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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 20:45

R E F L E X I ON

LE MONDE ARABE & LA DÉMOCRATIE

LES ORGINES D’UN CLIVAGE ANNONCÉ

 

11 09 28 Démocratie & Démocratisme pharamster 

Rappel : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois.

 

Source principale : Omar Saghi « 1811-2011, bicentenaire oublié … » Le Soir Echos n°918, page 12, du 26/09/11. Omar Saghi, politologue et écrivain, enseignant chercheur à Science Po Paris. Autres articles du même auteur dans le même journal : 

21 septembre 2011 : La revanche d’Enver Pacha sur Mustapha Kemal ? 19 septembre 2011 : Sarkozy parle aux Arabes.16 septembre 2011 : Adonis, la mosquée et la révolution. 14 septembre 2011 : La troisième vie de la question palestinienne. 10 juin 2011 : Le Golfe et l’Atlantique, mariage d’amour  

 

              Omar Saghi, nous livre ici un article riche en terme de données historiques pertinentes, néanmoins il le conclu par la phrase suivante que nous avons trouvé fort optimiste, dictée plus par l’enthousiasme que par la réalité des sociétés arabes : « Les développements en cours dans le monde arabe, malgré des apparences trompeuses, laissent penser que c’est plutôt aux institutions civiles qu’on demandera désormais, plutôt qu’à la caserne ou à la mosquée, le fondement du vivre-ensemble ». Pourtant, dans le corps de cet écrit on retrouve suffisamment de signes pour présager le contraire. Ci-après on vous propose un extrait du dit article suivit d'une discussion.  

Note à part :  

« Le Monde Arabe » : c’est une terminologie qui, au singulier, ne veut rien dire puisqu’elle regroupe au moins 3 entités, culturellement historiquement et sociologiquement largement distinctes, sauf pour certains analystes simplificateurs et certains nationalistes qui réduisent cette diversité en une unité qui n’a aucun sens socioculturel et qui trouve sa raison dans les calcules politiques des uns et des autres. Les 3 trois grandes entités de ce « Monde Arabe » tournent autour du Maghreb et du  Moyen Orient qui lui-même est constitué de deux entités d’une part les Pays du Golfe  et d’autre part le groupe Egypte - Bilad el-cham (ce dernier nom désigne selon Wikipedia : Syrie, Jordanie, Liban et les Territoires palestiniens auxquelles ou peut légitimement ajouté le Liban). Réduire toute cette diversité en une seule entité est tout simplement réducteur.                        

E x t r a i t  :

              « Les esclaves de l’État : Très tôt dans son histoire, l’État musulman eut à se confronter à un problème central : gouvernant des populations massivement tribales, il ne pouvait fidéliser une caste de fonctionnaires et de militaires à la seule raison d’État. Derrière chaque soldat, chaque conseiller, chaque fonctionnaire, étaient tapis la famille, le clan, la communauté régionale ou religieuse. Le prince se savait à la merci de ces fidélités parasites. Le calife abbasside Al-Mu‘tassim (833-847) inventa une solution, ou, plutôt, il améliora et fit systématiser une pratique qui émergea avant lui et qu’on retrouvait également chez les Byzantins : il établit une armée d’esclaves, des jeunes Turcs importés d’Asie centrale et formés à la guerre et au pouvoir. Arraché aux siens, le Mamelouk vouait à son maître et à la raison d’État qu’il incarne la fidélité du chien à son maître. Le problème public central sembla résolu. L’efficacité, la rationalité, la fidélité des Mamelouks à la chose publique étaient indéniables.

Cette «solution» se répandit dans tout le monde musulman. L’Iran eut ses Ghilman géorgiens ; l’Empire ottoman, ses Janissaires balkaniques ; le Maroc, ses ‘Abid el-Bokhari. On aboutit à ce suprême paradoxe : une communauté de croyants libres gérée par des États de serfs, à l’inverse des sociétés européennes, composées de serfs gérés par des aristocrates libres. »

L ’ a v i s   de   l ’ a p o t h i c a i r e  :

              Cet extrait met en exergue de façon indéniable l’origine du clivage entre le Monde Arabe dans sa diversité et les pratiques démocratiques.  

En claire, les diverses dictatures dans le monde arabe ont, durant des décennies, masqué les structures sociologiques profondément tribales. Ces structures se révèlent en particulier au moment des changements de régimes comme en Iraq, qui constitue à lui seul un cas d’école en la matière. À ce sujet on vous invite vivement à lire cette excellente interview de l’anthropologue irakien Hosham Dawod publiée dans le journal du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique en France) : Tribus et pouvoir en terre d’islam                

Au vu de l’extrême diversité des sociétés arabes, on comprend facilement que l’importance des tribus dans la société arabe diffère énormément d’un pays à un autre et d’une entité à une autre. Si dans des pays comme la Libye, l’Irak, le Yémen ou les pays du Golfe la société est fortement dominée par la culture tribale, ce n’est pas le cas dans d’autre pays comme le Maroc, l’Algérie, l’Egypte et encore plus la Tunisie où la société s’est structurée autour de valeurs nationales et même dans certains cas citoyennes, avec des nuances plus ou moins marquées entre ces divers pays (cas des tribus du sahara au Maroc).

A noter qu’on ne devrait surtout pas confondre entre région et tribu. Si une région est déterminée par une zone géographique donnée, la tribu a comme référence de base la race. Alors que la région et son développement est un atout pour un pays donné, la tribu constitue en soi une régression des valeurs citoyennes qui sont par essence supraraciales. La tribu, quand elle constitue la structure de base d’une société donnée, devient un indice important de la faiblesse du niveau de développement humain.

A notre sens, le clivage entre les pratiques démocratiques et les sociétés arabe trouve son origine non seulement dans des régimes dictatoriaux anachroniques mais aussi dans la faiblesse du niveau développement humain.

La question qui se pose actuellement est la suivante : la démocratie à la scandinave, par exemple, est-elle soluble dans un environnement marqué par le sous-développement humain ? 

En toute honnêteté,  certainement pas, par contre on est en droit d’imaginer des systèmes qui sans être totalement transparents, permettent une transition graduelle des mentalités et des meurs, basés d’une part sur l’école comme moyen structurant le citoyen du futur, et d'autre part sur la refonte des pratiques religieuses qui constituent, qu’on le veuille ou non, un référentiel incontournable pour les valeurs morales.

Contrairement à ce qu’a conclu Omar Saghi, le changement de régime en Tunisie et en Egypte n’a été permis que grâce à la non obstruction, voir la facilitation des institutions militaires. Institutions qui demeurent encore l’ossature inamovible assurant la pérennité et la non dislocation de l’Etat, déterminant ainsi, au fur et à mesure, un système semi démocratique, qui s’il est bien exploité aujourd’hui pourrait déboucher dans les 50 prochaines années à des régimes démocratiques. Quand on parle de systèmes semi démocratiques, le Maroc paraît, malgré toutes les critiques bien-fondés, comme un cas intéressant à suivre de près.                                 

 

Démocratie & démocratisme :

               Imposer des mécanismes démocratiques (élections, scrutins …) à une société dominée par des structures tribales ou par un niveau de développement humain très bas (cas de l’Afrique et du Monde Arabe) c’est ce qu’on appellera faire du démocratisme. Lire à ce sujet une interview fort intéressante de Mohammed Chahid : Le démocratisme n’est pas une foi, un autre texte à lire aussi ce lui de P. E. Thomann paru sur le site de l’Institut Européen des Relations Internationales IERI : « Démocratisme », « Realpolitik » et « Multiculturalisme » : Approche Géopolitique des crises méditerranéennes et européennes.

De tout cela on en déduit de manière toute simple (Pharamster oblige …) que le démocratisme n’est autre qu’une approche démagogique de la démocratie. Approche qui voudrait nier ou gommer autant les réalités socioculturelles que les héritages historiques, au profit d’un système théoriquement séduisant qui, dans la pratique, s’avère contreproductif, hypothéquant sérieusement l’émergence et le développement de systèmes où le savoir vivre-ensemble, comme dit Saghi, émane non pas de considérations théologiques ou de dictat militaire, mais de valeurs citoyennes.               

L’idéal de beaucoup des systèmes politiques est à la base tout à fait recevable. Chez les communistes c’est un cas d’école : si le principe d’égalité stricte entre touts les citoyens est humainement valable, le problème se pose lorsqu’on commence à l’appliquer de façon démagogique, le communisme devient alors contreproductif voir dangereux avec l’émergence de la dictature prolétariat. La même logique, avec certaines nuances, peut être appliquée entre l’idéal démocratique et le démocratisme comme dogme.                

Beaucoup de ceux qui se considèrent de fervents démocrates honnêtes et rationnels, tombent, souvent par excès de zèle, dans le démocratisme, ces « démocratistes » ont souvent du mal à admettre que la démocratie, comme système politique, se conjugue elle-même au pluriel.       

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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