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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 18:55

LAIT & CANCER DE LA PROSTATE

E T A T   D E S   L I E U X 

    
Lait---Cancer-de-la-prostate-copie.jpg

Avant-propos : 

                        Ce travail a été initié il y a bientôt 2 ans suite à la remarque d’un ami médecin (Dr Si Amin) qui après avoir lu le livre polémique de Thierry Souccar « Lait, Mensonges et Propagande » nous a interpellé au sujet de l’implication de la consommation de lait dans l’apparition du cancer de la prostate. Ce livre s’en prend directement à l’un des plus gros segments du marché de l’agroalimentaire : les produits laitiers. En insistant sur le fait que le lobby des industriels voudrait étouffer le débat vu les enjeux commerciaux colossaux.

Habituellement à PHARHAMSTER on est plus sensible aux arguments plausibles qu’à la « complotite » sans être dupe sur le fait que les industriels ne sont pas, non plus, des enfants de cœur.
                        Face au manque de documentation sérieuse en notre possession à l’époque, on a préféré créer un dossier et laisser le sujet « fermenter » (accumulation de lectures au gré des publications). On a réactivé ce dossier à la suite :  

- de la publication sur ce Blog de l’article qu’on a consacré à la doxazocine
- d'une information publiée, avec une crédibilité relativement bonne, dans le site canadien Extenso [17]
- de  la publication de l’avis de l’Institut National du cancer en France publié le 17 février 2009 et notamment sa fiche repère dans sa page 42 [16]   
- sans trouver, pour autant, d’articles ou d’avis qui correspondent exactement à ce sujet dans la revue Prescrire.

 

Le lait & cancer de la prostate, état des lieux :

              Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme de plus de 50 ans. Au sujet de l’évolution naturelle du cancer de la prostate, une suédoise cohorte [15] a montré que sans traitement 6 patients sur 10 n’ont pas d’aggravation de leurs cancers diagnostiqués 20 ans plus tôt et sur la même période 16% seulement des patients suivis sont décédés des suites de ce cancer. Cette information nous incite à nuancer notre appréciation globale de ce cancer.   
Les causes sont multiples et encore mal connues. Mais quelques facteurs de risque ont été identifiés, comme la vieillesse et des antécédents de cancer de la prostate dans la famille.

              Le lait est également pointé du doigt depuis que des chercheurs [1], dans les années 70, ont observé une fréquence plus élevée du cancer de la prostate chez les populations buvant beaucoup de lait. Trente ans plus tard, les scientifiques ont des avis plus ou moins partagés sur la question.
En 2004, une équipe de chercheur a analysé 11 études cas-contrôle examinant le lien entre le cancer de la prostate et la consommation de lait. Les résultats de cette analyse soulèvent l’inquiétude : une grande consommation de lait augmenterait de 68 % les risques de développer le cancer de la prostate!

Mais attention aux conclusions trop hâtives : Les chercheurs soulèvent plusieurs limites de l’étude qui auraient pu biaiser leurs résultats. Par exemple, ce type d’analyse ne tient pas compte des autres facteurs qui peuvent influencer les résultats. Est-ce que les grands buveurs de lait ont des comportements autres (obésité, faible consommation de légumes et de fruits, faible niveau d’activité physique) qui augmentent leurs risques de développer un cancer de la prostate ?

De façon générale, les résultats des études scientifiques menées jusqu'à présent se contredisent. Sur 28 études d'association (cas-contrôle et de cohorte) publiées jusqu'à aujourd'hui, 14 observent une augmentation des risques chez les grands buveurs de lait et autant d'études ne font aucun lien entre le lait et le cancer de la prostate.
Pour ajouter à la confusion, chaque étude a sa propre définition de ce qu'est un grand buveur de lait. Difficile alors de comparer les études entre elles et de déterminer quelle quantité de lait serait potentiellement à risque.


Enfin, sur la base du rapport d'experts du World Cancer Research Fund et de l'American Institute for Cancer Research publié en 2007 [13], selon la lecture des rédacteurs du site Extenso il y a actuellement trop peu d'études scientifiques rigoureuses menant aux mêmes résultats pour conclure que le lait est une des causes du cancer de la prostate. Cependant l’Institut National du cancer en France se basant sur la même étude nuance cette lecture en fonction des sexes et apporte les éléments suivants : 

- chez l’homme et chez la femme, la consommation de lait et de produits laitiers est associée à une diminution de risque de cancer du côlon rectum.
- Cependant, chez l’homme, une consommation importante de lait et de produits laitiers, pouvant contribuer à des apports élevés en calcium, peut être indirectement associée à une augmentation du risque de cancer de la prostate.

Autrement dit le lait est tout avantage pour la femme, alors que pour l’homme « une consommation importante » de lait et de laitage favorise le cancer de la prostate via un apport excessif en calcium. Encore faut-il spécifié la notion de « consommation importante » ?    


L’avis du pharmacien : 
              Au vu des données actuelles, l’apport de lait paraît globalement nécessaire pour être en bonne santé.
Le grand danger reste avant tout est de mal s'alimenter. Pour mettre toutes les chances de son côté et réduire les risques de développer des pathologies graves il faut rappeler d’abords les recommandations classiques :
     - Adoptez une alimentation riche en fibres, en légumes et en fruits, et faible en matières grasses en sel et en sucres rapides.
     - Bannir le tabac et l’alcool de ses habitudes de consommation
     - Adopter la pratique régulière de sport comme une nécessité et le maintient d’un poids santé convenable.
     - Eviter dans la limite du possible l’alimentation industrielle y compris les sauces et autres rehausseurs de goût industriels et
     - Bannir les produits dits « allégés » non pas à cause de l’aspartam, mais à cause de l’effet d’appel qu’ils engendrent comme l’a démontré une étude irlandaise (dont ont n’a pas les références bibliographiques)        

Plus spécifiquement pour le lait et les laitages : modérée sa consommation paraît logique pour plusieurs raisons :
- Un apport excessif en calcium serait néfaste pour l’homme, car pour la femme aucun effet délétère n’a été démontré à l’heur actuelle.   
- Un apport excessif en lait et dérivé implique un apport en en sucre et matières grasses corollaires ce qui est illogique pour une bonne hygiène de vie.
- Plus précisément pour les laitages qui sont le plus souvent le résultat des transformations industrielles du lait. Transformations qui impliquent le plus souvent l’incorporation d’intrants peu surs (gélatines et épaississants d’origine douteuse, des colorants, des édulcorants et aromes industriels … etc.). Un apport excessif de ces intrants industriels paraît peu cohérent avec la santé (voir néfaste dans certains cas). Pour être pratique, on préconisera par exemple pour les yaourts : un yaourt nature sucré, cela permet d’éviter à notre avis beaucoup d’intrants, à consommer sans excès non plus.

Plus généralement, il paraît logique d’une part de choisir ses aliments (qu’ils soient industriels ou préparés à la maison) avec le minimum d’intrants possibles, et d’éviter, d’autre part, les excès en tout genre sans se priver.

« Ne mange que lorsque tu as faim, et lève ta main alors que tu en a encore envie » ce precept qui existe dans la plus part des religions préconise la modération dans le comportement alimentaire. Il faudra user de beaucoup d’efforts, de persuasion et de lutte contre les publicités abusives pour traduire des orientations divines en un comportement de bon sens citoyen tout simplement.                          

 

Sources :
1 - Armstrong B, Doll R. Environmental factors and cancer incidence and mortality in different countries, with special reference to dietary practices. Int J Cancer 1975;15(4):617-31.
2 - Bosetti C, Micelotta S, Dal Maso L, Talamini R, Montella M, Negri E, Conti E, Franceschi S, La Vecchia C. Food groups and risk of prostate cancer in Italy.
Int J Cancer. 2004 Jun 20;110(3):424-8.
3 - Chan JM, Stampfer MJ, Ma J, Gann PH, Gaziano JM, Giovannucci EL. Dairy products, calcium, and prostate cancer risk in the Physicians' Health Study. Am J Clin Nutr 2001;74(4):549-54.
4 - Colli JL, Colli A. International comparisons of prostate cancer mortality rates with dietary practices and sunlight levels.
Urol Oncol. 2006 May-Jun;24(3):184-94.
5 - De Stefani E, Fierro L, Barrios E, Ronco A. Tobacco, alcohol, diet and risk of prostate cancer.
Tumori. 1995 Sep-Oct;81(5):315-20.
6 - Ganmaa D, Li XM, Wang J, Qin LQ, Wang PY, Sato A. Incidence and mortality of testicular and prostatic cancers in relation to world dietary practices.
Int J Cancer 2002;98(2):262-7.
7 - Giovannucci E, Liu Y, Stampfer MJ, Willett WC.
A prospective study of calcium intake and incident and fatal prostate cancer. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2006 Feb;15(2):203-10.
8 - Grant WB. A multicountry ecologic study of risk and risk reduction factors for prostate cancer mortality. Eur Urol. 2004 Mar;45(3):271-9.
9 - Qin LQ, Xu JY, Wang PY, Kaneko T, Hoshi K, Sato A. Milk consumption is a risk factor for prostate cancer: meta-analysis of case-control studies.
Nutr Cancer. 2004;48(1):22-7.
10 - Sonoda T, Nagata Y, Mori M, Miyanaga N, Takashima N, Okumura K, Goto K, Naito S, Fujimoto K, Hirao Y, Takahashi A, Tsukamoto T, Fujioka T, Akaza H. A case-control study of diet and prostate cancer in Japan: possible protective effect of traditional Japanese diet.
Cancer Sci. 2004 Mar;95(3):238-42.
11 - Tavani A, Bertuccio P, Bosetti C, Talamini R, Negri E, Franceschi S, Montella M, La Vecchia C. Dietary intake of calcium, vitamin D, phosphorus and the risk of prostate cancer.
Eur Urol. 2005 Jul;48(1):27-33. Epub 2005 Apr 8.
12 - Tseng M, Breslow RA, Graubard BI, Ziegler RG.
Dairy, calcium, and vitamin D intakes and prostate cancer risk in the National Health and Nutrition Examination Epidemiologic Follow-up Study cohort. Am J Clin Nutr. 2005 May;81(5):1147-54.
13 - World Cancer Research Fund/ American Institute for Cancer Research.
Food, Nutrition, Physical activity and the Prevention of Cancer: a global perspective. Washington DC: AIRC, 2007.
14 - Zhang J, Kesteloot H. Milk consumption in relation to incidence of prostate, breast, colon, and rectal cancers: is there an independent effect?
Nutr Cancer. 2005;53(1):65-72.
15 - « Acinar adenocarcinomas ». In : Eble JN et coll.
“ Word Health  Organization Classification of tumors. Pathology and genetics of tumours of urinary system and male genital organs” IARC Press, Lyon 2004 : 162-192
16 - http://www.e-cancer.fr/la-sante-publique/prevention/nutrition-et-cancers
 la repère de l’Institut National du cancer en France Nutrition et prévention des cancers (PDF - 162 Ko)
17 - Extenso: http://www.extenso.org/ .

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commentaires

Philippe 06/02/2010 10:43


Boire du lait tue !


Amster 06/02/2010 17:11


Absolument pas Monsieur, les données qu’on a voulu mettre en exergue dans cette lecture sont les suivantes : - L’apport de calcium sous toutes ses formes (lait et laitages) est capital pour être en
bonne santé - L’excès, et uniquement l’excès, de cet apport en calcium est favorable à la survenue chez l’homme et uniquement chez l’homme d’une tumeur de la prostate, ce type de tumeurs n’est
aussi mortel qu’on le croit comme le montre l’étude suédoise citée en début d’article. Par ailleurs l’excès de calcium (lait & laitages) apporte son corollaire d’excès en matières grasses, en
sucres rapides et en divers additifs ce qui en soit est néfaste pour la santé. Je vous exhorte, Mr, de ne pas tomber dans les raccourcies faciles mais d’opter pour la pondération qui fait appel à
la raison et bon sens. Merci


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