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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 18:28

 CHIFFRES & REPERES

Le Maroc s’apprête à autoriser les paquets de 10 cigarettes

La lutte contre le cancer, une hypocrisie marocaine ?     

 11-03-09-tabac-et-cancer-copie.jpg

 

Source principale : M. Ben Hayoun « Les paquets de 10 cigarettes, nerf de la guerre du marché du tabac », ECOPLUS, n°63, page 9, du 25/02/2011 au 03/03/2011

Lire auparavant sur ce même blog :

- Au 31/01/2009 : La cigarette une pharmacologie de la mort

- Au 12/05/2009 : La campagne nationale anti-tabac

- Au 09/04/2010 : Les statistiques du cancer au Maroc

- Au 05/06/2010 : Les chiffres catastrophiques du tabagisme au Maroc

- Au 09/01/2011 : Tabac, la distribution libéralisée depuis le 1er janvier 2011  

      Comme annoncé dans notre dernier article en date, la guerre entre les entreprises du tabac va faire rage avec comme objectif favorisé la consommation du tabac et son corollaire de « dégâts collatéraux » en terme de cancer.

En effet, selon la publication ECOPLUS, le Maroc s’apprête à autoriser la commercialisation des paquets de 10 cigarettes. Rien de grave sauf que cette pratique est considérée comme illégale dans les 70 pays qui ont signé et ratifié la convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. L’argument est que les paquets petits models de cigarettes, constituent une offre attractives pour les petites bourses, à savoir essentiellement les jeunes. 

Le Maroc a en effet signé cette convention le 16 avril 2004 mais, spécificité schizophrénique marocaine oblige, il ne l’a pas ratifiée, no comment. Autre information rapportée par la publication :

66% du prix de vente de la cigarette va au fisc

 

L’avis du petit apothicaire du coin :

RAPPEL : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. PHARAMSTER  

      Pour être honnête, et à la décharge de l’Etat marocain, il faut rappeler qu’au Maroc les cigarettes vendues à l’unité (par cigarette, pour que nos lecteurs non résidents au Maroc puissent comprendre) sont disponibles de façon informelle par tout (devant les écoles, les lycées, les cafés …), et le fait de mettre sur le marché des paquets de 10 permettra de transférer une partie de ce commerce vers les structures déclarées et donc plus de recettes fiscales (en principe).

Ceci étant dit, et comme on l’a déjà écrit, ces dispositions dans leurs ensembles augurent d’une agressivité commerciale accrue dont l’objectif est de booster les ventes. Le hic comme on l’a déjà écrit c’est qu’il ne s’agit pas là de vendre des téléphones ou des voyages low cost, mais de vendre un produit reconnu universellement comme cancérigène : le tabac !   

Cela confirme  malheureusement notre analyse du 09/01/11. Dés lors on est obligé de reposer la question :

La lutte contre le cancer est-elle une scandaleuse hypocrisie macabre de nos responsables ou le symptôme d’une schizophrénie avérée de nos structures étatiques ?            

La question peut choquer peut être. Toutefois on ose espérer, dans l’intérêt de nos patients et par égard à la souffrance des centaines de milliers de futurs cancéreux et de leurs familles, on ose espérer sincèrement qu’on s’est trompé totalement de question.

  De quoi je me mêle ?

Vends tes boites et casse-toi pauvre « pharmacien », aurait pu dire N. Sarkozy   

       En fait, on espère sérieusement se tromper de question car, après tout l'erreur est fort possible, vu que personne ne pose cette question. On se contente de placarder des affiches avec un « tous contre le cancer ». Oh que c’est gentil, sympa, humaniste, bon pour les consciences en mal d’empathie, moralement convenable, politiquement correcte et finalement d’une inutilité affligeante.

Cela n’enlève en rien au mérite de la société civile et à l’honnêteté des ONG qui luttent sur le terrain, mais force est de constater que l’Etat ne s’engage pas sérieusement sur ce terrain.

       Encore une fois de quoi je mêle ? C’est juste que, pour nous en tant que simple profession libérale, le patient reste la source de notre pain quotidien, notre véritable patron et il a le droit d’être au cœur de notre métier : le mépriser, c’est se mépriser soi-même, ignorer ses doléances, c’est ignorer notre raison d’être. Qui mieux que l’officinal est à même d’expliquer au plus grand nombre la pharmacologie de la mort qui est à la base du tabac ? Qui au quotidien est à même de réagir aux souffrances des patients en relation avec les effets néfastes du tabagisme actif et passif au niveau cardiovasculaire (HTA) et respiratoire (toux) ? 

L’officinal, a travers ses instances représentatives, devrait (il est fort possible qu’on se trompe là aussi) avoir le courage intellectuel de prendre position en faveur du patient. Car ce n’est ni l’Etat ni les laboratoires ni les grossistes qui nous versent notre salaire, c’est bien ces petites gens ("Lkhouroto"* pour les inconditionnels des petits fours et des « formations continues » dans les hôtels 5 étoiles) avec leurs billets qui sentent la sueur et le poisson dont l’odeur n’arrive jamais à nos élites. Ces eux notre raison d’être et ces pour eux, qu’au minimum, on est en droit de se poser des questions sur la politique de santé dans notre pays.

Nos miséreux ne nous demandent pas de réciter le VIDAL (pardon, mais c’est ridicule !), en se dirigeant vers une pharmacie ils demandent d’abord et avant tout un avis. Oui le fameux « Avis du pharmacien » courageux, intègre et rigoureusement argumenté, sans insulte ni diffamation, touchant à tous les aspects de la santé du citoyen, sans cela nos médicaments ne sont réellement bons que pour les rayons de superettes.

* Nom péjoratif du dialecte marocain qualifiant une population pauvre et peu éduquée, on dit aussi "khouchpich" ... 

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