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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 10:57

L E C T U R E S   O F F I C I N A L E S

PEUT-ON REPRENDRE L’ASPIRINE Á FAIBLE DOSE

APRÈS UN ULCÈRE DIGESTIF HÉMORRAGIQUE ?

Aspirine-et-Saule-Blanc-Salix-alba.jpg

 

L’arbre représenté sur l’image est le saule blanc (Salix alba) de l’écorce duquel on avait, au cours des années 1800 préparé la salicyline que des scientifiques allemands purifièrent et qu’on appellera par la suite acide salicylique, l’acétylisation viendra pars la suite. On aurait pu prendre comme arrière plan de notre formule La Reine-des-prés qui est aussi riche en acide salicylique, mais le saule blanc reste historiquement le plus connu.    

Note importante pour les patients :  Cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences pour votre santé.

 

        Peut-on reprendre l'aspirine à faible dose après une ulcère digestif hémorragique ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une équipe de l'Institut des maladies digestives, de l'Université de Hong Kong, dans un article publié dans la revue américaine Annals of Internal Medecine du mois de janvier 2010. C’est une question fort intéressante quand on sait que l’aspirine est l'antiagrégant de référence dans la prévention des récidives des accidents cardiovasculaires selon la Revue Prescrire [1] 

Source:

- Sung JJ et coll. "Continuation of low-dose aspirin therapy in peptic ulcer bleeding. A randomized trial" Ann lntern Med 201O; 152 (1): 1-9.

- Lien Internet : cliquer sur le titre souligné. Remarquer, en passant, un petit paragraphe en bas intitulé « Potential Conflicts of Interest » qui montre les conflits d’intérêts potentiels entre les auteurs et certains laboratoires pharmaceutiques (Pfizer entre autre), par ailleurs l’article mentionne que le financement de cette étude a été supporté par l'Université de Hong Kong. Ces « petits » détails plaident pour le sérieux des auteurs. Comme quoi on peut avoir des relations sérieuses avec les firmes et rédiger des analyses honnêtes et rationnelles, sur lesquels se base une revue indépendante et rigoureuse comme Prescrire [2].

Méthode :

- C’est un essai randomisé, en double aveugle réalisé entre 2003 et 2006

- Il a inclus 156 patients à très haut risque cardiovasculaire, ayant arrêté un traitement préventif cardiovasculaire par aspirine suite à une hémorragie digestive liée à un ulcère gastrique ou duodénal.   

- Cet essai a comparé la reprise d'un traitement par aspirine (80 mg par jour) immédiatement après la guérison de l'hémorragie versus placebo pendant 8 semaines.

- Les patients ont d'abord eu un traitement endoscopique de l’hémorragie et ont débuté un traitement par un inhibiteur de la pompe à protons (pantoprazole (Eupantol", Inipomp" ou autre)). Tous les patients ont reçu une perfusion de 72 heures de pantoprazole suivie par pantoprazole par voie orale

- Le critère principal d'évaluation était la récidive de l'hémorragie dans les 30 jours, confirmée par endoscopie. Un des critères secondaires était la mortalité globale à 8 semaines de suivi

Résultats : 

- Sur les 156 patients de départ, trois patients se sont retirés avant la fin de l’essai.

- Les récidives hémorragiques dans les 30 jours étaient de

                   > dans le groupe aspirine 10,3%

                   > dans le groupe placebo 5,4%

                   Avec  Intervalle de confiance IC : 95%

- Les patients qui ont reçu l'aspirine avaient un taux de mortalité globale (toutes causes confondues) moindre que les patients ayant reçu le placebo :

                   > dans le groupe aspirine  1,3%

                   > dans le groupe placebo 12,9%

Autrement dit, si les récidives hémorragiques ont paru plus fréquentes dans le groupe aspirine que dans le groupe placebo, la mortalité globale a été moindre dans le groupe aspirine que dans le groupe placebo et ce de manière statistiquement très significative: 1,3 % contre 12,9 %

Conclusions :

               Les auteurs concluent que l'aspirine en traitement continu peut, certes, augmenter le risque de récidives hémorragiques, cependant elle fait baisser le taux de mortalité. Des essais plus larges sont nécessaires pour confirmer ces résultats, selon les auteurs de cette étude, d’ailleurs parmi les limites de ce travail rapportées dans les conclusions de cette étude il y a la taille du panel (156 patients) jugé par les auteurs eux-mêmes comme relativement petit.     
               La Revue prescrire quant à elle préconise, sur la base de cette étude, ce qui suit : « En pratique, après une hémorragie digestive liée à un ulcère, chez des patients ayant déjà eu un accident cardiovasculaire. Il semble préférable de reprendre le traitement préventif cardiovasculaire par aspirine à faible dose dès l'arrêt de l'hémorragie, bien que les récidives hémorragiques soient fréquentes. »

L’avis du pharmacien :  

               Il y a quelques années, nous avons eu à gérer sur le plan des conseils, un patient de 60 ans ayant présenté une diverticulose hémorragique sévère, qui a nécessité une hospitalisation d’urgence (avec perfusion …). Ce patient ayant une cardiopathie était entre autre sous diltiazem (Tildiem ou autre) trinitrine (Lenitral ou autre) et de l’aspirine. Quelques années après cet épisode il a en effet pu reprendre sans grand problème, mais sous un suivi médical strict, de l’aspirine à 75 mg en traitement continu.

Cette étude vient à point nommé pour conforter les médecins traitants dans leur décision. En clair, une hémorragie digestive ne signe pas forcément l’arrêt de l’aspirine, car si le risque hémorragique est réel, le risque de mortalité élevée d’origine cardiovasculaire, sans aspirine l’est tout aussi.

En fait pourquoi s’accrocher à l’aspirine ? à notre avis, pour au moins deux raisons, la première c’est l’avis de la Revue Prescrire qui considère que « En prévention d'une récidive d'un accident cardiovasculaire, l'aspirine est l'antiagrégant de référence » [1], la deuxième c’est le prix et la disponibilité de l’acide acétylsalicylique.                        

Autres sources :

1- Prescrire Rédaction "Les antiagrégants chez les patients à risque cardiovasculaire très élevé. L’aspirine reste le plus souvent le premier choix" Rev Prescrire 2009; 29 (306) : 278-283.

2 - Prescrire Rédaction "Prévention cardiovasculaire : Reprendre l’aspirine à faible dose après ulcère digestif hémorragique" Rev Prescrire 2010; 30 (326) : 921-922.

3 - A propos de l’aspirine on peut lire chez Wikipedia un article fort correcte : Acide acétylsalicylique

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