance de la liberté l’individuelle, ce qui est en soi est une utopie qui peut coûter très chère aux sociétés,

               - soient ils mettent en avant les impératifs liés à la gestion de la chose publique, ce sont là des impératifs  essentiellement d’ordre sécuritaires, impliquant une inflation  vertigineuse des réglementations, une complexification des règles, un appareillage répressif onéreux et au final une inefficience des appareils de l’Etat doublée d’une frustration de l’individu.

         L’idée c’est d’indexer clairement et sans aucune stigmatisation l’expansion inexorable du champ des libertés individuelles sur le niveau de développement humain. Cela créera de facto un changement de repère où le véritable moteur du progrès social ne sera pas forcément la liberté individuelle ou collective mais le facteur humain lui-même.

Le cas de la révolution tunisienne est un exemple parfait de discordance entre un niveau de développement humain relativement élevé et un champ des libertés réduit. Sachant que l’inverse existe aussi c’est-à-dire un niveau développement humain relativement bas avec un champ des libertés, par moments, large : c’est le cas entre autre du Maroc.

Une extension fulgurante des champs des libertés dans une société avec un niveau de développement humain bas n'a pour conséquence que le passage d’un despotisme à un autre, réalisant ainsi une simple reconfiguration des élites dirigeantes avec des résultats mitigés et un coût humain exorbitant. C’est le cas typique de la révolution de 1917, en effet près d’un siècle après et malgré touts les bouleversements, ceux qui se sont sacrifiés pour la révolution bolchevique et jusqu’à leurs arrières petits-fils d’aujourd’hui n’ont vu  de la liberté que le mirage.                          

           En clair indépendamment des convictions religieuses, politiques ou autre, on peut toujours imaginer une libéralisation totale de la commercialisation et de la consommation des substances toxiques, à condition (!!!) d’avoir un niveau développement humain tel qu’il permet à chaque citoyen d’accéder à une capacité de discernement et d’analyse à même de lui permettre d’apprécier à leur juste valeur les risques de chaque substance, ou chaque comportement, pour lui-même et pour les autres.     

En attendant, il paraît judicieux de mettre le développement du facteur humain au centre nos préoccupations avec des politiques courageuses et imaginatives et d’indexer l’extension du champ des libertés sur les résultats acquis dans le domaine humain afin d’éviter que la liberté ne soit qu’un simple intermède entre deux despotismes. Sur le plan pratique l’idée serait d’avoir une seule législation pour touts les produits reconnus comme toxiques indépendamment des fameuses spécificités culturelles (cas du cannabis), religieuses (cas de l’éthanol, en France ça serait une spécificités culturelle) ou financières (cas du tabac), car au final les exigences sanitaires qui sont d’ordre physiologiques ne reconnaissent aucune de ces spécificités. Seul comptent la toxicité intrisèque des produits et le niveau de développement du facteur humain pour déterminer l’espace adéquat à laisser pour la liberté individuelle.       

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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