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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 13:12

Suppression du dextropropoxyphène du marché marocain

Citoyens marocains déployez vos parapluies, il pleut à Bruxelles !

 Dextropropoxyphène pharamster 

      Nous n’allons pas revenir ici sur les risques dus au dextropropxyphène, et les raisons qui ont amené sa suspension en Europe, ce sujet a été déjà traité dans un article daté du 6 mai 2009 (il y a plus d’une année et demi déjà) intitulé : « Dextropropoxyphène - paracétamol : Analyse de l’offre & Aspects pharmacologiques »

Nous avons aussi relaté un exemple de difficulté liée aux associations médicamenteuse avec le dextroprpoxyphène, dans un autre article daté du 10 juillet 2009 intitulé : « Cas d’officine : Dextropropoxyphène & Bromazépam » 

 Ces deux articles montrent que le problème posé par le dextropropoxyphène n’est pas récent, le problème a été officiellement admis en Grande Bretagne en 2005.

Nous vous proposons, en toute humilité, ci-après notre lecture de la décision du ministère de la santé publique et son interprétation primo comme une décision politique, secundo par rapport à la logique de l’industrie pharmaceutique marocaine  et enfin tertio par rapport au rôle des officinaux.

1 - La suspension du dextropropoxyphène, une décision politique :

        Avant toute chose il faut noter que 3 mois avant de prendre la décision de retirer du marché marocain les spécialités à base de dextropropoxyphène (Circulaire 284DMP/00 du 29/12/2010), le ministère de la santé avait pris une autre décision (Circulaire du 229DMP/00 du 29/10/2010) où il décidait de maintenir sur le marché national les spécialités à base de Dextropropoxyphène, et de réévaluer par la suite dans un délai de 12 mois la disponibilité d’alternatives thérapeutiques, et ce  suite au nombre important d’intoxications volontaires ou accidentelles liées à ce médicament, constatés par les autorités de réglementation pharmaceutiques européennes 

Circulaire 229DMP/00 du 29/10/2010 maintenant le dextropopoxyphène pour 12 mois (Cliquez sur l’image pour agrandir le texte) :  

11-01-01-circulaire-229DMP-00-dextropropoxyphene-du-29-10-.JPG

 Circulaire 284DMP/00 du 29/12/2010 retirant le dextropopoxyphène du marché marocain (Cliquez sur l’image pour agrandir le texte) :

11-01-01-circulaire-284DMP-00-du-28-12-2010-dextropropoxyph.JPG

Rappels déontologiques : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. PHARHAMSTER

 

        Le journal LE SOIR dans sa livraison du 31/12/2010 (n°732, page7) a posé une véritable question en disant : « … La ministre de la Santé fait certainement référence aux études menées en Europe et aux Etats-Unis. «Parce que si des études ont été faites au Maroc, Yasmina Baddou aurait communiqué des données chiffrées concernant les cas du Maroc», conclut ce professionnel. Une question s’impose : quel est donc le rôle de nos experts de la pharmacovigilance ? ».

Notre système de pharmacovigilance, malgré la bonne volonté de ceux qui y travaillent, est en réalité totalement impuissant en terme de prise décision, muselé par divers lobbys opérants dans le secteur de la santé, tout autant que le laboratoire national de contrôle des médicaments.

En réalité, les « dossiers » au sujet des médicaments au Maroc ne manquent pas, à titre d’exemple l’association de dermocorticoides et d’antibiotiques, en effet en janvier 2009 : La Commission Nationale Consultative de Pharmacovigilance (CNCPV) a décidé de mainte­nir la décision de la Commission du 26 décembre 2007 sur les antibiotiques locaux utilisés en dermatologie. C’est une décision qui est restée totalement théorique qui n’a eu aucun effet sur la réalité de notre pratique. On continu à vendre du Rifoderm / Rifasone,  du Baycuten ou encore du Mycolog, alors que depuis des années ces produits ont été interdits en Europe et aux USA. Les voies de décision du (Seigneur) ministère de la santé publique sont impénétrables, ainsi soit-il, amen ! Lire absolument à ce sujet : « La complexité de la prise de décision dans la politique du médicament.  »

D’autres « dossiers » tel que les coxibs dont l’intérêt est largement discutable, la drotavérine qui n’est pas commercialisée en Europe occidentale et qui trouve sa place par hasard presque uniquement dans les pays du tiers monde, ou encore le scandale des compléments alimentaires présentés au médecin comme de vrais médicaments ….

 Les sujets ne manquent pas et les observateurs attentifs (qui sont l’essentiel des lecteurs de PHARHAMSTER, si on juge par la pertinence de vos commentaires) remarqueront facilement que la décision au sujet du dextropropoxyphène vient juste après le dossier du Mediator (ou plus exactement le MediaMort) des laboratoires Servier, et toutes les critiques que cela a soulevé au sujet de la gestion de ce dossier par le ministère de la santé.

La Ministre de la santé, justement, ne pouvait pas se permettre un autre « problème » sur le dos, d’autant plus que des élections se préparent. La circulaire du ministère de la santé dit que cette décision a été prise au nom du fameux « principe de précaution », il faut entendre par là « principe de précaution des intérêts politiques ». Lire à ce sujet « La problématique de la gestion du risque sanitaire »    

En réalité, sur le plan pharmacologique la décision de suspendre le dextropropoxyphène en France, où il y a eu un débat avec plusieurs avis de l’AFSSAPS à ce sujet depuis 2005, obéit à des recommandations au niveau européen  qui sont basées des données britanniques et scandinaves. Sauf erreur de notre part, nous pensons que cette décision a été prise sur la base des décisions européennes (comme l’atteste la première circulaire 229DMP/00), décisions qui auraient pu créer de nouveaux  problèmes au MSP s’ils n’étaient pas suivis.

Si la décision du retrait du dextroprpoxyphène était réellement motivée par les études publiées, cela fait cinq ans qu’on ne cesse de publier à ce sujet et que le ministère donne des AMM pour des spécialités à base de dextropropoxyphène dont la dernière en date n’est autre que le Dextramol en mai 2009 !

Si  on devait appliquer à minima le fameux principe de précaution, le minimum requis serait de ne pas délivrer d’AMM à des copies de spécialités dont le principe actif est sujet à un vif débat. Assurément, marocaines marocains déployez vos parapluies, il pleut à Bruxelles !

Un dernier dégât collatéral de cette gestion, est le problème soulevé par le journal Le Soir (encore) qui titrait  à ce sujet « Médicaments dangereux : Retirés le temps de les écouler » la remarque est pertinente, car comment expliquer au citoyen lambda que tel produit est dangereux et qu’on le supprimera dans un ou deux mois ? En réalité la dangerosité réelle du dextropropoxyphène est relative, en rapport essentiellement avec une utilisation abusive comme l’affirme la première circulaire 229DMP/00.

Oui le dextropropoxyphène n’a pas de place dans notre l’arsenal thérapeutique actuel (au même titre que les coxibs, la drotavérine …), d’autant plus qu’on peut le substituer avec d’autres opiacés type codéine ou tramadol par exemple. Le fait de l’utiliser aujourd’hui, n’implique pas systématiquement que vous courrez un péril imminent, d’où le temps de latence que se permettent, à juste titre, les instances gérantes des médicaments autant en Europe qu’en Amérique du Nord pour des raisons de sérénité organisationnelle. Encore une fois la dangerosité du dextropropoxyphène est liée essentiellement à l’usage abusif et à des associations médicamenteuses hasardeuses, favorisées par une promotion médicale sauvage et non respectueuse des minima déontologiques.                        

2 - La suspension du dextropropoxyphène et les erreurs de stratégie de l’industrie pharmaceutique nationale :

Rappels déontologiques : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. PHARHAMSTER

        Le cas du dextropropoxyphène n’est que le dernier exemple d’erreurs de stratégie de développement de notre industrie nationale. En effet alors que le débat est intense (sous d’autres cieux bien sur) à propos de molécules litigieuses, nos industriels ne trouvent rien de mieux que d’en proposer des copies au pauvre patient marocain ! Et le cas du dextropropoxyphène n’est pas le seul, car le véritable cas d’école reste le fameux et sinistre VIOXX, un anti-inflammatoire inhibiteur de la cyclooxygénase II un coxib, dont des copies ont été lancées au Maroc alors que des études étaient déjà publiées sur sa toxicité cardiaque ! Après quelques mois de leurs mise place dans nos rayons (plutôt dépotoirs) tout a été supprimé. Imaginé le gâchis d’une part pour notre industrie en terme financier et d’énergie déployée et d’autre part pour nos patients en terme de risque.

On ne reviendra pas ici sur le cas de l’association amoxicilline – acide clavulanique (cliquer sur le mot pour plus d’informations)     

En réalité sauf erreur de notre part, la logique de nos industriels paraît obéir essentiellement aux données de IMS (de manières simple ce sont les statistiques des ventes de médicaments par spécialité). Autrement dit, on cherche un produit qui marche relativement bien et on en fait une copie en espérant prendre la plus grande part de marché possible, sans aucune prise en compte des données pharmacologiques actuelles, d’où les couacs à répétition ! Il s’agit là d’une logique qui sur le fond n’est pas créatrice de richesse, elle ne fait que la transférer (trivialement dit : pousse toi que je m’y mette).

Une véritable logique industrielle créatrice de richesse, devrait à notre humble avis, se baser sur deux piliers : primo apporter une réponse aux besoins réels du patient, secundo instituer une véritable politique d’innovation de recherche et développement. Mis à part quelques efforts ici et là, notre industrie reste loin en deçà des attentes sur ces deux points fondamentaux pour le futur de notre industrie. Oui « notre » industrie, car la responsabilité de « nos » managers dépasse le cadre de la distribution des dividendes, à celui de la responsabilité citoyenne, le maintient d’une industrie pharmaceutique conquérante tout en étant strictement respectueuse des règles déontologiques est en lui-même une raison d’Etat.                                                   

 3 - La suspension du dextropropoxyphène et le pharmacien d’officine : De quoi je me mêle ?   

Rappels déontologiques (encore) : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. PHARHAMSTER

         Touts ces bouleversements se passent en l’absence affligeante de toute réaction de la part des officinaux qui se comportent comme de simple délivreurs de médicaments sans aucun avis. Et quand un pharmacien intervient, au mieux, il commence à réciter bêtement le VIDAL (indications, contre-indications …), c’est l’exemple même de ce qu’a appelé dans son dernier livre  Pr. Abderrahim Harouchi (ex ministre de la santé) un analphabète fonctionnel. (Lire aussi : Analphabétisme démocratie et religion). Pour faire simple, un officinal détient tellement d’informations stratégiques et ne sait s’en servir ! 

Ce qui est demandé aujourd’hui plus que jamais à l’officinal, par la communauté, c’est de donner son avis, un avis motivé par des références sérieuses, un avis libre et indépendant de l’influence des industriels ou des politiques, et cela peut se faire concrètement à travers ses instances représentatives. Or autant au Maroc qu’en France (oui même en France), le discours des pharmaciens d’officine est caractérisé par une faiblesse ahurissante, non pas dans les données mais dans la capacité d’analyse et de proposition, additionné d’un manque flagrant de courage intellectuel.

Aujourd’hui, les officinaux sont acculés à négocier avec l’administration ce qui est non négociable, à savoir leur maigre marge (10 % environ nette), comment peut-on négocier de devenir pauvre ? Selon des sources digne de foi au niveau d’une grossisterie : plus de 80 % au moins des officinaux ne payent pas leurs factures régulièrement à échéance ou ont des impayés à répétition !

S’il y a quelque chose à négocier dans l’intérêt de nos patients, c’est bien la mise à niveau globale du marché pharmaceutique marocain jonché par un nombre ahurissant de produits peu référencés, dangereux, trop onéreux ou tout simplement inutiles qui grèvent lourdement, l’embryonnaire système d’assurance marocain et surtout le maigre budget alloué à la santé par le citoyen marocain lire : Les dépenses de médicaments par habitant : comparatif entre 7 pays                                             

 Note à part : si nous avons tenu à chaque paragraphe de ce texte de rappeler que l’erreur est inhérente … ce n’est pas uniquement pour se protéger, mais surtout c’est lié au caractère pluridisciplinaire de ce sujet impliquant le politique, l’économique, le social et le phramacologique. La multiplication des paramètres dans une analyse implique la multiplication des risques d’erreur, c’est un véritable champ de mines, votre rigueur et votre sens de la répartie sont fortement sollicités. Lire ou relire « La perception de la vérité : politique, religion & domaines d’applications  »      

Lire aussi notre article : LES ALTERNATIVES DISPONIBLES AU MAROC DU DEXTROPROPOXYPHENE DI-ANTALVIC    

 

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Published by Amster - dans MEDICAMENT
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