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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:42

LECTURE OFFICINALE

INTÉRÊT DU MIEL DANS LES ÉPISODES DE TOUX NOCTURNE  CHEZ L’ENFANT DE MOINS DE 5 ANS

 

INTERET-DU-MIEL-DANS-LES-EPISODES-DE-TOUX-NOCTURNE-CHEZ-.jpg

Sources :

1 - Herman Avner Cohen, Josef Rozen, Haim Kristal, Yoseph Laks, Mati Berkovitch,  Yosef Uziel, Eran Kozer, Avishalom Pomeranz, and Haim Efrat  : « Effect of Honey on Nocturnal Cough and Sleep Quality: A Double-blind, Randomized, Placebo-Controlled Study » Pediatrics pré-publié en ligne le 06/08/2012

Référence bibliographique : Pediatrics peds.2011-3075; published ahead of print August 6, 2012, doi:10.1542/peds.2011-3075

2 - Recommandations  de l’OMS en 2008 au sujet du miel allez à la page 33 de fichier pdf  « Soins palliatifs : Prise en charge des symptômes et soin de fin de vie ». Autre texte à la page 23 de ce fichier pdf « RÉSULTATS DES ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES RELATIVES AU CONTRÔLE DES IRA EN BOLIVIE »  (IRA : Insuffisance rénale aiguë) 

3- Paul IM, Beiler J, et al. Effect of honey, dextromethorphan, and no treatment on nocturnal cough and sleep quality for coughing children and their parents. Arch Pediatr Adolesc Med. 2007 Dec;161(12):1140-6

4- Source image originale : "Miel y Cuchara" par Filmosofia, photocomposition PHARAMSTER.

 

          Quoi de mieux pour entamer cette nouvelle rentrée qu’un sujet mielleux tout en douceur. L’objectif de cette étude tout à fait sérieuse, randomisée et contrôlée en double aveugle, est d’évaluer l’effet du miel sur la toux nocturne et l’insomnie lors d'un épisode d'infection respiratoire haute chez des enfants âgés de 1 à 5 ans. Cette affection est un motif fréquent d’automédication et de conseil en officine. En tant qu’officinal cette étude nous interpelle naturellement d’autant plus que, depuis l’interdiction des mucolytiques chez l’enfant de moins de 2 ans, les solutions thérapeutiques pour cette tranche d’âge sont très limitées.

          L’utilisation du miel comme remède contre la toux chez l’enfant fait l’objet, depuis plusieurs années, de recommandations de la part de l’OMS [2,3], cependant ces recommandations ne reposent que sur un faible niveau de preuve d’où le peu d’intérêt qu’elles suscitent. Cette nouvelle étude vient à point nommé pour corroborer ces recommandations, il n’en demeure pas moins qu’elle supporte aussi certaines critiques, comme on le verra par la suite.              

 Méthode :

 - Étude randomisée et contrôlée en double aveugle

- Echantillon : 300 enfants  âgés de 1 à 5 ans présentant des symptômes d'infection respiratoire haute, depuis une période inférieure ou égale à 7 jours, avec toux nocturne mais n’ayant reçu aucun traitement (à part du paracétamol ou de l’ibuprofène) la veille de l’étude.

- Ces enfants ont été recrutés à partir de 6 dispensaires

- L’échantillon a été randomisé en 4 groupes pour recevoir, 30 minutes avant le coucher, 1 dose unique de 10 g de miel ou de placebo

> Groupe 1 : miel d'eucalyptus
> Groupe 2 : miel d'oranger
> Groupe 3 : miel de plantes labiées (thym, romarin...)
> Groupe 4 : placebo (extrait de sirop de datte).

- Cinq questions évaluant de manière subjective les symptômes de la toux et de l’insomnie ont été soumises aux parents avant l’intervention puis juste après. Les principaux critères de jugement étaient la fréquence et la gravité de la toux, le caractère gênant de la toux, et la qualité du sommeil de l'enfant et des parents

Les parents devaient répondre à ce questionnaire en attribuant une note de 0 à 6 en fonction de la sévérité des symptômes (0= absence, 6= extrême). L’objectif étant de comparer la modification de ces notes avant et après l’intervention.

Résultats :

- Pas de différence significative entre les 4 groupes avant l’intervention : les enfants âgés en moyenne de 29 mois, étaient malades depuis 2,8 jours, et la sévérité des symptômes était notée à 3,75/6 pour la toux et 3,70/6 pour l’insomnie chez l’enfant et les parents. 

- Après l’intervention, l’amélioration de la sévérité des symptômes (aussi bien de la toux que de l’insomnie)  était significative dans les 4 groupes mais de manière plus prononcée dans les 3 groupes « miel » (2 points en moins en moyenne) que dans le groupe placebo (1 point en moins en moyenne).

Conclusion des auteurs :

       Selon les auteurs, le miel, dans toutes ses variétés, est plus efficace que le placebo pour soulager les symptômes de la toux et de l’insomnie lors d’un épisode d’IRH chez l’enfant.

Cette étude vient renforcer la recommandation de l’OMS qui préconise l’utilisation du miel comme traitement potentiel contre la toux nocturne chez les enfants de plus d’un an.

 

L’avis du pharmacien :

       Malgré le sérieux incontestable de cette étude, il n’en demeure pas moins qu’il persiste quelques griefs :

              - la méthode utilisée pour évaluer l’effet du miel est largement subjective, puisqu’il s’agit d’une appréciation des parents des améliorations constatées chez leurs propres enfants ! Autrement dit l’amélioration annoncée n’a pas été constatée par un professionnel de la santé, ce qui laisse une grande marge de subjectivité. Même si cette subjectivité est réduite par l’appréciation avant et après administration du miel, elle reste à notre avis, assez forte, et elle ne permet pas de faire passer clairement le miel du statut d’aliment à celui de médicament.

             - L’utilisation d’une dose unique nous laisse perplexe, en effet une durée de 3 à 5 jours de traitement au moins aurait affiné davantage (dans un sens comme dans l’autre) les résultats obtenus.    

             - La composition même du miel pose aussi un problème : [Source principale : Santé Canada. Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2005]

> les sucres représentent plus de 80 % du miel : glucoses, lévuloses, fructoses, maltoses, saccharoses, mélézitoses ... . 
 > l'eau : 17 % environ. 
 > substances diverses : 3 % environ, dont des acides organiques et aminés, des sels minéraux, des matières volatiles qui donnent au miel son arôme, des pigments qui lui donnent sa couleur, des vitamines : B1, B2, PP..., des enzymes, des flavonoïdes aux effets antioxydants et toutes sortes d'autres substances. [Pour 15 ml de miel : Calorie 65 ; protéines 1,1 g ; glucides 17,7 ; lipides et fibres alimentaires 0 g]

De part sa composition complexe qui est variable d’un miel à l’autre, et d’une région à une autre, la reproductibilité à grande échelle des résultats de cette étude parait fortement aléatoire. Pour accéder à une telle reproductibilité, on devrait disposer d’un « miel standard », or c’est loin d’être le cas.

Autre problème posé par la composition du miel : le marché du miel est dominé, autant en Europe qu’au Maroc, par le miel chinois. Le problème est que ce miel, présenté sous divers emballage pompeux, est décrié de toute part pour sa mauvaise qualité et surtout pour la présence de substances dangereuses comme des antibiotiques, lire à ce sujet un document de 2002 de Santé Canada « Le Chloramphénicol dans les produits alimentaires »           

  Conclusion générale :

         A notre avis, malgré l’étude présentée ci-dessus, le miel ne peut être considéré comme un médicament. Il trouve sa place parfaitement comme alicament au même titre que les yaourts, l’huile d’olive, les omégas 3 …

 

Enfin, disons que :

       - grâce à son innocuité indéniable, hormis le fort apport en glucides qu’il faut rappeler aux diabétiques,

       - vu le peu de thérapeutiques disponibles contre la toux chez l’enfant de moins de deux ans

       - vu son efficacité probable dans le traitement des épisodes de toux nocturne chez les enfants de moins de 5 ans 

Le miel, à condition qu’il soit de bonne qualité …, constitue :  

       - un conseil officinal judicieux                    

       - un choix thérapeutique médical qui peut  être considéré soit comme une alternative crédible, dans les cas bénins, soit comme un traitement adjuvant des thérapeutiques actuellement disponibles.   

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 18:45

CAS D’OFFICINE

DEXAMÉTHASONE EN CONTREBANDE

K I N A T E   D E R D E G

 DEXAMETHASONE-DE-CONTREBANDE-packaging-copie.jpg

  

           En ce jour du mardi 21/08/2012, une dame, la trentaine d’années, s’est présentée à la pharmacie pour demander conseil au sujet d’un produit qu’elle a acheté au souk chez un aâtar (herboriste traditionnel marocain).

Ce genre de demande est classique dans notre officine vu qu’on ne rechigne jamais à donner l’information quitte à la chercher à posteriori ou à défaut, avouer honnêtement « je ne sais pas ». Du coup, la population de notre quartier s’en donne à cœur joie pour mille et une raison. Certes, d’une part  cela nous demande beaucoup d’effort  pour trouver les réponses appropriées (qui se retrouvent en partie sur ce blog) et d’autre part, cela  nous rapporte indirectement du cash dans notre caisse. Grâce à cet état de fait et au fur et à mesure, un climat de confiance et de respect nous lie à notre clientèle, ce qui a permis de placer l’officine comme référence locale pour une information de proximité, sérieuse, intègre et régulièrement mise à jour (du mieux qu’on peut). Par conséquent, la pharmacie réussit à  drainer un nombre respectable de nouveaux patients (l’achalandage) et de les fidéliser ; bref, assurer une bonne rentabilité par le savoir. Toutes les techniques de ventes et de marchandising qu’on vous prodigue dans les congrès des pharmaciens (plutôt des foires pour le marketing des laboratoires) sous le chapeau de la formation continue sont des absurdités monumentales pour crétins patentés, en particulier quand elles sont déconnectées de toute base scientifique sérieuse intègre et indépendante. Revenons aux données du cas présent :

- Le produit qu’on nous a présenté serait, selon son étiquette, de la déxaméthasone dosée à 0,5 mg par CP, comme pour l’ORADEXON ORGANON®  (14,30 DH boite de 20 CP) et le DECADRON® (21,50 DH boite de 20 CP). Il comporte le prospectus ci-après (cliquer sur l'image pour agrandir) :   

DEXAMETHASONE DE CONTREBANDE PROSPECTUS

- Les CP ont été conditionnés dans un flacon en verre teinté, d’une contenance de  100 CP.

- Ce produit a été acheté selon les dires de la dame à 100,00 DH.

- L’indication recherchée par la dame : prise de poids vu qu’elle se trouve maigre.

         Hasard de calendrier, ceci est véridique, une heure plus tard, une deuxième dame se présente avec le même produit. Cette dernière se l’est  procuré à travers une tierce personne de la ville d’Oujda (ville de l’Est du Maroc aux frontières avec l’Algérie), vraisemblablement du fameux Souk Elfellah. Le prix cette fois-ci est de 40,00 DH pour la même présentation. On apprend par la suite que c’est probablement ce produit qui serait appelé dans les couches populaires marocaines KINATE DERDEG, c'est une déformation à la marocaine du nom "DECADRON".   

Présentation d’un exemple de conduite à tenir officinale :

        Et bourkoi bas (pourquoi pas) ? Comme dirait l’autre. Oui, et c’est une bonne question  pour pharmacien, pourquoi le fait de prendre de la dexamétasone  pour grossir est une catastrophe, ce qui est une évidence pour tout pharmacien « normalement constitué » ne l’est absolument pas pour le citoyen de base. Face à une population à qui on a fait perdre le sens du respect des lois, le fait qu’il soit un produit tableau A n’a aucun intérêt, on est ici dans l’obligation de développer  des arguments simples et compréhensibles. Cet argumentaire n’a d’intérêt que si l’officinal jouit d’un aura positif et d’une confiance appréciable auprès de la population. Ci-après, un exemple d’argumentaire qu’on met en avant dans notre officine et que vous pouvez adapter en fonction de votre environnement :

        - Ouaaaa Lalla (chèèèère Madame) ce produit n’est pas un remède miracle puisqu’on l’a ici dans la pharmacie sous d’autres appellations. Il est à base de dexamétasone un corticoïde : le terme « corticoïde » est facultatif, cependant il s’avère parfois utile d’utiliser avec parcimonie un terme savant. Cela donne parfois de l’ascendant sur votre interlocuteur qui a tendance à tendre l’oreille, l’écoute, mais il ne faut pas en faire trop au risque de le perdre complètement.

       - La prise de poids constaté avec ce produit est un leurre, puisqu’il  s’agit en réalité d’une rétention d’eau. Autrement dit, l’eau qui allait passer dans les urines sera retenue dans le corps, ce dernier va gonfler et la peau sera tendue. Le pire c’est qu’à l’arrêt du produit, le corps perdra cette eau retenue, il se dégonflera comme peau de chagrin (l’expression n’existe pas en arabe, mais elle est parfaitement adaptée au cas présent) et justement, la peau présentera alors des vergetures. Au final, à l’arrêt du produit on aura non seulement perdu la prétendue prise de poids, mais on aura «gagné » en plus de « jolie » vergetures

      - Et bourkoi bas (pourquoi pas) ne pas l’utiliser tout le temps ? Et bien justement c’est là où on se fait avoir (pardonnez-moi l’expression, c’est pour la bonne cause), car l’utilisation continue sur de longues périodes d’un corticoïde aura comme effet :

 - de favoriser l’apparition du diabète : ajouter « allah yester » (que Dieu nous préserve), l’insertion d’expressions religieuses dans un discours permet un meilleur contact avec les gens, faisant appel par là à leur inconscient mystique. Oui, paradoxalement on peut défendre parfaitement des arguments rationnels en jouant sur la fibre irrationnelle de vos interlocuteurs.       

- de fragiliser l’os avec les fractures qui l’accompagne : c’est l’ostéoporose pour les intimes, insister plutôt sur le terme « fracture » qui est mieux perçu que l’expression « fragilité osseuse ». Si vous parlez de densité osseuse là vous êtes mort !

- de favoriser l’hypertension artérielle : pas besoin d’artifice, ça marche tout seul

- de baisser l’immunité et de favoriser les infections : le terme immunité (almanaâ en arabe) sonne parfaitement bien, puisqu’on surfe ici vaguement sur des notions de sida, ça percute …

- En cas d’arrêt brutal du produit, il y a un risque énorme de mort imminente:  laisser toujours cet argument  pour la fin, l’objectif étant de terminer en apothéose. Pour ceux qui l’auraient oublié (pour cause d’abus de congrès pseudo-pharmaceutiques financés par les laboratoires), un arrêt brutal d’une corticothérapie de plus de 10 jours peut déterminer une  insuffisance corticosurrénalienne aiguë du fait d’une mise en repos prolongé de la glande surrénale, pour plus d’information vous pouvez consulter cette page sur le site Urgence On-line « Insuffisance surrénalienne aigüe »       

       Aaa Si Dictor (Mr le Docteur !) puisque ce produit a de tels effets, pourquoi il est vendu en pharmacie ? Excellente question à laquelle on est obligé de répondre le plus clairement possible :

       - la dexamétasone comme tout médicament digne de ce nom, est d’abord un poison qui trouve son utilité dans des cas bien précis que seul le corps médical est à même d’apprécier.

      - les effets secondaires précités sont très fortement diminués par les protocoles thérapeutiques adoptés 

      - une prescription de courte durée (moins de 10 jours) n’a presque pas d’effets secondaires

      - quand une prescription de corticoïdes à long terme est nécessaire (plus de 15 jours), il faut savoir qu’il y a des règles strictes à respecter (régime sans sel, sans sucre et arrêt par paliers afin de laisser le temps à la corticosurrénale de reprendre ses secrétions de cortisol)

      - Enfin, l’utilisation de la dexaméthasone, comme tout médicament digne de ce nom, se justifie par l’appréciation du rapport pour le patient du bénéfice / risque. Il faut savoir que, contrairement à ce que distille une partie du marketing pharmaceutique, le « risque » est constitutif du médicament. C’est pour ces raisons qu’on a besoin du médecin qui doit non seulement diagnostiquer une situation donnée mais aussi justifier le risque potentiel couru par le patient du fait d’une thérapeutique donnée.

Que peut-on faire collectivement ?

    Entre l’herboriste et l’autre  

         La présence d’un tel produit au niveau des herboristeries traditionnelles marocaines (mon Dieu la tradition ?!?), est le signe d’un trafic international qui vraisemblablement, n’implique pas que des petits contrebandiers transfrontaliers, mais plutôt des réseaux criminels structurés.

On peut demander la condamnation de l’herboriste du coin, celle de ses fournisseurs et même celle des fournisseurs de ses fournisseurs, il n’en demeure pas moins que les vrais criminels sont ceux qui, à tous les niveaux, savent (et ils sont nombreux …) et qui laissent FAIRE par laxisme, par intérêt pécuniaire ou du fait d’une conjoncture politique donnée (lutte contre le chômage … !). Ceux là sont les véritables criminels qui ne sont malheureusement  que rarement touchés, pour la simple raison, qu’ils sont en partie dans l’ossature de l’Etat.  

    Et nous alors ?

        Doit-on pour autant, en tant qu’officinaux, baisser les bras ? Pas du tout. Et là il y a deux façons de faire :

           - On peut se présenter comme des victimes, arguant le manque à gagner pour les pharmaciens, la concurrence déloyale et la paupérisation des officinaux. Mettre l’aspect économique en avant est, sauf erreur de notre part, totalement contre productif du fait du manque d’empathie vis-à-vis des officinaux. En effet, les couches populaires considèrent ces derniers comme des nantis alors que les élites et l’intelligentsia les considèrent comme des sangsues du système de santé sans réelle plus-value. Et ceci, d’autant plus que la rue marocaine ne s’émeut plus ni du sort des ouvriers de Jerada, ni de celui des diplômés chômeurs (à tort ou à raison), ni des dizaines de morts quotidiens sur les routes marocaines.

L’âme du marocain a été progressivement lessivée depuis l’aube de l’indépendance par une corruption endémique et par l’absence de projet de société cohérant. Le marocain d’aujourd’hui s’emporte plus par la défaite d’une équipe de foot que par l’injustice sociale. A ce propos, l’univers du football marocain est un condensé de la société marocaine d’aujourd’hui avec des dirigeants analphabètes et corrompus, des joueurs qui ne sont porteurs d’aucune valeur à part celle de l’agent et un public à majorité de voyous (la violence récurrente dans les stades en atteste). Dans ce magma évoluent des gens simples, gagnant bien leur vie ou pas, qui vivent en priant le tout puissant (l’Etat étant démissionnaire) de protéger leur famille et en essayant, autant que faire se peut, de rester honnêtes par rapport au peu de valeurs qui nous restent. La valeur refuge par excellence reste la religion, qui elle-même est vidée de tout sens de progrès et dont on ne retient finalement que des traditions anachroniques, désuètes et contreproductives.     

Dans un tel contexte, la paupérisation de l’officinal est le dernier des soucis et de la population et des décideurs.    

          - Face au problème posé par cette dexaméthasone de contrebande, la réplique du corps officinal devrait être beaucoup plus pertinente. Elle devrait s’articuler, sauf erreur de notre part, autour de 2 points diligentés par les diverses instances représentatives :

   1- Une prise de conscience des pharmaciens eux-mêmes et de leurs collaborateurs du problème posé par l’usage abusif des corticoïdes. Commençons d’abord par balayer devant chez nous avant de faire la leçon aux autres. Cette prise de conscience n’est possible qu’à travers des réunions régionales secteur par secteur (pas de congrès …) où la parole serait parfaitement libre et où on se dira les 4 vérités en face, à partir de là se dégageront de façon automatique les éléments d’autorégulation. Il faut dire que pour une société donnée « l’autorégulation » est toujours plus rentable qu’un système de contrôle – sanction, en particulier dans une société aussi corrompue que la nôtre.

   2- Mettre en place une communication qui vise à alerter la population des dangers de la corticothérapie sauvage. Nos officines, en elles-mêmes, constituent un outil de communication de proximité exceptionnel, qui n’est exploité que par le marketing des laboratoires pharmaceutiques (Cf. les grandes affiches, PLV ...). Le rêve … serait qu’au sein de nos instances représentatives, il y ait un département chargé de la  communication médicale grand-public. Il aura pour charge de développer des affiches (non sponsorisées), des outils didactiques à utiliser par les pharmaciens, et des campagnes médiatiques, en collaboration avec des partenaires de la société civile comme l’association AFAK par exemple.

Ci-dessous une affiche en arabe réalisée avec la participation effective de mes collaborateurs (qu’ils en soient remerciés), elle est simple, en noir et blanc, imprimable sur ¼ de feuille papier A4, vous pouvez l'adapter à votre environnement. Notre petite expérience montre une excellente réceptivité des patients. Cela démontre que, pour faire un geste citoyen responsable on a besoin de peu de moyen et de beaucoup d’intégrité intellectuelle. Cliquer sur l'image pour agrandir :

FICHE-DE-CONSEIL-EN-ARABE-CONTRE-L-USAGE-ABUSIF-DE-CORTICOI.jpg             L’ensemble de ces actions aura pour effet d’installer le corps officinal dans une logique citoyenne, cette position sera beaucoup plus confortable pour défendre les revendications matérielles légitimes des officinaux. Encore faut-il faire l’effort intellectuel nécessaire pour comprendre que le cœur de notre métier n’est ni le médicament ni la caisse mais bien entendu le patient.

Cette deuxième démarche n’est qu’un rêve qui, au vu de la déliquescence des officinaux d’aujourd’hui, devient une chimère. Mais bon le rêve nourrit l’espoir … il maintient aussi la capacité de travail pour les petites gens besogneux que nous somme.

PS : Ce texte a été rédigé avec beaucoup de cœur. Que l’on nous pardonne si on s’est trompé, mais si par un heureux hasard on avait raison, on ose espérer que cette raison puisse réveiller quelques consciences, c’est tout le bien qu’on souhaite. PHARAMSTER     

Relu et commenté par Dr Mouna, Pharmacienne d’officine

Rédaction Amster

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Published by Amster - dans CAS D'OFFICINE
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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 18:14

LECTURE OFFICINALE

 JEÛNER

UN MOYEN DE LUTTE CONTRE LE CANCER !

 

Le Jeûne et cancer 

Sources principales : 

1- Longo VD* et al. «Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy. » Sci Transl Med. 2012 Mar 7;4(124):124ra27. Epub 2012 Feb 8.

* Andrus Gerontology Center, Département des sciences biologiques, Norris Cancer Center, Université de Californie du Sud.

2- Odile Capronnier « Le jeûne est une arme contre le cancer » Science & vie, n°1137, pages 88-91, juin 2012

3- Btissam ZEJLY « Ramadan propice à la hausse des dépenses » L’Economiste n°3842 p14 du 07/08/12.

 

        Cette lecture officinale se base sur le travail d’une équipe de l’université Southern California. Menée par Valter Longo, cette équipe s’intéressait à la base à l'allongement de l'espérance de vie « elle testait l'hypothèse qu'une restriction calorique contrecarre certains effets du vieillissement. En réduisant l'apport en nourriture sur de longues périodes, voire tout au long de la vie, chez différents animaux (drosophile, souris, singe...) l’équipe Valter Longo découvre alors qu'une privation, brève mais totale, de nourriture a aussi un effet sur les cellules... mais qu'il n'est pas le même selon leur type. Ainsi, les cellules cancéreuses semblent plus sensibles que les autres au jeûne»[2]

Méthode :

Les chercheurs ont utilisé un modèle à base :  

        - Des cellules de Saccharomyces cerevisiae génétiquement modifiées exprimant le RAS2 oncogène-like (val19) sensible au stress oxydatif

        - 15 lignées de cellules cancéreuses de mammifères

Ces cellules ont été soumises à des cycles de privation nutritionnelle  puis traitées par des anticancéreux.

Les chercheurs ont aussi utilisé un modèle murin de neuroblastomes  leur appliquant des cycles de privation nutritionnelle associés à la chimiothérapie. (Modèle murin : modèle d'expérimentation animale utilisant la souris).

Dans un deuxième temps, certaines de ces cellules tumorales actives ont été greffées sur des souris, à qui on a appliqué des cycles de jeûne.     

Résultats :

        - Sur des lignées de cancer du sein : après 48 heures de jeûne (24 heures avant et 24 heures pendant le traitement), le taux de survie des cellules tumorales passe de 100 % à moins de 30 %  [2]

         - In vivo, les chercheurs greffent chez des souris des tumeurs dont ils mesurent ensuite l'évolution. Dans le cas de tumeurs mammaires, les animaux jeûnent pendant deux cycles de 48 heures, séparés par huit jours d'alimentation normale. Un mois après, la taille de la tumeur se trouve réduite de moitié par rapport aux rongeurs nourris en continu [2]

         - Ces résultats s'avèrent encore plus spectaculaires lorsque les deux stratégies, jeûne et chimiothérapie, sont combinées : les souris présentent des tumeurs qui font à peine un quart de la taille de celles des souris témoins [2]

         - Même dans le cas de cancers métastatiques, pourtant les plus difficiles à combattre, de courtes périodes de jeûne potentialisent l'effet des chimiothérapies.

         - Dans le cas de neuroblastomes métastasés, 100 % des souris non traitées meurent avant 40 jours, contre 90 % de celles soumises à une chimiothérapie seule. A l'opposé, plus de 40 % des animaux ayant combiné deux cycles de jeûne et de chimiothérapie sont vivants trois mois après le début des traitements... [2] 

 

          Globalement, les auteurs estiment que les cycles de privation nutritionnelle étaient aussi efficaces que les agents anticancéreux pour retarder la progression de différentes tumeurs. Par ailleurs, ces cycles de jeûne ont permis une augmentation de l'efficacité des médicaments contre le mélanome, le gliome, et les cellules cancéreuses du sein.

Au niveau des cellules cancéreuses du sein, une privation nutritionnelle de courte durée entraine des modifications enzymatiques (en particulier au niveau de la Caspase) endommageant l’ADN des cellules cancéreuses qui finissent par déterminer une apoptose (suicide cellulaire).        

Conclusion des auteurs :

Ces études suggèrent que plusieurs cycles de jeûne favorisent une sensibilisation différentielle d’un large éventail de tumeurs. Cette méthode  pourrait potentiellement remplacer ou augmenter l'efficacité de certains agents de chimiothérapie dans le traitement de divers cancers.

 

     Explications :

      « Tandis que la privation de nourriture provoque un arrêt de la division des cellules saines, qui adoptent une "attitude de protection" face au stress oxydatif (la cascade de réactions induites dans la cellule agressée), les cellules cancéreuses, au contraire, activent des réactions qui amplifient les effets du stress dû au manque de nutriments. Ce qui, in fine, les affaiblit encore plus. » [2]

     Odile Capronnier dans son article paru dans S&V ajoute : « Les cellules tumorales activent des gènes spécifiques, les oncogènes, qui, dans des conditions normales, leur confèrent un avantage pour croître et se diviser très rapidement. Or, dans un milieu appauvri, ces oncogènes deviennent un handicap, certains d'entre eux empêchant la cellule cancéreuse de passer en "mode résistance" Ainsi, soumises aux cocktails de médicaments utilisés dans les chimiothérapies, les  cellules tumorales normalement nourries résistent bien ; tandis qu'affamées, elles deviennent beaucoup plus sensibles à la toxicité du traitement »

     En clair, l’efficacité du jeûne repose sur la différence de métabolisme entre les cellules saines, capables de s’adapter à la privation de glucose, et les cellules cancéreuses, qui en sont dépendantes.
L’association du jeûne avec les chimiothérapies anti-cancéreuses va amplifier l’effet cytotoxique de manière spécifique vis-à-vis des cellules cancéreuses.

Une courte durée du jeûne (2 à 3 jours) ne suffit pas à affaiblir l’organisme, mais suffit par contre à faire passer le métabolisme des cellules saines en mode de « diète cétogène » : les tissus n’utilisent plus le glucose pour fonctionner, mais les corps cétoniques issus de l’utilisation des réserves graisseuses (lipolyse). Or, selon Valter Longo, les cellules cancéreuses n’apprécient pas ce nouveau carburant !
A ce stade, l’arrivée des drogues anti-cancéreuses semble alors beaucoup plus préjudiciable pour les cellules cancéreuses que pour les cellules saines. Source :
M. Lallement  

N;B : En 2007 déjà David Servan-Schreiber chercheur en neurosciences dans son livre  Anticancer[  Ed. Robert Laffont] disait que « le cancer se nourrit de sucre », l’ingestion de  sucre induit une sécrétion massive d’insuline qui a un effet prolifératif reconnu. Il devient alors plausible qu’une restriction hydrocarbonée soit en faveur d’un blocage des cellules cancéreuses.           

     L’avis du pharmacien :

    Outre la revue Science et Vie, cette étude a été rapportée, entre autres, dans le journal Le Monde du 08/02/12 sous le tire  « Le jeûne, nouvelle arme de lutte contre le cancer ? ».

Par ailleurs, le travail de Valter Longo a été brillamment commenté par  Christian Linard Professeur à l'Université du Québec et Directeur du Laboratoire LSIA dans article intitulé « Le jeûne aussi efficace que la chimiothérapie pour lutter contre le cancer »   

On est ici loin d’une étude farfelue ; d’autant plus que ce travail n’est autre que la suite de plusieurs études antérieures (depuis 2008) du même auteur et de son équipe, entre autres :

- En 2009 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »   

- En 2009 : « Reduced Levels of IGF-I Mediate Differential Protection of Normal and Cancer Cells in Response to Fasting and Improve Chemotherapeutic Index »   

- En 2010 : « Fasting and differential chemotherapy protection in patients »       

- En 2010 : « Reduced IGF-I differentially protects normal and cancer cells and improves chemotherapeutic index in mice » 

- En 2011 : « Fasting vs dietary restriction in cellular protection and cancer treatment: from model organisms to patients »

- En 2011 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »

Si la véracité des résultats de cette étude est indéniable, des questions restent en suspens : Quelle est la durée optimale du jeûne? Ses bienfaits persistent-ils après la reprise d'une alimentation normale? 

      Pascal Pujol, cancérologue au CHU de Montpellier, reste prudent: "Ces résultats sont prometteurs. Mais avant de passer à l'application clinique, nous avons besoin de définir des stratégies précises. Faire jeûner un patient au cours d'un premier cycle de chimiothérapie ne semble pas trop risqué. C'est moins évident pour des patients atteints de cancers métastasés, déjà affaiblis par la maladie et le traitement." [2]

Il est clair que des études avec de grandes séries sont nécessaires pour, d’une part déterminer les stratégies à suivre et d’autre part, valider sur le plan clinique les résultats de l’équipe de Valter Lango.

En tout état de cause, ces études montrent que le jeûne peut avoir un intérêt sûr pour la santé, contrairement à l’avis d’un certain nombre de scientifiques, dont un exemple est à lire sur ce blog dans un article mis en ligne le 15/08/2011 intitulé « Le jeûne & la santé »        

Le jeûne entre réalité scientifique et approche irrationnelle :

    Ces résultats aussi préliminaires soient-ils, sont déjà exploités par diverses structures peu sérieuses médicales paramédicales ou de médecine alternative, en Russie et en Allemagne (entre autres) à des fins thérapeutiques et de bien-être avec des arguments du genre « détoxification du corps ».

Il faut savoir que le terme « détoxification » est un terme fourre-tout, qui devient un non-sens pharmacologique utilisé pour justifier tel ou tel cure ou remède.

Le Larousse rapporte uniquement le terme de détoxication : « Processus par lequel l'organisme inactive les substances toxiques d'origine interne ou externe. Il  se produit essentiellement dans les cellules hépatiques. » C’est un processus physiologique classique qui ne supporte aucune spéculation ou surenchère.

En principe le jeûne, du fait de la déshydratation, accentue même la concentration de diverses molécules (toxiques ou non) dans le corps, d’où le fait de déconseiller la pratique du sport et du jeûne comme on l’avait dit dans notre article « Le jeûne & la santé »    

      La réflexion de l’apothicaire : Et de la religion !

      La pratique d’une diète restrictive (jeûne) est largement diffusée dans plusieurs cultures (les Hounzas du Karakoram, les Abkhases du Caucase russe, ou en Équateur  …).

Dans les trois grandes religions monothéistes on retrouve bien entendu la pratique du jeûne, le taanit chez les juifs, le carême chez les chrétiens et le ramadan chez les musulmans, avec comme objectif global, indépendamment des rites, la pénitence et la recherche du pardon.

      Les protocoles de jeûne en cours d’étude par l’équipe par Valter Lango sont loin des pratiques religieuses. Dire que la pratique du ramadan prévient ou traite une maladie comme le cancer est un raccourci facile que n’hésiteront pas à prendre des personnalités d’obédience religieuse, mystique voire sectaire (irrationnelles par essence). Néanmoins, il pourrait être possible dans une certaine limite d’adapter les pratiques religieuses afin qu’elles répondent à des exigences avérées de prévention sanitaire.              

      Le ramadan : le paradoxe marocain  

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      La pratique d’une diète restrictive (avec les rites afférents) peut être comprise à l’heure actuelle comme une contre-réaction vis-à-vis de la société de surconsommation dans laquelle on beigne aujourd’hui. En cela, le jeûne devient un concept réellement moderne à condition qu’il s’accompagne d’une baisse globale de la consommation autant alimentaire qu’énergétique. Cette baisse est en parfaite adéquation avec les préceptes religieux d’humilité et de modération … d’une part et d’autre part, avec le concept écologique de décroissance contrôlée  (certes discutable …) qui implique des économies d’énergie, d’eau et une baisse draconienne des déchets.

C’est tout le contraire qui se passe au Maroc en ce mois sacré (un sacré mois) où la consommation des ménages frôle l’hystérie. En effet, dans un article du journal L’Economiste [3], cette augmentation de la consommation est chiffrée à 1500,00 DH par ménage. Ce qui est énorme par rapport au niveau moyen de la population.

Cette augmentation n’a aucun justificatif religieux, c’est plutôt lié au fait que le marocain festoie pendant 30 nuits avec des orgies alimentaires nocturnes qui dépassent de loin le cadre de la compensation de la privation diurne !

Par ailleurs, cette augmentation de la consommation s’accompagne, comme le montrait un article du journal L’Economiste*, d’une baisse de la productivité industrielle. Autrement dit, on consomme plus et on produit moins. La baisse de la productivité industrielle, logique au vu du stress métabolique que subit le corps qui jeûne (en particulier au cours la première moitié du mois de ramadan), aurait put être sans conséquence si elle était corrélée à une baisse de la consommation. Sur le plan macroéconomique, cela va plus ou moins s’équilibrer, avec un bénéfice environnemental et sanitaire indéniable.

* les références exactes de cet article, nous les avons perdus malheureusement.  

Le ramadan, comme la majorité des autres pratiques religieuses au Maroc et ailleurs, est écrasé par le poids de rites rétrogrades, obsolètes, anachroniques et contre-productifs.

La religion est un besoin légitime, pour la majeure partie des populations. Ce besoin  répond à l’angoisse face aux incertitudes du futur et à l’incompréhension du fait présent ou passé. Il est le plus souvent exploité à des fins de politique politicienne. Néanmoins, et contrairement à ce que pensent les ultra-modernistes, cette soif peut être réorientée vers le progrès social à condition d’avoir suffisamment de clairvoyance et de recul par rapport au dogme. Cette clairvoyance paraît totalement absente des discours autant des curés, des rabbins que des imams.

     Conclusion générale :

      Le jeûne crée une situation de stress métabolique, et il n’est pas le seul dans ce cas. Un effort intense type semi-marathon ou encore le froid comme on l’a expliqué dans notre article « le froid rend-il malade ? » poussent le corps vers ses limites. A priori, soumettre l’organisme à ce genre de situations n’est pas bénéfique ; pourtant, les données actuelles nous laissent penser que quand ce genre de pratique est géré de façon rationnelle, le corps humain peut en tirer un bénéfice certain.

Dans le cas présent, la pratique du jeûne chez un cancéreux, doit être médicalement encadrée. Encore faut-il avoir des protocoles confirmés par des études cliniques avérées. En absence de ces études, la prudence reste de mise et en tout état de cause, dans la limite des connaissances actuelles « ne jamais arrêter une chimiothérapie ou une radiothérapie dûment prescrites ».  

Article initié par Dr Amine, Médecin généraliste

Relu et commenté par Dr Mouna, Pharmacienne d’officine

Rédaction Amster

Document annexe :

Une thèse de doctorat en médecine, remarquable, de l’université de Genève, soutenue en 2000, ayant reçu le prix Tissot en 2001 : DESHUSSES EPELLY, Florence Gisèle Suzanne « Suivi médical de 55 grévistes de la faim : enseignements et recommandations » fichier pdf de 91 pages. On vous conseil vivement de consulter l’abstract suivant de la dite thèse : « Jeûne et grève de la faim » qui montre avec beaucoup de clarté les mécanismes physiologiques d’adaptation du corps humain au jeûne.       

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 14:27

CAS D’OFFICINE

COLLYRE BLEU®

OÙ LE RISQUE DE NE JAMAIS VOIRE LA COULEUR DU CIEL BLEU

 

Au début c’est une jolie perle :   

12-07-17-Perle-de-comptoir-Collyre-Bleu-copie.jpg

Une perle qui s’est transmutée au fur des mots en un cas d’officine :

         Cette perle nous été présentée par Si Ahmed, un patient âgé de plus de 70 ans. Sa propre fille étant la rédactrice de la perle, lui a conseillé d’acheter cette spécialité.

Spécialité hors tableau, à priori rien de bien grave. A priori seulement, car lorsqu’on connaît la composition du Collyre Bleu®, les risques liés à ce produit se dessinent rapidement. Allons-y … courage !

12-07-17-Collyre-Bleu-02.jpg

- Que dit le RCP de la spécialité « COLLYRE BLEU LAITER® flacon » ?

Mis à jour du 27/02/2012, consulté le 18/07/12 

Au niveau de la composition c’est une simple association de méthylthioninium et de naphazoline

          - Le méthylthioninium :

          Pour les intimes c'est le bleu de méthylène, appelé encore sur le packaging du Collyre Bleu®  tetraméthylthionine (ça c’est juste pour se compliquer la vie) est un vieil antiseptique décrit par le vieux Dorvaut (page 279, 23ème édition de 1995) comme « un antiseptique peu puissant mais pratiquement atoxique).

Le RCP du Collyre Bleu® lui donne comme propriété pharmacodynamique : « produit à visée antiseptique ». La mention « à visée » indique que l’efficacité de la molécule n’est pas démontrée, mais comme elle est atoxique, elle reste acceptée d’autant plus qu’elle est associée à une autre molécule hautement active (comme on le verra de suite)      

 En claire, comme antiseptique le méthylthioninium (répéter ce mot rapidement 10 fois sans erreur et on vous fera gagner une serviette) n’a pas d’intérêt actuellement.   

          - La naphazoline :

         Ah ! Là on change complètement de registre, dans le RCP c’est net : la naphazoline est un sympathomimétique α de synthèse exerçant des propriétés vasoconstrictrices oculaires et décongestionnantes.

  

Au final :

Le Collyre Bleu® trouve comme indication unique selon le RCP « Irritations conjonctivales non infectieuses ». Oui, vous avez bien lu « non infectieuses », autrement dit le méthylthioninium (… la serviette à gagner) n’a aucun intérêt, si ce n’est d’être un excipient coloré et un fossile vivant de la pharmacie du siècle dernier.  Soyons généreux, le bleu de méthylène étant atoxique et pas cher alors pourquoi pas.

Attention, ce n’est absolument pas le cas de la naphazoline qui a comme contre-indication absolue « Risque de glaucome par fermeture de l'angle »

- C’est quoi le glaucome en fait ?

           Encore une fois courage dégourdissons nos neurones … allons-y à la volée,  à la manière de PHARAMSTER, càd comme on l’expliquerait à nos patients :

Vous connaissez l’œil, rappelez vous celui du mouton l’Aïd El Kabîr, à l’intérieur il y a un liquide très claire que ces sataniques ophtalmologues appellent d’un nom barbare « l’humeur aqueuse ». Comme tout liquide naturel, elle est constamment renouvelée, cela implique qu’elle est produite par certaines cellules de l’œil, et elle sera excrétée via un petit « tuyau » que les puristes appellent le canal de Schlemm.

Mais, comme la meilleure des mécaniques se grippe, il arrive que ce « tuyau » se grippe aussi, l’humeur aqueuse s’accumule alors à l’intérieur de l’œil, ce qui détermine une hypertension intraoculaire (qui n’a rien à voire avec l’HTA) : c’est le glaucome.

Comme dirait l’autre en baillant, et alors ? Ben il y a une zone capitale pour le fonctionnement de l’œil qui est la rétine, et en cas de pression exacerbée de l’humeur aqueuse sur cette dernière elle se retrouve écrasée. La vision baisse (pour ne pas dire l’acuité visuelle) et dans malheureusement une bonne partie des cas, cette baisse inéluctable, va aller jusqu’à la cécité complète. (Là je n’ai rien dire car ce n’est plus drôle … c’est une dure réalité dont on est le triste témoin)

            Cette histoire de glaucome nous a rappelé une des questions monstrueuses de QSM de la fac. Vous vous en souvenez certainement : « question : l’atropine est contrindiquée : -  a) en cas de glaucome à angle fermé -b) en cas de glaucome à angle ouvert – c) …. ». En toute honnêteté, à l’époque on répondait systématiquement « à angle fermé » sans maîtrisé ni la physiopathologie du glaucome ni comprendre cette histoire d’angle (l’angle entre l’iris et la cornée).

Session de rattrapage sur le glaucome à angle fermé :

« Le glaucome à angle fermé touche les personnes qui ont un angle iridocornéen (entre l'iris et la cornée) particulièrement étroit : en cas de dilatation pupillaire (intervention chirurgicale, examen ophtalmologique, prise de médicaments comme les atropiniques), l'évacuation de l'humeur aqueuse peut être gênée et son accumulation dans l'œil peut entraîner une hausse brutale et très importante de la tension oculaire (glaucome aigu). » Source Larousse Médicale 

A ce sujet et avec le recul des années d’exercice, on peut se permettre de proposer une sorte d’échelle d’importance des données à connaître pour l’officinal de base :

         - Niveau 1 : ne pas maîtriser parfaitement la différence entre un glaucome à angle fermé et un autre à angle ouvert. Si vous le maîtriser c’est bien, mais si non ce n’est pas extrêmement grave pour votre pratique quotidienne.

         - Niveau 2 : ne pas connaître les éléments de base de la physiopathologie du glaucome. Là ça devient préoccupant, car c’est en rapport direct avec la pharmacodynamie (mécanisme d’action) d’un nombre important de médicaments qui vont des anti-rhumes (Actifed® …) aux anti-glaucomateux.

          - Niveau 3 : mettre au même niveau l’effet antiseptique du bleu de méthylène et celui de la chlorhexidine (Septeal®) ou de la polyvinyl pyrolidonne iodée (Betadine®). C’est un défaut d’appréciation grave qui est le signe d’un analphabétisme fonctionnel manifeste (expression du Pr Harrouchi). En claire on a l’information mais on ne sait pas l’exploitée, le plus souvent cela est dû à un manque d’esprit rationnel  d’analyse et de synthèse (cet esprit devrait s’apprendre en principe à l’école dès le primaire).

          - Niveau 4 : Vendre un produit dont on ne connaît même pas la composition. C’est le niveau le plus grave qui sévit largement, c’est une simple appréciation, il se peut qu’on se trompe. Ce niveau désigne un état de crétinerie professionnelle acquise absolue. Etat dont pourrait prend acte nos divers partenaires et la société en général et qui permet aux « autres » de remettre en cause notre rendement à la société.    

 

Dans le cas de Si Ahmed, notre patient de 70 ans, lui délivré un vasoconstricteur oculaire, sans connaître l’état de sa pression intraoculaire, nous paraît quasi criminel. En effet la Société Française du Glaucome nous rapporte les éléments suivants :

 « Par définition, le glaucome n’est pas une maladie du sujet âgé et peut survenir à tout âge de la vie, y compris à la naissance. Par contre, la fréquence du glaucome augmente avec l’âge, assez fortement après 70 ans où plus de 10% de la population aurait un glaucome.

Le dépistage du glaucome doit se faire avant 70 ans, vers la cinquantaine (au moment où on commence à avoir des difficultés à lire sans lunettes).»

En clair, sauf erreur de notre part, l’idée de base c’est de ne donner un vasoconstricteur (oral, nasal ou ophtalmique) que si réellement c’est nécessaire. A fortiori chez la personne âgée où le risque de déclencher un glaucome, s’il n’est pas déjà installé, est très fort. Délivrer la naphazoline du Collyre Bleu® à Si Ahmed c’est se comporter comme un pharmacien de niveau 4.

- Notre conduite :

     - Primo : on a expliqué au patient le plus simplement possible le risque de glaucome,

     - Secundo : orienté le patient vers une consultation en ophtalmologie,

     - Tertio : vu le manque de moyen, l’éloignement … l’alternative a été d’opter pour un collyre peu couteux, sans vasoconstricteur, avec une efficacité acceptable en tant que produit d’hygiène oculaire : Sophtal® (d'acide salicylique à 0,1%) à 18,50 DH

Autres alternatives : Sulfa-Bleu® cette spécialité est sans vasoconstricteur, elle contient le bleu de méthylène comme le Collyre Bleu®. Mais en plus elle contient du sulfacétamide, un antibiotique dérivé des sulfamides dont l’intérêt n’est pas clairement démontré. D’autres alternatives sont possibles mais avec un coût plus élevé. 

La réaction du patient : du haut de ses 70 ans et avec son humour habituel, Si Ahmed a été très attentif à nos explications, par humilité on ne vous rapportera ses paroles à notre égard. On se contentera de dire, de façon diplomatique, que sa réaction a été globalement positive et franchement enthousiaste. L’idée, par un geste simple mais responsable, de faire éviter au patient une conduite qui l’aurait mené à la cécité (ou à la précipiter), crée de facto un climat de confiance et de respect. Alors qu’au début de vos explications on vous appelait au mieux « Si Flane », vers la fin de votre discours, le titre de « Docteur Flane » survient instinctivement dans la bouche de votre interlocuteur comme par magie, mais là c’est mérité.

PS : On ne pouvait pas parler du Collyre Bleu®, sans mentionner l’usage abusif qui en est fait par les soudeurs à l’arc. Ce sujet pourrait être à lui seul l’objet d’un article en soi.

Site recommandé : Société Française du Glaucome        

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 20:40

UN EXPRESS POUR L’AU-DELÁ ! 

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Excellent dessin de Boudali qui survient après l’hécatombe routière du week-end dernier au Maroc, c’est un humour noir à la belge, qui résume d’une certaine manière les raisons profondes de l’insécurité de nos routes à savoir : l’économie de rente, la corruption et en dernier lieu l’incivisme du citoyen. Face à ces maux, on a beau voter le meilleur des codes la route, la situation ne changera pas si ce code ne s’inscrit pas dans une vision globale … C’est justement l’erreur l’ex-Ministre de l’Equipement Mr Karim Ghellab.

Autre article sur le même thème à lire sur PHARAMSTER : ACCIDENTS DE LA ROUTE AU MAROC

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 20:02

RAMED*

LES PREMIERS FAITS CHIFFRÉS

*Régime d'assistance médicale pour les économiquement démunis

 

12 07 12 RAMED les 1er s Effets

 

Sources 

- Elimane Sembene « L’Ambassadeur de l’EU visite des centres de centre à Tadla-Azila » Le Soir Echos, n°1122, page 2 et 9 du 12/07/12

- In PHARAMSTER : « La mise en place du RAMED et son impacte sur l’activité pharmaceutique » mis en ligne le 22/04/2012

 

     - Près de 160 000 demandes soumises par des personnes désirant bénéficier du Régime d'assistance médicale (RAMED) ont été validées à la date du 22 juin dernier, a indiqué lundi le ministre de la Santé, Lhoucine et Ouardi.

Les 159 974 demandes acceptées parmi un total d'un million 200 000 dossiers déposés, permettront à 462 634 personnes  de bénéficier de l'accès aux soins prévus par ce régime, a précisé El Ouardi dans sa réponse à une question orale posée par le Groupe Haraki à la Chambre des représentants sur l'évaluation périodique du RAMED.

Autres chiffres :

      - L’Union européenne a consenti un financement de 1 milliard 391 millions de dirhams dans le secteur sanitaire de base.

Elle intervient dans deux programmes : l’Assurance maladie obligatoire (AMO) qui vise une couverture médicale de base et, depuis 2008, le Régime d’assistance médicale pour les Économiquement Démunis (RAMED).

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 20:22

CHIFFRES & REPERES

 IMPACT DE LA CORRUPTION SUR L’ECONOMIE MAROCAINE

 

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     Le Maroc perdrait 1,5 Milliard de $ par an à cause de la corruption, d'après le dernier rapport de Transparency international.

     Ce rapport place le Maroc à la 89ème position mondiale sur l'indice de perception de la corruption. D'après un récent rapport de Transparency Maroc, la justice, la gendarmerie, la santé et l'habitat seraient les plus touchés par ce fléau.

Pour les observateurs et avec 1,5 Milliard de $, le Royaume pourrait régler une grande partie des problèmes que connaissent les dossiers du logement, de la scolarisation en milieu rural et du secteur de la santé.

Source : Revue marocaine Le Temps, n°147, page 06, du 15/06/2012

 L’avis de l’apothicaire du coin :

          Ces chiffres viennent corroborés ceux de la Banque Mondiale que nous avons rapporté dans notre article « corruption et croissance : une corrélation chiffrée ». Ils confirment que la lutte contre la corruption constitue en soit un vivier de croissance pour le pays, encore faut-il avoir le courage de s’y attaquer efficacement. Certes réformé la caisse de compensation est une nécessité, c’est un exemple de fausse bonne idée car elle ne permet pas une véritable redistribution de la richesse, néanmoins les retombées escomptés de cette réforme paraissent dérisoires par rapport à ceux d’une efficiente lutte contre la corruption  

 Lire aussi sur ce même blog : REFLEXION LIBRE POLITIQUEMENT INCORRECTE : A PROPOS DE LA CORRUPTION

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 19:15

ANALYSE

LA CRISE DE L’OFFICINE EN CHIFFRES

Réflexion au sujet d’une hécatombe 

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Des chiffres :

  - Le chiffre d’affaires annuel du pharmacien au Maroc est de 800 000.00 DH,

Un revenu qualifié par le journal « L’ECONOMISTE » de très modeste quand on soustrait l’impôt et les charges. Cela revient à un revenu net d’environ 6 700,00 DH par mois (!)  

Ce chiffre, qui est certainement une moyenne, a été rapporté par le ministre de la santé qu’il a qualifié d’inquiétant lors des VIIe journées pharmaceutiques d’Agadir

  - Dans la région du Souss, 20% des pharmacies sont en cessation de paiement.

Source : Fatiha Nakhli « Souss : La crise des pharmacies d'officine » L’Economiste, n°3785, page16, du 17/05/2012

 

L’avis de l’apothicaire :

Rappel :

L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois

La question qui se pose automatiquement est la suivante : comment en est-on arrivé là ?

Vous pouvez imputer cette situation catastrophique :

       - au prix des génériques,

       - à la baisse des prix du reste des médicaments,

       - à la vente de la parapharmacie, laits et même médicaments hors des officines : autrement dit ; la perte du monopole du pharmacien,

       - à la mise en place des études de pharmacie au sein de la faculté de médecine de Rabat qui a « démocratisé » les études pharmaceutiques,   

        - au nombre de pharmaciens,

        - aux pharmaciens des pays de l’Est,

        - au laxisme du secrétariat général du gouvernement vis-à-vis des faux diplômés, 

        - aux divers circuits parallèles qu’ils soient légaux ou illégaux,

        - au manque de campagnes de communication au profit de la profession,

        - à la situation intrinsèque de nos instances représentatives conseil de l’ordre et syndicats.      

Vous pouvez imputer cette situation à toutes ces raisons à la fois, vous aurez peut être raison, il n’en demeure pas moins que pour nous, les raisons sont ailleurs.

 

Analyse :

         A la base, il y a le décalage entre, la formation universitaire conséquente du pharmacien et les exigences professionnelles légales.

En effet, l’officine est régie depuis toujours par des lois extrêmement restrictives, réduisant de façon draconienne la marge d’action de l’officinal qui se limite dans la pratique quotidienne à la délivrance de médicaments dans les règles de l’art et à la communication de quelques menus conseils. Cette mission paraît dérisoire par rapport à la qualité et à la longueur de la formation de base du pharmacien. Tellement dérisoire qu’un simple technicien peut accomplir correctement une telle mission.

        Par ailleurs, les préparations magistrales et officinales, qui étaient jadis la fierté des officinaux, sont tombées en désuétude, la portée du travail de l’officinal se trouve alors réduite comme peau de chagrin.

Les conséquences de ces constatations sont terribles et sont de 3 niveaux :

       1- Le fait que l’officinal, dans sa pratique courante, n’utilise que peu les compétences acquises sur les bancs de la faculté développe chez lui, au fur des années, une passivité intellectuelle et un abandon de la chose scientifique, vu que cette dernière n’est pas une nécessité absolue dans sa pratique quotidienne. Cela implique une déperdition intellectuelle manifeste.  

Pour compenser cet horizon intellectuel peu motivant (pour ne pas dire médiocre) les potentialités des officinaux, pour ceux qui ont en, vont s‘exprimer dans d’autres domaines :

- dans le cinéma : comme actrice ou metteur en scène

- dans la restauration

- dans la communication : agence d’événementiel, Internet …

- dans les études des relations internationales  

- dans la prédication religieuse (eh oui ça existe aussi …)

- dans diverses affaires : la pêche, l’agriculture, la grossisterie …

- dans l’industrie pharmaceutique : en effet, bon nombre de laboratoires nationaux on été crées par des officinaux chevronnés au début de l’indépendance.     

- et enfin dans rien du tout, pour ceux et celles qui n’ont ni moyens intellectuels ni moyens financiers.

Globalement, du fait de ce décalage entre sa formation et sa pratique, l’officinal a globalement investi tous les domaines sauf un … l’officine !

        2- Autre conséquence importante de la restriction légale du champ d’action de l’officinal c’est son absence affligeante d’un certain nombre de sujets :

    - primo on constate la démission collective de l’officinal de tout sujet qui concerne la santé, laissant aux médecins un monopole de fait des choix thérapeutiques.

    - secundo le champ de la pharmacologie est complètement laissé au profit de l’industrie pharmaceutique qui reste pratiquement l’unique source d’information sur le médicament au Maroc. Avec une énorme implication dans la formation continue du corps médical, qui de facto, devient orientée, et c’est logique, vers l’intérêt des industriels.

Au final, la santé est accaparée par les médecins, la pharmacologie par les industriels, que reste-t-il aux pharmaciens : lakisse (la caisse) quelle terrible désillusion pour un cadre qui a passé 7 ans de sa vie sur les bancs de l’université !   

       3- Depuis les années 30 du siècle dernier, cet état de fait a perduré sans grands remous, jusqu’au jour où le déficit de la sécurité s’est dangereusement creusé, du fait de l’explosion des dépenses de santé, de la détérioration du rapport du nombre de cotisants / nombre de bénéficiaires. Tout cela, accentué par une crise qui perdure depuis le début des années 2000. On finit par comprendre que la santé n’a pas de prix mais elle a un coût.

Quand on cherche à réduire les dépenses, tout bon manager va viser d’abord les frais non indispensables et les postes à faible rendement : l’officine parait de facto la cible idéale.

Le rapport de Jaques Attali de 2008 intitulé « Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française » marque une tendance globale qui montre que l’intelligentsia politique, économique et médiatique ne tolère plus la faiblesse du « service médical rendu » de l’officinal. Cette tendance ne s’est pas démentie depuis, avec comme conséquence directe la paupérisation de l’officine qui touche la France, lire notre sujet du 23/02/11 « Pharmacie en faillite en France ». Le Maroc est doublement touché du fait du laxisme de nos autorités, de l’état de nos instances représentatives, et de la pauvreté de notre population.

Existe-il encore aujourd’hui des arguments solides pour défendre l’officine ?

       Assurément oui, à condition d’opérer un changement de repère radical. En effet, jusqu’à présent l’officinal mettait le médicament au centre de son activité. Il s’agit d’une erreur stratégique manifeste, ce qu’on doit mettre au cœur de notre activité c’est le patient, l'être humain.

Autrement dit, notre positionnement sur l’échiquier de la santé devrait être clairement défini comme « un défenseur des intérêts du patient » et c’est logique car c’est à lui que nous devons d’une manière directe ou indirecte (sécurité sociale) la rémunération de notre travail. Dénigrer le patient c’est scier la branche à laquelle on est accroché.     

Certes, il ne faudrait pas être dupe, il n’y a aucun angélisme dans notre propos, « le patient » est à l’image du reste de la société : il peut être ingrat, il peut être un mauvais payeur, il peut être exaspérant, il peut être sans civisme,  il peut même être violent … cela ne doit pas  nous inciter à  changer notre raison sociale.     

Concrètement ce nouveau recadrage va nous amener à prendre des positions claires sur un certain nombre de sujets :   

     1- L’avis du pharmacien :

          Ce qui ‘est demandé aujourd’hui à l’officinal ce n’est pas de réciter bêtement le Vidal. Voyons, c’est absurde, d’autant plus que l’information sur le médicament est disponible sur le web. Non, ce qui est demandé ce sont des avis critiques argumentés, indépendants et intègres sur l’utilité de tel ou tel produit ou thérapeutique. En clair, dire honnêtement et courageusement si un produit x a un intérêt pour le patient ou non.

Cette attitude, que nous mettons quotidiennement en pratique, ne nous a jamais fait perdre de l’argent. Absolument pas, elle nous a permis sur le long terme d’installer un climat de confiance qui a été largement payant pour le moment (Dieu merci)        

Tout au long des 68 pages actuelles de ce blog nous n’avons cessé de mettre en avant ce genre d’avis, ça vaut ce que ça vaut sans plus. Mais imaginez si ce genre d’exercice était l’émanation d’un consensus professionnel inter-officinal, cela aurait une telle crédibilité qui rejaillira sur l’ensemble des officines.

Oui il faut avoir le courage intellectuel de dire simplement qu’on n’accepte plus de vendre n’importe quel produit dans nos officine, aussi légal soit-il. Nous avons, collectivement,  notre avis qui doit être pris en compte par nos divers partenaires.

Pour y arriver, il y a une condition, il faut s’émanciper de notre alignement systématique sur les postions pharmacologiques des laboratoires. Cet alignement quand il est automatique est totalement contre-productif, il transforme l’officinal en un subalterne, qui dès qu’il y a une crise ou une question stratégique (Mediator, dextropropoxyphène, métoclopramide …) se recroqueville dans un mutisme de crétin. Incapable de donner le moindre avis, son rendement intellectuel frôle le zéro pointé, et quand un décideur est obligé de faire des coupes budgétaires, cela tombe logiquement sur le plus faible des intervenants du système de santé.       

      2- Etre une force de proposition :

           Il ne suffit pas de critiquer, notre corporation doit se mouvoir en tant que think tank capable de formuler des propositions concrètes et constructives, et d’être le feedback des divers problèmes rencontrés par nos patients. Il s’agit là d’être un contrepoids positif, et un vrai partenaire du développement de notre secteur dans son ensemble.

           Exemple tout simple : Vous connaissez les sels de réhydratation orale (Diarite®, Biosel®), ils se présentent sous forme de sachets à dissoudre dans un (1) litre d’eau !  Attendez mais c’est complètement inadapté à un usage facile et courant. Ne pensez-vous pas qu’une présentation sous forme de sachets à dissoudre dans 100 ml d’eau, adaptés au biberon et sans perte serait plus logique ? (il suffit de diviser la quantité actuelle par 10). Il faut savoir que les présentations actuelles répondent à des normes de l’OMS qui sont parfaitement adaptées à un pays comme l’Ethiopie (…) et qu’en proposant des sachets à dissoudre dans 100 ml d’eau on ne va rien inventer car cela existe déjà en France.

Reste que personne ne prend l’initiative car le prix étant très faible, les marges des industriels en valeur absolue sont trop maigres pour les motivés à s'y intéresser. Néanmoins, il est de la responsabilité collective des officinaux de demander une telle présentation, quitte à faire du bon lobbying auprès du ministère de la santé. Imaginez (on rêve …) qu’un représentant de notre profession interpelle publiquement le ministre à ce sujet, l’impact que cela pourrait avoir sur l’image de marque du pharmacien est énorme, puisque son positionnement sera étiqueté pro-citoyen.

A noter que pour faire des propositions constructives on n’a pas besoin d’être forcément un as de la pharmacologie, le plus souvent, tout ce dont on a besoin c’est de bon sens et d’honnêteté intellectuelle.

       3- La pharmacovigilance :

           La pharmacovigilance est pour nous un terme générique, on devrait parler « des pharmacovigilances ». En officine la collecte des effets secondaires ne peut en aucun cas se faire sur le même schéma que dans un environnement hospitalier (c’est absurde). C’est pour cela qu’il est capital de développer notre propre réseau (en collaboration avec l’organisme national) avec un interrogatoire spécifique.

Avant d’arriver au centre de pharmacovigilance, les données collectées devront passer d’abord entre les mains de nos propres structures professionnelles qui vont les analyser afin de mettre en valeur au niveau médiatique le travail des officinaux, cette médiatisation aura un double avantage : d’une part valoriser le travail de l’officinal et partant, motiver ce dernier pour faire plus de déclarations.

 

      L’ensemble de ces dispositions tendrait à mettre en place un cercle vertueux, avec un travail officinal valorisé et un pharmacien qui se réconciliera avec les bases de son métier car on lui aura apporté de vraies raisons d’apprendre et de progresser dans son propre domaine. La caisse du pharmacien ne serait plus pointée du doigt vu qu’il apportera à la société une plus-value indéniable.     

Mais il est temps de se réveiller car tout cela, en réalité, n’est qu’un rêve … le rêve d’une profession qui n’existe pas et qui, vraisemblablement, n’existera jamais au vu de l’état lamentable des officinaux tant au niveau financier, qu’intellectuel, que scientifique. Un certain Albert Einstein disait « Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.», cette phrase devient terrible lorsqu’elle s’applique à ce qui devrait être l’élite du pays.       

Avec l’aimable collaboration de Dr Mouna

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 18:18

ASSOCIATION D’UN EMPLÂTRE RÉVULSIF

& D’UN DERMOCORTICOÏDE

UN SYSTÈME TRANSDERMIQUE LOW COST !

 

Rappels déontologiques :        

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

- Ce texte comporte une série de réflexions : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons ». Nous ne nous détenons pas de vérité absolue, loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons.

 

        A l’origine de cet article un billet, comme tant d’autres, que nous a adressé un de nos patients. Certains de ces billets se retrouvent dans la rubrique « Perle de comptoir », c’est  loin d’être le cas de celui-ci ; voyons voir ce qui a retenu notre attention cette fois-ci.  

12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE copie         

L’idée d’associer un emplâtre révulsif avec un dermocorticoïde mérite qu’on s’y attarde. Mais d’abord, il paraît élémentaire de présenter une analyse critique des produits cités, à la manière de PHARAMSTER.       

 

ANALYSE CRITIQUE DES SPECIALITES EN PRESENCE : 

    - Emplâtre Sedisol® 

    12-06-13-EMPLATRE---DERMOCORTICOIDE-Sedisol-Pharamaster.jpg 

    Selon Larousse un  emplâtre (nom masculin, latin emplastrum, du grec emplastron : modeler) est une préparation thérapeutique adhésive destinée à être appliquée sur la peau ou à être étendue sur des bandes de tissu (sparadrap).

Dans le cas présent, la composition de l’emplâtre est la suivante :

      Capsicum : dans la classification botanique des espèces végétales, le capsicum est un genre, "le genre Capsicum" qui  comprend les piments (au goût piquant) et les poivrons (au goût doux), ce genre appartient lui-même à la famille des solanacées (comme la tomate. Et forcement quand la pharmacie rencontre la cuisine cela donne une grande salade …).

L’objectif recherché à travers l’utilisation du capsicum n’est pas de relever le goût (bande de gourmands …), mais l’obtention d’un effet révulsif local

Révulsif : Procédé thérapeutique visant à provoquer une irritation cutanée locale afin de retenir le sang près de la peau (Larousse)

Le capsicum, ou capsicine, se trouve dans de vielles spécialités comme le Baume Sloan® ou le Baume Algipan®. Dans ces médicaments, il est associé à d’autres révulsifs comme le salicylate de glycol, le nicotate de méthyl ou même à l’histamine (...).

Mais ce qui importe c’est son association avec  des molécules myorelaxantes comme la méphénésine (cas du Baume Algipan®) ou encore des topiques analgésiques comme le salicylate de méthyle, qu’on retrouve justement dans notre emplâtre.

12-06-13-Salicylate-de-Methyl.jpg

         Associer un révulsif avec un antalgique local, parait une solution astucieuse pour accentuer l’effet de la molécule antalgique. En effet, la molécule révulsive, avec le massage en plus, crée une vasodilatation locale qui permet une meilleure pénétration de l’antalgique local. La sensation de chaleur comme la vasodilatation n’est qu’une conséquence de l’effet irritant de la molécule révulsive (le capsicum dans notre cas).                             

Outre le capsicum (révulsif) et le salicylate de méthyle (l’antalgique) on retrouve dans notre emplâtre l’oxyde de Zn (Kenta®) vraisemblablement utilisé ici comme un adoucissant.

Remarque générale au sujet de la chaleur :

La chaleur ne constitue en aucun un traitement anti-inflammatoire, bien au contraire, elle favorise l’installation de l’inflammation. Le véritable traitement anti-inflammatoire c’est bien entendu le froid qui bloque, lorsqu’il est appliqué rapidement après un choc, la mise en route du processus physiologique de l’inflammation.

Cependant, dans le cas d’une inflammation déjà bien installée, la chaleur apporte un certain confort, elle ne devient relativement utile que si elle s’accompagne de l’application simultanée d’un topique antalgique. La chaleur constitue en quelque sorte « un excipent » de l’action antalgique proprement dite. En disant cela, on montre par la même occasion, les limites de ce genre de remèdes   

 

   - Percutalgine Gel®

  12 06 13 EMPLATRE & DERMOCORTICOIDE Percutalgine paharamste

 

Le Percutalgine® est un produit intéressant par l’originalité de sa formulation. Il est composé de :  

       - L'acétate de dexaméthasone (que vous connaissez bien avec le Decadron® qui cause des ravages dans la population …). La dexaméthasone est un dermocorticoïde d’activité modérée (Classe IV sur la base du test de McKenzi).

       - Le salicylamide est un antalgique salicylé. On a eu affaire à cette molécule au tout début du lancement  de ce blog ; en effet, elle entre dans la composition de la spécialité Rinomicine®. Remarquez que, là aussi, on utilise un salicylé à usage local comme dans notre emplâtre (Sedisol®), c’est intéressant à noter pour la suite.

12-06-13-Salicylamide.jpg 12 06 13 Aspirine et Saule Blanc Salix alba 2

 

 

 

 

Pour rappel, on vous laisse le plaisir de découvrir la différence entre ces molécules et  l’aspirine (l’acide l’acétylsalicylique)  grâce à cette illustration où on retrouve, par hasard, comme image de fond, un saule blanc (Salix alba).

  

 

   

Outre le salicylamide, ou retrouve encore ici dans le Percutalgine® le salicylate de glycole qui est révulsif comme vous le savez.

Au final, cette spécialité se résume à une association d’un anti-inflammatoire stéroïdien (dexamétasone) et d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS pour les intimes).  Notons par la même occasion la liste des excipients de cette spécialité :

 Nicotinate de méthyle, propylèneglycol, carbomère (carbopol 980 NF), trolamine, édétate disodique, éthanol à 96 %, eau purifiée.                      

Vous reconnaissez dans cette liste le nicotinate de méthyle : un autre revulsif, et surtout le fameux trio : eau, Cabopol et triéthanolamine (noter ici trolamine) qui sont à la base de la structure galénique de la majorité écrasante des  gels qu’ils soient cosmétiques ou médicaux.

 

DISCUSSION :

        Sur la base de ces données on peut légitimement se poser la question suivante : peut-on associer un emplâtre à base de capsicum et de salicylate de méthyle avec le Percutalgine® ?

 

       Sauf erreur de notre part (…), il n’y a pas de raison de contre-indiquer une telle association, elle paraît à nos yeux (aussi myopes soit-ils …) tout à fait recevable. D’autant plus que la forme gel, n’étant absolument pas grasse, l’adhésion de l’emplâtre à la peau n’est pas remise en cause.

 Il faut noter cependant que le RCP de la spécialité Percutalgine® mentionne que l’application de ce gel avec un pansement occlusif est une contre-indication. Ceci est valable pour beaucoup de dermocorticoïdes, cette contre-indication pourrait être levée, à notre avis, sous certaines conditions qu’on verra plus loin.               

En admettant que cette association soit recevable, elle devient de facto, sur le plan galénique, un système transdermique low cost, une sorte de charter transdermique à bas coût. Au niveau pharmacologique ce «système » pourrait être proposé comme un succédané à l’infiltration de corticoïdes, avec comme avantage le côté moins invasif et un coût abordable. L’indication cible serait les pathologies rhumatismales invalidantes des articulations. Les contre-indications sont évidentes : l’enfant de moins de 15 ans (pour cause de fragilité dermique), la peau lésée ou atopique, la femme enceinte … Etc.

Si le concept théorique paraît, pour nous, tout à fait intéressant, il nécessite toutefois la détermination de la posologie qui est fonction d’au moins 4 paramètres :

- La surface d’application

- La quantité de gel corticoïde à appliquer

- L’effet révulsif qui devrait être juste nécessaire pour une vasodilatation locale sans se transformer en une irritation trop agressive.

- Et enfin la durée d’application, cette durée ne doit pas être laissée au hasard mais déterminée de manière exacte afin d’assurer la pénétration totale du dermocorticoïde.

Tout cela nécessite à coup sûr des études sérieuses, pas forcement très couteuses, à la portée de nos universités et de nos laboratoires pharmaceutiques. 

 

       Mais de quoi je me mêle ?

    Être une force de proposition ou ne pas être        

       Limiter le rôle de l’officinal à la délivrance du médicament est une absurdité monumentale, cet acte est tout à fait réalisable par n’importe quel  technicien. Non, la société dans son évolution actuelle exige du pharmacien (bac +7) un rendement à la hauteur de ses études avec  en particulier des positions claires en ce qui concerne l’analyse critique et indépendante des médicaments et des thérapeutiques.

Mieux encore, le pharmacien sur le plan collectif doit se positionner comme un think tank du secteur de la santé : dynamique, constructif, intègre et volontariste. Tout en mettant le patient, autrement dit l’être humain, au cœur de son métier (et non pas le médicament … allons mais c’est stupide) il devrait être un partenaire à la hauteur scientifique et intellectuelle des autres acteurs de la santé en particulier des laboratoires pharmaceutiques.

Pour ce faire, il faudra mutualiser les intelligences, or tout ce qu’on mutualise aujourd’hui dans notre profession c’est la médiocrité scientifique, les egos surdimensionnés, la cupidité et la recherche immodérée du pouvoir. Notez que même la réussite des entreprises du médicament se base d’abord et avant tout sur la mutualisation des intelligences.    

      Discutez avec le responsable de la R&D chez Laprophan ou avec le directeur médical de Pfizer, Novartis ou tout autre laboratoire et vous verrez qu’à la moindre approximation, il (ou elle) vous fera un grand sourire, vous offrira un carton d’échantillons gratuits, vous donnera même un bon d’essence pour votre joli 4X4, et vous invitera aimablement à rejoindre votre officine en attendant le passage d’un sympathique délégué pharmaceutique qui vous fera des offres de marchés intéressantes , vous serez alors,« bien » informé, à grand renfort de brochures aux couleurs chatoyantes, de grandes affiches cartonnées et de présentoirs attrayants pour booster votre marchandising … Alors comblé ? Comment ne pas l’être ?  Toujours est-il  qu’au final, vous serez aux yeux de votre partenaire un parfait crétin scientifique dont la seule utilité se limite uniquement à la taille de sa caisse.                         

Avis du Dr Mouna :

     Je trouve extraordinaire et vraiment louable pareille démarche : décoller d’un vulgaire petit billet (comme on en reçoit pas mal !) écrit de manière approximative et/ou à la va- vite (qui ne nourrissait aucun espoir de finir ailleurs que dans une poubelle) et atterrir sur un concept tout à fait défendable et plausible : « Infiltration sans effraction » ! Il fallait y penser …

Amis futurs médecins et pharmaciens en herbe, voici un bon sujet de thèse : étudier le Percutalgine® sous l’effet occlusif de l’emplâtre , le comparer à une infiltration pure et simple de corticoïde en terme d’efficacité, de pharmacocinétique …bref de faisabilité en général ; je crois que ça peut se concevoir dans un service de rhumatologie d’un grand hôpital, les moyens humains ne manquent pas, peut être que là où le bât blesse c’est le coût du dosage du principe actif dans le sang pour juger de l’absorption du produit, mais on peut déjà essayer.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 19:43

CONSEIL OFFICINAL

LA PRÉVENTION DES INFECTIONS URINAIRES RÉCIDIVANTES

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Préambule :

              L’image présentée ci-dessus est une partie du tableau d’Eugène Delacroix « Femmes d’Alger dans leur appartement » (1834, Domaine public). Une œuvre qui nous a marqué par l’attitude entre ces deux femmes qui suggère le partage entre elles de confidences et de « petits conseils », la chicha, n’appartient pas à Marouan Chamakh, non c’est en fait une marque de la présence des Ottomans en Algérie pendant une longue période. Petits conseils : le parallèle est tout trouvé avec ceux qu’on délivre, souvent à voix basse, sur le comptoir des officines (admirer svp la transition …). Mais le parallèle s’arrête là, car les conseils en officine contrairement aux recettes de grand-mères, doivent se baser sur des analyses rationnelles, des statistiques éprouvées et des études approuvées et publiées par des revues sérieuses et d’envergure internationale. C’est ce qu’on tente de respecter dans le texte qui suit.        

  

           Suite à notre article au sujet du la spécialité Gynophilus® intitulé « Gynophylus utilisation et limites » qui a été très lu (même au niveau international) si on juge par vos commentaires.  

Durant les 30 derniers jours,  cet article a été lu plus 550 fois. Merci, en passant, entre autre à Google qui met notre article en première proposition, sans contrepartie,  à chaque fois que l’on tape le mot « Gynophilus ».  Une petite consécration pour PHARAMSTER  

On vous propose une série de conseils pratiques pour éviter les infections urinaires à répétition. Ces conseils s’inspirent directement de ceux diffusés dans la presse spécialisée canadienne, qu’on a corrélés avec les données d’une fiche « Info-Patients Prescrire » de la revue du même nom, datée du mois de septembre 2011.      

            Sur 10 femmes qui ont eu une cystite simple, 2 en auront au moins une autre au cours de leur vie. Gênantes, ces infections urinaires concernent essentiellement les femmes et peuvent rapidement devenir insupportables. Pourtant, des conseils simples suffisent pour se protéger contre ces désagréments. C’est un travail d’information et de communication typiquement officinal qui doit être basé sur des données rigoureusement établies et vérifiables.    

 

    1. Uriner régulièrement

     Si on souffre d’infections urinaires à répétition, il est important de penser à uriner fréquemment pour les éviter (environ 1 fois toutes les 3 à 4h). Il est fortement déconseillé de se retenir.

Pensez également à se décontracter au maximum afin de bien vider la vessie et de permettre ainsi une meilleure élimination des bactéries. C’est pour la même raison qu’il est recommandé d’uriner systématiquement avant et après chaque rapport sexuel.

     2. Avoir une bonne hygiène intime

     Avoir une bonne hygiène intime est primordial pour éviter le développement des bactéries. Il faut cependant être vigilant(e) et ne pas se laver plus d’une fois par jour avec un produit spécifique au PH acide (5 à 7), au risque d’abîmer la flore intime et de créer un terrain propice à la formation de bactéries. Les toilettes vaginales sont bien entendu à proscrire. Pendant les règles, veillez aussi à changer régulièrement de tampon ou de serviette.

     3. Boire beaucoup d’eau pour éliminer

     Boire beaucoup d’eau permet de prévenir les cystites à répétition et d’enrayer une infection urinaire déjà contractée.

L’avis du pharmacien : à ce sujet on ne peut que conseiller vivement une activité physique régulière. L’hydratation associée au sport permet une forme de « drainage hydrique » améliorant les performances globales du système rénal. Ne pas oublier de boire avant, pendant et après l’activité physique.     

      4. Eviter la constipation

     Pour prévenir les infections urinaires, il est important de veiller à ne pas être constipée. La stagnation des selles a tendance à favoriser le développement des bactéries qui peuvent migrer chez la femme vers les parois urinaires et créent des infections.

      5. Le jus de cranberry :

     Il s’agit du  canneberge à gros fruits un arbrisseau qui croît dans les tourbières des régions froides d’Amérique du Nord et d’Europe. Au Maroc on trouve des fois son jus dans certaines  grandes surfaces huppées.

Le cranberry diminue un peu le risque de récidive, selon la Revue Prescrire cette diminution est obtenue en prenant chaque jour 750 ml de jus ou de concentré de fruit. Faire attention au fait que le cranberry peut favoriser les saignements chez les personnes prenant des médicaments antivitamine K (interaction médicamenteuse)

La presse canadienne conseille de prendre 80 à 160 ml de jus de canneberge pur ou 300 à 400 mg d’extrait solide à raison de 2 fois par jour.

L’avis du pharmacien : on est en présence ici d’un complément alimentaire, qui pour une fois, a un intérêt démontré. Cela dit, cette utilité ne devient intéressante réellement pour le patient marocain que si le prix reste raisonnable.     

 

  

Tel que présenté ci-dessus, la question des cystites récidivantes peut paraître simple. En réalité c’est loin d’être le cas. Dans une logique déontologique, nous estimons que ces conseils doivent être appréhendés à l’aulne des divers écueils.

 

Mise au point : Infections urinaires et pyélonéphrites  

      Les infections urinaires « basses » ou cystites, sont limitées à la vessie. Les infections urinaires dites « hautes », ou pyélonéphrite, atteignent le rein. Ces infections, généralement dues à des bactéries, peuvent être récentes (aiguës) ou prolongées (chroniques).

On reconnait une cystite aiguë simple lorsque :

- depuis moins de 3 jours, les urines sont anormalement fréquentes, et uriner est difficile ou douloureux ;

- chez une femme de plus de 15 ans (jamais un enfant ou un homme), qui n’est pas enceinte, qui n’a pas eu d’autre infection urinaire depuis 3 mois, et qui n’est pas atteinte d’une autre maladie augmentant les risques (diabète, insuffisance rénale, immunosuppression …)

- il n’y a pas de démangeaisons de la vulve ou du vagin, ni de signe faisant craindre une infection du rein (fièvre, frissons, nausées, vomissements, mal de ventre ou de dos).

 

Selon la Revue Prescrire, lorsque tous ces critères sont réunis, le diagnostic est certain à 95%, et aucun examen corporel ou autre (analyse …) ne permet d’avoir une meilleure certitude.

La revue préconise un traitement essentiellement court :

Sans traitement, les cystites aiguës simples guérissent dans 50 % à 70 % des cas, mais seulement au bout de plusieurs semaines ou mois.

Un traitement antibiotique de un à trois jours suffit en général à accélérer la guérison. A condition qu’il s’agisse vraiment d’une cystite simple, datant de moins de trois jours.

 

Attention à la pyélonéphrite :

La pyélonéphrite est une infection des reins, elle est à craindre quand certains symptômes s’ajoutent aux troubles urinaires : fièvre élevée avec frissons, nausées ou vomissements, mal au ventre ou aux reins.     

Une infection du rein peut évoluer vers un abcès du renal, une infection grave généralisée (septicémie) ou une atteinte sévère du fonctionnement du rein. Pour diminuer ces risques, un traitement antibiotique relativement prolongé, répondant aux résultats d’une analyse des urines (ECBU), est justifié.

 La revue conclue à ce sujet « En cas d’infection urinaire, mieux vaut donc consulter rapidement. Soit pour mettre en route un traitement de courte durée en cas d’infection aiguë simple, soit pour diminuer le risque d’aggravation en cas d’infection urinaire plus sérieuse. »

  

 Conclusion :

       Au Maroc, face à aux signes d’une infection urinaire, le reflexe classique des officinaux est de proposer d’emblée, et de manière souvent abusive,  de la nitroxoline (Nibiol®, devenu au Maroc Nabyol®). Le terme « antiseptique urinaire » utilisé par le marketing pharmaceutique est un non sens pharmacologique. La nitroxoline est bel et bien un antibiotique dérivé des oxyquinoléines, son usage doit répondre à des critères rationnels.

      Faire la distinction entre cystite et pyélonéphrite est fondamental. Mais encore, si en Europe et au Canada la conduite à tenir officinale est claire, la réalité marocaine exige, elle, une démarche adaptée basée sur un consensus pluridisciplinaire permettant au mieux de prendre en charge la patiente marocaine dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité possibles. Encore faut-il avoir des congrès indépendants de la pression des laboratoires où la parole est libre, où la difficulté et les paradoxes de notre pratique quotidienne s’expriment clairement, sans détour, ni contrainte, ni langue de bois. Un seul leitmotiv notre apport réel au patient : rigoureux, efficace et  intègre. C’est ce qui objective devant le reste de la société notre rémunération qui être sans remise, ni ristourne, ni toute autre concession stupide.       

Sources :

- « Patients ayant une infection urinaire » Rev Prescrire 2011 ; 31 (338 suppl. interactions médicamenteuses).

- « Cystite aiguë simple de la femme jeune »   Rev Prescrire 2003 ; 23(241) pages 532-534

- « Histoire naturelles des infections urinaires bactériennes simples » Rev Prescrire 2007 ; 27(280) pages 118-122

- « Cranberry et infections urinaires » Rev Prescrire 2007 ; 27(286) pages 595-597

- « Infections urinaires simples : un traitement court même chez les femmes âgées » Rev Prescrire 2009 ; 29(311) page 691

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