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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 08:30

MISE AU POINT PHARHAMSTER

LA TRIMEBUTINE EN QUESTION

DEBRIDAT – INDUCTAN – TRIBUTINE – TRIMEDAT – SPASMYL – PROCTOLOG

 

 

Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

Rappels déontologiques :  L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons », PharHamster considère que ne nous détenons pas de vérité absolue, en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, pharHamster reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

  Trimébutine maléate 03

              Suite à la mise sur le marché marocain d’une nouvelle présentation de la spécialité Inductan dosée à 200 mg de trimébutine (DCI), on s’est penché (à notre façon …) sur cette molécule qui malgré son apparente banalité présente plusieurs facettes et pose de multiples questions.

Au menu de cet article comme d’habitude, vous n’y échapperez pas, on aura une filiation chimique et une filiation pharmacologique afin de savoir situer, puis une analyse critique libre et indépendante de l’offre de trimébutine sur le marché marocain. Un menu alléchant ! Bonne appétit, enfin, lecture (ça commence bien là !).

 

LA FILIATION CHIMIQUE DE LA TRIMEBUTINE            

- DCI : Trimébutine

- Nom chimique : 3,4,5-triméthoxybenzoate de 2-diméthyl amino-2-phényl-butyle

- Formule moléculaire : C22H29NO5

- La question de la relation structure-activité : 

         Le « Précis de chimie thérapeutique » du Pr. J. Taoufik, à la page 240, décrit en une phrase la molécule de trimébutine : « Structuralement proche des atropiniques et des anesthésiques locaux, c’est un spasmolytique régulateur de la motricité digestive ».

Pour être honnête cette phrase nous laisse sur notre faim, car on aurait voulu que la relation structure activité entre la trimébutine d’une part et atropiniques et anesthésiques locaux d’autre part, puisse être plus développée.

Plus précisément la question qui reste posée à notre échelle c’est qu’elles sont les groupes d’atomes qu’ils ont en commun tant au niveau quantitatif qu’au niveau stéréochimique ?

Honnêtement ce rapprochement n’est pas claire à nos yeux (on peut toujours être myope !) d’autant plus qu’il donne une quotient à l’utilisation de la trimébutine pour ses effets prétendument anesthésiques en proctologie (hémorroïdes) chose qui est discutable, comme on le verra par la suite à travers les avis de la HAS (Haute autorité sanitaire en France)           

atropine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lidocaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- La question de la liaison ester (le petit trait rouge sur la formule) et de la stabilité :

         La molécule de trimébutine présente une liaison ester fort importante pour la pratique quotidienne (comme quoi le travail qu’on fait ici est tout sauf de la théorie). Et pour cause cette fonction ester est hydrolysable (cassable comme dirait mon voisin l’épicier). La forme suspension minimise au mieux l'hydrolyse du principe actif, sans pour autant l'éviter totalement dans des conditions de conservation normales. Cependant une période limite d'utilisation (4 semaines environ) à compter de la date de préparation de la suspension doit être scrupuleusement respectée car l'hydrolyse de la trimébutine entraîne l'inefficacité du restant de la suspension sans pour autant produire des produits toxiques notables.   

- La question du maléate :

         Cette question, qui nous a donné du fil à retordre, s’est posée à nous du fait que les spécialités à base de trimébutine sont vendues sous deux formes : la trimébutine base et le maléate de trimébutine (c’est un sel). Ainsi toutes les présentations « poudre pour suspension » sont à base de trimébutine base (sauf en France la spécialité Trimébutine Zydus) alors que la plus part des formes comprimés, sachets et suppositoires sont à base de maléate de trimébutine.

Question : pourquoi deux formes et qu’elle est le devenir dans le corps humain de l’acide maléique ? (à ne pas confondre avec l’acide malique qui est un conservateur le E296)

En fait de quoi je me mêle ? C’est étonnant que les laboratoires vendent la trimébutine sous deux formes sans donner d’explications. Il faut dire à leur décharge que le corps médical, et en premier lieu les officinaux, ne posent aucune question non plus. Inutile de revenir ici sur l’inertie intellectuelle légendaire des officinaux, depuis fort longtemps nos neurones sont en hibernation totale. Remarquez que nous avons bien sur des congrès (nous aussi) sauf que, rien qu’en regardant les affiches qui les présentes on les confondrait facilement avec un dépliant de Carrefour tellement ils sont sous la coupole des services marketing des laboratoires, des assurances, des banques et autres vendeurs de voitures. Bref de quoi remplir votre kadi et vider votre cerveau ! (C’est peut être acerbe mais ce n’est pas très loin de la réalité, Ouallah).

Au niveau de l’AFFSSAPS les RCP (résumé des caractéristiques du produit) des spécialités à base de trimébutine ne donne aucune explication. D’ailleurs à ce sujet la monographie de la trimébutine au niveau de l’AFFSSAPS est très pauvre avec peu d’informations pertinentes.

(Là on critique l’AFFSSAPS, mais qu’est ce qu’on a au Maroc nous ? Et bien nous avons beaucoup de commissions qui ne servent qu’à enterrer des problèmes, beaucoup de fonctionnaires et de hauts cadres au rendement médiocre sinon néfaste … On est les champions de la gabegie)         

Notre salut est venu en fait d’un document canadien remarquable par sa rigueur, par la richesse de sa bibliographie et par sa simplicité rédactionnelle. C’est d’autant plus louable qu’il émane d’entreprise privée, comme quoi la création de la richesse matérielle, n’est absolument pas antinomique avec la rigueur des analyses. Ce document est là, juste à la portée de votre clique (ficher PDF 27 pages et 61,5 Ko) : Monographie de Produit (Document Canadien) MODULONMD Comprimés

La différence entre trimébutine et maléate de trimébutine

Trimébutine

Maléate de trimébutine

Poids Moléculaire : 387,5

Poids Moléculaire : 503,6

Poudre blanche ou blanc cassé

- pratiquement insoluble dans l’eau,

- très peu soluble dans l’éther, le n-hexane et le méthanol,

- et franchement soluble dans l’acétone et chloroforme.

Poudre blanche ou blanc cassé

- très peu soluble dans l’éther et le n-hexane,

- assez soluble dans l’eau,

- soluble dans l’acétone, l’éthanol et le méthanol

- et franchement soluble dans le chloroforme

 

         En absence d'informations officielles, notre déduction est la suivante (l’erreur est possible) : le point essentiel est la solubilité dans l’eau. En effet la trimébutine base étant insoluble dans l’eau sera utilisée de préférence dans les poudres pour suspension car son insolubilité dans l’eau la rend moins hydrolysable, apportant ainsi une meilleure stabilité du principe actif dans la suspension reconstituée. Dans les formes « comprimés » on choisira par contre le maléate de trimébutine pour sa solubilité dans l’eau qui, potentiellement, augure d’une meilleure biodisponibilité et donc une meilleure absorption. Logiquement on est en droit (si les officinaux se comportaient en de véritables professionnels) de demander des précisions à ce sujet.

Reste la question du devenir du maléate dans le corps humain : Le maléate est en fait le sel de l’acide maléique, cet acide n’est autre que l’isomère cis de l’acide fumarique.

Aïe aïe encore de la chimie. Alors … comment expliquer cela simplement à des gens qui sont sensé le connaître et qui ont perdu le B.A.-BA du savoir pharmaceutique dans les méandres de la vie.

Dans ce cas l’isomère cis, ici c’est l’acide maléique, les deux groupes COOH se situent du même côté. Alors que l’isomère trans, ici l’acide fumarique, les deux groupes COOH se situent d’un côté et de l’autre de l’axe de la molécule. (Ouf c’est dit ! et alors)          

L'acide fumarique (E297) (également connu sous le nom de acide donitique) est un acide organique naturel présent dans la plupart des fruits et dans de nombreux légumes. Commercialement fabriqué par synthèses chimiques. Il fait partie de la voie métabolique de toutes les cellules vivantes, oui le fameux Cycle de Krebs. C'est donc l'isomère trans de l'acide maléique, mais il est plus stable que ce dernier.

Ainsi le devenir du maléate dans le corps humain devient relativement clair, puisqu’il rejoindra d’une manière ou d’une autre la voie métabolique naturelle de la cellule. Et c’est tout, les choses sont deviennent toutes simples quand on les comprend !  

Pour finir ce paragraphe on vous offre un véritable cadeau à déguster (à télécharger) sans modération, il s’agit d’un brevet européen de 1996 qui concerne « une nouvelle formulation de la trimébutine » (cliquez), l’intérêt de ce brevet c’est qu’il intègre, pour justifier son utilité, une excellente critique des formulations classiques. Vous remarquerez au passage la critique qu’ils font de l’usage de la fameuse « cuillère à café » et qui rejoint parfaitement notre propre analyse à ce sujet « Cuillérées à café et cuillérées à soupe : Réflexion autour d’un  héritage désuet et obsolète de la pharmacie de 20ème siècle » alors qu’on croyait être les seuls à le dire !             

 

LA FILIATION PHARMACOLOGIQUE DE LA TRIMEBUTINE :       

On a deux grands groupes d’antispasmodiques : les musculotropes et les anticholinergiques  

 - Les antispsmodiques anticholinergiques (ou atropiniques ou neurotropes)

Ils agissent sur la transmission nerveuse en empêchant l’acetylcholine d’activer certains types de récepteurs notamment muscariniques. On retrouve dans cette classe :

Butylscopolamine (Buscopan), Clidinium (Librax) et tiemonium (Visceralgine) ; celui-ci est classé par certains auteurs en tant qu antispasmodique mixte, c'est-à-dire ayant à la fois un effet atropinique et un effet musculotrope, bien que son activité musculotrope soit prédominante par rapport à son activité atropinique.

Leurs effets secondaires à type de bouche sèche, tachycardie, constipation ont amené à rechercher d’autres antispasmodiques.

- Les antispasmodiques  musculotropes
Ils agissent sur le muscle lisse donc sans intervention de récepteurs. Ce groupe est composé principalement de dérivés de la papavérine (alcaloïde de l’opium). On retrouve dans ce groupe : la mébévérine (Duspatalin et autres), phloroglucinol (Spasfon, Neofortan), alvérine (Meteospsmyl), fenoverine, pinaverium, la drotavérine (No-Spa) et la trimebutine (Debridat et autres)

La trimébutine un agoniste enképhalinergique 

La première propriété de la trimébutine qui revient dans touts les documents actuels c’est "agoniste enképhalinergique". Question : cela veut dire quoi exactement ? C’est en effet le genre d’expressions qu’on commence à répéter, sans comprendre sa signification et cela fini par déterminer une forme de psittacisme.       

Note à part : selon le Larousse le psittacisme c’est « la répétition mécanique de phrases, de formules par un sujet qui ne les comprend pas » on vous laisse le soin d’imaginer le nombre invraisemblable de cas de « psittaciques » qui vous entourent. Pour être complet, en réalité nous avons emprunté ce terme extraordinaire à la psychopathologie. On pense sincèrement que son champs d’application pourrait être est beaucoup plus vaste que cette discipline (…)       

Pour éviter justement cela un petit rappel sur les enképhalines  s’impose :

Sources

1) J.P. Ternaux « Les substances chimiques qui contrôlent la douleur : les morphiniques ». 
2) Un magnifique document du Laboratoire de Physiologie Digestive de Faculté de Médecine de l’UNIVERSITÉ PARIS V - René Descartes. « Les enképhalines ».

Principe : Si des cellules animales comme les neurones expriment des récepteurs pour une substance, la morphine par exemple, qui est d'origine végétale, c'est que la morphine mime les effets d'une substance endogène fabriquée par l'organisme animal lui-même, une morphine endogène qui agirait sur les récepteurs opioïdes. Cette idée a été démontrée par Hughes et Kosterlitz qui ont isolé en 1975 les deux premières endomorphines appelées enképhalines. Depuis plusieurs autres de ces morphines endogènes ont été isolées. Les enképhalines sont tout simplement des polypeptides (chaîne d’acides aminés) de faible poids moléculaires

Le tube digestif lui possède une haute densité de récepteurs opiacés, et contient de grandes quantités d’enképhalines (peptides opioïdes), particulièrement dans des neurones intestinaux.  Dire que la trimébutine a des propriétés d’agoniste enképhalinergique revient à dire qu’elle a une action antidouleur type opiacé physilogiquement démontrée, tout simplement.

L'effet sérotoninergique de la trimébutine            

         L’excellente monographie canadienne de la spécialité Modulon rapporte que l’affinité de la trimébutine vis-à-vis des récepteurs opiacés est « modérée » et qu’elle a un effet antagoniste sérotoninergique marquée. Autrement dit la trimébutine va bloquer de façon marquée les effets de la sérotonine sur le tube digestif.            

Ah ! Rappel au sujet de l’effet de la sérotonine sur le tube digestif :

 La sérotonine entraîne des contractions de l'intestin, de l'utérus, des bronches et des uretères. Au niveau du tube digestif :

- La sérotonine augmente la motilité intestinale, elle augmente la motilité du duodénum et de l'intestin grêle.

- La sérotonine a également un effet émétisant

- Elle a une action ulcérigène, son administration à l'animal à fortes doses entraîne des ulcérations gastriques.

 

L’effet spasmolytique de la trimébutine est une conséquence de ces divers effets. De façon générale la trimébutine ne modifie pas la motilité normale, mais elle régularise l’activité intestinale anormale, ce qui justifie pleinement son classement par l’AFSSAPS dans la classe pharmacothérapeutique des « MEDICAMENTS POUR LES TROUBLES FONCTIONNELS INTESTINAUX »

Honnêtement la classification classique des antispasmodiques entre musculotropes, neutrotropes et mixtes est loin d’être satisfaisante à nos yeux (on peut être toujours myope)  

UTILISATIONS DE LA TRIMEBUTINE

Deux indications de la trimébutines sont reconnues :

- Traitement symptomatique des douleurs liées aux troubles fonctionnels du tube digestif et des voies biliaires

- Traitement symptomatique des douleurs, des troubles du transit et de l'inconfort intestinal liés aux troubles fonctionnels intestinaux. (appelés syndrome du côlon irritable)

L’avis de la revue prescrire :  

« Trimébutine pas mieux qu’un placebo : Chez les patients gênés par des troubles fonctionnels intestinaux douloureux, sans autres signes cliniques, ni anémie, ni syndrome inflammatoire biologiques, les affections graves ne sont pas plus fréquentes que dans la population générale. Pour calmer les douleurs, les substances dont l’efficacité est la mieux étayée sont le pinavérium (Dicetel) et l’huille essentielle de menthe poivrée obtenue par infusion de la plante. La trimébutine (Debridat ou autre) est commercialisée depuis de nombreuses années sans efficacité établie dans les troubles fonctionnels intestinaux. » Source : La Rev. Precrire Décembre 2010/ Tome 30, N°326. Page 887

La Haute Autorité de la Santé en France dans son avis daté du 06 février 2008 (5 pages, Ficher Pdf 41,5 Ko) conclue au paragraphe 5.1 ce qui suit :

 * Dans les troubles fonctionnels intestinaux : 

     - Le rapport efficacité/effets indésirables est faible.

     - Le service médical rendu par ces spécialités est faible.

  * Dans les troubles fonctionnels des voies biliaires : 

     - En l’absence de données cliniques, le rapport efficacité/effets indésirables de ces spécialités peut être qualifiée de mal établie.

  * Le service médical rendu par ces spécialités est insuffisant.

L’avis du pharmacien (Ah il en faut !) 

       Dans la limite des données actuelles, la trimébutine paraît comme un produit sans effets secondaires notables, d’utilisation sécurisée notamment chez le nourrisson. Cependant cette absence notable d’effets secondaires sérieux augure, elle-même, d’un manque réel d’efficacité thérapeutique. Il n’en demeure pas moins qu’elle trouve sa place en gastro-entérologie comme un « bon placebo » en cas de troubles intestinaux liés à l’état psychique avec un coût en terme d’effets secondaires acceptable. Son utilisation chez le nourrisson permet de calmer les parents en attendant la mise en place des règles diététiques de base. 

Globalement c’est un produit de conseil correct à défaut d’être réellement efficace, à condition que le prix ne dépasse pas le seuil psychologique des 50.00 DH.          

L’UTILISATION DE LA TRIMÉBUTINE EN CAS D’HÉMORROÏDES

       La trimébutine est retrouvée en association avec les ruscogénines (produit à visée veinotonique) dans le Proctolog (suppositoire et crème). L’idée de base est séduisante, elle s’articule autour de deux points :

       Primo, l’effet prétendument anesthésique (comme alternative sécurisée à l’usage de la lidocaïne) : malheureusement cela n’a jamais été démontré, d’ailleurs cet effet a été intelligemment supprimé depuis de la monographie du Proctolog (Cf Vidal 1994, page 1178)

       Secundo : l’effet antispasmodique, l’idée est forte intéressante à notre avis, et ce qui est intéressant ce n’est pas tellement l’effet « décontracturant du sphincter anal interne » mais c’est l’effet régulateur de l’activité intestinale. En effet la pathologie hémorroïdaire dans son volet bénin (la cible de cette thérapeutique) est souvent associée, voir initiée, par des troubles intestinaux, type constipation ou diarrhée, ballonnement … Utilisé un antispasmodique régulateur de transit en cas d’hémorroïde paraît largement justifié à nos yeux ! Encore faut-il que le produit utilisé soit réellement efficace (…)

 Une dernière remarque, la trimébutine est dosée à 120 mg par suppositoire dans le Proctolog, alors que l’Inductan suppositoire est dosé à seulement 100 mg par unité. De ce fait, le Proctolog devrait être perçu d’abord comme un antispasmodique et accessoirement antihémorroïdaire dans les cas bénins.

Ainsi présenté, notre avis au sujet de cette association est globalement favorable. Reste à savoir l'avis de la Haute Autorité de la Santé, en effet dans son avis daté du 26 septembre 2007 elle conclue :  

« - Le service médical rendu par ces spécialités est insuffisant dans l’indication de l’A.M.M.

   - Avis défavorable au maintien de l'inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication et aux posologies de l’A.M.M. »

LA POSOLOGIE PEDIATRIQUE DE LA TRIMEBUTINE ENTRE PHARMACOLOGIE ET « COUSCOUSSOLOGIE » :

Une simple question : en prescrivant une cuillère à café (5 ml environ) de n’importe quelle suspension buvable de trimèbutine sur le marché, savez-vous combien de mg de trimébutine vous administrez à votre patient ?

La réponse n’est pas évidente, et pour cause touts les emballages de trimubutine en suspension buvable ne mentionnent en fait que la concentration en poids de trimebutine dans 100 g de granulé à reconstituer qui est de 0,787%. Or ce que vous prescrivez c’est des ml ! Un petit calcul d’apothicaire s’impose :  

Le petit calcul d’apothicaire :

    - On part de 787 mg de trimébutine dans 100 g de granulé  

    - On a donc 1200,17 mg de trimébutine dans les 152,5 de granulé que contient le fameux flacon de 250 ml {[(787 x152,5)/100 = 1200,17}.

    - Donc ces 1200,17 mg de trimébutine, c’est ce que vous allez avoir dans les 250 ml de suspension reconstituée, soit 4,80 mg par ml (1200,17 / 250) et donc nous avons, si nos petits calculs sont bons, quelque chose comme 24 mg par 5 ml (votre cuillère à café). Cette mention basique de 24 mg/5 ml n’est rapportée sur aucun packaging des suspensions vendues !

Il est fort possible, sauf erreur de notre part, qu’une partie non négligeable du corps médical, prescrit ou conseille la trimébutine en suspension au patient sans connaître la quantité de trimébutine réellement administrée !    

Plus incroyable encore, l’AFSSAPS exprime la posologie pédiatrique de la trimébutine en cuillère à café en fonction de l’âge ! Texto cela donne :

« - Jusqu'à 6 mois: ½ cuillérée à café de suspension buvable 2 à 3 fois par jour.

- De 6 mois à 1 an: 1 cuillérée à café de suspension buvable 2 fois par jour.

- De 1 à 5 ans: 1 cuillérée à café de suspension buvable 3 fois par jour.

- Au dessus de 5 ans: 2 cuillérées à café de suspension buvable 3 fois par jour. Soit environ 1 cuillérée à café de suspension buvable par 5 kg de poids et par jour. »

C’est sidérant ! Quand on sait qu’en pédiatrie une posologie sérieuse et rationnelle s’exprime en quantité de principe actif par rapport au poids de l’enfant, et non pas de l’âge, pour la simple raison que durant les premières années de la vie les variations normales du poids de l’enfant sont, en pourcentage, énormes.

Exemple simple : si vous prenez votre vieux DOROSZ 2001 à la page 1734, mensurations des nourrissons, la courbe des poids (oui sidi, celle d’à gauche) à 12 mois le poids dit normal varie de 7 Kg à 11 Kg avec une moyenne de 9 Kg, la variation en chiffre absolu et de 2 Kg, en pourcentage cela donne 22%, cette variation impacte lourdement la pharmacocinétique d’une molécule, d’où la nécessité d’exprimer la posologie chez l’enfant en : mg de principe actif par Kg de poids.

Exprimé une posologie chez l’enfant en cuillère à café (ou cuillère à couscous) par tranche d’âge c’est irrationnel, on n’est plus dans la pharmacologie mais dans la "couscoussolgie", camarades à vos marmites !                      

ANALYSE CRITIQUE DE L’OFFRE DE TRIMEBUTINE SUR LE MARCHÉ MAROCAIN. 

Ce paragraphe est rédige en association avec mes collaborateurs

              FORME

20 CP

20 GEL

30 CP

SP 250 ML

10 SUP

10 SUP

20 STS

            DOSAGE

100 mg

150 mg

200 mg

24 mg/ 5ml

100 mg

120 mg

150 mg

DEBRIDAT

37.80

 

80.00

31.05

 

 

 

INDUCTAN

37.60

 

79.50

35.95

22.45

 

 

TRIBUTINE

 

45.90

 

24.50

 

 

45.90

TRIMEDAT

 

47.25

 

30.80

 

 

 

SPASMYL

 

 

 

23.00

 

 

 

PROCOLOG

 

 

 

 

 

33.85

 

Les prix sont en Dirham marocain, SP : suspension buvable, STS : sachet.

 

        On ne va pas s’attarder ici sur l’exercice classique de « qui est le moins cher » on laisse à tout un chacun le soin d’analyser de manière rationnelle les chiffres et de prendre les décisions en son âme et surtout conscience, sachant que rare les gens qui en sont pourvu, dicté une conduite donnée nous causera juste des « problèmes » et c’est inutile.

        Par contre  ce qui est frappant dans ce tableau c’est que pour les formes adultes : nous avons au Maroc 4 spécialités aussi chères les unes que les autres et aucun générique digne de ce nom ! (Euh ! no comment, on reste élégant) à part la forme suppositoire qui est en fait un princeps.

NB : Il n’existe pas de différences significatives en terme pharmacocinétique entre le CP à 100 mg et le CP à 200 mg. Source  Monographie de Produit (Document Canadien) MODULONMD Comprimés 

       Dans les formes pédiatriques l’offre de trimébutine sur le marché marocain paraît plus cohérente avec une différence de 36% entre le prix le moins cher et celui le plus cher, ce qui paraît tout à fait correcte.     

L’avis du pharmacien : Au sujet des formes suspensions buvables qui sont principalement destinées à  un usage pédiatrique, la quantité de 250 ml paraît inadéquate par rapport aux besoins de cette cible. Une  forme « petit model » contenant 76,25 g (152.5 / 02) de granulé dans un flacon de 125 ml serait certainement la bien venue.

CONCLUSION

        La trimébutine une molécule qui paraît « banale », elle n’a pas le prestige des antihypertenseurs par exemple, et pourtant à son sujet on a eu plus questions que de réponses. Ce modeste travail a été pour nous l’occasion de découvrir plusieurs documents intéressants à commencer par la monographie du fameux Modulon, en passant par le brevet européen au sujet du granulé de trimébutine ou le document sur les enképhalines. On espère vous avoir fait partager nos questions, notre curiosité et notre plaisir, du moins on l’espère.                     

 

 

 

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Published by Amster - dans MEDICAMENT
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commentaires

Pierre 12/06/2015 17:40

Bonjour et bravo pour cet article,

Cependant cette affirmation me semble imprécise :

"NB : Il n’existe pas de différences significatives en terme pharmacocinétique entre le CP à 100 mg et le CP à 200 mg."

Si je me réfère à la monographie de Modulon, il serait plus juste d'affirmer qu'il "n'existe pas de différence significative en terme de Biodisponibilité entre Deux comprimés de 100 mg et Un comprimé de 200mg"

Bien cordialement

Amster 12/06/2015 21:16

Ah! oui vous avez absolument raison Mr, je viens de revoir la fameuse monographie et en effet au paragraphe "pharmacocinétique" et plus précisément à la page 11, une étude rapportée affirme que la biodisponibilité des cp100 et cp 200 est pratiquement la même
Merci Mr pour la pertinence de votre remarque

Guermah 17/04/2011 14:14



Excellent article, bravo et merci pour l’énorme  travail de recherche que vous faites,
 nous sommes fières de cette nouvelle génération de pharmacien, jeune et motivée, qui est entrain de repositionner la profession, avec un d’esprit
critique et foncièrement citoyen


La trimebutine, un produit en apparence inoffensif certes, mais il existe d’autres spécialités boucoups plus dangereuses et auxquelles je vous
invite à vous pencher avec votre rigueur et votre application, je pense entres autres au Thiamphenicole par exemple, ou encore à ces nouvelles association d’antalgiques qui viennent remplacer les
produits à base de déxtropopoxyphene, récemment retirés du marché …


 



Amster 18/04/2011 11:38



Merci pour vos compliments, même si je ne suis pas sur que ça soit entièrement mérité.    


- Pour ce qui est du déxtropropoxyphène et de ses alternatives, on a déjà traité le sujet dont le dernier a été mis en ligne le 22/01/2011
intitulé : « LES
ALTERNATIVES DISPONIBLES AU MAROC DU DEXTROPROPOXYPHENE »  


- En général les sujets
traités émanent le plus souvent de questions qui sont posées par nos patients, par mes propres collaborateurs (au lieu que ça soit moi qui les fait travaillés, ces eux -bande de lascars !-
qui me font travaillé) et puis par mes amis médecins. Face à ces questions de deux choses l’une : soit on barbouille comme tout le monde « tu sais, euh ! … » Soit on tente de
répondre honnêtement, mais là … plus on essaye de répondre honnêtement aux gens, plus ils vous posent de questions (mince alors ! et cela n’arrive qu’a moi, pour qui la farniente est une
religion … Ouallah). PHARHAMSTER est en grande partie alimenté ainsi et c’est tout, c’est sans grande prétention. Mettre en ligne ces « réponses » c’est le moyen, le plus simple,
d’éviter de se faire faire répéter n fois, en réorientant l’interlocuteur vers ce petit « truc » qu’est PHARHAMSTER



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