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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:48

Prix des médicaments au Maroc

Les grandes manœuvres

 

Sources : - LE SOIRE ECHOS, n°498, du 02/02/2010 
                - L’ECONOMISTE, n°3205, page 2, du 4/02/2010

 Après les articles déjà publiés sur ce même Blog :
               - PRIX DES MEDICAMENTS : LE SCANDALE 
               - PRIX DES MEDICAMENTS : ENQUÊTE PARLEMENTAIRE 
               - PRIX DU MEDICAMENT : NOUVELLES CONFIRMATIONS 

               - LE PRIX DU MEDICAMENT AU MAROC : L'ARGUMENTAIRE DES INDUSTRIELS 
                Les 1eres escarmouches au sujet du prix du médicament au Maroc ont commencé à prendre forme de manière plus ou moins visible, là on vous présente d’abords notre lecture au sujet d’un événement fort intéressant, puis on vous présentera concrètement par la suite ce que propose le ministère de la santé       

 

La création d'une Fédération des professionnels du médicament en vue 

 machiavel.jpg
               Cette fédération, annoncée sur la une du « Soir » du 02/02/10, va regrouper l’AMIP (industriels), l’AMDP (distributeurs) et la FNSPM (les officinaux) avec comme objectif de s’attaquer aux conséquences du rapport parlementaire sur le médicament.
C’est, sauf erreur de notre part, une première, car habituellement dans le secteur des professionnels du médicament l’égocentrisme corporatiste est roi.

Cette première, qui à notre avis est purement conjoncturelle, atteste d’une stratégie habile et intelligente de la part des industriels qui sont en réalité les premiers (si non les seuls) visés par le dit rapport, s’associer à un pauvre « prolétariat » apothicaire leur amène une légitimité sociale et une force de frappe inespérée, servie sur un plateau par de vénérables et valeureux syndicalistes, cette force va s’additionner immanquablement avec une grande synergie au puissant arsenal relationnel des industriels pour défendre d’abord et avant tout leurs propres intérêts.

En toute franchise, si cette tactique est préméditée (ce qui n’est pas sur non plus), cela relèverait du grand art presque à la Machiavel (Lire Le Prince).

Les syndicalistes sont loin de la finesse d’analyse d’un Machiavel, ils sont de façon générale embourbés d’une part dans des querelles intestines et d’autre part dans de petits calcules d’apothicaires (là c’est à juste titre) qui n’augurent d’aucune vision sectorielle rationnelle à même d’assurer le développement du secteur de la pharmacie dans le cadre d’une politique de santé concertée et efficiente.  Cette analyse trouve sa justification dans le 2ème point qui suit         

 

Que propose concrètement le ministère de la santé au sujet du prix des médicaments :  

Prix-des-medicament-l-economiste-du-04-02-2010-n-3205.jpg Source du déssin : Rik, L’ECONOMISTE, n°3205, page 01, du 4/02/2010 

Autrement dit à quoi on voudrait s’attaquer au juste ? L’excellent journal « L’Economiste », dans son édition du 04/02/2010, nous apporte en avant première des précisions remarquables que nous vous résumons à notre façon.

         - Limitation du nombre de médicaments génériques à 14, par Dénomination commune internationale (DCI), et à raison d'un seul générique par fabricant. 
         - Introduction des critères de benchmarking international en matière de prix

 

Lexique : Un benchmark, en anglais, est un point de référence servant à effectuer une mesure. Le terme vient du vocabulaire professionnel des géomètres, et désigne à l'origine un repère de nivellement. En français, il peut désigner plusieurs choses, en économie, où l'usage du terme tend à se répandre, le benchmarking est la confection d'un étalonnage pour mesurer diverses performances. Il signifie aussi une étude s'appuyant sur plusieurs expériences étrangères de projets déjà réalisés ou au moins plus avancés. Source : « http://fr.wikipedia.org/wiki/Benchmark»

 
         - La révision régulière des prix qui sera certainement dans le sens des baisses et mettra fin à de nombreux dérapages. Contrairement à la formule actuelle, le prix d'un médicament ne sera plus figé. Très semblable à celui appliqué en France, ce nouveau système établit 3 niveaux de prix seulement.

        1 - Quand la demande introduite concerne une spécialité pharmaceutique «innovante», fabriquée, conditionnée localement ou importée, le prix sera établi selon un comparatif. Ce dernier sera basé sur le prix grossiste hors taxe (PGRT) dans les 7 pays retenus par le ministère: Espagne, Portugal, France, Belgique, Grèce, Turquie et Arabie Saoudite. Le prix adopté sera donc aligné sur le PGHT le plus bas de ces pays
        2 - Lorsque la demande porte sur une spécialité pharmaceutique constituant le 1er générique mis sur le marché national, son prix sera moins cher de 45% par rapport à la spécialité de référence commercialisée au Maroc. A condition que son prix public au Maroc (PPM) soit inférieur ou égal à 250 DH. Ce prix sera la référence pour les 9 premiers génériques qui seront mis sur le marché. Du 10e au 15e générique autorisés, le prix sera 20% moins cher que les neuf premiers. Si la spécialité de référence est supérieure à 250 DH, le prix des neuf premiers génériques sera deux fois moins cher, soit une baisse de 50% du prix du princeps. Pour les cinq qui suivent, le prix sera bradé de 20% par rapport aux neuf premiers. 
       3 - En ce qui concerne les spécialités pharmaceutiques d'un médicament de référence génériqué dans son pays d'origine, le prix sera établi en se basant sur une comparaison avec les génériques.

 

            De manière générale, les prix (PPM) des médicaments homologués, devraient être revus à la baisse. La baisse sera de 20% et concernera la spécialité de référence selon deux cas : soit expiration du brevet, soit mise sur le marché. (dans le pays d'origine ou autres pays) du premier générique.

            Pour les princeps et génériques importés, la révision du prix dépendra de deux données essentielles: le taux de change, quand ce dernier varie de 10% et du résultat du benchmark annuel des prix grossistes hors taxe (PGHT) dans les pays de référence.

            Les cas de révision des prix à la hausse sont également évoqués par la circulaire. Ils seront soumis à l'agrément de la tutelle. La demande de révision doit être argumentée par les faits
intervenus depuis la dernière homologation justifiant la demande accompagnée d'un argumentaire chiffré et détaillé du prix proposé et des quantités vendues durant les dernières années.

            Selon les informations du journal, près de 160 produits pourraient être concernés par une éventuelle baisse des prix. Ils sont essentiellement des médicaments prescrits notamment contre le diabète, l'hypertension artérielle et les maladies infectieuses, la cancérologie et la cardiologie.

 

L’avis de l’apothicaire :

              Une lecture superficielle et simpliste de ces propositions, pourrait laisser supposer que l’officinal va perdre une partie importante de son chiffre d’affaire. En réalité, sauf erreur d’appréciation de notre part, c’est beaucoup plus nuancé que cela pour les raisons suivantes :

              1 – L’extrême faiblesse de  la consommation en médicament au Maroc (aux environs de 300,00 DH par personne par an) alors que la demande est importante suggère que toute baisse du PPM d’une unité va être contrebalancé par une consommation du nombre d’unités plus important, c’est une logique comptable simple basée sur l’équilibre entre la demande justifiée par le besoin d’une part et le nombre de boite vendues indexé sur le prix et le pouvoir d’achat d’autre part. L’impact sur le chiffre d’affaire est donc relativement faible à part peut être pour les rares officines qui travaillent qu’avec la jet-set marocaine. 
Cet impact aurait pu avoir lieu, si on était dans un système de surconsommation de médicaments comme en France, or ce n’est absolument pas le cas dans notre pays. Cette analyse nous arrivons depuis plusieurs années à la démontrer dans notre officine*.

              2- Une meilleurs gestion de stock : Les mesures préconisées par le ministère, de part le fait d’objectiver le nombre de génériques, vont avoir un impact tangible sur le coulage. En effet depuis 15 ans nous assistons, comme vous, à une augmentation vertigineuse du stock (une immobilisation souvent inutile) qui ne correspond absolument pas l’augmentation naturelle du chiffre d’affaire, l’officine devient alors de moins en moins rentable financièrement, les fonds immobilisés sont importants et les risques assujetties le sont tout autant d’où les difficultés financières d’un grand nombre de pharmaciens d’officine.                                                       
Une meilleure gestion de stock et un bon coulage impliquent de facto moins de périmés à gérer et surtout moins d’incidents de traites impayées sous lesquelles croule bon nombre de mes confrères et sœurs.

 

                Et même pour les industriels, appliquer des règles de transparence et de rigueur en matière de prix, va emmener nos industriels à une concurrence sur des bases saines et à opérer un changement de méthodes de travail, qui actuellement sont basées sur le partage du maigre camembert que constitue le marché du médicament au Maroc et sur des bidouillages marketing. Ce changement va amener nos industriels à prendre comme base de croissance le fait de répondre au plus prés aux besoins réels des patients, c’est un  changement culturel radical car les décisions stratégiques pourraient être prises alors sur des bases socioéconomiques et pharmacologiques. Cela exigera de sérieux investissements dans la recherche et développement ce qui sera un atout majeur pour attaquer le marcher international qui s’imposera à nous avec la levée presque complète des barrières douanières principalement avec l’Europe.        

            Au final, vouloir s’attaquer à l’enquête parlementaire de la part des officinaux est à notre avis un non sens et une erreur stratégique capitale     

POST-SCRIPTUM

             Et après … 3 scénarios possibles
            - Soit ce projet de réforme aboutit, c’est très peu probable pour plusieurs raisons vu la position délicate de la ministre de la santé. En effet nos ministres sont constitutionnellement faibles (tous les grands chantiers du pays leurs échappes), leur assise populaire discutable ne leur permet de s’affranchir du poids des puissants groupes de pression (syndicats, réseaux d’influence et autres), par ailleurs la conjoncture politique actuelle caractérisée par l’émergence en force du PAM, qui à la base s’érige comme un bastion contre le PJD, affaibli de facto le parti de la ministre la santé      
            - Soit ce projet passe, mais avec un texte qui est vidé de son sens : c’est probable cela permet à notre ministre de présenter des « résultats » à ses électeurs tout en gardant les failles du système actuel, c’est le fameux compromis qui pourrait satisfaire momentanément les divers intervenants mais qui lésera le patient et qui pourrait coûter cher à l’officinal après.       
            - Soit ce projet ne passe pas du tout, l’enquête parlementaire et ses conclusions seront alors enterrés tel quel, c’est une option catastrophique pour les officinaux car le prochain ministre de la santé, face à la cherté du médicament au Maroc, n’aura d’autre paramètres à sa disposition que la marge des officinaux (…)                          

* Concrètement
A chaque fois que le prix d’une unité baisse, le patient opte généralement vers l’achat d’un nombre d’unités plus important
En pratique courante :
     - Il achète son traitement complet et en cash, cela permet aussi au prescripteur d’avoir toute la latitude pour prescrire tous les produits dont le patient a besoin avec moins de contraintes budgétaires.  
      - Le marocain dés qu’il a les moyens est friand de vitamines en tout genre, 
      - Le manque de micronutriments comme l’atteste les études du ministère de la santé publique donne une marge de progression fort importante comme le manque en fer particulièrement chez les femmes 
       - Une meilleure observance des maladies chroniques (diabète, cardiopathies … ), plusieurs études publiées dans L’Espérance médicales, montrent la faiblesse de l’observance des traitements par les patients par rapport à un pays comme la Tunisie, autrement dit il y a une grande marge de progression du nombre de boites vendues dans ces pathologies.



Poste- scriptum du 22/02/10

         Dans une interview au quotidien marocain LES ECHOS un de nos syndicalistes s’attaque au projet du ministère de la santé au sujet la baisse du prix des médicaments en reprenant, comme prévu, globalement  les mêmes arguments des industriels et en insistant par ailleurs sur :

- La fragilité financière de 3000 officines sur les 10000 opérationnelles actuellement.
- L’absence de droit de substitution si Maroc       
- La vente directe de médicaments aux patients par les laboratoires et par la CNOPS

          Un autre argument a attiré notre attention, en effet le responsable ajoute : « Si le Marocain  ne dépense en moyenne que 200 à 300 DH par an dans les soins médicaux, cela ne signifie pas forcément que c’est parce que le médicament coûtent trop cher par rapport au pouvoir d’achat. C’est surtout explique-t-il, parce qu’au Maroc il n’y a pas de culture de soin, car le même Marocain dont la dépense en soin ne dépasse pas 300 DH par an, dépense 4 fois plus en communication téléphonique »

         C’est un argument très léger, en effet, F. Debord, le DG de Wana Corporate a déclaré dernièrement au journal LE SOIR : « Un Marocain moyen appelle 60 minutes par an à partir de son téléphone, contre 180 minutes pour l’Algérien et 120 pour l’Egyptien ».

C’est un exemple évocateur, sauf erreur de notre part, des analyses souvent simplistes qui prévalent au niveau de l’action syndicale, dont la vision dépasse rarement les champs de la caisse. 

Sources : LES ECHOS QUOTIDIEN, N°63, du 12/02/2010, Pages 16-17

               LE SOIR ECHOS, N°511, du 19/02/2010, Page 11

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Published by Amster - dans MEDICAMENT
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