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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 01:57

 

les ambiguïtés rationnelles !

DANS LE DISCOURS 

 

      Juste avant les vacances, on voulait terminer cette saison en beauté, du moins selon PHARHAMSTER, avec un bijou d’intelligence qu’on a littéralement déniché dans la Revue Prescrire de ce mois de juin 2010, il ne prenait en effet comme place dans la page que quelques maigres centimètres.

Notez d'abord ce magnifique dialogue :

 

 L’homme du marketing ou le vendeur des fausses bonnes idées :

                        100 % des gagnants ont tenté leur chance

 Le consommateur, ou le simple citoyen :

                         Je ne me laisserai pas influencer par des arguments simplificateurs

 La réplique géniale du vendeur :

                         C’est votre droit le plus stricte de rester pauvre

  10-06-07-PRESCRIRE-N--320-JUIN-2010-PAGE404-Alain-Savino.jpg

 SOURCE :  ALAIN SAVINO in REVUE PRESCRIRE N° 320 JUIN 2010 PAGE 404

             C’est un exemple magnifique qui démontre qu’avec des vérités qui ne sont absolument pas fausses, mais qui sont tout à fait partielles, on construit un discours qui ne prête presque à aucune critique.

Cette manière de présenter est largement diffusée dans le cadre du marketing pharmaceutique, où les laboratoires multiplient les prouesses pour présenter des analyses parfaitement cohérentes avec le plus souvent des vérités partielles induisant des erreurs d’appréciation colossales de la part du corps médical.

Et les exemples ne manquent

- Le plus flagrant : faire prescrire par un médecin un complément alimentaire onéreux complètement inutile en le faisant passer pour un médicament. Ces véritables faux médicaments jonchent scandaleusement, et de plus en plus, nos rayons dans un pays où la majeure partie de la population a très difficilement accès aux médicaments essentiels.   

- Faire prescrire un produit qui a presque autant d’efficacité qu’un placebo, avec de très belles présentations aux couleurs chatoyantes, et surtout des références bibliographiques complètement illisibles largement approximatives et parfois invérifiables et que personne ne cherche à vérifier.

- Faire minorer scandaleusement les effets secondaires en noyant l’esprit du prescripteur par des concepts et des mécanismes d’action novateurs et très poussés (Exp. des COX II)

 

Attention, en disant cela il faut comprendre qu’il n’y a aucune effraction à la loi, tout est parfaitement légal (ou presque). Mieux encore, vouloir légiférer sur ce genre de sujet ne fera que complexifier les lois existantes qui sont elles-mêmes suffisamment ambiguës.

 

En fait, c’est au receveur de l’information de se prémunir contre l’analphabétisme analytique largement diffusé autant dans le commun de la population que dans les élites.

En parlant du corps médical on se remémore Axel Kahn au sujet de l’enseignement, car il ne suffit plus de former correctement la personne sur le plan technique, il faut en plus l’armer de capacités analytiques qui vont lui servir autant dans sa vie professionnelle que dans sa vie citoyenne.

 

Les ambiguïtés rationnelles de façon générale :

             Si ce concept est souvent utilisé dans le marketing pharmaceutique, on le retrouve aussi dans les statistiques et il l’est encore plus utilisé ailleurs.   

Les vérités partielles constituent un outil de base pour les Hommes politiques (Berlusconi, Bush …), même les plus démocrates d’entre eux en utilisent. 

On les retrouvent aussi à la base des analyses extrémistes qu’elles soient d’obédiences nationalistes, antisémites ou religieuses. Curés, Imams et Rabbins et autres prédicateurs utilisent le plus souvent la réplique géniale du vendeur «C’est votre droit le plus stricte de rester pauvre».Il suffit de changer pauvre par «en enfer».

Autrement dit, un événement  qui, à la base, est complètement aléatoire devient, par le miracle du discours, bien prédéfini et parfaitement cohérant avec : une cause qui est votre comportement et une raison qui est la raison divine (les séismes en est l’exemple parfait).

Les grands discours qu’ils soient ceux des extrémistes ou des grands Hommes politiques  sont souvent développés par des gens éminemment intelligents, relayé par des élites (cadres suppérieurs, médecins, pharmaciens, ingénieurs …) le plus souvent analytiquement analphabètes et repris enfin par le commun des mortels comme une parole divine.

 

La question de La binarité et le discours :  

Ce sont souvent là des analyses binaires avec 2 paramètres seulement : oui vs non, enfer vs paradis, sexe vs châtiment, le mal vs le bien … c’est cette binarité qui est à la base de la popularité des théorie extrémistes. En effet la multiplicité des paramètres, qui correspond souvent à la réalité des choses, rend complexe la compréhension des concepts de modération.

    L’exemple du bien et du mal : Jacques Brel aurait pu dire au lieu du rouge et noire : le mal et le bien ne s’épousent-ils pas ? Le mal et le bien absolus sont en fait une vue de l’esprit, il y a toujours du bien dans ce qui est considéré comme mal, et du mal dans ce qui est considéré comme bien. A ce propos une magnifique phrase coranique dit : [OUA AASSAA AN TAKRAHOU CHAYAANE OUA HOUA KHAYROUNE LAKOUM] « il se peut que vous haïssiez une chose alors que c’est bien pour vous » et la réciproque est parfaitement juste. Cela démontre que les textes religieux peuvent être parfaitement utilisés pour nuancer le discours. Sauf qu’en intégrant dans le mal une partie du bien et dans le bien une partie du mal, on se retrouve, n’ont pas avec 2 paramètres, mais avec 4 [le mal, le mal +/- bien, le bien +/- mal et enfin le bien] avec ce genre de discours on ne fera jamais recette face a un peuple qui du mal à intégrer plusieurs paramètres à la fois. Bush l’a parfaitement utilisé en parlant du fameux « axe du mal »                    

« C’est vrai que les personnes d’origine étrangères sont … mais … car … » la nuance dans l’analyse est toujours difficile à faire passer dans l’effervescence des compagnes électorales ou dans les réunions de prédication, car elle fait appel à une multiplicité de paramètres difficilement assimilables par l’auditoire.      

 

Que dire de plus, si non qu’autant dans les pays du sud que dans ceux du nord, la démocratie, depuis le développement astronomique du marketing social, nécessite impérativement un citoyen électeur :

 - à la hauteur de la complexité des problèmes actuels

 - aguerrie aux techniques de la communication

 - et surtout avec un sens aiguisé de l’analyse rationnelle à même de ne pas le faire tomber dans la facilité voir la passivité intellectuelle, hypothéquant par là sa conscience et ses valeurs au profit d’autrui.             

Dans l’attente de cette évolution, qui est très peu probable vu l’état de notre enseignement, il faut repenser peut être la démocratie avec comme objectif premier de produire d’abords les futurs acteurs qui seraient à sa hauteur.

 

Au final ce dessin a été pour nous une délectation intellectuelle incommensurable, car il vient à point nommé pour montrer simplement des concepts qui, au fond, sont assez compliqués.

C’est avec cet exemple d’intelligence innée de l’artiste que nous clôturons cette saison extrêmement enrichissante pour nous et on espère aussi pour vous.   

Sur ce, je vous souhaite d’excellentes vacances et à la rentrée inchallah  (… tout de même)          

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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