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le rôle du pharmacien  

Entre les stratégies de défense juridiquo-institutionnelles classiques et  la nécessité d’une réévaluation en profondeur de son métier

Le patient au cœur de métier de l’officinal et non le médicament
 
pharamster le 24/03/2008

 

    Classiquement les pharmaciens d’officine, à travers leurs institutions représentatives, ont toujours opté pour la défense de leur métier pour des arguments juridiques et réglementaires, le genre d’arguments où ils ont excellé (allant jusqu’à écrire des livres sur le sujet). Les officinaux ont été aussi souvent brillants au sujet des impôts et tous les aspects comptables de la profession. Cette stratégie implique la mise en route de réseaux d’influence politiques

Du coup on a relégué tout l’aspect technique et professionnel de notre métier à un simple détail cachant par la même occasion nos défaillances sur la connaissance des pathologies et du médicament. Ce constat a généré auprès de nos divers partenaires des questions plus ou moins justifiées sur la plus-value qu’apporte réellement l’officinal à la santé de la population et est-ce que cette plus-value justifie sa rémunération ?

    Pour apprécier cet état de fait quelques remarques sur le rapport de Jacques Attali. Il s’agit en fat d’un ensemble de propositions qui augurent plus ou moins de grands changements futures mais qui en plus comportent de manière intrinsèque le regard que porte les élites européennes sur notre profession. La France étant classiquement l’exemple qui est plus ou moins suivi par nos législateurs marocains. Cela donc nous ramènera après à la situation dans notre pays

 

         1ère remarque  
         Elle concerne la décision n°72 et qui est …tout a fait positive :
Le rapport met en exergue la responsabilité de l’officinal dans le cadre de la rationalisation des actes médicaux et propose donc de déléguer certains actes de prévention et de soin aux pharmaciens à type de renouvellement des prescriptions de médicaments etc. Cette décision vise à opérer des économies de coût et on comprend bien sur que les officinaux sont invités à y adhérer

 

« DÉCISION 72 Page 76

 Rationaliser les actes médicaux et développer l’Hospitalisation à domicile (HAD).

Déléguer certains actes de prévention et de soin à des « professions paramédicales » dont les niveaux de qualification et d’exigence se sont accrus considérablement : les infirmières (ex. : vaccins), les pharmaciens (ex. : renouvellement des prescriptions de médicaments) »

 

         2ème remarque
          Elle concerne la décision 212 pages 164 :
Là le ton change, il est demander au pouvoir publique de supprimer le numerus clausus prévalant en France, d’effriter de manière sérieuse le monopole de l’officinal ce qui implique de manière claire de réduire la rémunération des pharmaciens. Mieux encore il est demander de permettre à des non pharmaciens d’investir sans restriction dans le capital des officines aux côtés de pharmaciens, à la seule condition (ah quand même !) qu’un pharmacien tienne toujours la pharmacie.

Pardonnez-moi l’expression mais la seule chose qui reste au pharmacien à tenir c’est la porte 

           

DÉCISION 212

Ouvrir les conditions d’exercice des activités de pharmacie.

• Supprimer le numerus clausus, en créant un mécanisme incitatif pour que la carte des officines dans les territoires enclavés puisse satisfaire les impératifs de santé publique.

• Limiter le monopole pharmaceutique aux seuls médicaments prescrits sur ordonnance, sur le modèle italien, sans autoriser la publicité pour les produits non soumis à prescription. Cette mesure permettrait de baisser le prix de ces produits de 5 % à 15 % environ, selon une étude de l’OCDE portant sur le Danemark.

• Permettre à des tiers d’investir sans restriction dans le capital des officines aux côtés de pharmaciens, à la seule condition qu’un pharmacien tienne toujours la pharmacie.

 

         Infiné pour la commission Jacques Attali, il est donc demander aux pharmaciens d’endosser plus de responsabilités avec une rétribution à la baisse. Pour JacquesAttali qui n’est pas n’importe qui (homme de culture intègre, éminence grise de François Mitterrand …) il est claire que dans l’état actuel de notre profession le niveau de rémunération des pharmaciens d’officine est injustifié et donc il y a matière à y puiser les ressources pour financer la croissance escompter.

 

Cette position exprimée par Jacques Attali, est soutenue plus ou moins insidieusement par une frange non négligeable de notre intelligentsia marocaine qui se demande et à juste titre qu’elle plus-value apporte réellement l’officinal à la santé de la population et est-ce que cette plus-value justifie sa rémunération ?

Ces questions ne se posent pas pour d’autres corporations dont les rôles sont clairs alors que les officinaux eux sont obligés de se justifier à chaque fois.

     

Cet état de fait émane certainement d’un  manque de communication mais pas seulement, des éléments intrinsèques liés aux conditions même d’exercice de notre profession caractérisés par une réduction à l’extrême du champ d’action légal de l’officinal, à tel point qu’il est légitime dans l’état actuel de notre profession de se demander à quoi sert toutes ces années d’études ? Cela entraîne et a entraîné des générations de pharmaciens d’officines dans une passivité intellectuelle qui au fur et à mesure a impacter de façon importante sur le désire de  formation continue et qui par la suite a eu un effet néfaste sur la qualité de service rendu au malade.

 

Le cœur de métier du pharmacien tel qu’il est reconnu habituellement autant par la profession que par les divers intervenants étant le médicament « le pharmacien c’est le spécialiste du médicament » alors que son champ d’exercice sur ce même produit est extrêmement réduit au vu de toutes les restrictions réglementaires accumulées au fur des années !!!

 

Il est urgent d’opérer en fait un véritable changement de repère, le cœur du métier du pharmacien ne peu plus être le médicament. Le médicament n’est qu’un outil de travaille pour tout intervenant  dans la santé publique (médecin, sage femme, chirurgien dentiste …).

 

Le cœur de métier de l’officinal doit être en fait le patient, et on doit se demander sérieusement qu’elle service peut-on rendre à ce patient au-delà de la délivrance de médicaments et des quelques menus conseils qui l’accompagnent ? Ce sont là des actes qui ne justifient guère, du moins, aux yeux de nos divers partenaires notre rémunération.  

 

Le rôle escompter de la part d’un pharmacien officinal : pour une nouvelle stratégie de défense de notre métier

 

   A titre individuel :

Le changement de repère stratégique ne pourra se faire d’abord qu’à travers un comportement volontariste. On distinguera 4 axes de travail au moins :   

         1- Le pharmacien face au conseil officinal : le pharmacien constitue souvent l’un des touts premiers recours du patient dans sa recherche de la guérison, cette position stratégique doit être prise avec beaucoup de sérieux et d’efficacité, et ce à travers un interrogatoire poussé qui sera résumé dans une fiche dite « fiche officinale de renseignement et d’orientation »(voir model en fin d'article).

Cette fiche remplie de façon précise constitue en elle-même un lien sérieux et professionnel entre pharmacien et le reste du corps médical elle constitue aussi la preuve matérielle de l’effort intellectuel fourni. En effet elle nécessite de véritables compétences en sémiologies discipline souvent négligée lors de nos cursus universitaires alors qu’elle constitue la base du dialogue entre professionnels de la santé.

          Dans le même sens, la prise de tension qui jadis était considérée comme ne faisant pas partie des prérogatives officinales jusqu'à l’avènement des appareils ambulatoires qui ont mis en évidence l’importance d’une prise de tension répétée en ambulatoire.    

La aussi prise de tension en officine doit se faire dans les règles et là aussi elle doit être sanctionnée par une fiche clairement établie permettant la détection et le suivie des HTA   et cela va tout à fait dans le sens du rapport Jacques Attali.

        

         2- Dans le cadre de la rationalisation des dépenses en médicaments(prônée d’ailleurs par Jacques Attali) le pharmacien doit être le gestionnaire de la pharmacie de famille. Concrètement à l’occasion d’une ordonnance ou d’un conseil on demandera, à chaque fois que c’est possible, au patient de ramener les produits dont il dispose à la maison et de gérer leur utilisation sous la responsabilité du pharmacien. A priori cela peu paraître contraire aux intérêts pécuniaires légitimes du pharmacien ; en réalité c’est un outil extraordinaire de fidélisation des patients et ce qu’on perd sur le cours terme est très largement compensé à moyen terme. Cela permet aussi de faire sauter les appréhensions commerciales qui existent avec le patient et paradoxalement ce dernier a tendance (dans la limite des ses moyens) à consommer encore plus et surtout mieux.   

D’autant plus qu’à travers ce mécanisme le pharmacien cerne mieux les habitudes de ses patients et ses conseils sont beaucoup plus efficaces puisqu’il suit le médicament jusqu'à sa consommation.            

         3- Le pharmacien et pathologies : Face aux diverses pathologies rencontrées dans notre exercice on est amené à développer des « conduites à tenir officinales ». Ces conduites codifiées doivent être l’émanation d’un consensus entre pharmaciens universitaires et officinaux elles doivent prendre en compte les spécificités du terrain, en claire il s'agit d'une réévaluation de la règle des tableaux. (L’exemple type étant celui des pilules oestroprogestatives)

Mieux encore on doit envisager la possibilité de les adaptées en fonctions des données locorégionales en collaboration avec les autres acteurs de la santé de la région et particulier les médecins.

Apprendre à travailler en concertation avec nos partenaires est une donnée capitale pour notre insertion effective dans le système santé. Et donc un moyen de faire accepter notre rémunération de façon pérenne auprès de tout le monde et de ne pas devoir la justifiée à chaque fois

Cela nécessitera de notre part un effort intellectuel et une mise à jour permanente de nos connaissances

         4- Le pharmacien et l’ordonnance : L’ordonnance, au-delà de son exécution stricte, doit générée le plus souvent possible un interrogatoire du patient, c’est sur la base de cet interrogatoire que les conseils vont êtres plus percutants. Ces conseils vont avoir pour objectif d’assurer l’observance du traitement mais pas seulement il s’agit plus souvent d’expliquer au malade la pathologie en question et sur la base de cette explication que vont se greffer les règles de prévention. A travers l’ordonnance et l’interrogatoire du patient le pharmacien doit absolument être capable de comprendre la logique d’un traitement afin d’assurer la maximum de chance de sa réussite.

Cette donnée est tellement importante dans notre pays (le Maroc) où les conditions de travail des médecins de santé publique sont tellement déplorables qu’ils n’arrivent pas à expliquer ni la pathologie ni la logique du traitement ni la prévention.[souvent plus de 50 patients par jour pour un médecin !!! des infrastructures dégradées ceci se retrouve en particuliers dans les dispensaires et services d’urgence]
Les ordonnances des services de santé publique ne comportent, généralement, aucun n° de téléphone où joindre le médecin traitant notamment au niveau des urgences. Là l’officinal doit redoubler de vigilance voir « d’ingéniosité pharmacologique » pour tirer le meilleur parti dans l’intérêt du patient.

Dans le même sens le pharmacien doit être capable d’expliquer de manière simple et tangible, ce que souvent les médecins n’ont pas le temps de faire, les résultats d’une multitude d’examens complémentaires (analyses sanguines variées, rapports de TDM et d’échographie) et leurs rapports avec les signes cliniques et le traitement prescrit.                    

          5- Face au médicament : l’attitude des pharmaciens sur plusieurs générations, à ce sujet, s’est caractérisée par une passivité affligeante.

De tout temps les officinaux, du fait d’une position faiblesse dû au manque de visibilité du service médical rendu au patient, n’ont que très rarement eu leur mot à dire sur le médicament en effet on est considéré sournoisement par nos partenaires que comme des distributeurs de médicaments sans réelle plus-value sur la santé de la population. 

Dommage, car de part les exigences de la pharmacovigilence le pharmacien est obligé de faire le suivi des médicaments commercialisés et de part sa formation de base il a tout à fait son mot à dire sur les produits en cours de commercialisation. A ce titre je dois affirmer que :

- Oui on ne doit plus accepter n’importe quel produit dans nos rayons,

- Oui nos officines ne doivent plus être de simples façades commerciales pour le tout-venant,  

- Oui on a le droit d’exprimer nos critiques et nos doutes sur un ou des produits, car le cœur de notre métier ce sont nos patients et eux ils ont droit au respect.     

 

Malgré tous les efforts à titre individuel, le pharmacien n’aura d’impact à ce niveau que s’il y a un travail collectif.

                

  Rôle du pharmacien au niveau collectif 

    càd à travers donc ses institutions représentatives :

         Nos institutions représentatives (au Maroc) ont été de tout temps performantes lorsqu’il s’agit des questions juridiques, réglementaires, fiscales. Mais dés qu’il s’agit de médicament, qui est l’un des outils de travail du pharmacien, là il y a un vide sidéral. Et les seules qui souvent en parlent ce sont … les médecins.

Concrètement :

         1- Face aux ruptures de stock :
il est inadmissible actuellement qu’il n’y ai aucune explication ni de la raison des ruptures ni du moment du réapprovisionnement du marché et ce pour des produits hautement importants (gardenal, SAT, insuline …etc.). L’officinal est considéré comme un simple intermédiaire pour vendre des médicaments, on le laisse sans arguments face au patient qui lui est le premier affecté. En remettant ce patient au cœur de notre profession cette situation devient intolérable ….

          2- Lors de la commercialisation d’un produit donné :
L’officinal doit avoir son mot à dire. Tout produit vendu dans nos pharmacies doit être soumis de la part des officinaux, en interne, à une analyse critique, intègre, libre, et sans concession

                     *  tant sur le fond (exemple des coxib …) permettant ainsi à l’officinal de cerner la place réelle d’un produit donné dans l’arsenal thérapeutique ; 

                     * que sur la forme càd la présentation : exemple type le prospectus.

Et à ce sujet le prospectus doit être considéré comme un outil didactique, ni trop succin ni rébarbatif, adapter au patient marocain tant en français qu’en langue arabe (et là il y a beaucoup à dire …) le seul à même de contribuer à sa rédaction correcte est l’officinal qui est en contacte permanent avec le patient.

           3- Pharmacovigilence :

La gestion des déclarations de pharmacovigilences doit passer d’abord par nos instances représentatives permettant une mise en valeur du travail collectif fourni et ainsi de mieux motivé nos confrères à y adhérer.

La mise en valeur d’une pharmacovigilence officinale dynamique est une donnée capitale permettant de mettre en exergue le rôle du pharmacien.

 

            4- Face à ces défis colossaux il est urgent de mettre en place au sein de nos instances représentatives d’une haute commission scientifique officinale qui devra être capable de :  

                      * De donner son avis sur les médicaments, faire des analyses critiques et objectives, et assurer le suivi de la pharmacovigilence officinale

                      * D’encadrer la formation continue des officinaux en fonction de leurs besoins réels et non pas en fonction des plans marketing des industriels 

                      * D’être une force de proposition dans le domaine de la santé

                      * De prendre position et de représenter avec force les officinaux dans toute thématique qui concerne nos concitoyens          

 

Conclusion générale :

J’ose espérer que la réalité de notre profession puisse changer, j’ose espérer que le rapport de Jacques Attali puisse être le déclencheur d’une nouvelle conscience officinale plus volontariste avec une vision à long terme mettant le patient au cœur de notre métier.

J’ose espérer, mais j’ai du mal à croire à un futur meilleur au vu des luttes intestines qui engrangent notre profession et à l’absence de motivation réelle des pharmaciens et de visibilité à long terme.

 

Pharamster

24/03/2008

 

 

 

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