Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 12:38

Les Diarrhées aiguës

Entre les recommandations scientifiques &

Les difficultés de la pratique quotidienne

 

          Les diarrhées aiguës se définissent par la survenue brutale d'un nombre élevé de selles par jour (supérieur à 2) ou de selles trop liquides depuis moins de 14 j ours. [1]

Le Larousse médical précise par ailleurs que «  la diarrhée est définie par un poids quotidien de selles supérieur à 300 grammes ; quand le volume de selles liquides ne dépasse pas cette limite, on parle de fausse diarrhée. »

Quelque soit le définition requise, les diarrhées aiguës sont de loin dominées dans notre pays par les causes infectieuses (bactéries, virus et parasites) en rapport avec les conditions d’hygiène et de salubrité qui sont elles-mêmes liées au niveau de développement du pays.   

Ces diarrhées aiguës reconnaissent deux pics de fréquence, un pic hivernal, plutôt viral, et un pic estival, bactérien.

Ce qui interpelle au sujet des diarrhées c’est le déphasage entre les recommandations et la pratique quotidienne. Prendre conscience de ces difficultés c’est un premier pas afin d’éviter les grands écueils, on peut alors engager sa responsabilité vis-à-vis du patient en connaissance de cause. C’est l’objectif de cet article qui sera axé sur les difficultés du traitement des diarrhées aiguës, difficultés qui se rapportent d’une part à la sémiologie et d’autre part aux thérapeutiques préconisées.     

 

Les difficultés liées à la détermination de l’étiologie :

         Si dans les diarrhées chroniques la recherche de la cause est une nécessité évidente pour la majorité des praticiens, dans les diarrhées aiguës c’est loin d’être le cas. Et pour cause, le rendement diagnostique de la coproculture dans les diarrhées aiguës n'est que de  1,5 à 6,5 % tel que rapporté dans 6 études conduites entre 1980 et 1997 [2].

La prise en charge de la diarrhée aiguë est, par nécessité, probabiliste. La marge d’erreur est relativement réduite par la connaissance parfaite de la clinique ce qui est un atout pour le médecin et un véritable écueil pour le pharmacien.

Pour se faire on insiste classiquement sur les points suivants [3] :

        1- Faire la distinction entre le syndrome dysentérique et la diarrhée sécrétoire

  > Le syndrome dysentérique associe des évacuations anormales glairo-sanglantes, faux besoins, épreintes (contractions douloureuses du colon terminal) et ténesme (contracture douloureuse du sphincter anal précédant ou suivant chaque évacuation anormale). Le syndrome dysentérique témoigne de l'existence d'ulcérations accompagnées d'une réaction inflammatoire de la muqueuse digestive.

 > La diarrhée sécrétoire, elle, se caractérise par des selles liquides, abondantes, sans évacuations anormales mais s'accompagnant souvent de signes de déshydratation importante.

      2 - Recherche d'autres troubles digestifs associés

Des vomissements, Les douleurs abdominales, Des signes systémiques tels qu'une fièvre ou des signes extra-digestifs : arthralgies, éruption cutanée...

      3 – Préciser les circonstances de survenue

Alimentation, cas identiques dans l'entourage ou chez une personne ayant partagé un même repas, La prise concomitante ou récente de médicaments,

      4 - Evaluer le terrain :

Personne âgée, nourrisson, immunodéprimés, antécédents de maladies digestives.

      A l’examen clinique le praticien recherchera les signes de déshydratation [type : sensation de soif, pli cutané persistant, sécheresse des muqueuses…], la mise en évidence d'une hypo ou d’une hyperthermie, d'une hypotension, d'une obnubilation ou d'une oligurie qui témoignent souvent d’un syndrome septicémique ou d’un collapsus.

Enfin, un toucher rectal systématique, permettra d'objectiver la présence ou non de sang dans les selles.

 

L’avis du pharmacien :

- Au vu des conditions de travail des médecins dans nos dispensaires, avec des cadences de 50 à plus de 100 malades par jour et par médecin, on comprendra facilement le fossé qu’il y a entre ces recommandations rationnelles et la réalité de la pratique quotidienne.

- Un certain nombre de patients  demandent directement conseil auprès de l’officinal, malheureusement, en absence d’une formation adéquate de ce dernier et d’un consensus interprofessionnel, il faut reconnaître que le traitement des diarrhées en officine comporte une très grande marge d’erreur, et d’un traitement probabiliste on passe ici à un traitement quasi aléatoire.

- Par ailleurs, la fiche présentée en fin de ce paragraphe, qui est tirée d’un article de 2005, met de côté deux points :

         * Le problème de la reconnaissance des diarrhées d’origine virales (rotavirus … cliquer sur le lien pour plus d’informations) qui, en pratique, reste entièrement posé, engendrant un grand nombre de prescriptions d’antibiotiques injustifiées. Cliniquement ce sont des diarrhées hivernales rarement graves, touchant essentiellement les enfants de moins de 3 ans, qui durent de 2 à 6 jours associées à des vomissements et parfois à une fièvre modérée, le diagnostic différentiel avec les autres diarrhées n’est pas toujours évident.    

On peut supposer sans preuve tangible, qu’une diarrhée qui accompagne une rhinite et des courbatures, évoque vraisemblablement une diarrhée virale en particulier chez un nourrisson.     

       ** Autre question, dans le contexte marocain (…) le traitement de l’amibiase intestinale, qui à notre avis est très fréquente, doit-il être entamé sur la base d’un diagnostic clinique [diarrhée sanglante, de nombreuses exonérations, des glaires, de sang, et par des ténesmes] ou doit-il impérativement être justifié d’abord par l’examen parasitologique des selles ?   

  Diarrhee-CAT.JPG

  

Les difficultés liées aux thérapeutiques engagées :

 

La prise en charge thérapeutique des diarrhées aiguës commence par des mesures générales

          - Le repos est indispensable.

          - Le régime alimentaire doit maintenir des apports caloriques suffisants avec cependant une diminution des fibres et des produits laitiers qui peuvent aggraver la diarrhée. Il faut éviter les jus de fruits et les boissons trop sucrées qui ont un effet osmotique important.

La prise en charge médicamenteuse s’articule, elle, autour de 3 points : la réhydratations, la limitation du retentissement fonctionnel de la diarrhée (produits de confort) et enfin l’abrégement de l’évolution de l’infection.

La correction des pertes hydro-électrolytiques

La correction de ces pertes constitue le premier impératif de la prise en charge des diarrhées aiguës. La réhydratation est assurée par les sels de réhydration orale (SRO), au Maroc nous disposons de deux produits, caractérisés par des ruptures de stock chroniques : Diarit et Biosel. Leurs formulation est basée globalement sur les recommandation de l’OMS soit :

           [20 g de glucose + 3,5g de NaCI + 2,5g de bicarbonate de Na + 1 ,5g de KCl]

           Poudre à dissoudre dans 1 litre d'eau

   

L’avis du pharmacien :

Rappel : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois.

- La présentation de ces SRO en sachets à dissoudre dans 1 litre d’eau est, à notre sens, inadaptée à la pratique quotidienne. On se demande en effet pourquoi n’y a-t-il pas au Maroc de sachets à dissoudre dans 150 ml (un grand biberon) plus approprié, utilisable plusieurs fois par jour, présentant une excellente conservation ?

- Autre élément, les sels de réhydratation orale ne doivent plus être considérés comme des médicaments mais comme des compléments alimentaires (comme en France), leurs distribution ne sera que plus facilité, ce qui évitera les ruptures de stock chroniques et scandaleuses de ces produits de base.  

En réalité, du fait de l’inertie légendaire des officinaux, en terme d’analyse critique et de propositions apportées, nous héritons aujourd’hui dans nos officines des mêmes présentations de SRO que celles destinées aux pays les plus pauvres de la planète … !

Notre industrie, obnubilée par les statistiques de l’IMS, ne fait à ce sujet que copier telles quelles les recommandations de l’OMS. Or, fondamentalement, la question que doit se poser tout décideur ce n’est pas « comment partager le camembert du petit marché marocain ? », mais « comment répondre au mieux aux besoins du patient ?». Répondre à cette dernière question est en soi créateur de richesse alors que la première ne fait que la transférée.

Entre les deux questions c’est toute une culture d’entreprise qu’il faudra ré imaginer où l’officinal (à condition qu’il soit à la hauteur …) deviendra un partenaire privilégié pour sonder les besoins de nos patients, il sera une véritable courroie de transmission des doléances de nos patients. (Certes, là on rêve ! mais le rêve maintient l’espoir)              

La limitation du retentissement fonctionnel de la diarrhée :

On retrouve ici classiquement un nombre important de produits de conseil qui visent à améliorer le confort du patient

- Les antispasmodiques et les antiémétiques : il s’agit de traitement symptomatiques classiques à utiliser de manière rationnelle.

- Les absorbants (ou adsorbants) : ce sont des argiles composés de silicates d’aluminium et de magnésium [disomectite (Smecta), attapulgite (Actapulgite), kaolin], ils ont des propriétés adsorbantes -comme le charbon - et ils ont en plus un effet pansement sur la muqueuse intestinale. Leur effet sur la diarrhée consiste à augmenter la consistance des selles et adsorber en même temps les gaz associés éventuels, sans réellement changer l’évolution naturelle de la diarrhée [4].

Selon un document officiel de l’OMS [12] : le kaolin-pectine, les fibres et le charbon activé n’ont pas leur place dans le traitement de la diarrhée et de la déshydratation des nourrissons et des enfants. Aucune donnée concluante n’indique qu’ils réduisent la déperdition imputable aux selles, la durée de la diarrhée ou la fréquence des selles [12]. Bien qu’ils ne soient pas toxiques, ces produits peuvent comporter des désavantages type malabsorption de nutriments, d’enzymes et d’antibiotiques voir une sous-estimation de la gravité de la perte liquidienne dans l’intestin.

L’avis du pharmacien :

. Les pansements gastro-intestinaux pourraient avoir un certain intérêt chez l’adulte en cas diarrhée invasive glairo-sanguine (amibiase par exemple) comme traitement adjuvant pour réduire éventuellement l’impacte de l’infection sur la muqueuse intestinale. L’administration de ces silicates doit donc être faite à 2 heures de distance des autres médicaments

. A noter que le kaolin peut être associé au carbonate de calcium un antiacide qui a intrinsèquement un effet constipant. [une idée à creuser éventuellement]

- Le lopéramide : (Imodium, Loperium, Stadiar, ou autre)   

Le lopéramide est un analogue structurel des opiacés  qui ralenti le transit colique avec une augmentation des contractions segmentaires. 

Il possède une activité antisécrétoire, il stimule en effet l'absorption d'eau et des électrolytes sans toute fois prévenir la déshydratation [4].

L’avis du pharmacien :

C’est le genre de produits de confort à ne pas banaliser, malgré les campagnes de publicité en France et en Suisse, compagnes que nous estimons dangereuses et pour cause :

. Le lopéramide reste un opiacé qui n’a aucune action sur les infections intestinales, il ne fait que ralentir le transit. Promouvoir son utilisation à grande échelle, c’est prendre le risque d’aggraver les diarrhées bactériennes ou parasitaires. D’autant plus que le diagnostic étiologique n’est pas toujours évident. 

. L’usage abusif du lopéramide peut avoir des effets secondaire type distension abdominale ou rétention urinaire.

Par ailleurs, le lopéramide est associé à une incidence élevée d’effets secondaires graves type iléus, léthargie, dépression respiratoire et coma, lesquels surpassent ses bienfaits limités qui sont liés à la réduction de la fréquence des selles [10,11]

. Au final le lopéramide ne doit pas être utilisé dans les cas où une stase fécale doit être évité à savoir les infections virales, bactériennes ou parasitaires. Il devrait être considéré comme une médication symptomatique transitoire qui ne dispense en aucun cas de la réhydratation orale (Cf. le RCP de la spécialité Imodium, mise à jour du 18/02/2010)   

  

L’abrégement de l’évolution de l’infection :

Il s’agit de produits qui vont en principe agir plus ou moins directement sur la cause de la diarrhée. 

 

Les antiseptiques intestinaux :

           Nifuroxazide (Ercéfuryl ou autre) :

Ce paragraphe nous amène à se poser les questions suivantes :

- Si  un antiseptique est un produit qui vise à éliminer un germe donné, quelle différence y a-t-il avec un antibiotique ?  

- Pourquoi ne pas appeler les antiseptiques intestinaux (type nifuroxazide) des antibiotiques ? 

Le Larousse médical donne la définition suivante au terme antiseptique :

« Antiseptique : Produits ou procédés utilisés pour l'antisepsie, agissant globalement et rapidement sur les germes de la peau saine, des muqueuses et des plaies

Le terme antiseptique paraît plus judicieux pour l’usage externe. Le terme antiseptique se rapporte sur le plan sémantique à des notions globales d’hygiène ; alors qu’un antibiotique est un produit qui a des effets sur les bactéries qui sont très bien définis (mécanisme d’action, spectre s’action, concentration minimale inhibitrice …)

Utilisé la formulation « antiseptique intestinal » nous parait inapproprié, car cela implique implicitement de dispenser un antibactérien des exigences pharmacodynamiques d’un antibiotique. Un antiseptique intestinal serait alors une sorte « d’antibiotique au rabais » dont l’exemple type est le nifuroxazide

Et en effet en consultant le RCP (in AFSSAPS) des spécialités à base de nifuroxazide on se rend compte de l’absence flagrante de données pharmacodynamiques, avec comme seule indication : « Diarrhée aiguë présumée d'origine bactérienne en l'absence de suspicion de phénomènes invasifs ». Le terme « présumé » dans les monographies de l’AFSSAPS a une importance capitale, et en particulier dans le cas présent, puisque le produit sera alors prescrit sur des bases pharmacodynamiques largement approximatives !

A ce sujet la Revue Prescrire a une position claire et nette : « Les médicaments à visée antiseptique, tels que le nifuroxazide n’ont aucun intérêt dans le traitement des diarrhées aiguës, alors qu’ils sont parfois la cause d’une inflammation du colon » sic [4].

       Tilbroquinol + tiliquinol (Intetrix)

C’est un dérivé de l’hydroxy-8-quinoléine qui est d’abords un antiparasitaire, c’est un amœbicide de contact

Dans le cas de l'amibiase intestinale, le traitement fait appel d’abord aux dérivés imidazolés : métronidazole (Flagyl ou autre) pendant 5 jour, suivis par la prise d'un amoebicide de contact (Intetrix) pendant 10 jours [3]. L’amœbicide de contacte est utilisé pour éliminer les formes kystiques de l’amibe afin d’éviter la dissémination du parasite. 

Rappelons que l’indication « diarrhées infectieuses » a été supprimée du RCP de l’Intetrix en 1997 [5], l’appellation « antiseptique intestinal » est là aussi complètement inappropriée et très largement abusive. Notons enfin que l’Intetrix peu provoquer des neuropathies périphériques et des atteintes du nerf optique en cas de traitement prolongés.

 

Les probiotiques :   

Saccharomyces cerevisiae (Extralevure), Saccharomyces boulardii qui est une souche de S. cerevisae (Ultralevure), Lactobacillus acidophilus (Lacteol), Bacillus Clausii (Enterogermina), Lactobacillus bulgaricus et thermophilus (Yogourt )

Les probiotiques constituent un grand sujet - méritant à lui seul tout un article -  touchant à la fois le secteur de l’agroalimentaire (avec de gros intérêts financiers) et le médical, d’où la difficulté d’obtenir des études sérieuses et indépendantes à ce sujet. 

             Principe :     

Dans un organisme sain, le tube digestif est colonisé par environ 100 000 milliards de bactéries appartenant à 400 espèces différentes qui forment un écosystème stable essentiel au maintien d’une bonne santé

La diarrhée est généralement le premier symptôme d'un déséquilibre de la flore intestinale suite à une infection, à une baisse de l’immunité ou à une prise d’antibiotique.   

Les probiotiques sont des micro-organismes saprophytes qui vont coloniser la flore intestinale (et aussi vaginale). Leur présence permet notamment de limiter la prolifération des micro-organismes nuisibles qui peuvent, par exemple, provoquer des diarrhées infectieuses ou des vaginites

Les probiotiques agiraient par trois principaux mécanismes [5] qui restent à confirmer :

     - modulation l’activité du système immunitaire intestinal.

     - les probiotiques augmenteraient la fonction de barrière de la muqueuse intestinale, par exemple en accentuant la production de mucus ou des anticorps de type IgA.     

     - les probiotiques ont des effets antimicrobiens, principalement en inhibant l’invasion des bactéries pathogènes et leur adhésion aux parois intestinales. (Certainement par compétition sur les source de nutriments) 

            Discussion :

Si les probiotiques dans leur ensemble ont un intérêt certain pour réduire la durée ou la persistance d’une diarrhée, il reste toutefois, difficile de préciser avec quel probiotique ou quelle association de probiotiques et à quelles doses. [6]

En effet une revue systématique (méta-analyse) répertoriant 23 études, avec 1 917 participants, confirme l’efficacité des probiotiques en lien avec les diarrhées infectieuses [7]. Cependant, les auteurs notent une grande diversité dans les études (protocoles, patients, traitements, etc.). Ceci rend impossible, pour l’instant, l’établissement de directives d’utilisation précises.

Dans la prévention des diarrhées induites par les antibiotiques classiques, seul le Saccharomyces boulardii (Ultralevure) a démontré une certaine efficacité [8]

Néanmoins une récente étude de juillet 2010 [9] vient de signaler l’intérêt d’une association de Lactobacillus acidophilus et de Lactobacillus casei,  qui contribueraient à réduire les cas de diarrhée à Clostridium difficile chez les patients ayant pris des antibiotiques [NB c’est une étude chinoise qui est financée par un laboratoire canadien qui produit ces mêmes probiotiques !]

L’avis du pharmacien :

       L’une des caractéristiques fondamentales des probiotiques est leur grande innocuité qui rend leur usage généralement sécurisé : c’est un exemple type d’alicaments, le produit de conseil officinal par excellence.

Au Maroc le prix des probiotiques reste malheureusement relativement élevé pour la majorité de notre population et la concurrence est très faible. Il y a, à ce sujet, matière à faire pour notre industrie qui au lieu d’investir sur la nième copie d’oméprazol, pourrait éventuellement s’attaquer au secteur des biotechnologies dont l’une des portes d’entrées, les plus prometteuses, est justement les probiotiques.           

     Sur un plan purement technique, pour que les probiotiques soient efficaces, il est très important qu’ils arrivent « vivants » et en grand nombre dans l’intestin. Or, l’acidité de l’estomac en tue une très grande partie (90 %). Pour éviter cette destruction, il est important de privilégier les produits qui se présentent en capsules gastrorésistantes, conçues pour se dissoudre dans l’intestin.

     A noter qu’au Canada, en vertu de la réglementation sur l’étiquetage des produits de santé (depuis janvier 2004), les produits renfermant des probiotiques doivent afficher une inscription précisant leur teneur en bactéries actives, par exemple : ce produit X renferme 2 milliards de bactéries ou d’UFC (unités formatrices de colonie) par gramme. Espérons que notre administration, à défaut d’être précurseur, suivra au moins l’exemple Canadien.   

 

Les antibiotiques :

        Les principes :

L'antibiothérapie est indiquée uniquement en cas de diarrhées invasives, elle est guidée en principe par la nature de l'agent infectieux en cause (encore faut-il savoir lequel) et par le terrain; elle ne doit pas être systématique (en théorie).

Si, dans les pays industrialisés, les antibiotiques n’ont qu’une place très restreinte dans le traitement des diarrhées aiguës de l’enfant (pays où les diarrhées d’origine bactérienne ne représentent en effet que 10 à 15 % des diarrhées infectieuses) ; dans les pays sous développés caractérisés, par un niveau d’hygiène et de salubrité publiques très approximatifs, l’usage systématique ou aléatoire des antibiotiques pose, d’une part le problème des résistances bactériennes qui sont de plus en plus fréquentes, et d’autre part le problème des effets secondaires passés sous silence par l’absence de systèmes de pharmacovigilance efficients.     

Au vu de la littérature qu’on a consulté, il apparaît difficile de présenter des conduites à tenir systématiques en matière d’antibiothérapie antidiarrhéique pour les raisons suivantes :

- Variabilité des données et des profiles bactériologiques d’un pays à l’autre, rendant les publications dépendantes du lieu géographique. 

- Multiplicité génétiques des souches sensibles et résistantes rendant inappropriée toute systématisation.     

Moyennant ces remarques, qui pour nous sont fondamentales, quelques grandes lignes classiques émergent :

- En cas de protozoaires flagellés, Amibiase ou giardiase-lambliase : l’antiparasitaire le plus préconisé est le métronidazol 

- En cas d’anaérobies : Clostridium difficile. On retrouve le metronidazol, là comme  antibiotique. Si résistance on préconise la vancomycine 

- En cas de Shigella : Association triméthoprime/sulfaméthoxasole. Si résistance on préconise la  ciprofloxacine          

- En cas de salmonellose : pas de traitement sauf si c’est Salmonella. Typhi (typhoïde) on utilise alors le triméthoprime/sulfaméthoxasole. Si résistance on préconise la  ciprofloxacine. Chez le nourrisson certains auteurs préconisent des bêtalactamines       

- En cas de d’infection à Campylobacter : On préconise érythromycine. En 2ème ligne  ciprofloxacine

- En  cas d’infection à Escherichia coli : l’indication d’un traitement antibiotique est exceptionnelle et dépend de la souche en cause.

L’avis du pharmacien :

Rappel : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois

- On remarque en premier lieux que les fameux « antiseptiques intestinaux » ne sont jamais mentionnés pour l’éradication d’aucune bactérie !

- L’association d’un « antiseptique intestinal » type nifuroxazide (Ercefuryl ou autre) et d’un triméthoprime / sulfaméthoxasole (Bactrim ou autre) est une aberration qu’on retrouve parfois sur nos ordonnances : c’est un non sens total

- Même l’association d’un triméthoprime / sulfaméthoxasole (Bactrim ou autre) et d’un metronidazol (Flagyl ou autre) est discutable : elle signe, sauf erreur de notre part, plus un traitement à l’aveugle qui ratisse large qu’un traitement bien ciblé.

- Entre les recommandations précitées et la pratique quotidienne marquée par des traitements probabilistes peu ciblés, par manque de moyens au niveau de la population et d’infrastructures adéquates au niveau des structures de santé publique, il y a un écart non négligeable.  

- Si déjà au niveau du dispensaire la prise en charge rationnelle de la diarrhée aiguë reste problématique, au niveau de l’officine elle devient complètement aléatoire faute de formation adéquate du pharmacien et d’un consensus interprofessionnel à même de répondre « au mieux » aux  difficultés sanitaires de notre population.         

 

Conclusions :     

           A travers ce texte nous avons tenu à montrer, d’un point de vu officinal, les difficultés liés à la prise en charge, dans la pratique quotidienne, de la diarrhée aiguë.

Ce texte a été pour nous l’occasion de soulever un certain nombre de question sur les sels de réhydratation,  les « antiseptiques intestinaux » ou sur les probiotiques.

Dans le contexte marocain, en absence de la généralisation des traitements étiologiques spécifiques, il nous paraît fort utile de mener des études prospectives afin de déterminer le profil bactériologique et plus généralement infectieux  des diarrhées aiguës au Maroc. Un tel travail pourrait donner des lignes directrices à même de réduire les marges d’erreur ou d’approximation dans les prescriptions.

Au niveau officinal, prendre conscience de ces difficultés c’est le meilleur moyen d’appréhender ses limites. En cas de nécessité l’officinal doit bien évaluer la situation et intervenir en prenant ses responsabilités, au mieux de l’intérêt du patient, et en connaissance de cause, en évitant toute association farfelue.            

Enfin, pour répondre exactement à Si Abdessamad de Rabat, à l’origine de cet article, qui nous a interpellé* au sujet des diarrhées « saisonnières » : en toute honnêteté Sidi, après avoir consacré à ce sujet un mois de travail, nous en sortant avec une multitude de questions et peu de réponses exactes. Cela nous a amené en fait à présenter une problématique complexe où des habitudes de prescription et de conseils primes sur les conduites rationnelles, encore faut-il qu’elles soient applicables.

*via l’icône « j’aime ce blog », 3ème en haut de votre écran

Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas.      

Les réflexions de l’apothicaire du coin (light) :

Au cours de ce sacré mois de Ramadan, alors que la pensé de la plus part  des gens étaient ballottés entre les considérations spirituelles et les délices de la rupture du jeun, à PHARHAMSTER on était plongé corps et âme dans les … diarrhées.         

Bien nous a pris de ne pas renoncer, car après réflexion le tube digestif doit être appréhendé comme un milieu extérieur où co-existe avec les cellules propres aux corps humain, plus 400 espèces de microorganismes formant un écosystème essentiel au maintien d’une bonne santé, avec par ailleurs des échanges dans tous les sens, des enzymes, des cycles entéro-hépatiques … et tout cela dans un environnement en mouvement (le péristaltisme). Cet écosystème, comme tout écosystème doit être respecté, protégé, et dans les cas limites traité   

Conséquences :

- L’écologie, il n’y a pas qu’au pôle nord où en en parle, dans le tube digestif se pose aussi le problème des gaz qui serrent !        

- Plus sérieusement, l’Homme est présenté classiquement comme un être unique, soit. Mais si on considère la présence permanente et indispensable des 400 espèces de microorganismes qui vivent en parfaite harmonie dans le tube digestif - qui est la porte essentielle d’entrée des nutriments -, ce qu’on appel Homme doit être considéré comme un être pluriel, un organisme composé. Après tout, la nature sait ce qu’elle fait, la pureté des races n’est jamais créatrice de richesse, c’est dans l’échange, le respect de la différence et l’émulation mutuelle que se créent les valeurs porteuses de progrès.

- Ce tube digestif qui pour le commun des mortels est une machine à fabriquer des excréments, est en fait un lieu de vie d’une richesse incroyable. C’est en soi une métaphore : le début et la fin se côtoient intimement, voir se mélangent. Le bien absolu et le mal absolu ne sont qu’une vue l’esprit. La réalité, s’il n’y en a qu’une, est complexe et certainement nuancée … (le bien et le mal ne s’épousent-ils pas ?)

        Au final, ce modeste travail qui a été au début un véritable sacerdoce, s’est terminé en un plaisir sincère qu’on espère vous avoir fait partagé avec ses doutes, ses réflexions et ses découvertes.       

Lire aussi  : Tannate de gelatine (Tasectan) en question  http://pharamster.over-blog.com/2015/06/le-tannate-de-gelatine-tasectan-en-question.html                    

 

Sources :

1 – W. BADRE. Diarrhées aiguës : un coup de tonnerre dans un ciel serein. Espérance Médicale, Tome12, N°121, Page 521, Nov. 2005

2 - Guerrant RL, Van Gilder T, Steiner TS, et al. Practice guidelines for the management of infectious diarrhea. Clin Infect Dis 2001; 32:331-51

3 - W. BADRE, A. BENDAHMANE, A. CHERKAOUI. Conduite à tenir devant une diarrhée aiguë, Espérance Médicale, Tome 12, Pages 522-527, Nov. 2005

4 - Prescrire Rédaction « Les diarrhées aiguës passagères chez l’adulte », La Rev. Prescrire, Tome 28, n°299, pages 683-684, Sep 2008

4 - Prescrire Rédaction « Intetrix remboursable à 65 % dans l’amibiase», La Rev. Prescrire, Tome 29, n°304, pages 100-101, Fev 2009

5 - Penner R, Fedorak RN, Madsen KL. Probiotics and nutraceuticals: non-medicinal treatments of gastrointestinal diseases. Curr Opin Pharmacol. 2005 Dec;5(6):596-603. Review.

6 - Chevalier P. « Probiotiques : pour la vie, pour tout et pour tout le monde ? » La Revue de la Médecine Générale, n° 253, mai 2008, Page 188 – 195

7 -  Allen SJ, Okoko B, et al. Probiotics for treating infectious diarrhoea. Cochrane Database Syst Rev. 2004;(2):CD003048. Review.

8 - Gaon D, Garcia H, et al. Effect of Lactobacillus strains and Saccharomyces boulardii on persistent diarrhea in children.Medicina (B Aires). 2003;63(4):293-8.

9 - Gao XW, Mubasher M, Fang CY, et al. Dose-response efficacy of a proprietary probiotic formula of Lactobacillus acidophilus CL1285 and Lactobacillus casei LBC80R for antibiotic-associated diarrhea and Clostridium difficile-associated diarrhea prophylaxis in adult patients. Am J Gastroenterol. 2010 Jul;105(7):1636-41.

10 - Bhutta TI, Tahir KI. Loperamide poisoning in children. Lancet. 1990;335:363. [PubMed]

11 - Schwartz RH, Rodriguez WJ. Toxic delirium possibly caused by loperamide. J Pediatr. 1991;118:656–7. [PubMed]

12 - Organisation mondiale de la santé Genève: Organisation mondiale de la santé; 1990. The Rational Use of Drugs in the Management of Acute Diarrhea in Children               

Partager cet article

Repost 0
Published by Amster - dans MEDECINE & SANTE
commenter cet article

commentaires

Sherin 14/09/2016 07:13

Bravo pour cet article très complet. Continuez à nous éclairer

Amster 14/09/2016 20:21

Merci à vous

nejme 31/07/2014 00:26

Excellent travail. A mon avis une publication dans un quotidien trouvera certainement sa place et peut-être ceci inciterait notre ministre en charge via la fondation mv la création d'un prix pour la recherche en probiotique.
Un grand merci.
(A propos je suis un humble ingénieur)

Amster 31/07/2014 19:02

Merci Sidi
On n'a pas la prétention de faire de la RECHERCHE, ici c'est juste un travail pour comprendre au mieux des incohérences et tenter de maîtriser les ficelles d'un métier complexe, ingrat, mal exploité, dont les données sont en perpétuelles évolution. Merci encore pour votre commentaire.

Recherche