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Enquête parlementaire sur le prix des médicaments

Le scandale des marges pratiquées par les laboratoires pharmaceutiques au Maroc

S y n t h è s e


Sources :

- M. BENABID, L’ECONOMISTE n°3144, pages 2, 4 & 7,  du 05 au 08/11/2009
- K. SKALLI, Le Soir Echos, page15, n°430, du 27/10/09
- K. SKALLI, Le Soir Echos, page 08, n°437, du 05/11/09
- J. HAFSI, Revue LE REPORTER, Pages 22-23, N°528, du 05/11/09
 
- S. LAMAIZI, F.Z. JDILY, Revue L’OBSERVATEUR DU MAROC, Pages 20-25, N°52, du 06 au 12/11/09
- H. LOIZEAU, Revue ACTUEL, Pages 15-22, N°21, du 07 au 13/11/09

 

        Selon un excellent article de l’ÉCONOMISTE le rapport de la commission parlementaire consacre un pavé important au phénomène de distorsion des prix constaté sur le marché marocain du médicament.

Pour les génériques :
Les enquêteurs ne manquent pas de s’étonner de la profusion de produits et de marques qui en principe devrait traduire le dynamisme de cette industrie, notamment pour ce qui est des parts de marché du générique. Ces copies de médicaments bon marché sont censées atténuer les impératifs de solvabilisation de la demande. A condition :

- de reconsidérer le droit de substitution toujours interdit aux pharmaciens d’officine
- et une plus grande sensibilisation des médecins aux enjeux d’économie de santé,
d’où l’inefficacité de ces génériques sur la réduction du coût.    

Selon Le soir Echos  Même en tenant compte des marges de distribution, dont celle des officinaux, la différence de prix est exorbitante. Une différence incompréhensible, note les parlementaires dans leur rapport. Ces derniers se disent frappés par la multiplicité des marques et des prix pour un même médicament.

« Il existe - 137 présentations différentes de l’amoxicilline,
               -  62 de l’amoxicilline / ac clavulanique, 
               -  60 du paracétamol, 53 du diclofénac,
               -  34 de l’oméprazol …
Les différences de prix entre des marques d'un même médicament peuvent atteindre 600 %».


L’avis de PharHamster :
 
Cette multiplicité de marques et de présentions est une aberration eu égard à la taille du marché marocain, de plus elle est contre-productive à plus d’un titre, elle induit :

- une opacité des DCI et une amplification des erreurs de prescription
- une opacité des prix, il nous a fallu à plusieurs reprises sur ce même blog toute une investigation pour déterminer la présentation la plus avantageuse, chose qui est strictement impossible à faire pour le médecin prescripteur, qui se contente le plus souvent d’écrire le nom commercial que lui a présenté le dernier délégué médical venu.     
- Elle induit des ruptures de stock récurrentes qui laissent les patients tourner en rond d’officine en officine bêtement
- Elle induit une inflation exponentielle injustifiée du stock des officinaux, qui réduit gravement la viabilité de beaucoup d’officines car cela génère des immobilisations énormes en complète inadéquation avec le chiffre d’affaire.
- Elle induit une augmentation des erreurs liées aux contrôles des dates de péremtions     

 


Pour les molécules princeps

L’hétérogéinété des gammes et des prix ne trouve aucune explication aux yeux des parlementaires. Lesquels constatent :

- Que le prix d’un même médicament (même molécule, même marque et même conditionnement) peut varier du simple au triple selon le canal de vente.
- Plus aberrant, le même fabricant peut vendre le même produit (même molécule, même marque) sous des conditionnements légèrement différents à des prix qui peuvent aller du simple au double.


Cas des médicaments onéreux (les anticancéreux notamment) :
   

Les parlementaires ont noté des "bizarreries", pour ces médicaments coûteux, prescrits généralement pour les pathologies lourdes:

- Absence de prix public unique pour un même médicament (même marque, même conditionnement).
- Pour certains de ces médicaments, le rapport précise qu’il existe un prix public Maroc et un prix hôpital, ces prix étant très différents.
- Pour d’autres produits, il n’existe pas de prix hospitalier bien que ces médicaments soient essentiellement dispensés en unité hospitalière.

- Les différences de prix selon les canaux d’achat sont encore plus choquantes quand il s’agit de médicaments coûteux (voir tableau).

 

Nom du Médicament

Prix d'achat

CNOPS (1)

Prix d’achat Hôpital

(2)

PPM

Variation

(2) / (1)

Variation

(3) / (1)

TaxoI 30 mg / B 1 INJ

640.00

1.478,60

2.230,90

131%

249%

Paraplatine 450 mg / B1

1.689,95

3.779,90

5.586,80

124%

231%

Paraplatine 50 mg / B 1

270.00

565,10

835,30

109%

209%

Ebetaxel 130 mg B 1 amp

392,50

824,20

1.246,00

110%

218%

Zarex 150mg

336.00

690.00

1.040,00

105%

209%

Source: CNOPS 2009

Pour les médicaments coûteux, la différence entre les prix d'achat Cnops et les prix publics dépasse les 200%. La question des médicaments coûteux, généralement prescrits pour les pathologies lourdes, est extrêmement sensible. Bien qu'ils ne représentent que moins de 10% de la dépense de médicaments, il pose le problème de financement par les organismes d'assurance maladie

 
- Autre curiosité : l’absence de génériques pour un médicament alors que des copies moins chères existent dans d’autres pays. A ce niveau, la commission ne s’avance en revanche pas sur les raisons qui pourraient justifier ce phénomène. Le cas d’Interferon alpha 2a-pégylé, prescrit pour l’hépatite C, est éloquent à cet égard. Ce médicament représente le poste de dépense le plus important dans les médicaments coûteux de la pharmacie de la CNOPS. Une seule marque existe sur le marché marocain : Pégasys.

Entre autres conclusions, pour ces aberrations de l’industrie, le rapport dénonce «une pression pour l’obtention et le maintien de PPM (Prix public Maroc) élevés ».
Evidemment dans l’incontournable exercice des benchmarks pays, la Tunisie nous nargue encore une fois. Le constat est à ce niveau effarant : les produits disponibles sont pratiquement tous plus chers qu’au Maroc (voir infographie). Même nos génériques sont plus chers que ceux des Tunisiens : sur les 13 génériques les moins chers comparés, 10 sont plus chers au Maroc qu’en Tunisie. Bien entendu cela se ressent sur la facture.

Sur 2006, 2007, 2008, les patients marocains ont déboursé plus de :

1,1 milliard de DH

en trop sur les 12 princeps les plus vendus au Maroc.

La comparaison avec la France (l’un des pays où le médicament est le moins cher en Europe) abonde dans le même sens: sur les 14 princeps (molécule d’origine) comparés, 11 sont plus chers au Maroc qu’en France.

La Mission dit ne pas avoir obtenu de justification rationnelle de ces écarts par les instances concernées. «La multiplicité des marques et surtout les écarts de prix entre les différentes marques sont le signe d'un dysfonctionnement important du système marocain de régulation de l'offre et des prix des médicaments», note la mission présidée par le député istiqlalien Abdallah Bourkadi

         Cette situation pose un véritable problème pour les régimes d'assurance maladie AMO et RAMED). Elle menace même leur viabilité, «Les systèmes de couverture médicale AMO et RAMED risquent, à moyen terme, de ne plus pouvoir supporter le coût de ces médicaments. L'équilibre du système de couverture maladie et sa généralisation à toute la population marocaines sont conditionnés par une révision  à la baisse du prix des médicaments ainsi que par une rationalisation de leur prescription »

         A qui incombe la responsabilité ? La mission parlementaire pointe du doigt l’Administration chargée de fixer les prix des médicaments, du contrôle et de la régulation, en l'occurrence le ministère de la Santé, et l'industrie pharmaceutique. «Le ministère de la Santé applique des textes réglementaires dépassés et présentant plusieurs failles qui ont été exploitées par l’industrie pharmaceutique pour obtenir des prix élevés».

        Sur les leviers à faire jouer, le rapport en évoque plusieurs:
- réviser bien sûr la procédure actuelle de fixation des prix mais aussi définir un prix de référence,
- utiliser le prix de remboursement par l’AMO comme base de négociation,
- étendre le bénéfice des prix négociés par la Cnops aux adhérents CNSS et à ceux du Ramed.

  Recommandations :

- la fixation des prix des médicaments ne soit plus du ressort unique du ministère de la Santé mais d'une instance, composée de représentants de la tutelle, les organismes d'assurance maladie, les ordres professionnels, ainsi que le Conseil de la concurrence. Cette instance aura pour mission de mettre en place une nouvelle procédure de fixation des prix qui soit en totale rupture avec la procédure actuelle.
- La mission parlementaire préconise l'exclusion « immédiate » du remboursement par l'AMO des marques de médicaments coûteux dont il existe des équivalents moins chers.
- La révision des taux de remboursement par l'AMO de sorte à encourager les médicaments les moins chers et non le contraire comme c'est le cas actuellement.
L'application de ces recommandations peut se traduire par une baisse significative du coût pour la collectivité de 30 à 50% pour les médicaments courants et de 50 à 80% pour les médicaments coûteux, promet la mission parlementaire. Dans leur rapport, les parlementaires imputent la responsabilité de la mise en œuvre des recommandations au Gouvernement.


Exemples concrets relevés par la mission parlementaire :

 

- L'Oméprazole : le prix varie entre 42 DH et 310 DH. Chez le même fabricant (cas de Promopharm) avec la même molécule et le même conditionnement sous des marques différentes l’omeprazol est vendu à des prix qui vont du simple au triple. Omépral à 95.00 DH et Mopral à310.00 DH

- L’Imatinib, utilisé dans le traitement de certains cancers, son prix varie selon les marques de 6400 DH la boîte de 120 comprimés à 27.090 DH ! Ce même médicament est disponible à la pharmacie de la CNOPS au prix de 3.500.00 DH.

- Le Docétaxel, un médicament utilisé pour le traitement de certains cancers aussi est vendu entre 7800,00 et 11243.00 DH selon les marques. Dans la pharmacie de la CNOPS, ce médicament ne coûte que 2984.00 DH le flacon

- L'insuline humaine, est vendue par Sothema à 28 DH dans le cadre d'un appel d'offres de la Commune de Casablanca alors que son prix en pharmacie est de l98 DH

 

Conclusion :
Il s’agit véritablement d’une collusion de gros intérêts, dont les perdants sont par ordre de préjudice

- Le patient

- Le système de santé dans sa globalité à travers ses divers indices

- Les régimes d’assurance maladie

- Les officinaux

- Et à long terme toute l’industrie nationale du médicament qui va perdre en compétitivité laissant le marché marocain aux flibustiers des multinationales du médicament.    

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