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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 18:16

LE CANNABIS EN QUESTION II

L E C T U R E   O F F I C I N A L E

RELATION ENTRE CANNABIS & PSYCHOSE

 Cannabis & Psychose

      Nous avons réellement l’honneur de vous présenter cette étude néerlandaise – allemande, dirigée par Rebecca Kuepper (Department of Psychiatry and Neuropsychology, South Limburg Mental Health Research and Teaching Network, Maastricht University Medical Center ) publiée dans le BMJ du mois de Mars 2011 (c’est tout frais).

- Un lien : n’hésitez pas à cliquer, c’est remarquable autant sur la forme que sur le fond, d’autant plus que c’est libre d’accès : Continued cannabis use and risk of incidence and persistence of psychotic symptoms 

- La référence : Kuepper R et coll.: Continued cannabis use and risk of incidence and persistence of psychotic symptoms: 10 year follow-up cohort study. BMJ 2011; 342:d738

Quelques définitions à toute fin utile : 

Une cohorte : Ensemble d'individus suivis chronologiquement, à partir d'un temps initial donné, dans le cadre d'une étude épidémiologique.

Une étude cohorte :  Étude qui consiste à observer dans le temps 2 groupes de personnes :  l’un exposé à un facteur de risque et l’autre non,  mais tous deux indemnes d’une certaine maladie et de comparer la survenue de cette maladie dans chacun des groupes

Incidence : Nombre de nouveaux cas d'une maladie constatés pendant une période déterminée et dans une population donnée (OMS).

Prévalence : Nombre de cas de maladie ou de malades, ou de tout autre événement, dans une population déterminée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens (O.M.S).

OBJECTIFS :

     Le lien entre la consommation de cannabis et les troubles psychotiques a été plusieurs fois démontré, sans qu’on parvienne à préciser si c’est le cannabis qui est responsable des troubles constatés ou si ceux-ci préexistaient à l’utilisation du cannabis.

METHODE :

- Cette étude, étalée sur 10 ans, a été réalisée sur une cohorte de 1923 personnes, âgées de 14 à 24 ans au début de l’étude,

- Elle est basée sur la déclaration par les patients de leur consommation de cannabis et leur description d’expériences psychotiques, révélant, ce que les auteurs appellent, une psychose infraclinique, c’est-à-dire en deçà des critères de trouble psychotique constitué.

- L’étude s’étale donc sur une durée de 10 ans avec des « états des lieux » périodiques :  

- Etat des lieux à T1 : démarrage de l’étude,

- Etat des lieux à T2 : en moyenne 3,5 ans après le début et

- Etat des lieux à T3 : en moyenne 8,4 ans après le début.

RESULTATS :

       - Pour les sujets qui au démarrage de l’étude ne signalent aucun usage de cannabis et ne décrivant aucune expérience psychotique : la consommation de cannabis entre le début de l’étude (T1) et 3,5 ans après (T2) augmente significativement le risque d’expérience psychotique survenue 4 ans après c’est-à-dire entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans) de l’ordre 1,1 à 3,1 avec un intervalle de confiance à 95 %.

       - La poursuite de la consommation de cannabis semble avoir aussi un impact sur le risque de répétition et de persistance des symptômes psychotiques entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans) de l’ordre de 1,2 à 4,2 avec un intervalle de confiance à 95 %. 

       - L’incidence des expériences psychotiques de T1 (début) à T2 (3,5 ans) est de 31 % parmi les consommateurs de cannabis, contre 20 % chez les patients non-consommateurs.

       - Entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans), cette incidence est de 14 % parmi les consommateurs de cannabis et 8 % chez les patients non-consommateurs. Cette association est indépendante de l’âge, du sexe, des conditions socio-économiques, de l’utilisation d’autres drogues, de l’environnement rural ou urbain, et de traumatismes de l’enfance. L’ajustement pour d’autres désordres psychiatriques ne change pas non plus les données.

CONCLUSIONS :

      - Les auteurs estiment que cette étude plaide contre la théorie de l’utilisation à des fins médicales du cannabis, puisqu’ils constatent que les expériences psychotiques survenant au cours de l’étude chez les non consommateurs ne sont pas un facteur prédictif de l’utilisation de cannabis par la suite.

      - Ils insistent par contre sur le fait que les expériences psychotiques, relativement fréquentes dans la population générale et la plupart du temps transitoires, peuvent persister anormalement, voire s’aggraver et conduire au stade de la psychose constituée, si elles sont combinées à une consommation persistante de cannabis. Ce dernier venant alors se joindre aux autres facteurs de risque environnementaux reconnus de maladie psychotique.

L’AVIS DU PHARMACIEN :

      - Cette étude remarquable vient confirmer le lien entre l’utilisation du cannabis et la survenue d’épisodes psychotiques.

      - Dans notre pratique quotidienne, le passage de l’utilisation du cannabis notamment chez les jeunes vers des consultations psychiatriques avec des ordonnances type [Haldol, Artane et Largactil] est bien établi. Cette étude c’est du pain béni pour l’officinal puisqu’elle nous donne un argument solide et rationnel contre l’usage du cannabis, qui jadis était considéré, à tort ou à raison, comme la porte d’entrée vers les drogues plus dures et qui aujourd’hui doit être considéré comme une porte d’entrée vers les psychoses avec ce que cela engendre comme déchéance pour l’usager et comme drame pour son entourage.

L’officinal n’a pas à faire de morale, ni à porter un jugement de valeur sur le comportement des gens, par contre il est de son devoir de présenter des arguments solides et rationnels.                   

      - Cette étude met clairement en doute les arguments pour la légalisation du cannabis. Que cette légalisation se fasse de manière directe ou sous forme d’une « automédication » contrôlée, en principe à usage thérapeutique.    

Cette question de la légalisation d’un produit reconnu toxique nous mènera au troisième volet de cette mini série d’articles sur le cannabis où on évoquera la célèbre phrase en 1968 de  Jean Yanne « il est interdit d’interdire » et on verra que paradoxalement, alors qu’on est loin d’être des anarchistes, que cela n’est pas totalement dénoué de bon sens (tout un programme).   

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