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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:57

L E C T U R E   O F F I C I N A L E

RELATION ENTRE PRISE DE PARACETAMOL DANS LA PETITE ENFANCE & LE DEVELOPPEMENT D’ALLERGIES

  PARACETAMOL-PHARAMSTER-2.jpg

Source :

- Référence : Wickens K et coll. «  The effects of early and late paracetamol exposure on asthma and atopy: a birth cohort». Clin Exp Allergy 2011; 41: 399–406

- Lien Internet : Les effets de l'exposition précoce et tardive au paracétamol sur la survenue d’asthme et d’atopie: une cohorte de naissance.

Définitions à toute fin utile : 

- Une cohorte : Ensemble d'individus suivis chronologiquement, à partir d'un temps initial donné, dans le cadre d'une étude épidémiologique.

- Une étude cohorte : Étude qui consiste à observer dans le temps 2 groupes de personnes,  l’un exposé à un facteur de risque et l’autre non,  mais tous deux indemnes d’une certaine maladie et de comparer la survenue de cette maladie dans chacun des groupes

       La relation entre la prise de paracétamol dans la petite enfance et la survenue d’asthme a été rapportée dans plusieurs études, cependant la causalité n’a pas été clairement déterminée. L’objectif de ce travail néo-zélandais, publier dans l’excellente revue Clinical & Experimental Allergy de ce mois de mars 2011, est d’étudier justement cette relation à travers le suivit d’une cohorte de naissance.

Méthode :

- Les auteurs ont recueillit, en Nouvelle-Zélande, les données sur l’exposition au paracétamol :

              - à 15 mois, pour 505 enfants          

              - entre 5 et 6 ans, pour 914 enfants

- L’existence d’un asthme, de sifflements et d’une atopie (mise en évidence par des prick-tests cutanés) a été recherchée à l’âge de 6 ans chez tous les enfants.
- Le nombre d’infections respiratoires et l’utilisation d’antibiotiques ont été considérés comme facteurs confondants potentiels.

Résultats :

- L’exposition au paracétamol avant l’âge de 15 mois a été associée à la présence d’une atopie à l’âge de 6 ans avec un risque relatif (odds ratio ajusté) de 3,61  sur la base d’un intervalle de confiance 95 %.
- L’association entre l’utilisation de paracétamol de 5 à 6 ans et l’existence de sifflements et d’asthme était dose-dépendante. Aucune association avec l’atopie n’a été mise en évidence à cet âge.

En effet, par rapport aux enfants exposés au paracétamol entre 0 et 2 reprises :

Le risque relatif pour la survenue de sifflements était de

          - de 1,83  pour une utilisation de 3 à 4 fois  et

          - de 2,30  pour une utilisation supérieure à 10 fois.

Pour l’asthme, le risque relatif était

          - de 1,63 pour une utilisation de 3 à 10 fois

          - de 2,16 pour une utilisation supérieure à 10.

Pour l’atopie, le risque relatif était

          - de  0,96 de 3 à 10 fois

          - de 1,05  pour plus de 10 utilisations de paracétamol

Conclusion :

Les auteurs concluent que ces résultats suggèrent que le paracétamol administré en bas âge a un rôle dans le développement de l'atopie, et le maintien des symptômes d'asthme. Cependant, avant de faire des recommandations pour la pratique clinique, des essais contrôlés randomisés sont nécessaires pour déterminer la causalité entre ces événements.

L’avis du pharmacien :

Rappel déontologique en direction des patients : il s’agit ici d’une discussion interprofessionnelle, seul votre médecin traitant est à même de prendre les décisions idoines pour le cas de votre enfant. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences !

1- La première constatation qui saute aux yeux, est que la banalisation de toute molécule médicamenteuse même celles considérées comme anodines est une fausseté dont nos patients  peuvent en payer parfois un lourd tribut. Cette banalisation est la double conséquence de l’aveuglement commercial de certains industriels (la recherche du chiffre par tous les moyens) et l’irrationalité des modes de réflexion en pratique quotidienne d’une bonne partie du corps médical.

A ce propos on reste (à PHARAMSTER) scandaliser par les publicités pour les médicaments qui passent dans télévisions françaises et surtout suisses avec des produits contenant l’ibuprofène ou, pire encore, la pseudo-éphédrine (Actifed pour ne pas le nommer). Cette étude montre qu’en pharmacie il n’y a pas de produits anodins.         

2- Il faut bien noter que les auteurs de cette étude néo-zélandaise précisent dans leur conclusion que pour tirer de ce travail des recommandations pratiques, on a encore besoins d’essais contrôlés randomisés. Malgré la qualité indéniable de cette étude, le raisonnement rationnel des auteurs les obligent à prendre en considération une certaine marge d’incertitude.

C’est un exemple qui montre que, dans les sciences de la vie, parler de certitudes est une absurdité, en médecine et en pharmacie on travail avec des probabilités (les vérités absolues on les laissent pour les imams, les curés et les rabbins) pour une raison toute simple c’est que le nombre de paramètres qu’on ne maîtrise pas reste encore assez important.

3- En prenant compte de ces deux premiers points essentiels, il paraît logique pour le moment de ne pas "bannir" l’usage du paracétamol dans la petite enfance, vu qu’en cas de fièvre la balance bénéfice-risque reste pour le moment favorable à son utilisation. D’autant plus que l’aspirine, qui est l’alternative naturelle au paracétamol, n’est pas non plus dénouée d’effets secondaires (dont le plus problématique est le syndrome de Reye). L’ibuprofène étant d’emblé écarté. 

Dans la pratique quotidienne autant pour le paracétamol  que pour l’aspirine, leur usage doit être raisonné et justifié, toute banalisation ou sur-utilisation est en soi un comportement à risque.

4- Cette étude a tendance à montrer que la réitération des traitements à base de paracétamol est un facteur de risque non négligeable, l’idée est, qu’en cas de nécessité, d’alterner pour le même petit patient des ordonnances au paracétamol avec d’autres à l’aspirine (à discuter ...). L’utilisation concomitante de paracétamol et d’aspirine est une pratique qui nous paraît injustifiée, il en résulte une addition d’effets secondaires sans effets synergiques tangibles.

5- Enfin si les résultats de cette étude se vérifient pas la suite, l’adjonction de paracétamol dans des formulations destinées au nourrisson devrait être bannie puisqu’elles impliquent une surexposition souvent injustifiée et sournoise au paracétamol.                     

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