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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 18:14

LECTURE OFFICINALE

 JEÛNER

UN MOYEN DE LUTTE CONTRE LE CANCER !

 

Le Jeûne et cancer 

Sources principales : 

1- Longo VD* et al. «Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy. » Sci Transl Med. 2012 Mar 7;4(124):124ra27. Epub 2012 Feb 8.

* Andrus Gerontology Center, Département des sciences biologiques, Norris Cancer Center, Université de Californie du Sud.

2- Odile Capronnier « Le jeûne est une arme contre le cancer » Science & vie, n°1137, pages 88-91, juin 2012

3- Btissam ZEJLY « Ramadan propice à la hausse des dépenses » L’Economiste n°3842 p14 du 07/08/12.

 

        Cette lecture officinale se base sur le travail d’une équipe de l’université Southern California. Menée par Valter Longo, cette équipe s’intéressait à la base à l'allongement de l'espérance de vie « elle testait l'hypothèse qu'une restriction calorique contrecarre certains effets du vieillissement. En réduisant l'apport en nourriture sur de longues périodes, voire tout au long de la vie, chez différents animaux (drosophile, souris, singe...) l’équipe Valter Longo découvre alors qu'une privation, brève mais totale, de nourriture a aussi un effet sur les cellules... mais qu'il n'est pas le même selon leur type. Ainsi, les cellules cancéreuses semblent plus sensibles que les autres au jeûne»[2]

Méthode :

Les chercheurs ont utilisé un modèle à base :  

        - Des cellules de Saccharomyces cerevisiae génétiquement modifiées exprimant le RAS2 oncogène-like (val19) sensible au stress oxydatif

        - 15 lignées de cellules cancéreuses de mammifères

Ces cellules ont été soumises à des cycles de privation nutritionnelle  puis traitées par des anticancéreux.

Les chercheurs ont aussi utilisé un modèle murin de neuroblastomes  leur appliquant des cycles de privation nutritionnelle associés à la chimiothérapie. (Modèle murin : modèle d'expérimentation animale utilisant la souris).

Dans un deuxième temps, certaines de ces cellules tumorales actives ont été greffées sur des souris, à qui on a appliqué des cycles de jeûne.     

Résultats :

        - Sur des lignées de cancer du sein : après 48 heures de jeûne (24 heures avant et 24 heures pendant le traitement), le taux de survie des cellules tumorales passe de 100 % à moins de 30 %  [2]

         - In vivo, les chercheurs greffent chez des souris des tumeurs dont ils mesurent ensuite l'évolution. Dans le cas de tumeurs mammaires, les animaux jeûnent pendant deux cycles de 48 heures, séparés par huit jours d'alimentation normale. Un mois après, la taille de la tumeur se trouve réduite de moitié par rapport aux rongeurs nourris en continu [2]

         - Ces résultats s'avèrent encore plus spectaculaires lorsque les deux stratégies, jeûne et chimiothérapie, sont combinées : les souris présentent des tumeurs qui font à peine un quart de la taille de celles des souris témoins [2]

         - Même dans le cas de cancers métastatiques, pourtant les plus difficiles à combattre, de courtes périodes de jeûne potentialisent l'effet des chimiothérapies.

         - Dans le cas de neuroblastomes métastasés, 100 % des souris non traitées meurent avant 40 jours, contre 90 % de celles soumises à une chimiothérapie seule. A l'opposé, plus de 40 % des animaux ayant combiné deux cycles de jeûne et de chimiothérapie sont vivants trois mois après le début des traitements... [2] 

 

          Globalement, les auteurs estiment que les cycles de privation nutritionnelle étaient aussi efficaces que les agents anticancéreux pour retarder la progression de différentes tumeurs. Par ailleurs, ces cycles de jeûne ont permis une augmentation de l'efficacité des médicaments contre le mélanome, le gliome, et les cellules cancéreuses du sein.

Au niveau des cellules cancéreuses du sein, une privation nutritionnelle de courte durée entraine des modifications enzymatiques (en particulier au niveau de la Caspase) endommageant l’ADN des cellules cancéreuses qui finissent par déterminer une apoptose (suicide cellulaire).        

Conclusion des auteurs :

Ces études suggèrent que plusieurs cycles de jeûne favorisent une sensibilisation différentielle d’un large éventail de tumeurs. Cette méthode  pourrait potentiellement remplacer ou augmenter l'efficacité de certains agents de chimiothérapie dans le traitement de divers cancers.

 

     Explications :

      « Tandis que la privation de nourriture provoque un arrêt de la division des cellules saines, qui adoptent une "attitude de protection" face au stress oxydatif (la cascade de réactions induites dans la cellule agressée), les cellules cancéreuses, au contraire, activent des réactions qui amplifient les effets du stress dû au manque de nutriments. Ce qui, in fine, les affaiblit encore plus. » [2]

     Odile Capronnier dans son article paru dans S&V ajoute : « Les cellules tumorales activent des gènes spécifiques, les oncogènes, qui, dans des conditions normales, leur confèrent un avantage pour croître et se diviser très rapidement. Or, dans un milieu appauvri, ces oncogènes deviennent un handicap, certains d'entre eux empêchant la cellule cancéreuse de passer en "mode résistance" Ainsi, soumises aux cocktails de médicaments utilisés dans les chimiothérapies, les  cellules tumorales normalement nourries résistent bien ; tandis qu'affamées, elles deviennent beaucoup plus sensibles à la toxicité du traitement »

     En clair, l’efficacité du jeûne repose sur la différence de métabolisme entre les cellules saines, capables de s’adapter à la privation de glucose, et les cellules cancéreuses, qui en sont dépendantes.
L’association du jeûne avec les chimiothérapies anti-cancéreuses va amplifier l’effet cytotoxique de manière spécifique vis-à-vis des cellules cancéreuses.

Une courte durée du jeûne (2 à 3 jours) ne suffit pas à affaiblir l’organisme, mais suffit par contre à faire passer le métabolisme des cellules saines en mode de « diète cétogène » : les tissus n’utilisent plus le glucose pour fonctionner, mais les corps cétoniques issus de l’utilisation des réserves graisseuses (lipolyse). Or, selon Valter Longo, les cellules cancéreuses n’apprécient pas ce nouveau carburant !
A ce stade, l’arrivée des drogues anti-cancéreuses semble alors beaucoup plus préjudiciable pour les cellules cancéreuses que pour les cellules saines. Source :
M. Lallement  

N;B : En 2007 déjà David Servan-Schreiber chercheur en neurosciences dans son livre  Anticancer[  Ed. Robert Laffont] disait que « le cancer se nourrit de sucre », l’ingestion de  sucre induit une sécrétion massive d’insuline qui a un effet prolifératif reconnu. Il devient alors plausible qu’une restriction hydrocarbonée soit en faveur d’un blocage des cellules cancéreuses.           

     L’avis du pharmacien :

    Outre la revue Science et Vie, cette étude a été rapportée, entre autres, dans le journal Le Monde du 08/02/12 sous le tire  « Le jeûne, nouvelle arme de lutte contre le cancer ? ».

Par ailleurs, le travail de Valter Longo a été brillamment commenté par  Christian Linard Professeur à l'Université du Québec et Directeur du Laboratoire LSIA dans article intitulé « Le jeûne aussi efficace que la chimiothérapie pour lutter contre le cancer »   

On est ici loin d’une étude farfelue ; d’autant plus que ce travail n’est autre que la suite de plusieurs études antérieures (depuis 2008) du même auteur et de son équipe, entre autres :

- En 2009 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »   

- En 2009 : « Reduced Levels of IGF-I Mediate Differential Protection of Normal and Cancer Cells in Response to Fasting and Improve Chemotherapeutic Index »   

- En 2010 : « Fasting and differential chemotherapy protection in patients »       

- En 2010 : « Reduced IGF-I differentially protects normal and cancer cells and improves chemotherapeutic index in mice » 

- En 2011 : « Fasting vs dietary restriction in cellular protection and cancer treatment: from model organisms to patients »

- En 2011 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »

Si la véracité des résultats de cette étude est indéniable, des questions restent en suspens : Quelle est la durée optimale du jeûne? Ses bienfaits persistent-ils après la reprise d'une alimentation normale? 

      Pascal Pujol, cancérologue au CHU de Montpellier, reste prudent: "Ces résultats sont prometteurs. Mais avant de passer à l'application clinique, nous avons besoin de définir des stratégies précises. Faire jeûner un patient au cours d'un premier cycle de chimiothérapie ne semble pas trop risqué. C'est moins évident pour des patients atteints de cancers métastasés, déjà affaiblis par la maladie et le traitement." [2]

Il est clair que des études avec de grandes séries sont nécessaires pour, d’une part déterminer les stratégies à suivre et d’autre part, valider sur le plan clinique les résultats de l’équipe de Valter Lango.

En tout état de cause, ces études montrent que le jeûne peut avoir un intérêt sûr pour la santé, contrairement à l’avis d’un certain nombre de scientifiques, dont un exemple est à lire sur ce blog dans un article mis en ligne le 15/08/2011 intitulé « Le jeûne & la santé »        

Le jeûne entre réalité scientifique et approche irrationnelle :

    Ces résultats aussi préliminaires soient-ils, sont déjà exploités par diverses structures peu sérieuses médicales paramédicales ou de médecine alternative, en Russie et en Allemagne (entre autres) à des fins thérapeutiques et de bien-être avec des arguments du genre « détoxification du corps ».

Il faut savoir que le terme « détoxification » est un terme fourre-tout, qui devient un non-sens pharmacologique utilisé pour justifier tel ou tel cure ou remède.

Le Larousse rapporte uniquement le terme de détoxication : « Processus par lequel l'organisme inactive les substances toxiques d'origine interne ou externe. Il  se produit essentiellement dans les cellules hépatiques. » C’est un processus physiologique classique qui ne supporte aucune spéculation ou surenchère.

En principe le jeûne, du fait de la déshydratation, accentue même la concentration de diverses molécules (toxiques ou non) dans le corps, d’où le fait de déconseiller la pratique du sport et du jeûne comme on l’avait dit dans notre article « Le jeûne & la santé »    

      La réflexion de l’apothicaire : Et de la religion !

      La pratique d’une diète restrictive (jeûne) est largement diffusée dans plusieurs cultures (les Hounzas du Karakoram, les Abkhases du Caucase russe, ou en Équateur  …).

Dans les trois grandes religions monothéistes on retrouve bien entendu la pratique du jeûne, le taanit chez les juifs, le carême chez les chrétiens et le ramadan chez les musulmans, avec comme objectif global, indépendamment des rites, la pénitence et la recherche du pardon.

      Les protocoles de jeûne en cours d’étude par l’équipe par Valter Lango sont loin des pratiques religieuses. Dire que la pratique du ramadan prévient ou traite une maladie comme le cancer est un raccourci facile que n’hésiteront pas à prendre des personnalités d’obédience religieuse, mystique voire sectaire (irrationnelles par essence). Néanmoins, il pourrait être possible dans une certaine limite d’adapter les pratiques religieuses afin qu’elles répondent à des exigences avérées de prévention sanitaire.              

      Le ramadan : le paradoxe marocain  

Source-Olivier-Duval.jpg

      La pratique d’une diète restrictive (avec les rites afférents) peut être comprise à l’heure actuelle comme une contre-réaction vis-à-vis de la société de surconsommation dans laquelle on beigne aujourd’hui. En cela, le jeûne devient un concept réellement moderne à condition qu’il s’accompagne d’une baisse globale de la consommation autant alimentaire qu’énergétique. Cette baisse est en parfaite adéquation avec les préceptes religieux d’humilité et de modération … d’une part et d’autre part, avec le concept écologique de décroissance contrôlée  (certes discutable …) qui implique des économies d’énergie, d’eau et une baisse draconienne des déchets.

C’est tout le contraire qui se passe au Maroc en ce mois sacré (un sacré mois) où la consommation des ménages frôle l’hystérie. En effet, dans un article du journal L’Economiste [3], cette augmentation de la consommation est chiffrée à 1500,00 DH par ménage. Ce qui est énorme par rapport au niveau moyen de la population.

Cette augmentation n’a aucun justificatif religieux, c’est plutôt lié au fait que le marocain festoie pendant 30 nuits avec des orgies alimentaires nocturnes qui dépassent de loin le cadre de la compensation de la privation diurne !

Par ailleurs, cette augmentation de la consommation s’accompagne, comme le montrait un article du journal L’Economiste*, d’une baisse de la productivité industrielle. Autrement dit, on consomme plus et on produit moins. La baisse de la productivité industrielle, logique au vu du stress métabolique que subit le corps qui jeûne (en particulier au cours la première moitié du mois de ramadan), aurait put être sans conséquence si elle était corrélée à une baisse de la consommation. Sur le plan macroéconomique, cela va plus ou moins s’équilibrer, avec un bénéfice environnemental et sanitaire indéniable.

* les références exactes de cet article, nous les avons perdus malheureusement.  

Le ramadan, comme la majorité des autres pratiques religieuses au Maroc et ailleurs, est écrasé par le poids de rites rétrogrades, obsolètes, anachroniques et contre-productifs.

La religion est un besoin légitime, pour la majeure partie des populations. Ce besoin  répond à l’angoisse face aux incertitudes du futur et à l’incompréhension du fait présent ou passé. Il est le plus souvent exploité à des fins de politique politicienne. Néanmoins, et contrairement à ce que pensent les ultra-modernistes, cette soif peut être réorientée vers le progrès social à condition d’avoir suffisamment de clairvoyance et de recul par rapport au dogme. Cette clairvoyance paraît totalement absente des discours autant des curés, des rabbins que des imams.

     Conclusion générale :

      Le jeûne crée une situation de stress métabolique, et il n’est pas le seul dans ce cas. Un effort intense type semi-marathon ou encore le froid comme on l’a expliqué dans notre article « le froid rend-il malade ? » poussent le corps vers ses limites. A priori, soumettre l’organisme à ce genre de situations n’est pas bénéfique ; pourtant, les données actuelles nous laissent penser que quand ce genre de pratique est géré de façon rationnelle, le corps humain peut en tirer un bénéfice certain.

Dans le cas présent, la pratique du jeûne chez un cancéreux, doit être médicalement encadrée. Encore faut-il avoir des protocoles confirmés par des études cliniques avérées. En absence de ces études, la prudence reste de mise et en tout état de cause, dans la limite des connaissances actuelles « ne jamais arrêter une chimiothérapie ou une radiothérapie dûment prescrites ».  

Article initié par Dr Amine, Médecin généraliste

Relu et commenté par Dr Mouna, Pharmacienne d’officine

Rédaction Amster

Document annexe :

Une thèse de doctorat en médecine, remarquable, de l’université de Genève, soutenue en 2000, ayant reçu le prix Tissot en 2001 : DESHUSSES EPELLY, Florence Gisèle Suzanne « Suivi médical de 55 grévistes de la faim : enseignements et recommandations » fichier pdf de 91 pages. On vous conseil vivement de consulter l’abstract suivant de la dite thèse : « Jeûne et grève de la faim » qui montre avec beaucoup de clarté les mécanismes physiologiques d’adaptation du corps humain au jeûne.       

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 14:27

CAS D’OFFICINE

COLLYRE BLEU®

OÙ LE RISQUE DE NE JAMAIS VOIRE LA COULEUR DU CIEL BLEU

 

Au début c’est une jolie perle :   

12-07-17-Perle-de-comptoir-Collyre-Bleu-copie.jpg

Une perle qui s’est transmutée au fur des mots en un cas d’officine :

         Cette perle nous été présentée par Si Ahmed, un patient âgé de plus de 70 ans. Sa propre fille étant la rédactrice de la perle, lui a conseillé d’acheter cette spécialité.

Spécialité hors tableau, à priori rien de bien grave. A priori seulement, car lorsqu’on connaît la composition du Collyre Bleu®, les risques liés à ce produit se dessinent rapidement. Allons-y … courage !

12-07-17-Collyre-Bleu-02.jpg

- Que dit le RCP de la spécialité « COLLYRE BLEU LAITER® flacon » ?

Mis à jour du 27/02/2012, consulté le 18/07/12 

Au niveau de la composition c’est une simple association de méthylthioninium et de naphazoline

          - Le méthylthioninium :

          Pour les intimes c'est le bleu de méthylène, appelé encore sur le packaging du Collyre Bleu®  tetraméthylthionine (ça c’est juste pour se compliquer la vie) est un vieil antiseptique décrit par le vieux Dorvaut (page 279, 23ème édition de 1995) comme « un antiseptique peu puissant mais pratiquement atoxique).

Le RCP du Collyre Bleu® lui donne comme propriété pharmacodynamique : « produit à visée antiseptique ». La mention « à visée » indique que l’efficacité de la molécule n’est pas démontrée, mais comme elle est atoxique, elle reste acceptée d’autant plus qu’elle est associée à une autre molécule hautement active (comme on le verra de suite)      

 En claire, comme antiseptique le méthylthioninium (répéter ce mot rapidement 10 fois sans erreur et on vous fera gagner une serviette) n’a pas d’intérêt actuellement.   

          - La naphazoline :

         Ah ! Là on change complètement de registre, dans le RCP c’est net : la naphazoline est un sympathomimétique α de synthèse exerçant des propriétés vasoconstrictrices oculaires et décongestionnantes.

  

Au final :

Le Collyre Bleu® trouve comme indication unique selon le RCP « Irritations conjonctivales non infectieuses ». Oui, vous avez bien lu « non infectieuses », autrement dit le méthylthioninium (… la serviette à gagner) n’a aucun intérêt, si ce n’est d’être un excipient coloré et un fossile vivant de la pharmacie du siècle dernier.  Soyons généreux, le bleu de méthylène étant atoxique et pas cher alors pourquoi pas.

Attention, ce n’est absolument pas le cas de la naphazoline qui a comme contre-indication absolue « Risque de glaucome par fermeture de l'angle »

- C’est quoi le glaucome en fait ?

           Encore une fois courage dégourdissons nos neurones … allons-y à la volée,  à la manière de PHARAMSTER, càd comme on l’expliquerait à nos patients :

Vous connaissez l’œil, rappelez vous celui du mouton l’Aïd El Kabîr, à l’intérieur il y a un liquide très claire que ces sataniques ophtalmologues appellent d’un nom barbare « l’humeur aqueuse ». Comme tout liquide naturel, elle est constamment renouvelée, cela implique qu’elle est produite par certaines cellules de l’œil, et elle sera excrétée via un petit « tuyau » que les puristes appellent le canal de Schlemm.

Mais, comme la meilleure des mécaniques se grippe, il arrive que ce « tuyau » se grippe aussi, l’humeur aqueuse s’accumule alors à l’intérieur de l’œil, ce qui détermine une hypertension intraoculaire (qui n’a rien à voire avec l’HTA) : c’est le glaucome.

Comme dirait l’autre en baillant, et alors ? Ben il y a une zone capitale pour le fonctionnement de l’œil qui est la rétine, et en cas de pression exacerbée de l’humeur aqueuse sur cette dernière elle se retrouve écrasée. La vision baisse (pour ne pas dire l’acuité visuelle) et dans malheureusement une bonne partie des cas, cette baisse inéluctable, va aller jusqu’à la cécité complète. (Là je n’ai rien dire car ce n’est plus drôle … c’est une dure réalité dont on est le triste témoin)

            Cette histoire de glaucome nous a rappelé une des questions monstrueuses de QSM de la fac. Vous vous en souvenez certainement : « question : l’atropine est contrindiquée : -  a) en cas de glaucome à angle fermé -b) en cas de glaucome à angle ouvert – c) …. ». En toute honnêteté, à l’époque on répondait systématiquement « à angle fermé » sans maîtrisé ni la physiopathologie du glaucome ni comprendre cette histoire d’angle (l’angle entre l’iris et la cornée).

Session de rattrapage sur le glaucome à angle fermé :

« Le glaucome à angle fermé touche les personnes qui ont un angle iridocornéen (entre l'iris et la cornée) particulièrement étroit : en cas de dilatation pupillaire (intervention chirurgicale, examen ophtalmologique, prise de médicaments comme les atropiniques), l'évacuation de l'humeur aqueuse peut être gênée et son accumulation dans l'œil peut entraîner une hausse brutale et très importante de la tension oculaire (glaucome aigu). » Source Larousse Médicale 

A ce sujet et avec le recul des années d’exercice, on peut se permettre de proposer une sorte d’échelle d’importance des données à connaître pour l’officinal de base :

         - Niveau 1 : ne pas maîtriser parfaitement la différence entre un glaucome à angle fermé et un autre à angle ouvert. Si vous le maîtriser c’est bien, mais si non ce n’est pas extrêmement grave pour votre pratique quotidienne.

         - Niveau 2 : ne pas connaître les éléments de base de la physiopathologie du glaucome. Là ça devient préoccupant, car c’est en rapport direct avec la pharmacodynamie (mécanisme d’action) d’un nombre important de médicaments qui vont des anti-rhumes (Actifed® …) aux anti-glaucomateux.

          - Niveau 3 : mettre au même niveau l’effet antiseptique du bleu de méthylène et celui de la chlorhexidine (Septeal®) ou de la polyvinyl pyrolidonne iodée (Betadine®). C’est un défaut d’appréciation grave qui est le signe d’un analphabétisme fonctionnel manifeste (expression du Pr Harrouchi). En claire on a l’information mais on ne sait pas l’exploitée, le plus souvent cela est dû à un manque d’esprit rationnel  d’analyse et de synthèse (cet esprit devrait s’apprendre en principe à l’école dès le primaire).

          - Niveau 4 : Vendre un produit dont on ne connaît même pas la composition. C’est le niveau le plus grave qui sévit largement, c’est une simple appréciation, il se peut qu’on se trompe. Ce niveau désigne un état de crétinerie professionnelle acquise absolue. Etat dont pourrait prend acte nos divers partenaires et la société en général et qui permet aux « autres » de remettre en cause notre rendement à la société.    

 

Dans le cas de Si Ahmed, notre patient de 70 ans, lui délivré un vasoconstricteur oculaire, sans connaître l’état de sa pression intraoculaire, nous paraît quasi criminel. En effet la Société Française du Glaucome nous rapporte les éléments suivants :

 « Par définition, le glaucome n’est pas une maladie du sujet âgé et peut survenir à tout âge de la vie, y compris à la naissance. Par contre, la fréquence du glaucome augmente avec l’âge, assez fortement après 70 ans où plus de 10% de la population aurait un glaucome.

Le dépistage du glaucome doit se faire avant 70 ans, vers la cinquantaine (au moment où on commence à avoir des difficultés à lire sans lunettes).»

En clair, sauf erreur de notre part, l’idée de base c’est de ne donner un vasoconstricteur (oral, nasal ou ophtalmique) que si réellement c’est nécessaire. A fortiori chez la personne âgée où le risque de déclencher un glaucome, s’il n’est pas déjà installé, est très fort. Délivrer la naphazoline du Collyre Bleu® à Si Ahmed c’est se comporter comme un pharmacien de niveau 4.

- Notre conduite :

     - Primo : on a expliqué au patient le plus simplement possible le risque de glaucome,

     - Secundo : orienté le patient vers une consultation en ophtalmologie,

     - Tertio : vu le manque de moyen, l’éloignement … l’alternative a été d’opter pour un collyre peu couteux, sans vasoconstricteur, avec une efficacité acceptable en tant que produit d’hygiène oculaire : Sophtal® (d'acide salicylique à 0,1%) à 18,50 DH

Autres alternatives : Sulfa-Bleu® cette spécialité est sans vasoconstricteur, elle contient le bleu de méthylène comme le Collyre Bleu®. Mais en plus elle contient du sulfacétamide, un antibiotique dérivé des sulfamides dont l’intérêt n’est pas clairement démontré. D’autres alternatives sont possibles mais avec un coût plus élevé. 

La réaction du patient : du haut de ses 70 ans et avec son humour habituel, Si Ahmed a été très attentif à nos explications, par humilité on ne vous rapportera ses paroles à notre égard. On se contentera de dire, de façon diplomatique, que sa réaction a été globalement positive et franchement enthousiaste. L’idée, par un geste simple mais responsable, de faire éviter au patient une conduite qui l’aurait mené à la cécité (ou à la précipiter), crée de facto un climat de confiance et de respect. Alors qu’au début de vos explications on vous appelait au mieux « Si Flane », vers la fin de votre discours, le titre de « Docteur Flane » survient instinctivement dans la bouche de votre interlocuteur comme par magie, mais là c’est mérité.

PS : On ne pouvait pas parler du Collyre Bleu®, sans mentionner l’usage abusif qui en est fait par les soudeurs à l’arc. Ce sujet pourrait être à lui seul l’objet d’un article en soi.

Site recommandé : Société Française du Glaucome        

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 20:40

UN EXPRESS POUR L’AU-DELÁ ! 

12-07-13-Escapade-UN-EXPRESS-POUR-L-AUDELA.jpg

Excellent dessin de Boudali qui survient après l’hécatombe routière du week-end dernier au Maroc, c’est un humour noir à la belge, qui résume d’une certaine manière les raisons profondes de l’insécurité de nos routes à savoir : l’économie de rente, la corruption et en dernier lieu l’incivisme du citoyen. Face à ces maux, on a beau voter le meilleur des codes la route, la situation ne changera pas si ce code ne s’inscrit pas dans une vision globale … C’est justement l’erreur l’ex-Ministre de l’Equipement Mr Karim Ghellab.

Autre article sur le même thème à lire sur PHARAMSTER : ACCIDENTS DE LA ROUTE AU MAROC

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 20:02

RAMED*

LES PREMIERS FAITS CHIFFRÉS

*Régime d'assistance médicale pour les économiquement démunis

 

12 07 12 RAMED les 1er s Effets

 

Sources 

- Elimane Sembene « L’Ambassadeur de l’EU visite des centres de centre à Tadla-Azila » Le Soir Echos, n°1122, page 2 et 9 du 12/07/12

- In PHARAMSTER : « La mise en place du RAMED et son impacte sur l’activité pharmaceutique » mis en ligne le 22/04/2012

 

     - Près de 160 000 demandes soumises par des personnes désirant bénéficier du Régime d'assistance médicale (RAMED) ont été validées à la date du 22 juin dernier, a indiqué lundi le ministre de la Santé, Lhoucine et Ouardi.

Les 159 974 demandes acceptées parmi un total d'un million 200 000 dossiers déposés, permettront à 462 634 personnes  de bénéficier de l'accès aux soins prévus par ce régime, a précisé El Ouardi dans sa réponse à une question orale posée par le Groupe Haraki à la Chambre des représentants sur l'évaluation périodique du RAMED.

Autres chiffres :

      - L’Union européenne a consenti un financement de 1 milliard 391 millions de dirhams dans le secteur sanitaire de base.

Elle intervient dans deux programmes : l’Assurance maladie obligatoire (AMO) qui vise une couverture médicale de base et, depuis 2008, le Régime d’assistance médicale pour les Économiquement Démunis (RAMED).

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 20:22

CHIFFRES & REPERES

 IMPACT DE LA CORRUPTION SUR L’ECONOMIE MAROCAINE

 

26-06-12-IMPACT-DE-LA-CORRUPTION-SUR-L-ECONOMIE-MAROCAINE.jpg

 

     Le Maroc perdrait 1,5 Milliard de $ par an à cause de la corruption, d'après le dernier rapport de Transparency international.

     Ce rapport place le Maroc à la 89ème position mondiale sur l'indice de perception de la corruption. D'après un récent rapport de Transparency Maroc, la justice, la gendarmerie, la santé et l'habitat seraient les plus touchés par ce fléau.

Pour les observateurs et avec 1,5 Milliard de $, le Royaume pourrait régler une grande partie des problèmes que connaissent les dossiers du logement, de la scolarisation en milieu rural et du secteur de la santé.

Source : Revue marocaine Le Temps, n°147, page 06, du 15/06/2012

 L’avis de l’apothicaire du coin :

          Ces chiffres viennent corroborés ceux de la Banque Mondiale que nous avons rapporté dans notre article « corruption et croissance : une corrélation chiffrée ». Ils confirment que la lutte contre la corruption constitue en soit un vivier de croissance pour le pays, encore faut-il avoir le courage de s’y attaquer efficacement. Certes réformé la caisse de compensation est une nécessité, c’est un exemple de fausse bonne idée car elle ne permet pas une véritable redistribution de la richesse, néanmoins les retombées escomptés de cette réforme paraissent dérisoires par rapport à ceux d’une efficiente lutte contre la corruption  

 Lire aussi sur ce même blog : REFLEXION LIBRE POLITIQUEMENT INCORRECTE : A PROPOS DE LA CORRUPTION

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 19:15

ANALYSE

LA CRISE DE L’OFFICINE EN CHIFFRES

Réflexion au sujet d’une hécatombe 

 12-05-17-LA-CRISE-DE-L-OFFICINE-EN-CHIFFRES.jpg

Des chiffres :

  - Le chiffre d’affaires annuel du pharmacien au Maroc est de 800 000.00 DH,

Un revenu qualifié par le journal « L’ECONOMISTE » de très modeste quand on soustrait l’impôt et les charges. Cela revient à un revenu net d’environ 6 700,00 DH par mois (!)  

Ce chiffre, qui est certainement une moyenne, a été rapporté par le ministre de la santé qu’il a qualifié d’inquiétant lors des VIIe journées pharmaceutiques d’Agadir

  - Dans la région du Souss, 20% des pharmacies sont en cessation de paiement.

Source : Fatiha Nakhli « Souss : La crise des pharmacies d'officine » L’Economiste, n°3785, page16, du 17/05/2012

 

L’avis de l’apothicaire :

Rappel :

L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois

La question qui se pose automatiquement est la suivante : comment en est-on arrivé là ?

Vous pouvez imputer cette situation catastrophique :

       - au prix des génériques,

       - à la baisse des prix du reste des médicaments,

       - à la vente de la parapharmacie, laits et même médicaments hors des officines : autrement dit ; la perte du monopole du pharmacien,

       - à la mise en place des études de pharmacie au sein de la faculté de médecine de Rabat qui a « démocratisé » les études pharmaceutiques,   

        - au nombre de pharmaciens,

        - aux pharmaciens des pays de l’Est,

        - au laxisme du secrétariat général du gouvernement vis-à-vis des faux diplômés, 

        - aux divers circuits parallèles qu’ils soient légaux ou illégaux,

        - au manque de campagnes de communication au profit de la profession,

        - à la situation intrinsèque de nos instances représentatives conseil de l’ordre et syndicats.      

Vous pouvez imputer cette situation à toutes ces raisons à la fois, vous aurez peut être raison, il n’en demeure pas moins que pour nous, les raisons sont ailleurs.

 

Analyse :

         A la base, il y a le décalage entre, la formation universitaire conséquente du pharmacien et les exigences professionnelles légales.

En effet, l’officine est régie depuis toujours par des lois extrêmement restrictives, réduisant de façon draconienne la marge d’action de l’officinal qui se limite dans la pratique quotidienne à la délivrance de médicaments dans les règles de l’art et à la communication de quelques menus conseils. Cette mission paraît dérisoire par rapport à la qualité et à la longueur de la formation de base du pharmacien. Tellement dérisoire qu’un simple technicien peut accomplir correctement une telle mission.

        Par ailleurs, les préparations magistrales et officinales, qui étaient jadis la fierté des officinaux, sont tombées en désuétude, la portée du travail de l’officinal se trouve alors réduite comme peau de chagrin.

Les conséquences de ces constatations sont terribles et sont de 3 niveaux :

       1- Le fait que l’officinal, dans sa pratique courante, n’utilise que peu les compétences acquises sur les bancs de la faculté développe chez lui, au fur des années, une passivité intellectuelle et un abandon de la chose scientifique, vu que cette dernière n’est pas une nécessité absolue dans sa pratique quotidienne. Cela implique une déperdition intellectuelle manifeste.  

Pour compenser cet horizon intellectuel peu motivant (pour ne pas dire médiocre) les potentialités des officinaux, pour ceux qui ont en, vont s‘exprimer dans d’autres domaines :

- dans le cinéma : comme actrice ou metteur en scène

- dans la restauration

- dans la communication : agence d’événementiel, Internet …

- dans les études des relations internationales  

- dans la prédication religieuse (eh oui ça existe aussi …)

- dans diverses affaires : la pêche, l’agriculture, la grossisterie …

- dans l’industrie pharmaceutique : en effet, bon nombre de laboratoires nationaux on été crées par des officinaux chevronnés au début de l’indépendance.     

- et enfin dans rien du tout, pour ceux et celles qui n’ont ni moyens intellectuels ni moyens financiers.

Globalement, du fait de ce décalage entre sa formation et sa pratique, l’officinal a globalement investi tous les domaines sauf un … l’officine !

        2- Autre conséquence importante de la restriction légale du champ d’action de l’officinal c’est son absence affligeante d’un certain nombre de sujets :

    - primo on constate la démission collective de l’officinal de tout sujet qui concerne la santé, laissant aux médecins un monopole de fait des choix thérapeutiques.

    - secundo le champ de la pharmacologie est complètement laissé au profit de l’industrie pharmaceutique qui reste pratiquement l’unique source d’information sur le médicament au Maroc. Avec une énorme implication dans la formation continue du corps médical, qui de facto, devient orientée, et c’est logique, vers l’intérêt des industriels.

Au final, la santé est accaparée par les médecins, la pharmacologie par les industriels, que reste-t-il aux pharmaciens : lakisse (la caisse) quelle terrible désillusion pour un cadre qui a passé 7 ans de sa vie sur les bancs de l’université !   

       3- Depuis les années 30 du siècle dernier, cet état de fait a perduré sans grands remous, jusqu’au jour où le déficit de la sécurité s’est dangereusement creusé, du fait de l’explosion des dépenses de santé, de la détérioration du rapport du nombre de cotisants / nombre de bénéficiaires. Tout cela, accentué par une crise qui perdure depuis le début des années 2000. On finit par comprendre que la santé n’a pas de prix mais elle a un coût.

Quand on cherche à réduire les dépenses, tout bon manager va viser d’abord les frais non indispensables et les postes à faible rendement : l’officine parait de facto la cible idéale.

Le rapport de Jaques Attali de 2008 intitulé « Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française » marque une tendance globale qui montre que l’intelligentsia politique, économique et médiatique ne tolère plus la faiblesse du « service médical rendu » de l’officinal. Cette tendance ne s’est pas démentie depuis, avec comme conséquence directe la paupérisation de l’officine qui touche la France, lire notre sujet du 23/02/11 « Pharmacie en faillite en France ». Le Maroc est doublement touché du fait du laxisme de nos autorités, de l’état de nos instances représentatives, et de la pauvreté de notre population.

Existe-il encore aujourd’hui des arguments solides pour défendre l’officine ?

       Assurément oui, à condition d’opérer un changement de repère radical. En effet, jusqu’à présent l’officinal mettait le médicament au centre de son activité. Il s’agit d’une erreur stratégique manifeste, ce qu’on doit mettre au cœur de notre activité c’est le patient, l'être humain.

Autrement dit, notre positionnement sur l’échiquier de la santé devrait être clairement défini comme « un défenseur des intérêts du patient » et c’est logique car c’est à lui que nous devons d’une manière directe ou indirecte (sécurité sociale) la rémunération de notre travail. Dénigrer le patient c’est scier la branche à laquelle on est accroché.     

Certes, il ne faudrait pas être dupe, il n’y a aucun angélisme dans notre propos, « le patient » est à l’image du reste de la société : il peut être ingrat, il peut être un mauvais payeur, il peut être exaspérant, il peut être sans civisme,  il peut même être violent … cela ne doit pas  nous inciter à  changer notre raison sociale.     

Concrètement ce nouveau recadrage va nous amener à prendre des positions claires sur un certain nombre de sujets :   

     1- L’avis du pharmacien :

          Ce qui ‘est demandé aujourd’hui à l’officinal ce n’est pas de réciter bêtement le Vidal. Voyons, c’est absurde, d’autant plus que l’information sur le médicament est disponible sur le web. Non, ce qui est demandé ce sont des avis critiques argumentés, indépendants et intègres sur l’utilité de tel ou tel produit ou thérapeutique. En clair, dire honnêtement et courageusement si un produit x a un intérêt pour le patient ou non.

Cette attitude, que nous mettons quotidiennement en pratique, ne nous a jamais fait perdre de l’argent. Absolument pas, elle nous a permis sur le long terme d’installer un climat de confiance qui a été largement payant pour le moment (Dieu merci)        

Tout au long des 68 pages actuelles de ce blog nous n’avons cessé de mettre en avant ce genre d’avis, ça vaut ce que ça vaut sans plus. Mais imaginez si ce genre d’exercice était l’émanation d’un consensus professionnel inter-officinal, cela aurait une telle crédibilité qui rejaillira sur l’ensemble des officines.

Oui il faut avoir le courage intellectuel de dire simplement qu’on n’accepte plus de vendre n’importe quel produit dans nos officine, aussi légal soit-il. Nous avons, collectivement,  notre avis qui doit être pris en compte par nos divers partenaires.

Pour y arriver, il y a une condition, il faut s’émanciper de notre alignement systématique sur les postions pharmacologiques des laboratoires. Cet alignement quand il est automatique est totalement contre-productif, il transforme l’officinal en un subalterne, qui dès qu’il y a une crise ou une question stratégique (Mediator, dextropropoxyphène, métoclopramide …) se recroqueville dans un mutisme de crétin. Incapable de donner le moindre avis, son rendement intellectuel frôle le zéro pointé, et quand un décideur est obligé de faire des coupes budgétaires, cela tombe logiquement sur le plus faible des intervenants du système de santé.       

      2- Etre une force de proposition :

           Il ne suffit pas de critiquer, notre corporation doit se mouvoir en tant que think tank capable de formuler des propositions concrètes et constructives, et d’être le feedback des divers problèmes rencontrés par nos patients. Il s’agit là d’être un contrepoids positif, et un vrai partenaire du développement de notre secteur dans son ensemble.

           Exemple tout simple : Vous connaissez les sels de réhydratation orale (Diarite®, Biosel®), ils se présentent sous forme de sachets à dissoudre dans un (1) litre d’eau !  Attendez mais c’est complètement inadapté à un usage facile et courant. Ne pensez-vous pas qu’une présentation sous forme de sachets à dissoudre dans 100 ml d’eau, adaptés au biberon et sans perte serait plus logique ? (il suffit de diviser la quantité actuelle par 10). Il faut savoir que les présentations actuelles répondent à des normes de l’OMS qui sont parfaitement adaptées à un pays comme l’Ethiopie (…) et qu’en proposant des sachets à dissoudre dans 100 ml d’eau on ne va rien inventer car cela existe déjà en France.

Reste que personne ne prend l’initiative car le prix étant très faible, les marges des industriels en valeur absolue sont trop maigres pour les motivés à s'y intéresser. Néanmoins, il est de la responsabilité collective des officinaux de demander une telle présentation, quitte à faire du bon lobbying auprès du ministère de la santé. Imaginez (on rêve …) qu’un représentant de notre profession interpelle publiquement le ministre à ce sujet, l’impact que cela pourrait avoir sur l’image de marque du pharmacien est énorme, puisque son positionnement sera étiqueté pro-citoyen.

A noter que pour faire des propositions constructives on n’a pas besoin d’être forcément un as de la pharmacologie, le plus souvent, tout ce dont on a besoin c’est de bon sens et d’honnêteté intellectuelle.

       3- La pharmacovigilance :

           La pharmacovigilance est pour nous un terme générique, on devrait parler « des pharmacovigilances ». En officine la collecte des effets secondaires ne peut en aucun cas se faire sur le même schéma que dans un environnement hospitalier (c’est absurde). C’est pour cela qu’il est capital de développer notre propre réseau (en collaboration avec l’organisme national) avec un interrogatoire spécifique.

Avant d’arriver au centre de pharmacovigilance, les données collectées devront passer d’abord entre les mains de nos propres structures professionnelles qui vont les analyser afin de mettre en valeur au niveau médiatique le travail des officinaux, cette médiatisation aura un double avantage : d’une part valoriser le travail de l’officinal et partant, motiver ce dernier pour faire plus de déclarations.

 

      L’ensemble de ces dispositions tendrait à mettre en place un cercle vertueux, avec un travail officinal valorisé et un pharmacien qui se réconciliera avec les bases de son métier car on lui aura apporté de vraies raisons d’apprendre et de progresser dans son propre domaine. La caisse du pharmacien ne serait plus pointée du doigt vu qu’il apportera à la société une plus-value indéniable.     

Mais il est temps de se réveiller car tout cela, en réalité, n’est qu’un rêve … le rêve d’une profession qui n’existe pas et qui, vraisemblablement, n’existera jamais au vu de l’état lamentable des officinaux tant au niveau financier, qu’intellectuel, que scientifique. Un certain Albert Einstein disait « Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.», cette phrase devient terrible lorsqu’elle s’applique à ce qui devrait être l’élite du pays.       

Avec l’aimable collaboration de Dr Mouna

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 18:18

ASSOCIATION D’UN EMPLÂTRE RÉVULSIF

& D’UN DERMOCORTICOÏDE

UN SYSTÈME TRANSDERMIQUE LOW COST !

 

Rappels déontologiques :        

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

- Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons.

 

        A l’origine de cet article un billet, comme tant d’autres, que nous a adressé un de nos patients. Certains de ces billets se retrouvent dans la rubrique « Perle de comptoir », c’est  loin d’être le cas de celui-ci ; voyons voir ce qui a retenu notre attention cette fois-ci.  

12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE copie         

L’idée d’associer un emplâtre révulsif avec un dermocorticoïde mérite qu’on s’y attarde. Mais d’abord, il paraît élémentaire de présenter une analyse critique des produits cités, à la manière de PHARAMSTER.       

 

ANALYSE CRITIQUE DES SPECIALITES EN PRESENCE : 

    - Emplâtre Sedisol® 

    12-06-13-EMPLATRE---DERMOCORTICOIDE-Sedisol-Pharamaster.jpg 

    Selon Larousse un  emplâtre (nom masculin, latin emplastrum, du grec emplastron : modeler) est une préparation thérapeutique adhésive destinée à être appliquée sur la peau ou à être étendue sur des bandes de tissu (sparadrap).

Dans le cas présent, la composition de l’emplâtre est la suivante :

      Capsicum : dans la classification botanique des espèces végétales, le capsicum est un genre, "le genre Capsicum" qui  comprend les piments (au goût piquant) et les poivrons (au goût doux), ce genre appartient lui-même à la famille des solanacées (comme la tomate. Et forcement quand la pharmacie rencontre la cuisine cela donne une grande salade …).

L’objectif recherché à travers l’utilisation du capsicum n’est pas de relever le goût (bande de gourmands …), mais l’obtention d’un effet révulsif local

Révulsif : Procédé thérapeutique visant à provoquer une irritation cutanée locale afin de retenir le sang près de la peau (Larousse)

Le capsicum, ou capsicine, se trouve dans de vielles spécialités comme le Baume Sloan® ou le Baume Algipan®. Dans ces médicaments, il est associé à d’autres révulsifs comme le salicylate de glycol, le nicotate de méthyl ou même à l’histamine (...).

Mais ce qui importe c’est son association avec  des molécules myorelaxantes comme la méphénésine (cas du Baume Algipan®) ou encore des topiques analgésiques comme le salicylate de méthyle, qu’on retrouve justement dans notre emplâtre.

12-06-13-Salicylate-de-Methyl.jpg

         Associer un révulsif avec un antalgique local, parait une solution astucieuse pour accentuer l’effet de la molécule antalgique. En effet, la molécule révulsive, avec le massage en plus, crée une vasodilatation locale qui permet une meilleure pénétration de l’antalgique local. La sensation de chaleur comme la vasodilatation n’est qu’une conséquence de l’effet irritant de la molécule révulsive (le capsicum dans notre cas).                             

Outre le capsicum (révulsif) et le salicylate de méthyle (l’antalgique) on retrouve dans notre emplâtre l’oxyde de Zn (Kenta®) vraisemblablement utilisé ici comme un adoucissant.

Remarque générale au sujet de la chaleur :

La chaleur ne constitue en aucun un traitement anti-inflammatoire, bien au contraire, elle favorise l’installation de l’inflammation. Le véritable traitement anti-inflammatoire c’est bien entendu le froid qui bloque, lorsqu’il est appliqué rapidement après un choc, la mise en route du processus physiologique de l’inflammation.

Cependant, dans le cas d’une inflammation déjà bien installée, la chaleur apporte un certain confort, elle ne devient relativement utile que si elle s’accompagne de l’application simultanée d’un topique antalgique. La chaleur constitue en quelque sorte « un excipent » de l’action antalgique proprement dite. En disant cela, on montre par la même occasion, les limites de ce genre de remèdes   

 

   - Percutalgine Gel®

  12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE Percutalgine paharamste

 

Le Percutalgine® est un produit intéressant par l’originalité de sa formulation. Il est composé de :  

       - L'acétate de dexaméthasone (que vous connaissez bien avec le Decadron® qui cause des ravages dans la population …). La dexaméthasone est un dermocorticoïde d’activité modérée (Classe IV sur la base du test de McKenzi).

       - Le salicylamide est un antalgique salicylé. On a eu affaire à cette molécule au tout début du lancement  de ce blog ; en effet, elle entre dans la composition de la spécialité Rinomicine®. Remarquez que, là aussi, on utilise un salicylé à usage local comme dans notre emplâtre (Sedisol®), c’est intéressant à noter pour la suite.

12-06-13-Salicylamide.jpg 12 06 13 Aspirine et Saule Blanc Salix alba 2

 

 

 

 

Pour rappel, on vous laisse le plaisir de découvrir la différence entre ces molécules et  l’aspirine (l’acide l’acétylsalicylique)  grâce à cette illustration où on retrouve, par hasard, comme image de fond, un saule blanc (Salix alba).

  

 

   

Outre le salicylamide, ou retrouve encore ici dans le Percutalgine® le salicylate de glycole qui est révulsif comme vous le savez.

Au final, cette spécialité se résume à une association d’un anti-inflammatoire stéroïdien (dexamétasone) et d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS pour les intimes).  Notons par la même occasion la liste des excipients de cette spécialité :

 Nicotinate de méthyle, propylèneglycol, carbomère (carbopol 980 NF), trolamine, édétate disodique, éthanol à 96 %, eau purifiée.                      

Vous reconnaissez dans cette liste le nicotinate de méthyle : un autre revulsif, et surtout le fameux trio : eau, Cabopol et triéthanolamine (noter ici trolamine) qui sont à la base de la structure galénique de la majorité écrasante des  gels qu’ils soient cosmétiques ou médicaux.

 

DISCUSSION :

        Sur la base de ces données on peut légitimement se poser la question suivante : peut-on associer un emplâtre à base de capsicum et de salicylate de méthyle avec le Percutalgine® ?

 

       Sauf erreur de notre part (…), il n’y a pas de raison de contre-indiquer une telle association, elle paraît à nos yeux (aussi myopes soit-ils …) tout à fait recevable. D’autant plus que la forme gel, n’étant absolument pas grasse, l’adhésion de l’emplâtre à la peau n’est pas remise en cause.

 Il faut noter cependant que le RCP de la spécialité Percutalgine® mentionne que l’application de ce gel avec un pansement occlusif est une contre-indication. Ceci est valable pour beaucoup de dermocorticoïdes, cette contre-indication pourrait être levée, à notre avis, sous certaines conditions qu’on verra plus loin.               

En admettant que cette association soit recevable, elle devient de facto, sur le plan galénique, un système transdermique low cost, une sorte de charter transdermique à bas coût. Au niveau pharmacologique ce «système » pourrait être proposé comme un succédané à l’infiltration de corticoïdes, avec comme avantage le côté moins invasif et un coût abordable. L’indication cible serait les pathologies rhumatismales invalidantes des articulations. Les contre-indications sont évidentes : l’enfant de moins de 15 ans (pour cause de fragilité dermique), la peau lésée ou atopique, la femme enceinte … Etc.

Si le concept théorique paraît, pour nous, tout à fait intéressant, il nécessite toutefois la détermination de la posologie qui est fonction d’au moins 4 paramètres :

- La surface d’application

- La quantité de gel corticoïde à appliquer

- L’effet révulsif qui devrait être juste nécessaire pour une vasodilatation locale sans se transformer en une irritation trop agressive.

- Et enfin la durée d’application, cette durée ne doit pas être laissée au hasard mais déterminée de manière exacte afin d’assurer la pénétration totale du dermocorticoïde.

Tout cela nécessite à coup sûr des études sérieuses, pas forcement très couteuses, à la portée de nos universités et de nos laboratoires pharmaceutiques. 

 

       Mais de quoi je me mêle ?

    Être une force de proposition ou ne pas être        

       Limiter le rôle de l’officinal à la délivrance du médicament est une absurdité monumentale, cet acte est tout à fait réalisable par n’importe quel  technicien. Non, la société dans son évolution actuelle exige du pharmacien (bac +7) un rendement à la hauteur de ses études avec  en particulier des positions claires en ce qui concerne l’analyse critique et indépendante des médicaments et des thérapeutiques.

Mieux encore, le pharmacien sur le plan collectif doit se positionner comme un think tank du secteur de la santé : dynamique, constructif, intègre et volontariste. Tout en mettant le patient, autrement dit l’être humain, au cœur de son métier (et non pas le médicament … allons mais c’est stupide) il devrait être un partenaire à la hauteur scientifique et intellectuelle des autres acteurs de la santé en particulier des laboratoires pharmaceutiques.

Pour ce faire, il faudra mutualiser les intelligences, or tout ce qu’on mutualise aujourd’hui dans notre profession c’est la médiocrité scientifique, les egos surdimensionnés, la cupidité et la recherche immodérée du pouvoir. Notez que même la réussite des entreprises du médicament se base d’abord et avant tout sur la mutualisation des intelligences.    

      Discutez avec le responsable de la R&D chez Laprophan ou avec le directeur médical de Pfizer, Novartis ou tout autre laboratoire et vous verrez qu’à la moindre approximation, il (ou elle) vous fera un grand sourire, vous offrira un carton d’échantillons gratuits, vous donnera même un bon d’essence pour votre joli 4X4, et vous invitera aimablement à rejoindre votre officine en attendant le passage d’un sympathique délégué pharmaceutique qui vous fera des offres de marchés intéressantes , vous serez alors,« bien » informé, à grand renfort de brochures aux couleurs chatoyantes, de grandes affiches cartonnées et de présentoirs attrayants pour booster votre marchandising … Alors comblé ? Comment ne pas l’être ?  Toujours est-il  qu’au final, vous serez aux yeux de votre partenaire un parfait crétin scientifique dont la seule utilité se limite uniquement à la taille de sa caisse.                         

Avis du Dr Mouna :

     Je trouve extraordinaire et vraiment louable pareille démarche : décoller d’un vulgaire petit billet (comme on en reçoit pas mal !) écrit de manière approximative et/ou à la va- vite (qui ne nourrissait aucun espoir de finir ailleurs que dans une poubelle) et atterrir sur un concept tout à fait défendable et plausible : « Infiltration sans effraction » ! Il fallait y penser …

Amis futurs médecins et pharmaciens en herbe, voici un bon sujet de thèse : étudier le Percutalgine® sous l’effet occlusif de l’emplâtre , le comparer à une infiltration pure et simple de corticoïde en terme d’efficacité, de pharmacocinétique …bref de faisabilité en général ; je crois que ça peut se concevoir dans un service de rhumatologie d’un grand hôpital, les moyens humains ne manquent pas, peut être que là où le bât blesse c’est le coût du dosage du principe actif dans le sang pour juger de l’absorption du produit, mais on peut déjà essayer.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 19:43

CONSEIL OFFICINAL

LA PRÉVENTION DES INFECTIONS URINAIRES RÉCIDIVANTES

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Préambule :

              L’image présentée ci-dessus est une partie du tableau d’Eugène Delacroix « Femmes d’Alger dans leur appartement » (1834, Domaine public). Une œuvre qui nous a marqué par l’attitude entre ces deux femmes qui suggère le partage entre elles de confidences et de « petits conseils », la chicha, n’appartient pas à Marouan Chamakh, non c’est en fait une marque de la présence des Ottomans en Algérie pendant une longue période. Petits conseils : le parallèle est tout trouvé avec ceux qu’on délivre, souvent à voix basse, sur le comptoir des officines (admirer svp la transition …). Mais le parallèle s’arrête là, car les conseils en officine contrairement aux recettes de grand-mères, doivent se baser sur des analyses rationnelles, des statistiques éprouvées et des études approuvées et publiées par des revues sérieuses et d’envergure internationale. C’est ce qu’on tente de respecter dans le texte qui suit.        

  

           Suite à notre article au sujet du la spécialité Gynophilus® intitulé « Gynophylus utilisation et limites » qui a été très lu (même au niveau international) si on juge par vos commentaires.  

Durant les 30 derniers jours,  cet article a été lu plus 550 fois. Merci, en passant, entre autre à Google qui met notre article en première proposition, sans contrepartie,  à chaque fois que l’on tape le mot « Gynophilus ».  Une petite consécration pour PHARAMSTER  

On vous propose une série de conseils pratiques pour éviter les infections urinaires à répétition. Ces conseils s’inspirent directement de ceux diffusés dans la presse spécialisée canadienne, qu’on a corrélés avec les données d’une fiche « Info-Patients Prescrire » de la revue du même nom, datée du mois de septembre 2011.      

            Sur 10 femmes qui ont eu une cystite simple, 2 en auront au moins une autre au cours de leur vie. Gênantes, ces infections urinaires concernent essentiellement les femmes et peuvent rapidement devenir insupportables. Pourtant, des conseils simples suffisent pour se protéger contre ces désagréments. C’est un travail d’information et de communication typiquement officinal qui doit être basé sur des données rigoureusement établies et vérifiables.    

 

    1. Uriner régulièrement

     Si on souffre d’infections urinaires à répétition, il est important de penser à uriner fréquemment pour les éviter (environ 1 fois toutes les 3 à 4h). Il est fortement déconseillé de se retenir.

Pensez également à se décontracter au maximum afin de bien vider la vessie et de permettre ainsi une meilleure élimination des bactéries. C’est pour la même raison qu’il est recommandé d’uriner systématiquement avant et après chaque rapport sexuel.

     2. Avoir une bonne hygiène intime

     Avoir une bonne hygiène intime est primordial pour éviter le développement des bactéries. Il faut cependant être vigilant(e) et ne pas se laver plus d’une fois par jour avec un produit spécifique au PH acide (5 à 7), au risque d’abîmer la flore intime et de créer un terrain propice à la formation de bactéries. Les toilettes vaginales sont bien entendu à proscrire. Pendant les règles, veillez aussi à changer régulièrement de tampon ou de serviette.

     3. Boire beaucoup d’eau pour éliminer

     Boire beaucoup d’eau permet de prévenir les cystites à répétition et d’enrayer une infection urinaire déjà contractée.

L’avis du pharmacien : à ce sujet on ne peut que conseiller vivement une activité physique régulière. L’hydratation associée au sport permet une forme de « drainage hydrique » améliorant les performances globales du système rénal. Ne pas oublier de boire avant, pendant et après l’activité physique.     

      4. Eviter la constipation

     Pour prévenir les infections urinaires, il est important de veiller à ne pas être constipée. La stagnation des selles a tendance à favoriser le développement des bactéries qui peuvent migrer chez la femme vers les parois urinaires et créent des infections.

      5. Le jus de cranberry :

     Il s’agit du  canneberge à gros fruits un arbrisseau qui croît dans les tourbières des régions froides d’Amérique du Nord et d’Europe. Au Maroc on trouve des fois son jus dans certaines  grandes surfaces huppées.

Le cranberry diminue un peu le risque de récidive, selon la Revue Prescrire cette diminution est obtenue en prenant chaque jour 750 ml de jus ou de concentré de fruit. Faire attention au fait que le cranberry peut favoriser les saignements chez les personnes prenant des médicaments antivitamine K (interaction médicamenteuse)

La presse canadienne conseille de prendre 80 à 160 ml de jus de canneberge pur ou 300 à 400 mg d’extrait solide à raison de 2 fois par jour.

L’avis du pharmacien : on est en présence ici d’un complément alimentaire, qui pour une fois, a un intérêt démontré. Cela dit, cette utilité ne devient intéressante réellement pour le patient marocain que si le prix reste raisonnable.     

 

  

Tel que présenté ci-dessus, la question des cystites récidivantes peut paraître simple. En réalité c’est loin d’être le cas. Dans une logique déontologique, nous estimons que ces conseils doivent être appréhendés à l’aulne des divers écueils.

 

Mise au point : Infections urinaires et pyélonéphrites  

      Les infections urinaires « basses » ou cystites, sont limitées à la vessie. Les infections urinaires dites « hautes », ou pyélonéphrite, atteignent le rein. Ces infections, généralement dues à des bactéries, peuvent être récentes (aiguës) ou prolongées (chroniques).

On reconnait une cystite aiguë simple lorsque :

- depuis moins de 3 jours, les urines sont anormalement fréquentes, et uriner est difficile ou douloureux ;

- chez une femme de plus de 15 ans (jamais un enfant ou un homme), qui n’est pas enceinte, qui n’a pas eu d’autre infection urinaire depuis 3 mois, et qui n’est pas atteinte d’une autre maladie augmentant les risques (diabète, insuffisance rénale, immunosuppression …)

- il n’y a pas de démangeaisons de la vulve ou du vagin, ni de signe faisant craindre une infection du rein (fièvre, frissons, nausées, vomissements, mal de ventre ou de dos).

 

Selon la Revue Prescrire, lorsque tous ces critères sont réunis, le diagnostic est certain à 95%, et aucun examen corporel ou autre (analyse …) ne permet d’avoir une meilleure certitude.

La revue préconise un traitement essentiellement court :

Sans traitement, les cystites aiguës simples guérissent dans 50 % à 70 % des cas, mais seulement au bout de plusieurs semaines ou mois.

Un traitement antibiotique de un à trois jours suffit en général à accélérer la guérison. A condition qu’il s’agisse vraiment d’une cystite simple, datant de moins de trois jours.

 

Attention à la pyélonéphrite :

La pyélonéphrite est une infection des reins, elle est à craindre quand certains symptômes s’ajoutent aux troubles urinaires : fièvre élevée avec frissons, nausées ou vomissements, mal au ventre ou aux reins.     

Une infection du rein peut évoluer vers un abcès du renal, une infection grave généralisée (septicémie) ou une atteinte sévère du fonctionnement du rein. Pour diminuer ces risques, un traitement antibiotique relativement prolongé, répondant aux résultats d’une analyse des urines (ECBU), est justifié.

 La revue conclue à ce sujet « En cas d’infection urinaire, mieux vaut donc consulter rapidement. Soit pour mettre en route un traitement de courte durée en cas d’infection aiguë simple, soit pour diminuer le risque d’aggravation en cas d’infection urinaire plus sérieuse. »

  

 Conclusion :

       Au Maroc, face à aux signes d’une infection urinaire, le reflexe classique des officinaux est de proposer d’emblée, et de manière souvent abusive,  de la nitroxoline (Nibiol®, devenu au Maroc Nabyol®). Le terme « antiseptique urinaire » utilisé par le marketing pharmaceutique est un non sens pharmacologique. La nitroxoline est bel et bien un antibiotique dérivé des oxyquinoléines, son usage doit répondre à des critères rationnels.

      Faire la distinction entre cystite et pyélonéphrite est fondamental. Mais encore, si en Europe et au Canada la conduite à tenir officinale est claire, la réalité marocaine exige, elle, une démarche adaptée basée sur un consensus pluridisciplinaire permettant au mieux de prendre en charge la patiente marocaine dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité possibles. Encore faut-il avoir des congrès indépendants de la pression des laboratoires où la parole est libre, où la difficulté et les paradoxes de notre pratique quotidienne s’expriment clairement, sans détour, ni contrainte, ni langue de bois. Un seul leitmotiv notre apport réel au patient : rigoureux, efficace et  intègre. C’est ce qui objective devant le reste de la société notre rémunération qui être sans remise, ni ristourne, ni toute autre concession stupide.       

Sources :

- « Patients ayant une infection urinaire » Rev Prescrire 2011 ; 31 (338 suppl. interactions médicamenteuses).

- « Cystite aiguë simple de la femme jeune »   Rev Prescrire 2003 ; 23(241) pages 532-534

- « Histoire naturelles des infections urinaires bactériennes simples » Rev Prescrire 2007 ; 27(280) pages 118-122

- « Cranberry et infections urinaires » Rev Prescrire 2007 ; 27(286) pages 595-597

- « Infections urinaires simples : un traitement court même chez les femmes âgées » Rev Prescrire 2009 ; 29(311) page 691

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 17:14

CAS D’OFFICINE

NÉFOPAM & LE PAIN BÉNI*

NÉFOPAM [ACUPAN®] UTILISATION HORS AMM

D’UNE FORME INJECTABLE EN SUBLINGUAL

 

*Amen dirait l’autre ! 

 12 05 26 ACUPAN ET LE PAIN BENI copie

Source image de fond Flikr, ania♥ in Morocco for a while. Photocomposition Pharamster © mai 2012

 

Rappels déontologiques :          

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas.

Avertissement : Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.   

- Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue (cliquer), Loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, PHARAMSTER reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous

Préambule :

      Ce cas d’officine, que nous avons le plaisir de vous présenter, émane de ma consœur Dr Mouna qui l’a rédigé et qui nous offre ici un travail bien recherché et un exemple de démarche officinale rationnelle qui est la base d’une formation continue solide, rigoureuse, indépendante et intègre.

 

Il y a quelque jours, nous avons reçu l’ordonnance suivante :

 

Acupan inj :         1amp / j

Sirdalud :             1cps / j 

Vitanevril :            1cps 3 x / j

Dr Flana Bentflane 

 

- Acupan® inj,  DCI : néfopam, analgésique central non opioîde

- Sirdalud® , DCI : tinazidine, c’est un  Myorelaxant

- Vitanevril® , DCI : benfotiamine, dérivé thiaminique(vit B1) il est indiqué dans les douleurs d’origine nerveuse.

 

Prescripteur : rhumatologue exerçant dans le secteur privé.

Contexte : Patiente âgée d’une soixantaine d’années se plaignant de douleurs musculaires.

Analyse critique :

       Jusque là, tout est normal sauf que, au moment de délivrer les médicaments , la patiente précise qu’elle a reçu l’Acupan® en échantillon de la part du médecin et que celui-ci lui aurait demandé de vider l’ampoule sur un morceau de pain et de le laisser fondre dans la bouche. Pensant que la malade avait mal compris les directives du prescripteur, nous avons contacté ce dernier pour en avoir le cœur net.

En effet, le médecin persiste et signe, ajoutant même qu’il recommande souvent d’utiliser cette voie d’administration ; la patiente avait donc bien compris le message, nous l’avons alors exhortée à appliquer ce qu’on lui avait demandé de faire et nous nous sommes promis d’entamer les « investigations » qui s’imposent.

Présentation du néfopam [Acupan®] :

        Médicament déjà relaté sur PHARAMSTER dans un article daté du 23 février 2009, intitulé :

Place du nefopam injectable Acupan® dans l’arsenal des thérapeutiques antidouleur  (cliquer sur le titre)

- Analgésique non morphinique, le néfopam possède une structure chimique non apparentée à celle des antalgiques actuellement connus.

- Il n'a aucune action anti-inflammatoire ou antipyrétique. Il n'entraîne pas de dépression respiratoire et ne ralentit pas le transit intestinal.
Il possède une faible activité anticholinergique.(RCP)

- Contrairement à ce qu’on a écrit en 2009, le néfopam doit être considéré comme un antalgique de palier I selon l’OMS en raison de son absence d’action sur les récepteurs morphiniques mais il a une puissance analgésique comparable aux antalgiques de niveau II.

Ce qui nous intéresse à présent c’est cette voie d’administration  peros hors AMM d’un produit destiné a priori, à l’usage injectable.

     La littérature qu’on a trouvé n’abonde pas sur ce sujet, en février 2008, le comité de transparence de la HAS (Haute Autorité de Santé) a émis un avis favorable sur le renouvellement de l’inscription de ce produit sur la liste des médicaments remboursables au vu du SMR (service médical rendu) en jugeant seulement le mode d’administration usuel de Néfopam : voie IM  et IV.

     Bien qu’hors AMM, la  voie d’administration peros de l’Acupan®, a été validée notamment par le CLUD (comité de lutte contre la douleur) du CHU de Toulouse en 2009 [2]. Le protocole préconise de verser 20 à 40 mg (soit 2 à 4ml ou encore une à deux ampoules) de Nefopam sur un sucre.
Par contre le début de l’effet antalgique du produit per os n’est constatée qu’après environ 30 mn et l’efficactité maximale au bout d’une heure seulement contre respectivement 15 et 30 mn pour la voie IV.

     Dans une thèse de médecine générale[1], une enquête  a été réalisée pour comparer l’efficacité, le délai d’action et la survenue d’effets indésirables entre les voies d’administration de l’Acupan®. Il en ressort qu’à efficacité  sensiblement égale, la voie sublinguale présenterait moins d’effets secondaires mais avec un délai d’action plus lent. Mais comme le précise l’auteur, cette enquête n’a pas la prétention d’être un essai clinique randomisé, loin de là.

A noter que les effets secondaires de néfopam classés par ordre de fréquence décroissante sont entre autres : somnolence, nausées, vomissements, sueurs,  vertiges, tachycardie, bouche sèche, rétention d’urine. 

Cette voie est, parait-il, de pratique courante bien que hors AMM ; toujours d’après l’auteur, les 2 seules études s’étant intéressées à la voie sublinguale concernent la pharmacologie expérimentale et  n’apportent pas d’éléments sur ses bénéfices cliniques.

Alors au final, les avantages de cette voie seraient de contourner la douleur au point d’injection (40% des cas dans la littérature), moins d’effets secondaires, et une efficacité bien que tardive, presque similaire à la voie injectable .

Discussion :

         La première interrogation qui vient à l’esprit des simples officinaux que nous sommes est : est-ce que le principe actif et les excipients de l’Acupan® sont compatibles avec la voie entérale ? autrement dit qu’en est-il de la pharmacocinétique du produit par voie orale ? La liste des excipients est simple : eau ppi, phosphate mono et disodique.

( J’ai trouvé un site d’infirmiers qui émettait la règle suivante, tenez-vous bien ! : tout ce qui est injectable peut être pris par voie orale !! alors pourquoi ne pas commencer par boire les fameuses insulines, ça nous évitera plein de tracas ! ).

Bien évidemment, nous n’avons pas la prétention de développer la cinétique de néfopam par voie orale, mais nous sommes en droit de nous poser des questions quant à la biodisponibilité, l’efficacité du médicament pris par cette voie, puisque sans AMM et donc sans contrôles. En d’autres termes, ce produit vaut-il la peine d’obtenir une AMM pour cette voie d’administration ? A quand des essais cliniques en double aveugle comparant ces 2 voies versus placebo et versus paracétamol par ex ?

L’avis de PHARAMSTER :

         Si l’usage du pain (aussi béni soit-il !) nous parait hasardeux, pour cause d’interaction avec le principe actif, la pierre jetée par le Comité de Lutte contre la Douleur (CLUD) du CHU de Toulouse, en proposant un antidouleur initialement injectable, en sublingual par simple imbibition d’un morceau de sucre, inaugure vraisemblablement toute une réflexion.

         Noter le fait qu’imbiber un morceau de sucre par une solution rappelle fortement la technique de fabrication des granules homéopathiques. Il est sérieusement imaginable d’avoir dans le futur une présentation sublinguale originale composée :

- d’une solution contenant le principe actif

- et d’une sorte de pate inerte, qui sera imbibée extemporanément de la solution précitée, et qui sera destinée à être mise sous la langue.

Les avantages d’une telle présentation : meilleure stabilité de la forme galénique, meilleure adaptabilité des doses, puisque le principe actif mis en solution sera utilisé en ml, la quantité utilisée sur la pate inerte sera donc variable.

Cette idée pourrait être intéressante pour certaines molécules à l’exemple du piroxicam (Felden Fast®) qui en sublingual apporte un plus indéniable.      

 

Sources :

1) T. HEISSAT « Traitement par néfopam des douleurs abdominales de l’adulte en médecine ambulatoire d’urgence par les praticiens de SOS Médecins 54 : Enquête de pratiques sur l’utilisation des voies injectable et sub-linguale. » Thèse de doctorat en médecine, FACULTÉ DE MÉDECINE DE NANCY, UNIVERSITÉ HENRI POINCARÉ, NANCY 1, soutenue le 06 novembre 2009.  

2)http://www.chu-toulouse.fr/-clud-prise-en-charge-douleurs-et-

3) http://www.esculape.com/medicament/Nefopam-Acupan.html

4) HAS, Commission de transparence. Avis  du 06 février 2008

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 19:28

REFLEXION

NOUS* & LE PARADOXE ALGERIEN

 

* Les marocains

12-04-30-Nous-et-le-paradoxe-algerien.jpg

 

Sources :

1 - FMI « Les plus grosses réserves de devises »  Le Soir Echos, N°1070, Page 11, du 30/04/2012

2 - M.A. Hafidi : « La facture pétrolière aggrave le déficit » Le Soir Echos, n°1082, page 10, du 17/05/12

3 - M.A.B. « 8% du PIB en déficit commercial ! » L’ECONOMISTE, n°3785, page 2, du 17/05/12    

 

           Frappant, c’est le moins qu’on puisse dire, ce classement des plus grosses réserves en devises,  même si c’est prévisible vu les énormes potentialités géologiques de l’Algérie.   

Le FMI a classé l’Algérie comme le pays le moins endetté des 20 pays de la région MENA (Moyen orient et Afrique du  Nord) pour l'année en cours, et le deuxième plus gros détenteur de réserves officielles de change après l'Arabie Saoudite, avec des prévisions de clôture de l'année 2012 de 205,2 milliards de dollars.

Le paradoxe algérien :

           Si l’Arabie Saoudite domine largement la région en termes de réserves de devises, elle reste néanmoins lourdement handicapée par le sous-développement du facteur humain pour des raisons historiques, géographique (enclavement …), et culturelles. Et c’est ces mêmes raisons (présence française, ouverture ancestrale vers la méditerranée depuis les romains, diversité culturelle) qui font que le potentiel humain de l’Algérie est largement favorable à un progrès socioéconomique soutenu par rapport à la majorité des pays du Golf.

L’Algérie est l’un des rares, si non le seul, pays de la région qui se caractérise par la concomitance d’une aisance financière manifeste et d’un potentiel humain indéniable. Malheureusement  cette spécificité n’est pas corrélée par les indicateurs classiques du développement économique humain. Ce qui laisse l’Algérie dans le peloton des pays sous-développés.

L’Algérie aurait due être, au moins, un leader régional incontesté et incontestable. Elle aurait due être la locomotive du progrès dans la région or c’est loin d’être le cas. Sur plusieurs indicateurs elle se retrouve soit au même niveau soit en deçà des autre pays maghrébins en particulier de la Tunisie d’avant révolution.

Les raisons du paradoxe :

            La culture politique algérienne de l’après colonisation est particulièrement dominée par l’esprit militaire avec une connotation mi-nationaliste, mi-religieuse, vaguement socialiste. Ainsi, en parlant de concurrence, on pense d’abord concurrence sur l’armement, là où le « civile » penserait commerce, industrie … On parlant de conquêtes extérieure, on pense espace vital et zone de sécurité, là où le « civile »pense exportations et marchés extérieurs.

Certes, cette culture politique est à la base une culture de révolution (pas forcement révolutionnaire) qui, indéniablement, fait  l’honneur de l’Algérie. Sauf que … pour que cette révolution deviennent créatrice de richesse et de progrès social il est nécessaire qu’elle se mue en une révolution citoyenne. Sauf erreur de notre part, cette mutation ne s’est jamais faite, et même les tentatives de transformation ont échoué du fait de l’extrémisme religieux des uns et le manque de flexibilité intellectuelle des autres. C’est ce qu’on a appelé ailleurs la plasticité dans la gestion de la chose politique qui est un élément managérial essentiel dans une société apaisée, dominée un esprit « civile ».

La gestion militaire, ou sous domination militaire, de la chose publique est clairement contre productive au niveau intérieur et elle implique au niveau extérieur des tensions maintenues même artificiellement, qui permettent de soutenir et de renforcer l’esprit de conquête et de révolution permanente d’un  point de vu militaire.

Et nous alors ?

12-04-30-le-deficit-commercial-marocain.jpg

             Le hasard des publications a fait que, l’Office des changes marocains a publié presque au même temps que ces données du FMI, les chiffres du déficit commercial marocain. On apprend ce qui suit [2,3] :

- Au terme des quatre premiers mois de l’année, le déficit atteint 64 milliards de DH.

- C’est 15 milliards de plus qu’en mars et 4 milliards de plus par rapport à la même période de 2011. Désormais, la facture du déficit commercial représente plus de 7,8% du PIB.                                                         

- « Même si la progression des importations ne représente plus le double de celle des exportations, elle reste tout de même plus importante que celle des nos ventes à l’étranger. En effet, lorsque les exportations progressent de 4,3%, les importations, elles, augmentent de 5,2%. Le même rapport est valable en valeur absolue. »

- Plus précisément : « A fin avril, l’import culmine à plus de 123 milliards de DH tandis que les exportations ne se sont élevées qu’à 60 milliards de DH. Résultat: un déficit commercial qui se creuse de 6%. »

- « La progression des importations reste en grande partie imputable à la flambée de la charge des produits énergétiques. »

L'avis de l'apothicaire du coin : Ce qui fait la richesse du voisin de l’Est, creuse dangereusement la balance commercial du côté de l’atlantique : l’énergie fossile. 

L’évolution de l’offre exportable du Maroc à fin avril fait ressortir les éléments suivants :

-  la poursuite de la diminution de 1,6% des expéditions de dérivés de phosphates à 10,4 milliards de DH. Les exportations de phosphate, elles, se maintiennent (+15,7%) à 4,3 milliards de DH. 
- Les produits alimentaires suivent un  trend baissier.

- La commercialisation de véhicules industriels à l’étranger a bondi de 62%, celle des voitures de tourisme a plus que doublé en raison probablement de l’effet Renault.

- Même tendance pour les expéditions d’huile de pétrole, lubrifiants, gas-oils et fuel-oils.

- Les exportations d’articles d’habillement, pour leur part, baissent pour ce qui est de la confection de vêtements à 6,5 milliards de DH. Les articles de bonneterie, eux,  progressent de 5,8%.

 12-04-30-le-deficit-commercial-marocain-detail.jpg

 

            Le paradoxe du côté marocain, c’est qu’avec ses difficultés financières de plus en plus sérieuses, la Maroc conserve globalement le même trend  des indicateurs de développement et des indices macroéconomiques ce qui laisse le pays presque au même niveau développement que son riche voisin de l’Est.

La question qui s’impose : Et si le Maroc avait eu la même aisance financière que l’Algérie aurait-il fait mieux que ce qu’elle fait ?

Certes c’est de la politique-fiction, cependant répondre à une telle question permuterait de mieux cibler le model de développement qu’on désire. En effet si le Maroc avait la même aisance financière, ce n’est pas sûr que cela révolutionnerait complètement son développement. Le scénario le plus probable serait, dit trivialement, que ceux qui volent quelques milliards aujourd’hui, voleraient quelques dizaines de milliards demain. Cependant la gestion « civile » de la chose publique au Maroc apporterait vraisemblablement un certain plus, par rapport au voisin de l’Est.

Comme concrétisation de ce « plus » on vous propose de lire ou de relire notre article daté du 22 mai 2010 intitulé « Maroc – Espagne : entre la confrontation des populismes et la course géostratégique au progrès » (cliquer sur le titre). On comprend facilement qu’actuellement, le choix de la violence et du militarisme est une option qui fait perdre de précieux points de PIB. Avec comme seul bénéfice la démagogie qui est le socle des analyses populistes.

L’usine Renault à Tanger vient corroborer encore plus cette réflexion. S’additionnant aux autres infrastructures de bases, le port de Tanger-med et la rocade autoroutière du Nord, ce tissu constitue en soi une arme redoutable

    - au niveau intérieur : désenclavement de larges régions, réduction de le la dépendance économique de la région vis-à-vis du cannabis, diversification des exportations.

    - au niveau extérieur : ancrage de la région sur la scène internationale, réduction de l’importance économique et géostratégique de Cebta et Melillia, ouvrant par là avec l’Espagne des rapports de forces basés plus sur l’économie et le progrès que sur l’unique puissance militaire. On sait ce que la guerre des Malouines a engendré.

 L’approche militariste en politique, apporte tout au plus une gloire éphémère à ceux qui la génèrent, elle reste néanmoins toujours néfaste pour la population qui en paye le prix fort en terme souffrance humaine et de régression économique.              

Sur le même thème lire : Maghreb : l’option pragmatique                        

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