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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 18:05

Pharmacien de garde

Les risques du métier

 

 

Les 16èmes  journées pharmaceutiques, organisées du 6 au 8 avril par le Conseil des étudiants en pharmacie (CEP) de la Faculté de Médecine et de pharmacie de Rabat, ont inspiré le caricaturiste du journal LE SOIR un dessin remarquable

Source : Le soir n°545 du 08/04/10

 le-soir-n-543-du-06-avril-2010.jpg

 

 

         Cette excellente caricature se prête à plusieurs lectures. D’abord, on peut juste se contenter d’apprécier à sa juste valeur le joli jeu de mot « pharmacien de garde »     

         Mais on peut la lire aussi d’une autre façon : Un pharmacien de garde nous ramène à son rôle de gardien du dernier rempart avant l’utilisation des produits toxiques que sont les médicaments.

Ce rôle le joue-t-il actuellement ? Ou se contente-t-il d’être un simple distributeur de médicaments ? des questions qui méritent d’être posées vu d’une part l’absence d’esprit critique vis-à-vis des médications qu’il délivre, et vu d’autre part l’absence des officinaux des grands débats de santé qui concernent nos concitoyens. Lire le rôle du pharmacien  

        Une 3ème lecture de cet excellent dessin est aussi possible : vous avez remarqué certainement que notre pharmacien de garde était armé. Cela nous fait penser à un sujet grave et souvent passer sous silence dans nos officines : la gestion des situations conflictuelles avec nos patients

Ce sont des situations qui peuvent osciller entre des cas bénins (type malentendus, erreur d’appréciation), et des cas qui peuvent être graves pour l’officinal et ses collaborateurs.

Ces situations graves impliquent le plus souvent des patients psychiquement instables. Des patients face auxquels le pharmacien n’est absolument pas armé pour leur gestion.

Quand on sait la recrudescence des maladies mentales aux Maroc, il devient urgent de formuler des conduites à tenir officinales pour la maîtrise de ce genre de cas dans l’intérêt du patient et pour assurer un minimum de sécurité pour l’officinal et son équipe.

Toutes nos officines font face de manière régulière à des demandes insistantes de psychotropes de la part de patients psychiquement instables (hormis le cas des véritables délinquants). Au cas ou cette demande ne pourait être acceptée, pour différentes raisons : Perte ou oubli de l’ordonnance, ordonnance avec une date dépassée, ordonnance non réglementaire … cela créé des situations souvent stressantes voire dangereuses au quotidien pour l’équipe officinale.

La formation :

Nous estimons qu’au lieu des « formations » sur la communication qu’on inculque aux pharmaciens lors des congrès, où on vous explique avec moult arguments entre deux petits fours :

- Comment doper vos ventes avec du marchandising

 - Ou comment vendre un rouge à lèvre à une femme de 70 ans

- Ou encore comment vendre un suppositoire vitaminique à une anorexique !

Au lieu de ces « formations » On ferait bien de réfléchir et de développer ensemble des conduites à tenir officinales pour gérer intelligemment les situations conflictuelles dont soufre un grand nombre de mes consoeurs et confrères qui n’osent même pas parler, pour la simple raison qu’ils n’ont pas avec qui communiquer.

Par ailleurs, il est évident que ce genre de sujet (non banquable) n’intéresse guère les Laboratoires qui financent nos congrès et pour cause : d’une part les psychotropes sont des produits de prescription strictes, et d’autre part les pharmaciens sont considérés (et se considèrent eux-mêmes ?) comme de simples distributeurs de médicaments sans aucun avis critique.

 

Témoignage :

Dans notre officine en une dizaine d’années, on a relevé 2 cas remarquables :

     - Un cas plutôt sympathique : c’est le cas de Si Mohammed un garçon de 17 ans suivit en ambulatoire depuis trois années par un service psychiatrique. Chaque matin Si Mohammed nous rend visite pour demander un verre d’eau et papoter en se plaignant des enfants du quartier qui lui lancent de quolibets.

      - Un cas dramatique : celui Ben D, âgé d’une trentaine d’années, plusieurs fois interné en service de psychiatrie suite à un choc émotionnel (perte d’un père). Ces dernières années Ben D est devenu violent avec lui-même et avec les autres, une violence exacerbée par un environnement familial peu favorable. Il y a 3 mois Ben D a été retrouvé mort à côté d’une ruche d’abeilles, une vie de douleur et de souffrance jusqu'à la dernière minute.

 

Notre conduite :

(à défaut de références et sauf erreur éventuelle de notre part

- Ne jamais fuir le regard d’un patient, cela signe votre trouble, au contraire on préconise de regarder le patient droit dans les yeux mais sans arrogance.

- Un premier temps d’écoute nous paraît fondamental pour décompresser une tension éventuelle.

- La voix devrait être neutre, sans à-coups et le plus monotone possible.

- Ne pas hésiter à répéter systématiquement les phrases, car on devrait  prendre en considération que certains patients psychiquement instables s’écoutent d’abords eux-mêmes et ont du mal à écouter l’autre.   

- Utilisé les techniques de « levée de l’objection » en reprenant à son compte une petite partie des arguments de l’interlocuteur pour le modérer

 

Et finalement prier la providence pour que tout malheur soit épargné à mes consoeurs, mes confrères et  à leurs équipes, car le risque existe et il existera toujours dans notre métier.   

 

 

En toute franchise, ce billet se voulait était être à une simple escapade, mais au fur des mots il s’est muer en un article disséquant une zone assez dure de notre métier. Une zone qu’on partage aussi avec l’ensemble des acteurs de première ligne de la santé. C’est une occasion pour nous de louer en toute humilité le courage et l’abnégation de ceux qui travaillent dans des conditions terriblement éprouvantes et peu valorisées : les médecins & infirmiers des hôpitaux  psychiatriques.  

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Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
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