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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 17:20

LECTURE OFFICINALE OU PRESQUE

LE TOXOPLASMA ENTRE TOM & JERRY

LE TOXOPLASMA ENTRE TOM ET JERRY

Au hasard d’une lecture  de la revue POUR LA SCIENCE (Edition française de Scientific American) de ce mois d’avril 2016, un petit texte remarquable attire notre attention :    

Source : POUR LA SCIENCE, page 08, n°462, Avril 2016

Pourquoi le parasite de la toxoplasmose nous manipule

Certains parasites perturbent le comportement de leurs hôtes d'une façon qui favorise leur propagation. C'est le cas de l'agent de la toxoplasmose, Toxoplasma  gondii, un protozoaire qui infecte de multiples espèces, mais ne peut accomplir son cycle de reproduction sexuée que chez les félins : une souris parasitée est attirée par l'urine de chat et s'expose davantage à son prédateur. Chez l'homme aussi, Toxoplasma gondii provoque divers changements de comportement, augmentant par exemple les temps de réaction. Mais pourquoi ? Peu de chances aujourd'hui que cela nous fasse dévorer par de grands félins...

Il faudrait alors remonter au temps où nous étions encore leurs proies de choix pour le comprendre. Des chercheurs du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS UMR 5175), à Montpellier, ont ainsi montré que nos plus proches parents, les chimpanzés, sont attirés par l'urine de léopard quand ils sont parasités. Or ces félins sont leurs prédateurs naturels et profitent donc probablement de l'aubaine I Et lorsqu'ils croquent un chimpanzé infecté, le parasite en profite pour gagner un hôte où il peut se reproduire. Chez notre espèce, les modifications comportementales provoquées par Toxoplasma gondii seraient donc un vestige évolutif.

Guillaume Jacquemont, C. Poirotte et al., Current Biology, en ligne le 8 février 2016 

 

L’explication du pharmacien :

          La toxoplasmose est, en principe, très connue chez le commun des officinaux, sa recherche est en effet un examen biologique de routine pour toutes les femmes enceintes (avec la rubéole entre autres).

         Rappelons à toute fin utile que le toxoplasme de son vrai nom Toxoplasma gondii (un joli nom) est un beau protozoaire . Ces derniers sont une famille d’êtres vivants  qui sont tellement narcissiques qu’ils ne sont formés que par une seule cellule. L’encyclopédie gratuite IMAGO MUNDI  donne une bonne classification de ces protozoaires.

Le PRECIS DE PARASITOLOGIE MEDICALE (Pr Agoumi & Coll. Collection Medika aux Editions Horizons, 2003) dans sa page 88, offre une excellente description de ce parasite unicellulaire et de son cycle évolutif.

- En effet, le Toxoplasma gondii, égoïste qu’il est, a un cycle asexué se multipliant tout seul sans partenaire sexuel ! Ce cycle asexué se passe chez l’hôte intermédiaire : l’Homme, les animaux herbivores (moutons …) ou omnivores (Jerry … enfin la souris et autres)

- En passant chez l’hôte définitif – Tom … enfin le chat et autres félins – le Toxoplasma gondii s’offre en plus de la multiplication asexuée, les plaisirs charnels de la reproduction sexuée (sacré coquin ! avec des microgamètes males et des macrogamètes femelles qui font … euh ! … enfin, vous voyez ce que je veux dire).

La "popularité" du Toxoplasma gondii, vient du fait qu’il cause chez la femme enceinte non immunisée ce qu’on appelle une toxoplasmose congénitale  avec des anomalies fœtales.  

                       

           L’étude rapportée ici, a fait l’objet d’un communiqué de presse officiel du CNRS paru  le 08 Février 2016 intitulé : « Toxoplasmose : attraction mortelle du chimpanzé parasité pour le léopard »

On apprend ainsi que l’ingestion des sporocystes (plus exactement les oocystes) du Toxoplasma gondii par Jerry, lui font tourner la tête : imaginons la scène en mode bandes dessinées ! il  trouve subitement que les urines de Tom sentent le parfum N°5 de Chanel. En suivant ces odeurs, qui lui paraissent divines sous l’effet du coquin Toxoplasma gondii, il se retrouve nez à nez face à qui ? … à Tom qui ne fera de lui qu’une bouchée.

Sacré Toxoplasme grivois ! Il s’offre les plaisirs licencieux de la reproduction sexuée sur le dos du pauvre Jerry qui se fait dévorer, pauvre hôte intermédiaire.   

Ce qui est valable entre Tom & Jerry est valable entre le chimpanzé et le léopard, et serait aussi valable entre l’Homme et les grands félins. En principe un Homme infecté par le Toxoplasma ne verra dans le tigre du Bengale qu’un gros minou à l’odeur agréable. Heureusement que le temps où nous étions encore leurs proies de choix est révolu.

 

           C’est assez incroyable de constater que le comportement d’un animal aussi évolué qu’un chimpanzé puisse être modulé par un protozoaire.

Mieux encore dans un excellent article qu’on vous recommande , paru dans Le Monde  [La flore intestinale joue avec notre mental , LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 23.03.2012 • Mis à jour le 26.09.2012 | Par Marc Gozlan] le journal rapporte plusieurs études qui montrent l’interaction entre la flore intestinale et le cerveau.  « Les bactéries résidentes intestinales pourraient produire des substances actives sur le cerveau  ... » nous dit-on.

Cela montre de manière évidente la relation spectaculaire entre le comportement de l’Homme (sensé être maitre de ses actes) et son environnement microbiologique. L’impact du Toxoplasma gondii sur le comportement des mammifères est un summum en la matière.

Que l’Homme soit guidé par son instinct, c’est un fait établi, par ses hormones, c’est un secret de polichinelle ! mais courir à sa perte sous l’emprise d’un parasite, voilà qui est nouveau.

Rédigé en collaboration avec Dr Mouna (Pharmacienne officinale)

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 21:16

LECTURE OFFICINALE

Rôle du fenugrec en prévention du diabète type II

Rôle du fenugrec en prévention du diabète type 2

Source : Gaddam A et coll. : Role of Fenugreek in the prevention of type 2 diabetes mellitus in prediabetes. J Diabetes Metab Disord., 2015; 14: 74. doi: 10.1186/s40200-015-0208-4.

 

Avant-propos :

          Les graines du fenugrec de leurs vrai nom Trigonella foenum graecum ou en arabe al halba, sont connus depuis longtemps pour leurs vertus alimentaires. Cependant elles ont comme  inconvénient l’odeur qu’elles provoquent au niveau des aisselles.

Abdelhaï Sijelmassi dans son livre « Les plantes médicinales du Maroc » [page 117, Ed Le Fennec 1993] rapporte que le fenugrec a été utilisé, en France, pendant la 2ème guerre mondiale comme source de protéine.

De nos jours on retrouve, en pharmacie, le fenugrec sous forme d’extrait dans de nombreux compléments alimentaires [VITATINE®,  NURAX®, DYNAVIT® …] comme stimulant de l’appétit avec un faible niveau de preuve.

Depuis un certain temps  on sait, via un certains nombre d’études de cas et essais cliniques préliminaires, que le fenugrec pourrait (au conditionnel) contribuer plus ou moins à la régulation du taux de glucose sanguin en cas de diabète de type 2. Cependant, comme le soulignent les auteurs de 3 synthèses, les essais de bonne qualité méthodologique sont trop peu nombreux [1,2,3]. De plus, comme les chercheurs ont utilisé différents dosages de graines, de farine, ou d’extrait, il n’y a pas de protocole de traitement établi [4,5,6,7].

Sources :

1. Basch E, Ulbricht C, et al. Therapeutic applications of fenugreek. Altern Med Rev. 2003 Feb;8(1):20-7. Review. Texte intégral : www.thorne.com
2. Shekelle PG, Hardy M, et al. Are Ayurvedic herbs for diabetes effective?J Fam Pract. 2005 Oct;54(10):876-86. Texte intégral : www.cfp.ca
3. Complementary and alternative medicine for the treatment of type 2 diabetes. Nahas R, Moher M. Can Fam Physician. 2009 Jun;55(6):591-6. Review. Texte intégral : www.cfp.ca
4. Gupta A, Gupta R, Lal B. Effect of Trigonella foenum-graecum (fenugreek) seeds on glycaemic control and insulin resistance in type 2 diabetes mellitus: a double blind placebo controlled study.J Assoc Physicians India 2001 Nov;49:1057-61.
5. Effect of fenugreek seeds on blood glucose and lipid profiles in type 2 diabetic patients. Kassaian N, Azadbakht L, et al. Int J Vitam Nutr Res. 2009 Jan;79(1):34-9.
6. Clinical observation on trigonella foenum-graecum L. total saponins in combination with sulfonylureas in the treatment of type 2 diabetes mellitus. Lu FR, Shen L, et al. Chin J Integr Med. 2008 Mar;14(1):56-60.
7. Fenugreek bread: a treatment for diabetes mellitus. Losso JN, Holliday DL, Finley JW, Martin RJ, Rood JC, Yu Y, Greenway FL. J Med Food. 2009 Oct;12(5):1046-9.

    Cette nouvelle étude randomisée contrôlée  (document PDF de 10 pages) d’origine  indienne, publiée ce mois d’octobre 2015 ne bouleverse pas les données précitées mais milite pour une future éventuelle utilisation dans la prévention du diabète II

Les auteurs déclarent qu'ils n’ont aucun conflit d'intérêts avec les industriels fabricants de fenugrec, cela dit ils ne mentionnent pas avec précision les sources de financement. Une chose est précisée, la poudre de fenugrec utilisée dans cette étude a été fournie par la société SMS Pharmaceuticals Limited (Jeedimetla, Hyderabad, Inde)

Objectif :

      Les auteurs partent de l’hypothèse qu’une  supplémentation alimentaire avec fenugrec modulerait l'homéostasie du glucose et empêcherait potentiellement la survenue du diabète sucré type 2 chez les personnes atteintes de prédiabète. L'objectif de cette étude est de déterminer si le fenugrec peut empêcher cette survenue chez les personnes prédiabètiques.

Méthode :

      - Il s’agit d’une étude randomisée contrôlée,  étalée sur une durée de 3 ans.

      - Ella a inclus 66 patients âgés de 30 à 70 ans présentant un pré-diabète.

      - Ces 66 volontaires ont reçu de la poudre de fenugrec, à la dose de 5 g deux fois par jour avant les repas, pendant 3 ans.

       - Leurs constantes sanguines étaient comparées tous les 3 mois à celles de 74 sujets témoins.

       - Les auteurs ont utilisé un extrait en poudre de fenugrec « desamérisé » (sans amertume, dans le texte noté : debitterized). La quantité administrée est de 5g deux fois par jour avec 200 ml d’eau ½ heure avant les repas   

Résultats :

A la fin de la période d’observation de 3 ans

 -  Le taux de conversion des hyperglycémies à jeun et des intolérances au glucose en diabète est significativement inférieur dans le groupe ayant reçu le fenugrec par rapport au groupe témoin

                 34,62 % groupe témoin  vs 18,52 %  groupe fenugrec

- Ils ont aussi observées, dans le groupe fenugrec, des réductions significatives

                 des glycémies à jeun                  1,4    g/l vs  1      g/l

                 des glycémies post-prandiales   1,43  g/l vs. 1,29 g/l

                 du LDL-cholestérol                      1,17 g/l vs  1,10 g/l

- Le cholestérol total, le HDL-cholestérol et les triglycérides en revanche ne sont pas modifiés.

- L’insulinémie moyenne, a augmenté dans le groupe fenugrec par rapport au groupe témoin où elle est restée stable 12 mU/l vs 10,2 mU/l

- Il n’apparaît en revanche aucune différence entre les deux groupes en ce qui concerne l’indice de masse corporelle moyen.

- l’observance et la tolérance du traitement sont bonnes pendant la durée de l’étude

 

Conclusions des auteurs : 

Selon les auteurs, l’effet hypoglycémiant de 10g de fenugrec par jour pendant 3 ans serait lié à une augmentation  de l’insulinémie et une diminution de la résistance de l’organisme à son effet, et ils suggèrent que cette action est la conséquence des alcaloïdes contenus dans le fenugrec.

 

L’avis du pharmacien :

Rappel déontologique en direction des patients : il s’agit ici d’une discussion interprofessionnelle, seul votre médecin traitant est à même de prendre les décisions idoines. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences !

     1- Cette étude n’étant pas randomisée contre placébo elle ne permet pas d’éliminer ou de limiter les risques de biais.

     2- On peu se demander si la composition chimique de la poudre de fenugrec est constante dans le temps afin de permettre la reproductibilité de cette étude.

     3- Par ailleurs on attribue classiquement au fenugrec des propriétés orexigènes qui impliquent logiquement une prise de poids. Cette étude démontre que le fenugrec n’a pas d’effet notable sur le poids. Et si c’était le cas … cela serait en contradiction avec son effet antidiabétique supposé. Autrement dit l’effet escompté des stimulants de l’appétit type  VITATINE®,  NURAX®, DYNAVIT®, EXTRAFORM® et autre ACTI’PETIT® ou encore FENUGRENE® en France, n’est absolument pas démontré.  Même si en 1990 (il y a 25 ans  à une époque où on était laxiste par rapport aux exigences pharmacologiques), la Commission Européenne avait approuvé l'usage médicinal des graines de fenugrec pour stimuler l'appétit en peros, et par voie externe pour soulager l'inflammation ! A noter que l’ANSM en termes d’indication mentionne pour ce genre de produits : « Traditionnellement utilisé pour faciliter la prise de poids. » cas du RCP de YOREXELLA®, comprimé enrobé (consulter le 22/10/15) ce qui montre un flou remarquable, car entre la tradition et la pharmacologie il y a trop de marge. 

 

Au final le fenugrec est un complément alimentaire sans effets secondaires notables, c’est une source de protéine végétale indéniable (au même titre que le soja ou les poids chiches). Malgré de nombreuses études plus ou moins crédibles, ses effets pharmacologiques ne sont pas démontrés.

Concrètement, pour nous, si un patient veut utiliser le fenugrec en extrait, en poudre, ou en grain, il peut le prendre :

       - comme apéritif orexigène : même si aucune prise de poids n’est escomptée … c’est une bonne source de protéines.      

       - comme adjuvent antidiabétique, et uniquement comme adjuvent, en complément d’un régime hypocalorique et d’une activité physique régulière et d’un éventuel médicament antidiabétique prescrit, qui ne doit sous aucun prétexte être arrêté sans l’avis du médecin prescripteur ; c’est un complément alimentaire intéressant qui pourrait, au mieux, réduire les doses d’antidiabétique administré voir amélioré l’évolution du diabète, et  au pire il n’aura aucun effet.                      

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 14:51

Lecture officinale

CONSTIPATION DU NOURRISSON

Rôle et limite du conseil officinal

 

Sources :

1- O. MOUTERDE « Constipation du jeune nourrisson » JIM Publié le 17/06/2015

2- Société canadienne de pédiatrie : « Point de pratique : La prise en charge de la constipation fonctionnelle chez l’enfant » mis en ligne le 01/12/2011 reconduit le 01/02/2014

3- François Pillon Savoir « conseiller les laxatifs à l’officine Actualités pharmaceutiques » • n° 492 • Janvier 2010

4- Pr Chantal Maurage (CHRU et Université de Tours) « Cours : Constipation »   Dernière mise à jour : 18/07/2006

          Comme toute autre symptomatologie concernant le nourrisson, la constipation relève en théorie exclusivement de la consultation médicale. Cependant, la réalité des conditions de pratique de la pharmacie (et de la médecine aussi) au Maroc, imposent une certaine flexibilité de cette donne tout en précisant les risques et les écueils qu’un conseil officinal peut faire courir au nourrisson.      

La constipation du jeune nourrisson est donc, un motif extrêmement fréquent de demande de conseil officinal, et d’emblée, il faut faire la part entre deux types de constipation : constipation organique et constipation fonctionnelle.

Repères : Classification succincte des laxatifs

  • Laxatifs de lest : Mucilage (Normacol® granulé ou autre)  Délai d’action :1-2j
  • Laxatifs lubrifiants : Huile de paraffine (Lansoyl® ou autre) Délai d’action :6-8h
  • Laxatifs Osmotiques :

       - Laxatifs salins : sulfate de Mg, hydroxyde de Mg (Osmosine® ou autre) 

       - Polyéthylène glycol : macogol (Forlax®, Movicol® ou autre)

       - Sucres et polyols : lactitol, lactulose (Duphalac® ou autre), sorbitol (Sorbhepatique® ou autre), pentaerythritol. Délai d’action : 24-48h

  • Laxatifs par voie rectale : bisacodyl, glycerol (Cristal®) délai d’action :5-10mn, Microlax® :5-20mn
  • Laxatifs stimulants : bisacodyl (Contalax®) huile de ricin,  laxatifs anthracéniques (Eucarbon® et autres), Picosulfate de sodium

LECTURE OFFICINALE

         A ce sujet, un article [1] court mais fort intéressant mis en ligne le 17/06/2015 dans le JIM sous la plume d’O. Mouterde (    Département de pédiatrie médicale, CHU de Rouen - Hôpital Charles Nicolle) nous est apparu tout à fait pertinent pour nous éclairer sur ce que peut cacher une « simple » constipation chez le nourrisson.   

Selon l’article, le diagnostic de constipation est clinique et ne se limite pas au nombre de selles.  Un nouveau-né ou nourrisson constipé, est suspect de constipation organique et doit être exploré, s'il présente l’un des signes suivants :  

- un retard d’élimination du méconium,

- des subocclusions,

- des débâcles,

- un retard de croissance,

- une anomalie du dos ou de l’anus

L’article ajoute : un interrogatoire et un examen clinique complets permettent de diagnostiquer ou de suspecter les situations de constipation secondaire (médicaments, hypothyroïdie, etc.).

Les cas de constipations fonctionnelles elles sont au nombre de trois :

 1 – la constipation au lait maternel, isolée chez un enfant sans anomalie clinique, avec des intervalles pouvant atteindre 1 mois entre les selles (variante de la normale) ;

 2 – la dyschésie : ce terme désigne une défécation difficile indépendamment de sa cause. (Cela pourrait éventuellement correspondre à ce qui est communément appelé dans certaines régions du Maroc « toutia » !) 

 3 – la tendance à la constipation, avec facteur familial fréquent, avec un début précoce sans signes d’organicité

Selon l’article la constipation fonctionnelle peut se traiter par des mesures diététiques et des laxatifs pour éviter l’aggravation avec le temps.

Un lait riche en lactose, à base de protéines solubles et de lipides structurés, contenant de la caroube, peut améliorer le transit. [1]

Toujours selon l’article susmentionné le lactulose (Duphalac®, Laevolac® ou autre)  est utilisable dès la naissance, le polyéthylène glycol  PEG* (Foralx®, Movicol® ou autre) après 6 mois (selon AMM). Les autres traitements, y compris les eaux fortement minéralisées, et les manoeuvres endo-anales ne peuvent pas être recommandés chez le nourrisson

LA CONSTIPATION DU NOURRISSON RÔLE & LIMITE DU CONSEIL OFFICINAL

 

Repères : Le polyéthylène glycol, macrogol

« Le polyéthylène glycol (PEP) est appelé en DCI macrogol. Il est principalement utilisé comme laxatif ou pour réaliser un lavement intestinal. Dans le domaine paramédical, le PEP se retrouve dans les gels hydro-alcooliques et les lubrifiants intimes. Pour la cosmétique, le PEP possède des propriétés très intéressantes, comme sa faculté à hydrater la peau et à retenir l'eau dans les tissus. C'est pour cela qu'on le retrouve dans de nombreux savons liquides, shampoings ou crèmes hydratantes. » Source : Polyéthylène glycol - Définition

 

LA CONSTIPATION DU NOURRISSON RÔLE & LIMITE DU CONSEIL OFFICINAL

 

 

LES LIMITES DU CONSEIL OFFICINAL

        Dans un article au sujet de la prise en charge de la constipation fonctionnelle chez l’enfant, la Société canadienne de pédiatrie [2] nous apporte les éléments suivants :  

- Pendant la première enfance, la constipation est surtout fonctionnelle, mais il faut faire preuve d’une grande vigilance dans ce groupe d’âge pour repérer les signes évocateurs d’une maladie organique.

- On sait que la fréquence des selles des nourrissons allaités peut être très variable*. Certains nouveau-nés allaités normaux peuvent faire une selle à chaque biberon ou en faire une seulement tous les sept à dix jours.

- L’huile minérale (huile de paraffine) est contre-indiquée chez les nourrissons parce que leur déglutition n’est pas coordonnée et qu’ils courent un risque d’aspiration et de PNEMONIE subséquente (Qui vient à la suite)

L’avis du pharmacien : Alors que l’on savait que l’utilisation ponctuelle chez l’adulte de l’huile de paraffine comme laxatif ne présente pas d’effets secondaires conséquents, on ignorait jusqu’ici les raisons de sa non recommandation chez le nourrisson, l’élément présenté ici est un excellent éclairage. Donc tant que la déglutition n’est pas coordonnée, pas d’utilisation de l’huile de paraffine.          

- Il peut être bon de consommer davantage de liquide et de réduire les excès de lait de vache pour soulager la constipation des nourrissons plus âgés*.

- On peut utiliser du lactulose (Duphalac® Lactulax® ou autre) et des suppositoires de glycérine* (Cristal®).

- Il existe deux analyses rétrospectives de dossiers portant sur l’innocuité du PEG 3350 (Movicol®) chez les nourrissons**. Toutes deux démontrent qu’à une dose de 0,8 g/kg/jour, le PEG était bien toléré, efficace et sécuritaire pour la prise en charge de la constipation des nourrissons de moins de 18 mois.

En France, existe une forme pédiatrique à base de macrogol 4000 (PEG à haut poids moléculaire) Forlax® 4g sachet, l’indication cette spécialité est utilisable à partir de 6 (six) mois (source : RCP Forlax® 4g, mis à jour le 11/03/2015, consulté le 06/7/2015)       

*Ref.: North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition. Evaluation and treatment of constipation in children: Summary of updated recommendations of the North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2006;43:405-7.

** Ref.: Loening-Baucke V, Krishna R, Pashankar DS. Polyethylene glycol 3350 without electrolytes for the treatment of functional constipation in infants and toddlers. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2004:39;536-9.

** Ref.: Michail S, Gendy E, Preud’Homme D, Mezoff A. Polyethylene glycol for constipation in children younger than eighteen months old. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2004;39:197-9.

          Sur la base de ce qui vient d’être énoncé, on comprend que la constipation du nourrisson ne doit pas être prise à la légère et ne doit pas nous faire oublier le risque d’une éventuelle constipation organique. Heureusement on sait que la majorité des constipations durant les six premiers mois de la vie sont fonctionnelles. Et même dans ce cas le seul critère de la fréquence des selles de définie pas à lui seul une constipation.

Retenons à ce sujet que la Société canadienne de pédiatrie [2]  définie la constipation comme suit :

« La définition de la constipation est variable, mais elle comprend une évacuation peu fréquente, difficile, douloureuse ou incomplète de selles dures … »

Selon certains auteurs [4] On parle de constipation quand les selles sont douloureuses et leurs nombre inférieur à 1 par jour, chez le nourrisson dans les premiers mois de la vie. (Inférieur à 2 par semaine, chez l'enfant plus grand) [4]

Si conseil officinal il y a ... , il doit prendre acte des écueils éventuels, privilégiant les règles diététiques à savoir boisson abondante et alimentation riche en cellulose digestible (carotte, salade … pour nourrisson ayant entamé la diversification alimentaire).

A notre avis le médicament de choix pour un officinal reste les suppositoires de glycérine (Cristal®, NB ce produit n’est plus commercialisé en France !), il devrait être utilisé de manière très limitée dans le temps dans le cas d’une constipation fonctionnelle occasionnelle. Une utilisation prolongée des laxatifs par voix anale risquent d’entraver le réflexe normal de défécation (ou d’exonération) créant une véritable dépendance. En informer les parents est obligatoire.  

Sauf erreur de notre part, l’utilisation des suppositoires de glycérine (Cristal®) ne devrait être qu’une amorce du traitement afin de soulager, le lactulose ou le macrogol devraient prendre logiquement le relais si nécessaire.

Conclusion :

La constipation du nourrisson, qui peut se présenter comme un simple problème bénin, peut cacher une véritable pathologie organique. Le conseil officinal, s’il a lieu, devrait être très limité dans le temps. Toute utilisation abusive de laxatifs peut avoir des répercussions néfastes sur la santé du nourrisson.           

Ce qu’il faut retenir :

 - Chez le Nourrisson la constipation est rare, elle est définie par des selles trop dures et une défécation douloureuse plutôt que par des selles trop rares,(donc consistance plutôt que fréquence).

 - Même si la constipation d’origine organique est rare, y penser dans l’interrogatoire pour orienter vers une consultation médicale surtout en cas de retard de croissance et dans les situations citées en haut.

 - Privilégier les mesures hygiéno-diététiques : chez le nourrisson de quelque mois, on conseille d’augmenter les apports en eau et de donner du jus de fruits tels que pommes et pruneaux qui sont riches en sorbitol, un sucre qui reste dans l’intestin et qui provoque un appel d’eau ce qui ramollit les selles et donc en facilite l’évacuation.

 - En cas d’échec, avoir recours à un laxatif dont le choix diffère selon le cas :

          ° usage ponctuel : difficulté de défécation liée à un événement ponctuel inhabituel, utiliser un laxatif d’action rapide : Glycérine voir rectale.

          ° constipation  occasionnelle ou récente : laxatifs de lest ou osmotique sucrés et macrogol sur plusieurs jours.

          ° constipation prolongée : laxatifs osmotiques sucrés sur plusieurs mois, mais là une consultation médicale s'impose. 

 - Huile de paraffine est à éviter chez le nourrisson en raison de risque de fausse route conduisant à une pneumonie.

En collaboration avec Dr L. Mouna, Pharmacienne d'officine   

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 13:06

LECTURE OFFICINALE

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

Source: David B. Allison et coll. : Myths, presumptions, and facts about obesity. N Engl J Med. 2013., 31; 368. NB : En cliquant sur le lien vous avez accès à l’article dans son intégralité 

Source Image : Sculpture : Margot Pitra (Détail), photocomposition : Pharamster     

       Une équipe internationale de vingt chercheurs dirigée par David B. Allison de l’University of Alabama at Birmingham s’est attaquée à un certain nombre d’idées reçues au sujet de l’obésité et les a mises à l’épreuve de l’argumentation scientifique. Le résultat, comme on le verra par la suite, est surprenant.   

Au sujet de l’obésité, de nombreuses affirmations sont émises comme des vérités absolues par le corps médical, les enseignants et les média. Ces affirmations sont généralement issues d’articles parus dans des journaux scientifiques, elles sont même parfois à la base de décisions politiques pour lutter contre l’obésité.

 Cette équipe, à travers cette étude, démontre que ces « connaissances » sont souvent

- soit des mythes : affirmations qui sont contredites par les travaux scientifiques

- soit des présomptions : hypothèses non démontrées par les données scientifiques disponibles.

Au chapitre des mythes

Les auteurs refutent :

       - « la règle des 3 500 kcals » : celle-ci précise qu’une simple diminution de 100 kcal/jour des apports caloriques (ou d’une augmentation équivalente de la dépense énergétique) pendant cinq ans aboutit à une perte pondérale de 22,7 kg. Ce calcul selon ces chercheurs est faux. Si l’on tient compte de l’adaptation métabolique qui accompagne la perte pondérale, la perte de poids finale théorique n’est en fait que de 4,5 kg !

       - Toujours selon les auteurs de cette revue, l’idée qu’une perte de poids rapide entraîne une reprise de poids plus importante qu’un régime moins sévère est un véritable mythe infondé.

De même, bien qu’il soit recommandé de fixer des objectifs pondéraux « raisonnables », cette attitude pleine de bon sens n’est pas plus efficace que celle qui consiste à viser une perte pondérale très (voire trop) ambitieuse !

       - En ce qui concerne la prévention de l’obésité chez l’enfant, la promotion de l’activité physique à l’école semble inefficace pour réduire l’incidence de l’obésité, si l’on en croit les conclusions de deux méta-analyses qui ont regroupé les résultats d’études d’intervention en milieu scolaire.

        - De même, contrairement à ce qui est souvent répandu, l’allaitement n’est pas un facteur protecteur majeur de l’obésité de l’enfant.

         - Enfin, l’idée qu’un rapport sexuel d’une durée moyenne de six minutes conduit à dépenser 100 à 300 kcals est infondée. Les auteurs estiment cette dépense à 21 kcals. À titre comparatif, un homme dépense 7 kcals (soit 14 kcal de moins) en regardant la télévision pendant la même durée.

Au chapitre des présomptions

En ce qui concerne les présomptions, les auteurs mentionnent celles de l’importance du petit déjeuner, des fruits et légumes, de l’intérêt d’un environnement riche en équipement sportif et de l’importance d’un apprentissage précoce des bonnes habitudes alimentaires pour prévenir ou traiter l’obésité.

Bien que souvent présentées comme des vérités, il ne s’agit là que de présomptions pour lesquelles le niveau de preuve est faible voire nul. De même, il n’est pas démontré que la lutte contre les prises alimentaires inter-prandiales réduit la prise de poids ni même que le phénomène yoyo réduit l’espérance de vie.

Quelques messages scientifiquement fondés

A côté de ces incertitudes, les auteurs mentionnent quand même quelques messages qui leur semblent scientifiquement fondés. Parmi ces derniers ils rappellent les vérités suivantes :

     - La chirurgie bariatrique est efficace pour obtenir une réduction pondérale à long terme et diminuer la mortalité des personnes ayant une obésité massive. Remarque de l’officinal : oui mai à quel coût ?
    - En pédiatrie, les programmes nutritionnels impliquant l’environnement familial permettent d’obtenir une perte pondérale plus marquée.
    - L’exercice physique apporte un bénéfice quel que soit le poids et aide à maintenir un poids stable à long terme.

    - Malgré l’importance des déterminants génétiques dans la prise de poids chez une personne prédisposée, l’obésité n’est pas une fatalité et elle peut être combattue par des changements réalistes des habitudes de vie.

OBÉSITÉ ENTRE MYTHES & RÉALITÉS

L’avis du pharmacien :

    Cet article, qui remet en cause un certain nombre de concepts, illustre parfaitement ce qu’on a appelé dans un article de juillet 2010: Les ambiguïtés rationnelles

En effet, il arrive souvent qu’avec des demi-vérités, issues à l’origine de publications scientifiques, on construit des concepts qui à force de simplification et de banalisation deviennent des vérités absolues incontestables et évidentes.

Les résultats présentés ici peuvent êtres eux-mêmes discutés. Cela dit un constat s’impose : en nutrition, comme dans les autres domaines de la médecine, ce qui relève du « bon sens » ne relève pas forcément de la « vérité scientifique ». Le « bon sens » doit se soumettre aussi l’épreuve de l’argumentation scientifique, à défaut il doit être présenté comme une présomption.    

Afin de lever l’ambiguïté dans les messages nutritionnels qui sont communiqués au grand public : une distinction devrait être clairement exprimée entre ce qui est établi, ce qui est supposé, et ce qui n’est que du domaine du mythe…

Un exemple édifiant à ce sujet : La consommation du lait & la santé, à ce sujet on vous propose de lire 2 articles :

1.  Un récent article du 31/10/14 publié dans le Huffington post intitulé : Le lait présenterait un danger pour les adultes? Une étude suédoise jette le trouble.

2. Un article du 02/01/2010 mis en ligne sur PHARAMSTER intitulé :   LAIT & CANCER DE LA PROSTATE ETAT DES LIEUX

3. Le Nouvel Observateur publié le 31/10/2014 « Les laitages ne sont pas le poison absolu, mais ils ne sont pas indispensables »

Au sujet des régimes lire : Existe-t-il un régime idéal ?

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 18:22

Lecture Officinale

RAMADAN & GROSSESSE QUEL IMPACT ?

RAMADAN & GROSSESSE

Source : Chraibi C*, Harizi H**, HANAFI Y*** « Ramadan et grossesse, quel impact ? », Doctinews, n°67, page 29-32, juin 2014.

*Chef de service gynécologie obstétrique, Maternité des Orangers, CHU Rabat - ** Gynécologue, obstétricienne, Maternité des Orangers, CHU Rabat - *** Médecin résident, Hôpital des spécialités, CHU Rabat.

        Le sujet de cet article nous a apparu fort important, car il donne des éléments de réponse à la question de la poursuite du jeûne pour une femme enceinte.  D’autant plus que les études traitant de l'impact du jeûne du Ramadan sur la grossesse sont rares   

Objectif :

Etudier, d’une part, les répercussions du jeûne sur la femme enceinte et les pathologies gestationnelles pouvant apparaître durant la grossesse, et d’autre part, l’impact du jeûne sur le nouveau-né.

Méthode :

- Etude rétrospective à partir des dossiers de la Maternité des Orangers, CHU Rabat.

- Période analysée : les 12 mois de l’année 2005, de janvier à décembre.

- Panel : Les 6023 femmes enceintes qui s’étaient présentées au cours de cette année pour une prise en charge de leur grossesse et de leur accouchement on été classées en 2 groupes

Groupe 1 :   1455 femmes qui  ont jeûné durant leur grossesse.

Groupe 2 :   3028 femmes qui n’ont pas jeûné durant leur grossesse

Le reste, soit 1545, leurs grossesses n’ont pas coïncidé avec le Ramadan   

- Les dossiers sélectionnés comprenaient en outre, précision importante, le nombre de jours et le trimestre de jeûne.

Résultats :

Présentés ici de façon de façon succincte  

 

Groupe 1

Ramadan

jeûné

Groupe 2

Ramadan non jeûné

Déroulement normal de la grossesse.

82.6%

84%

Menace d’accouchement prématuré

3.1%

3%

Menace d’avortement qui a compliqué la grossesse

2.%

2.5%

Rupture prématurée des membranes avant terme

1.75%

0.8%

Complication maternelle au cours de l’accouchement

8.3%

10.26%

Souffrance néonatale du nouveau-né  

5.07%

7.16%

Détresse respiratoire du nouveau-né

3.7%

7.16%

Score d’Apgar  sup à 7 (normal)

92.63%

96.05%

Poids à la naissance inf 2500g

11.2%

5.58%

Conclusion des auteurs :

« Dans notre étude, le Ramadan n'a eu aucun impact sur les risques de fausse-couche spontanée ou de mort fœtale in utero, de malformations, de prématurité, de détresse respiratoire.

L'impact du jeûne sur l'hypotrophie fœtale est le seul paramètre ayant été révélé par cette étude. Cette hypotrophie est d'autant plus fréquente chez les patientes ayant jeûné le 1er trimestre et lorsque le nombre de jours de jeûne est important. »

Les auteurs conseillent : « La qualité de la relation médecin-malade est essentielle pour une prise en charge la mieux adaptée. Or, sous-estimer l'importance du Ramadan pour la patiente musulmane, en méconnaître les modalités, ou préjuger de ses effets sur le fœtus conduisent à des situations où l'existence même de cette particularité religieuse est niée, voire même source de situations conflictuelles. Ce travail a apporté des réponses qui pourront rendre cette relation plus sereine. En effet, le soignant doit  aborder ce sujet avec sa patiente, afin de lui montrer qu'il respecte ses choix et qu'il est prêt à l'accompagner quelle que soit sa décision. »

L’avis du pharmacien :

      Comme l'affirme les auteurs ce travail apporte en effet une certaine sérénité à ce sujet, loin des partis pris.Au niveau officinal, face à une question de cet ordre il serait irresponsable de dire à la femme enceinte de jeûner ou non, c’est du ressort du médecin traitant. Une attitude officinale logique serait, qu’à l’approche du mois de Ramadan, de conseiller à la femme enceinte de faire une visite médicale d’évaluation des risques liés au jeûne. Sachant que, selon cette étude qui devrait être confirmée ou infirmée par d’autres études prospectives, le jeûne a un impact limité sur la femme enceinte.    

Petite réflexion de l’apothicaire :

      La pratique d’une diète restrictive (jeûn) est largement diffusée dans plusieurs cultures (les Hounzas du Karakoram, les Abkhases du Caucase russe, ou en Équateur  …). Dans les trois grandes religions monothéistes on retrouve bien entendu la pratique du jeûne, le taanit chez les juifs, le carême chez les chrétiens et le ramadan chez les musulmans, avec comme objectif global, indépendamment des rites, la pénitence et la recherche du pardon.

   Cette pratique (avec les rites afférents) peut être comprise à l’heure actuelle comme une contre-réaction vis-à-vis de la société de surconsommation dans laquelle on beigne aujourd’hui. En cela, le jeûne devient un concept réellement moderne à condition qu’il s’accompagne d’une baisse globale de la consommation autant alimentaire qu’énergétique. Cette baisse est en parfaite adéquation avec les préceptes religieux d’humilité et de modération … d’une part et d’autre part, avec le concept écologique de décroissance contrôlée  (certes discutable …) qui implique des économies d’énergie, d’eau et une baisse draconienne des déchets.

A travers la pratique du jeûne les objectifs escomptés, en term de comportement humain et de consommation raisonnée, sont-ils atteints dans notre société? En observant les comportements de nos concitoyens la réponse est désespérément NON, tant l’incivisme est monnaie courante* et la consommation des ménages en alimentation frôle l’absurde, on assiste non pas à une rupture de jeûne mais à des orgies alimentaires, on est à mille lieux de l’esprit d’humilité prôné par les préceptes religieux !    

Lire à ce sujet : A. Bennani « Le mois de tous les forfaits » Le Soir Echos, n°894, page 16 du 18/08/2011 

Et c’est donc tout le contraire qui se passe au Maroc en ce mois sacré où la consommation des ménages frôle l’hystérie. En effet, dans un article du journal L’Economiste*, cette augmentation de la consommation est chiffrée à 1500,00 DH par ménage. Ce qui est énorme par rapport au niveau moyen de la population.

*  Btissam ZEJLY « Ramadan propice à la hausse des dépenses » L’Economiste n°3842 p14 du 07/08/12

Cette augmentation n’a aucun justificatif religieux, c’est plutôt lié au fait que le marocain festoie pendant 30 nuits avec des orgies alimentaires nocturnes qui dépassent de loin le cadre de la compensation de la privation diurne !

Par ailleurs, cette augmentation de la consommation s’accompagne, comme le montrait un article du défunt journal Le Soir Echos*, d’une baisse de la productivité industrielle. Autrement dit, on consomme plus et on produit moins. La baisse de la productivité industrielle, logique au vu du stress métabolique que subit le corps qui jeûne (en particulier au cours la première moitié du mois de ramadan), aurait put être sans conséquence si elle était corrélée à une baisse de la consommation. Sur le plan macroéconomique, cela va plus ou moins s’équilibrer, avec un bénéfice environnemental et sanitaire indéniable.  Malheureusement on est très loin de cette pratique vertueuse du Ramadan.    

* Source : Le Soir Echos, n°917, page 2, du 23/09/2011

Autres articles à ce sujet :

Bon Ramadan 25/08/2010

La pratique du jeûne & la santé 15/08/2011  

Jeûner un moyen de lutter contre le cancer ! 16/08/2012

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 18:31

L’huile d’olive entre allégations et intérêt réel

L'HUILE D'OLIVE ENTRE ALLEGATIONS ET INTERET REEL

 

 

              L’huile d’olive fait partie intégrante de notre alimentation méditerranéenne, elle constitue une des principales sources de matières grasses. Utilisée en cuisine depuis l'Antiquité, elle est aussi utilisée en pharmacie comme excipient dans la célèbre huile camphrée ainsi que d’autres médicaments (comme solvant du cholécalciférol vitamine D3) mais aussi dans plusieurs crèmes et pommades, elle fait partie des produits cosmétiques. C’est un exemple parfait d’Alicament. (Cliquer sur  lien pour visualiser notre article)  

Cette multiplicité d’usages fait qu’on lui attribue divers bienfaits, Qu'en est-il de en réalité ?    

L’huile d’olive est-elle riche en  l'huile oméga-3 ?

          Non. L’huile d’olive n’est pas la meilleure huile pour un apport significatif en oméga-3, un acide gras insaturé. Par exemple, selon Santé Canada [1],

            - 15 ml d’huile d’olive contiennent 0,1 g d’oméga-3

             - Alors que 2 ml d'huile de lin contiennent 1,3 g

Comme la quantité d'oméga-3 contenue dans l'huile d'olive est négligeable, il ne faut pas miser sur cette matière grasse pour en tirer des bienfaits tels que la diminution des risques de maladies cardiovasculaires, une régulation de la tension artérielle, la prévention de certains cancers ou encore l’amélioration du fonctionnement des reins. Au sujet des ACIDES GRAS POLYINSATURES OMEGAS-3 lire notre article : LES OMEGAS-3 UN EXEMPLE D’ALICAMENT

L’huile d’olive est-elle la moins grasse de toutes les huiles ?

Non. Contrairement aux idées reçues, l’huile d’olive n’est pas moins grasse que les autres types, qu’il s’agisse de l'huile de colza, de l'huile de lin ou de l'huile de soja.

Toutes les huiles sont composées à près de 99  % de lipides, c’est-à-dire de matières grasses. L’huile d’olive ne fait pas exception. Toutefois, c’est une huile riche en acides gras mono-insaturés (= bon gras), ce qui contribue à rétablir l’équilibre entre les gras saturés et insaturés.

 En fait, il s’agit du principal composant avec 10,1 g d'acides gras mono-insaturés pour 14 g d’huile d’olive. Le reste est constitué de différents composés mineurs (squalènes, alcools triterpéniques, stérols (β-sitostérol), phénols et autres dérivés du tocophérol).

Par ailleurs, la mention « légère » que certains fabricants apposent sur les bouteilles ne change en rien la composition de l’huile d’olive. En terme calorique l’huile n’a rien à « envier » aux autres huiles. Dans le cadre d’un régime pauvre en calories l’huile d’olive fait partie des aliments hypercaloriques.   

L’huile d’olive de première pression à froid représente un choix logique ?

            L’huile d’olive de première pression à froid représente le choix le plus censé, après trituration (écrasement) des olives on les soumet à une pression, cette technique permet de recueillir seulement 40 % de l’huile contenue dans les olives. Pour obtenir la totalité, les producteurs ajoutent de l’eau chaude et effectuent une seconde pression, c’est la pression à chaud. La qualité de l’huile s’en trouve alors diminuée, puisqu'elle perd ainsi bon nombre de ses nutriments.

Cela dit depuis un certains temps les procédés [4] on été nettement améliorés, les producteurs n’ont pratiquement plus recours à l’ajout d’eau on obtient théoriquement une huile d’olive de bonne qualité.  Les divers types de procédés : Extraction par pression (classique), Extraction par centrifugation et Extraction en Sinolea. Lire à ce sujet :  Extraction de l'huile d'olive

Selon l’organisation UFC-Que choisir :  « La mention « Première pression à froid » fait partie des mentions facultatives pouvant figurer sur l’étiquetage des huiles d’olive vierges ou vierges extra, obtenues à moins de 27° C lors d’un premier pressage mécanique de la pâte d’olive par système d’extraction de type traditionnel avec presses hydrauliques. La mention « Première pression à froid » ne signifie finalement plus grand-chose aujourd’hui. » SIC (ndlr valable en France)

L’huile d’olive dite extra vierge est de meilleure qualité

          Vrai. Selon le Conseil Oléicole International, les huiles d’olive vierges sont obtenues par « des procédés mécaniques ou d'autres procédés physiques dans des conditions, thermiques notamment, qui n'entraînent pas d'altération de l'huile, et n'ayant subi aucun traitement autre que le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration. »

La qualité d’une huile d’olive se remarque principalement par son taux d’acidité. Plus celui-ci est bas, meilleure sera l’huile. Ses qualités gustatives ressortiront davantage. Cette appellation est soumise aux normes du Conseil Oléicole International qui stipule notamment que le taux d’acidité ne doit pas excéder 0,8 %. De plus, différents critères organoleptiques, c’est-à-dire tout ce qui peut être perçu par les organes sensoriels, doivent être respectés afin de porter la mention « extra vierge ». [5,7]

Selon : International Olive Oil [5]

l'huile d'olive vierge extra: huile d'olive vierge dont l'acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 0,8 gramme pour 100 grammes

- l'huile d'olive vierge: huile d'olive vierge dont l'acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 2 grammes pour 100 grammes

- l'huile d'olive vierge courante: huile d'olive vierge dont l'acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 3,3 grammes pour 100 grammes

L’huile d’olive permet de réduire les risques de maladies cardiovasculaires

          Vrai. De nombreuses études ont permis d’établir un lien entre l’alimentation et les maladies cardiovasculaires, qui représentent d’ailleurs aujourd'hui l’une des principales causes de mortalité dans le monde, d'après l'OMS. Des études ont permis de démontrer l’effet antithrombotique et antiagrégant plaquettaire de l’huile d’olive. Ces propriétés permettent notamment de prévenir l’athérosclérose, c’est-à-dire la formation de plaques riches en cholestérol sur les parois des artères qui rend plus difficile la circulation sanguine. Une alimentation riche en huile d’olive permettrait de limiter la coagulation sanguine excessive. Le taux de décès suite à des maladies cardiovasculaires est d’ailleurs inférieur dans les pays où la consommation d’huile d’olive fait partie intégrante du régime alimentaire, c'est-à-dire sur le pourtour de la méditerranée. 

L’huile d’olive possède des propriétés antioxydantes

         Vrai. L’huile d’olive tire ses propriétés antioxydantes, entre autres, des composés phénoliques qu’elle contient, dont les principaux sont l’hydroxytyrosol et l’oleuropéine. Des études ont montré qu’une consommation régulière d’huile d’olive pourrait réduire le stress oxydatif dans l’organisme, soit les dommages causés par les radicaux libres [2]. Il s’agit d’un moyen préventif agissant sur plusieurs maladies, notamment les cancers. L’huile d’olive renferme également de la vitamine E, un autre agent fortement antioxydant. Cette vitamine offre une protection supplémentaire au système immunitaire puisqu’elle agit sur les globules rouges et blancs.

Mais l'huile d'olive n’a pas que des vertus… Contrairement aux huiles de canola, de soja ou de noix, l'huile d'olive ne contient pratiquement pas d'acides gras essentiels. Elle contient également moins de vitamine E que l'huile de tournesol ou de maïs. [9,10,11]

Ref :

1- Santé Canada. Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2005

2- Marrugat J, Covas MI, et al. « Effects of differing phenolic content in dietary olive oils on lipids and LDL oxidation--a randomized controlled trial. » Eur J Nutr 2004 June;43(3):140-7..

Lien : http://link.springer.com/article/10.1007/s00394-004-0452-8

3- Site : Passeportsanté  

4- Extraction de l'huile d'olive

5- international olive oil : Dénominations et définitions des huiles d'olive

6- Caractéristiques de l’huile d’olive

7-  NORME CODEX POUR LES HUILES D’OLIVE ET LES HUILES DE GRIGNONS D’OLIVE CODEX STAN 33-1981 c’est un ficher pdf remarquable.

8-  UFC-Que Choisir : Huiles d'olive Glossaire

9- Hu FB, Manson JE and Willet WC. Types of dietary fat and risk of coronary heart disease: a critical review. J Am Coll Nutr 2001; 20(1): 5-19.

10- Schrauwen P and Westerterp KR. The role of high-fat diets and physical activity in the regulation of body weight. Br J Nutr 2000; 84(4): 417-27.

11- U.S. Department of Agriculture. Agricultural Research Service. USDA Nutrient Database for Standard Reference, Release 14. [En ligne]. http://www.nal.usda.gov/fnic/cgi-bin/nut_search.pl. (Page consultée le 12 mai 2003).

15- TELQUEL 27 juillet 2014Graphique : l’huile d’olive en manque de compétitivité

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 18:51

LECTURE OFFICINALE

Les risques liés à l’utilisation des anti-inflammatoires avant un marathon

 

LES RISQUES LIES A L'UTILISATION  ANTI-INFLAMMATOIRES AVANT UN MARATHON

Source : Etude allemande publiée avril 2013

Ref : M Küster et coll. : Consumption of analgesicsbefore a marathon and the incidence of cardiovascular, gastrointestinal and renalproblems: a cohortstudy. BMJ Open 2013; 3:e002090. doi:10.1136/ http://bmjopen.bmj.com/content/3/4/e002090.full.pdf+html

  

Objectifs de l'étude :

       Suite aux révélations d’une enquête allemande qui a montré que les 2/3 des participants à un marathon prenaient avant le départ des antalgiques sans ordonnance et que la plus part d’entre eux les utilisent avec doses supra-thérapeutiques, les auteurs de la dites enquête ont voulu savoir si la prise d’antalgique avait un intérêt pendant le déroulement de la course ou si au contraire elle exposait à des effets secondaires. 

Méthode :

- Un questionnaire a été envoyé aux 7048 participants du marathon de Bonn 2010

- Près de la moitié des sportifs 3913 ont répondu

Résultats :

  - 47% ont pris du diclofénac [Voltarène® ou autre], dont 11 % des athlètes avouent prendre des doses supérieures aux doses recommandées (> 100 mg),

 - 43% ont pris de l’ibuprofène [Brufen® ou autre] avec des doses de plus de 800 mg…

 - Les 10% restant prenaient de l’aspirine à des doses plus raisonnables et une minorité de coureurs prenaient d’autres AINS, célécoxib [Celebrex®], naproxène [Naprosyne®], etc.

 - 54 % des répondants ont pris ces médicaments sans ordonnance et la presque totalité se disent non informés des risques que comporte la prise d’antalgiques pendant le sport.

 

L’analyse des données révèle que chez les coureurs ayant pris des antalgiques, l’incidence d’effets indésirables est 5 fois plus élevée que pour ceux qui ne prennent rien.

Les effets indésirables surviennent

- pendant la course, notamment sous forme de crampes abdominales (14 % dans cette cohorte), entraînant un nombre non négligeable d’abandons,

- mais aussi après la course, où les athlètes ayant pris des antalgiques sont plus susceptibles de souffrir de manifestations cardiovasculaires telles qu’arythmie ou palpitations (9 % vs 3 %).

Ces incidents sont d’autant plus fréquents que les doses absorbées sont plus importantes. Et parallèlement à ces risques accrus d’effets indésirables, le bénéfice des antalgiques est loin d’être évident puisque les douleurs musculaires et articulaires après la course sont plus fréquentes chez ceux qui en avaient consommé.

Au total 9 coureurs ont été hospitalisés après la course, tous avaient pris des antalgiques avant le départ. Trois ont été hospitalisés pour une insuffisance rénale après l’absorption d’ibuprofène, 4 pour des saignements (après prise d’aspirine) et 2 pour des infarctus (après prise d’aspirine).

Il n'y avait pas de différence significative entre le taux de retrait de la course prématurée dans la cohorte des analgésiques et la cohorte qui n'ont pas pris des analgésiques («témoins»).

Discussion :

     Ce travail confirme les conclusions de précédents travaux qui montraient que l’incidence et la sévérité des perturbations électrolytiques, des problèmes intestinaux ou cardiovasculaires, pendant et après les courses, augmentent avec la prise d’antalgiques anti-inflammatoires, réduisant d’autant les bénéfices de l’activité sportive.

L'utilisation d'analgésiques et d’AINS avant de participer à des sports d'endurance peut causer un nombre important d’effets indésirables potentiellement graves. Ces effets secondaires augmentent avec l'augmentation des doses.

L'utilisation d'analgésiques avant les sports d'endurance pose un véritable problème médical largement sous-estimé par les sportifs   

L’avis du pharmacien :

     Les études basées sur des questionnaires complétés par les patients eux-mêmes nous laissent parfois perplexe quand à la fiabilité des réponses. Il n’en demeure pas moins qu’au vu de la revue ou cette étude a été publiée (BMJ), le sérieux de ce travail ne devrait pas être remis en cause.

     Les effets secondaires constatés par cette équipe allemande peuvent théoriquement s’expliquer par le fait qu’une activité physique d’endurance crée une déplétion hydrique, de facto la concentration de toute molécule absorbée avant le début le début de l’activité se trouve largement augmentée. Ceci nous rappel les effets secondaires de certains médicaments (en particulier les quinolones) au cours du mois de Ramadan.

Toute perte hydrique importante influence logiquement la pharmacocinétique des molécules absorbées ce qui implique des effets secondaires plus ou moins accentués.  

    L’utilisation de tout médicament avant toute activité physique (en particulier quand c’est intensif) doit être évaluée sérieusement, d’autant plus que le risque est important et le bénéfice escompté n’est pas au rendez-vous.

Une question se pose logiquement : si avant l’activité physique la prise de médicament est à proscrire, qu'en est-il de la prise d’AINS après l’activité physique ?

     Pour essayer de répondre à cette question il faut rappeler que « Dans le domaine sportif, le bain de glace est régulièrement utilisé par les athlètes dans le but d’optimiser la récupération suite à des entraînements physiques exigeants » [Source, un remarquable site canadien parfaitement documenté avec une bibliographie de bonne facture PERFORMANCES SPORTS ]. Le froid, en fait,  va agir comme un anti-inflammatoire.

    Au cours d’un exercice d’endurance le muscle est sollicité en premier mais aussi les articulations qui subissent des microtraumatismes pouvant être à l’origine de blessures survenant bien après la course. Le froid après un exercice intense améliorerait certainement la récupération musculaire mais aussi, à notre sens, pourrait bloquer aussi l’inflammation liée aux microtraumatismes.     

  Les bains de glace exigeant une structure qui n’est pas disponible pour le grand nombre, l’idée d’utiliser un AINS de façon ponctuelle après un effort intensif est, à notre sens, recevable (l’erreur est possible). Particulièrement chez des sportifs amateurs sujets à des blessures à répétition. Il est évident que l’AINS ne remplacera jamais les techniques classiques de récupération :

  • Repos
  • Hydratation correcte avant, au cours, et après l’effort
  • Durant les 24h après l’effort, une alimentation peu protéique et peu grasse, afin de ne pas trop solliciter le tube digestif qui est un gros consommateur d’énergie.       

A notre avis un marathon réussi est un marathon

  • qui a été bien préparé entre à 1 à deux mois, sur la base d’un potentiel de fond qui doit être préparé des années durant.
  • avec un chrono qui correspond aux capacités du moment du sportif
  • et surtout une récupération dans de brefs délais  

La véritable performance sportive pour un amateur ne se mesure pas par un chrono, c’est absurde voir suicidaire, l’objectif premier est un objectif santé. Autrement dit une bonne préparation sur un foncier - en termes de santé - correcte, un chrono adéquat, et surtout une récupération rapide et sans blessures ultérieures. Cette bonne récupération devrait être le véritable baromètre d’un marathon réussi. Le chrono devient un simple élément factuel, l’objectif santé reste la priorité des priorités est c’est l’essence même du sport.

PS : Cet article est dédié particulièrement aux au participants marocains du MARATHON DE SEVILLE qui se déroulera le 24 février 2014. Bonne préparation, bonne course & très bonne récupération dans la continuité.

Bonne année 2014                  

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 20:43

L’EXTRAORDINAIRE HISTOIRE

DE L'EX-HÔPITAL MILITAIRE MARIE FEUILLET DE RABAT

 

L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE L'EX-HOPITAL MILITAIRE MARIE FEUILLET DE RABAT

        Appelé communément par les marocains MARIFIYI, l’ex-hôpital militaire MARIE FEUILLET DE RABAT, abrite non seulement une part importante de l’histoire de la médecine au Maroc, mais aussi de l’Histoire (avec un grand H) tout court.

Situé au quartier populaire l’Océan, l’hôpital militaire MARIE FEUILLET a été fermé en 1999 remplacé depuis par un établissement flambant-neuf situé au quartier huppé de Hay Riad : l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V(HMIMV).   

L’excellent historien Hassan Aourid dans cet article paru dans la non moins excellente revue marocaine spécialisée  de l’histoire : Zamane [ www.zamane.ma/ ], nous rapporte un éclairage extraordinaire que peut de gens connaissent, et pourtant cela fait partie de notre patrimoine matériel et immatériel.   

Source : Hassan Aourid « Marifiyi, lieu de mémoire » Revue Zamane, n°33-34, pages 96-97, août/septembre 2013. Article lui-même basé sur le livre « L'hôpital Marie Feuillet de Rabat, origine, histoire et évolution » (2012), de Ali Akhddar

        « Récemment, un chauffeur de taxi à qui j'ai demandé de me conduire à l'hôpital Marifiyi m'a rétorqué : « Lequel ? L'ancien ou le nouveau ?» La confusion devrait pourtant être levée pour lui entre l'ancien hôpital militaire et le nouveau. J'ai alors compris qu'il y avait plusieurs confusions à lever sur le nom, devenu pour mon chauffeur de taxi une fonction, tout comme sur le lieu, qui abrite non seulement une part importante de l'histoire de la médecine au Maroc, mais aussi de l'histoire tout court, et qui est peu connue. N'était-il pas question de le raser? On se plaignait de sa vétusté et de la dégradation de ses bâtisses.

Une retraite du sultan Moulay Sliman & un palais d'été du sultan Moulay Abdelaziz

         Ce même lieu était initialement une retraite du sultan Moulay Sliman [1], connue sous le nom de Dar al-Bahr, avec des constructions au style mauresque sobre, des jardins et un promontoire qui donne sur la mer. Il ne reste de ce promontoire que deux petites tourelles séparées de la bâtisse parla route côtière. Ce même lieu a été également le palais d'été du sultan Moulay Abdelaziz [2]. C'est d'ailleurs là qu'il avait reçu en octobre 1907 la délégation présidée par l’ambassadeur Regnault, accompagné du commandant de la région d'Oran : Lyautey. C'est donc un lieu qui atteste des prémices de normalisation avec la France et le prélude au Protectorat. C'est dire combien son histoire est chargée.

Dans ce qui était un centre de santé à Sidi Fath, au coeur de la médina de Rabat, on a pensé, depuis la conclusion du traité du Protectorat et l'établissement de la ville de Rabat, en juillet 1912, comme capitale, opérer une extension pour répondre aux besoins et à la demande croissante. Un hôpital de campagne étant érigé initialement autour du lieu historique qu'était Dar al-Bahr, il sera choisi pour devenir l'hôpital militaire Mohammed V, ou Marie Feuillet, ou selon l'usage local « Marifiyi» . Qui était donc cette dame Marie Feuillet, immortalisée dans l'imaginaire collectif marocain par « Marifiyi » ?

Marie Feuillet, l’infirmière engagée

     savons, grâce au travail de M. Ali Akhaddar, qui a réservé une recherche à l'histoire de cet hôpital, que Marie Feuillet était une infirmière major qui a servi au Maroc dans la foulée des pionniers. Elle a fait de sa charge un sacerdoce, sans être pour autant une religieuse:

     -  Née le 30 mai 1864, Marie Huot, mariée à Jaques Feuillet, eut le malheur de perdre son époux en 1887. Elle se trouva donc veuve à l'âge de 23 ans, puis perdit ses fillettes neuf mois plus tard emportées par la rougeole.

    - Elle décida alors de faire de son épreuve une raison pour soulager la souffrance humaine. La jeune femme se consacra à l'activité infirmière à partir de 1890.

    - En 1907, elle servit en Oranais, sous le regard bienveillant mais scrutateur de Lyautey, commandant de la région.

     - En 1911 déjà elle est au Maroc. En février 1912, avant la conclusion du traité du Protectorat, elle fut décorée par la croix de chevalier de la légion d'honneur. Elle devait accompagner l'été de la même année une caravane médicale à l'intérieur du Maroc, et c'est là que sa vie s'achève à Meknès le 24 août 1912.

Voici une description des derniers jours de Mme Marie Feuillet :

«Partie de Rabat le jeudi 15 août, avec le convoi, elle s'est sentie souffrante à la première étape à camp Monod. Elle voulut néanmoins poursuivre sa route, attribuant son indisposition à une migraine (...) Les cahots des voitures d'ambulance sur les pistes mal tracées, la poussière, la chaleur étouffante des tentes en plein soleil ont fait du voyage un véritable martyre pour notre malade. A notre arrivée à Meknès, elle continua à beaucoup souffrir pendant trois jours, avant de s'éteindre paisiblement le samedi 24 août 1912 ».

Lyautey, qui l'a connu en Oranais, lui rend un hommage émouvant : «Je l'ai trouvée à Rabat, disait-il, aux chevet de nos camarades qu'elle disputait à la mort sans que nous puissions nous douter que c'était eux, que nous croyions perdus, qui lui survivraient. A leur rendre la vie, elle a épuisé ses dernières forces ».

     - En octobre 1912, Lyautey prend la décision de baptiser l'hôpital militaire de Rabat en son nom et de faire de ce lieu, le fleuron de l'équipement hospitalier militaire en Afrique du Nord.

     - Les travaux d'aménagement continuèrent. L'hôpital connut en 1914 une expansion pour pouvoir répondre au voeu du premier Résident général, Lyautey. Le projet fut confié à un architecte monégasque, Léon Fombertaux, imprégné du génie architectural hispano-mauresque, que la direction des Beaux-Arts, sous Prost, proche de Lyautey, tâchait d'imprimer au Maroc. Il fut doté d'un bloc opératoire en 1937, le plus moderne du pays.

     - Puis, le 15 mai 1963, il change de nom pour devenir « l'hôpital militaire d'instruction Mohammed V ».

Il demeure, avec l'hôpital Louis de Meknès (plus connu sous le nom de « Lgbibat »), l'un des fleurons de la médecine au Maroc, avec une très belle architecture, unique en son genre, tout comme le sanatorium de Ben Smim, qui tombe en ruine. »

Annexe, précision sur quelques personnages cités dans le texte : 

1- Le règne de moulay slimane (1792-1822) correspond à une époque où le contexte international est troublé par la révolution française et les guerres napoléoniennes qui ravagent l'Europe.
En réaction à cette situation le makhzen, adopte une politique de repli presque total. Ainsi, quand en 1808 napoléon Ier envahit l'Espagne et propose au Maroc de restituer Ceuta et Melilla en échange de son soutien contre l'Angleterre, Moulay Slimane refuse catégoriquement cette offre et répond avec mépris à l'empereur français "que l'Espagne ne lui appartient pas et que le makhzen refuse de traiter avec les usurpateurs".
En outre Moulay Slimane, s'il se méfiait de l'occident, était un souverain mystique qui entretenait de solides rapports avec Ibn Saoud d'Arabie. Moulay Slimane sera d'ailleurs le premier à introduire le wahhabisme au Maroc, allant jusqu'à interdire par dahir les Moussems et les pèlerinages aux marabouts. Cela provoquera un soulèvement généralisé des tribus amazigh et même de la capitale, Fès.
Après un règne agité, assombri par de terribles épidémies de peste (1799 et 1820) ainsi que par des famines et des sécheresses, Moulay Slimane finira par abdiquer au profit de son neveu, Moulay Abderrahmane.

2- Moulay Abdelaziz, (1878-1943), sultan du Maroc entre 1894 et 1908. Fils d'Hassan Ier et d'une esclave circassienne du nom de Lalla Rkia[]. Il accède au trône à l’âge de 16 ans, le 7 juin 1894, son frère aîné ayant été déshérité. Le grand vizir Bahmad exerce la régence jusqu'à sa mort en 1900. Il poursuit la politique de balance et d’hésitation entre les puissances européennes.

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 13:32

LECTURE OFFICINALE

EXPLICATION PHYSIOLOGIQUE DE L’EFFET

COUPE-FAIM DES PROTEINES

RÔLE DES RECEPTEURS µ-OPÏODES

 Proteine-pharamster.jpgSource image : Master STIC pour la Santé

Source principale :

1- C Duraffourd, F De Vadder, D Goncalves, F Delaere, A Penhoat, B Brusset, F Rajas, D Chassard, A Duchampt, A Stefanutti, A Gautier-Stein, G Mithieux. «Mu-Opioid Receptors and Dietary Protein Stimulate a Gut-Brain Neural Circuitry Limiting Food Intake » Cell, Volume 150, Issue 2, 377-388, 05 July 2012. 

Autres sources :

2- Interview de Gilles Mithieux* in La Recherche, n°467, page 24-25, septembre 2012 

3- CNRS, Communiqué de presse : L’effet « coupe-faim » des protéines élucidé.  05 Juillet 2012

4- G Mithieux, P Misery, C Magnan, B Pillot, A Gautier-Stein, C Bernard, F Rajas, C Zitoun. « Portal sensing of intestinal gluconeogenesis is a mechanistic link in the diminution of food intake induced by diet protein. » Cell Metabolism, Volume 2, Issue 5, 321-329, 1 November 2005
5- C. Duraffourd, F. Deleare, B. Brusset, A. Duchampt, G. Mithieux « 
PO37 Rôle des récepteurs μ-opioïdes dans les effets de satiété dépendants de la néoglucogenèse intestinale » Diabetes & Metabolism. Volume 36, Supplement 1, March 2010, Pages A37

  

         Divers régimes hyper protéinés on été proposés depuis une trentaine d’années, avec peu de résultats et beaucoup de désillusions. Ces régimes se basent tous sur l’effet coupe-faim des protéines.

Une étude publiée en ce mois de juillet 2012 [1] dans la revue Cell par une équipe de chercheurs Inserm, CNRS et Université Claude Bernard Lyon I, dirigée par G Mithieux est parvenue à élucider la sensation de satiété ressentie plusieurs heures après un repas riche en protéines. Ce travail montre par la même occasion les limites physiologiques de ce genre de régimes.      

         On sait depuis des années que l’absorption de protéines entraîne une sensation de satiété, c'est-à-dire une sensation de non-faim qui se prolonge bien au-delà du repas

En 2005, une équipe du laboratoire nutrition et cerveau de l'université Lyon-I [4] a montré que, plusieurs heures après un repas riche en protéines :

         -  Les intestins synthétisent du glucose par néoglucogenèse. La néoglucogenèse c’est le processus de synthèse du glucose à partir de précurseurs non-glucidiques, en particulier des acides aminés (qui ne sont rien d’autre que les éléments de base constitutifs des protéines … pour ceux qui l’on oublié entre les traites du crédit de la maison et frais de scolarité des enfants).

         -  L’équipe pensait que ce glucose passait dans le sang et se fixait à des récepteurs de la veine porte, qui collecte le sang de l'intestin. Un signal nerveux «coupe-faim» est alors envoyé via les fibres innervant la veine vers les centres cérébraux de l'appétit.

Mais à l'époque, ils n'avaient pas réussi à découvrir comment s'active cette néoglucogenèse.

L’équipe pensait alors que la voie d'action des protéines se superposait peut-être à celle d'autres composés qui ont un effet sur la faim en particulier, la morphine qui se fixe sur les récepteurs µ-opioïdes, qu'on trouve notamment au niveau de la veine porte.

Remarque :

Contrairement à la majorité des publications (y compris celles de l’ANSM) qui montrent que la morphine provoque une perte de l’appétit, G Mithieux, dans une interview pour La Recherche [2], affirme que cette dernière « active l’appétit en se fixant sur des récepteurs, les récepteurs µ-opioïdes, qu'on trouve notamment dans la veine porte. » sic. Cette question reste pour nous ouverte, dans l’attente d’avoir ultérieurement plus de précisions … !   

PS du 30/10/12 : Nous avons en effet contacté l’auteur au sujet de cette question, voici de suite sa réponse : " Merci de votre question. Je pense qu'il faut distinguer les effets à court-terme de la morphine (activateurs de la prise alimentaire, et ne pas les confondre avec les effets à long-terme chez les "accros", chez qui les récepteurs sont désensibilisés, ce qui fait qu'ils ont besoin de plus en plus de "produits" pour les activer. Ceci se traduit par des souffrances (état de manque par exemple) qui s'accompagnent de phénomènes "dépressifs" potentiellement... Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais ceci pourrait peut-être expliquer ce que vous mentionnez (perte de l'appétit, etc).

Bien cordialement, GM " 

Cette explication paraît cohérente avec l’effet de bien-être procuré par la morphine lors des 1ères administrations

Par ailleurs une autre question reste posée, si on a bien compris, ce n’est pas le glucose circulant qui induit l’effet coupe-faim mais le déclanchement la néoglucogenèse.    

Dans cette même interview [2] Gilles Mithieux rapporte les éléments suivants :  

On a d'abord étudié des rats et des souris nourris avec une alimentation normale,

- soit en bloquant les récepteurs µ-opioïdes par la naloxone (antagoniste μ-opioïde, qui est aussi un antagoniste pur et spécifique des morphinomimétiques sans effet agoniste.) [5] 

- soit en les activant par le DAMGO (Peptide de synthèse agoniste μ-opioïde, analogue des enképhalines, d’intérêt expérimental. Tyr-D-Ala-Gly-Me-Phe-Gly(ol)) [5]

Effet-de-l-acitivation-des-recepteur---opoides-pharamster.jpg

- Lorsqu'ils sont activés, la néoglucogenèse n'a pas lieu, et les rongeurs dévorent leur repas.

- A l'inverse, lorsqu'ils sont bloqués, la néoglucogenèse se déclenche. Les animaux n'ont alors plus faim.  

Puis on a étudié l'effet d'un repas riche en protéines sur ces récepteurs µ-opioïdes. Et on a constaté que des peptides, fragments moléculaires provenant de la digestion des protéines, s'y fixent et bloquent leur activité.

 

           La nouvelle étude publiée en juillet 2012 a permis de démontrer qu’après le blocage des récepteurs μ-opioïde, une succession de réactions, conduit à l’envoi de deux signaux vers le cerveau, l'un via le nerf vague, l'autre par la moelle épinière. Dans un second temps, le cerveau envoie un message retour vers les intestins, pour activer la néoglucogenèse, et donc l'effet coupe-faim. Le temps nécessaire à tout cela explique que la satiété soit ressentie plusieurs heures après le repas.

12-10-10-Illustration-Effet-coupe-faim-des-proteines-pharam.jpg

L’avis du pharmacien :

           La clef de l’effet coupe-faim  des protéines réside dans ces fameux récepteurs µ-opioïdes de la veine porte.

Les produits résultants de la digestion des protéines (oligopeptides) bloquent ces récepteurs, la néoglucogenèse se déclenche. Le glucose étant ainsi suffisamment disponible, le corps réagit en arrêtant l’apport alimentaire. C’est en quelque sorte un effet feed-back négatif tout ce qu’il y a de plus classique en physiologie.  Encore fallait-il le démontrer…D’où la force de ce travail, car non seulement on a démontré l’implication des récepteurs µ-opioïdes de la veine porte, mais en plus on est arrivé à décrypter la réaction en chaîne qui suit leur inhibition.

Deux voies (en rouge sur le schéma) vont converger vers le système neveux central :

         - La première impliquant le système nerveux périphérique ventral (passant par le nerf vague)

         - La deuxième impliquant système nerveux périphérique dorsal (passant par la moelle épinière, les nerfs spinaux).         

Après réception des messages nerveux de ces deux voies, le système neveux central (SNC) envoie un message-retour qui déclenche la néoglucogenèse par l'intestin. Cette dernière initie alors l'envoi du message « coupe-faim » dans les zones du cerveau contrôlant la prise alimentaire, comme l'hypothalamus.

C’est une double boucle comme annoncé dans le communiqué du CNRS [3] :

         a) le SNC reçoit le 1er message il déclenche la néoglucogenèse               

         b) La néoglucogenèse enclenchée, va activer au niveau central le message « coupe-faim »

Pour les néophytes que nous sommes c’est une partie de ping-pong entre le cerveau et les récepteurs proches de l’appareil digestif.          

Et après ? Dirait l’autre …

         L’idée d’agir sur ces récepteurs pour contrôler la satiété, parait a priori séduisante. Pour cela il faudra trouver des peptides ou d'autres molécules bloquant durablement ces récepteurs dans les intestins. A cette question, la réponse des chercheurs est prudente et rationnelle [4], car si on sollicite fortement les récepteurs µ-opioïdes, il y a un risque de les rendre insensibles, et donc d'arriver à l'effet inverse de la satiété. C'est ce qu'on observe chez les personnes faisant un régime hyperprotéique pour perdre du poids et chez qui l'effet de satiété a tendance à s'estomper avec le temps.

L’avis du pharmacien :

         Ces nouvelles données peuvent aiguiser (pour ne pas dire faire saliver) l’intérêt pécuniaire de plus d’un laboratoire. Pourtant, il faut d’emblée modérer fortement ces prétentions (avant-même qu’elles puissent exister) car en plus du risque d’insensibiliser les récepteurs µ-opioïdes (ce qui annihilera de facto l’efficacité du préposé médicament) il y a la question de la sélectivité de la future molécule par rapport aux récepteurs µ-opioïdes.

Sachant que Ces récepteurs

        - existent non seulement sur la veine porte mais aussi au niveau du cerveau et de la moelle épinière

        - qu’ils sont présents déjà sous forme de 2 variantes avérées : µ1 et µ2 (on parle aussi de µ3)

        - et qu’ils ont comme effet : dépendance physique, dépression respiratoire, myosis euphorie, réduction de la motilité du tractus gastro-intestinal et analgésie supraspinales.

On comprendra alors facilement les effets secondaires potentiels d’un  éventuel médicament.   

A notre avis, il n’existe pas de molécules strictement sélectives. Le fait que, les récepteurs interagissent plus avec la stéréochimie des molécules qu’avec leur composition moléculaire stricte, fait que le risque d’interaction avec plusieurs récepteurs subsiste malgré toutes les astuces de la chimie fine organique.

Conclusion :

Dans l’état actuel des connaissances, pour réduire le poids, le bon sens implique :

- Primo : de réduire l’apport calorique, via une alimentation riche en fruits et légumes et une consommation réduite de sucre et de gras

- Secundo : d’augmenter la consommation de calories grâce à l’activité physique, qui peut être juste modérée, mais surtout elle doit être régulière.

Ces conditions exigent de la personne qui veut retrouver un poids santé, de faire des efforts physiques constants et de reconfigurer son goût (qui a été défiguré par l’industrie agro-alimentaire) par rapport au sucre et au gras.

Non, ce n’est pas facile, il n’en demeure pas moins que le rapport bénéfice-risque-coût des autres méthodes (souvent ponctuelles) est largement défavorable. Sous le poids des publicités mensongères, on préfère tester ou acheter telle ou telle méthode (ou produit) plutôt  que de faire des efforts constants (physiques et gustatifs) à très long terme. Il faut cependant faire exception des cas de dérèglements nutritionnels liés à des états psychiques particuliers, dont la prise en charge est pluridisciplinaire.   

 Merci à Dr Mouna, pharmacienne d’officine, pour sa relecture pertinente

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:42

LECTURE OFFICINALE

INTÉRÊT DU MIEL DANS LES ÉPISODES DE TOUX NOCTURNE  CHEZ L’ENFANT DE MOINS DE 5 ANS

 

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Sources :

1 - Herman Avner Cohen, Josef Rozen, Haim Kristal, Yoseph Laks, Mati Berkovitch,  Yosef Uziel, Eran Kozer, Avishalom Pomeranz, and Haim Efrat  : « Effect of Honey on Nocturnal Cough and Sleep Quality: A Double-blind, Randomized, Placebo-Controlled Study » Pediatrics pré-publié en ligne le 06/08/2012

Référence bibliographique : Pediatrics peds.2011-3075; published ahead of print August 6, 2012, doi:10.1542/peds.2011-3075

2 - Recommandations  de l’OMS en 2008 au sujet du miel allez à la page 33 de fichier pdf  « Soins palliatifs : Prise en charge des symptômes et soin de fin de vie ». Autre texte à la page 23 de ce fichier pdf « RÉSULTATS DES ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES RELATIVES AU CONTRÔLE DES IRA EN BOLIVIE »  (IRA : Insuffisance rénale aiguë) 

3- Paul IM, Beiler J, et al. Effect of honey, dextromethorphan, and no treatment on nocturnal cough and sleep quality for coughing children and their parents. Arch Pediatr Adolesc Med. 2007 Dec;161(12):1140-6

4- Source image originale : "Miel y Cuchara" par Filmosofia, photocomposition PHARAMSTER.

 

          Quoi de mieux pour entamer cette nouvelle rentrée qu’un sujet mielleux tout en douceur. L’objectif de cette étude tout à fait sérieuse, randomisée et contrôlée en double aveugle, est d’évaluer l’effet du miel sur la toux nocturne et l’insomnie lors d'un épisode d'infection respiratoire haute chez des enfants âgés de 1 à 5 ans. Cette affection est un motif fréquent d’automédication et de conseil en officine. En tant qu’officinal cette étude nous interpelle naturellement d’autant plus que, depuis l’interdiction des mucolytiques chez l’enfant de moins de 2 ans, les solutions thérapeutiques pour cette tranche d’âge sont très limitées.

          L’utilisation du miel comme remède contre la toux chez l’enfant fait l’objet, depuis plusieurs années, de recommandations de la part de l’OMS [2,3], cependant ces recommandations ne reposent que sur un faible niveau de preuve d’où le peu d’intérêt qu’elles suscitent. Cette nouvelle étude vient à point nommé pour corroborer ces recommandations, il n’en demeure pas moins qu’elle supporte aussi certaines critiques, comme on le verra par la suite.              

 Méthode :

 - Étude randomisée et contrôlée en double aveugle

- Echantillon : 300 enfants  âgés de 1 à 5 ans présentant des symptômes d'infection respiratoire haute, depuis une période inférieure ou égale à 7 jours, avec toux nocturne mais n’ayant reçu aucun traitement (à part du paracétamol ou de l’ibuprofène) la veille de l’étude.

- Ces enfants ont été recrutés à partir de 6 dispensaires

- L’échantillon a été randomisé en 4 groupes pour recevoir, 30 minutes avant le coucher, 1 dose unique de 10 g de miel ou de placebo

> Groupe 1 : miel d'eucalyptus
> Groupe 2 : miel d'oranger
> Groupe 3 : miel de plantes labiées (thym, romarin...)
> Groupe 4 : placebo (extrait de sirop de datte).

- Cinq questions évaluant de manière subjective les symptômes de la toux et de l’insomnie ont été soumises aux parents avant l’intervention puis juste après. Les principaux critères de jugement étaient la fréquence et la gravité de la toux, le caractère gênant de la toux, et la qualité du sommeil de l'enfant et des parents

Les parents devaient répondre à ce questionnaire en attribuant une note de 0 à 6 en fonction de la sévérité des symptômes (0= absence, 6= extrême). L’objectif étant de comparer la modification de ces notes avant et après l’intervention.

Résultats :

- Pas de différence significative entre les 4 groupes avant l’intervention : les enfants âgés en moyenne de 29 mois, étaient malades depuis 2,8 jours, et la sévérité des symptômes était notée à 3,75/6 pour la toux et 3,70/6 pour l’insomnie chez l’enfant et les parents. 

- Après l’intervention, l’amélioration de la sévérité des symptômes (aussi bien de la toux que de l’insomnie)  était significative dans les 4 groupes mais de manière plus prononcée dans les 3 groupes « miel » (2 points en moins en moyenne) que dans le groupe placebo (1 point en moins en moyenne).

Conclusion des auteurs :

       Selon les auteurs, le miel, dans toutes ses variétés, est plus efficace que le placebo pour soulager les symptômes de la toux et de l’insomnie lors d’un épisode d’IRH chez l’enfant.

Cette étude vient renforcer la recommandation de l’OMS qui préconise l’utilisation du miel comme traitement potentiel contre la toux nocturne chez les enfants de plus d’un an.

 

L’avis du pharmacien :

       Malgré le sérieux incontestable de cette étude, il n’en demeure pas moins qu’il persiste quelques griefs :

              - la méthode utilisée pour évaluer l’effet du miel est largement subjective, puisqu’il s’agit d’une appréciation des parents des améliorations constatées chez leurs propres enfants ! Autrement dit l’amélioration annoncée n’a pas été constatée par un professionnel de la santé, ce qui laisse une grande marge de subjectivité. Même si cette subjectivité est réduite par l’appréciation avant et après administration du miel, elle reste à notre avis, assez forte, et elle ne permet pas de faire passer clairement le miel du statut d’aliment à celui de médicament.

             - L’utilisation d’une dose unique nous laisse perplexe, en effet une durée de 3 à 5 jours de traitement au moins aurait affiné davantage (dans un sens comme dans l’autre) les résultats obtenus.    

             - La composition même du miel pose aussi un problème : [Source principale : Santé Canada. Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2005]

> les sucres représentent plus de 80 % du miel : glucoses, lévuloses, fructoses, maltoses, saccharoses, mélézitoses ... . 
 > l'eau : 17 % environ. 
 > substances diverses : 3 % environ, dont des acides organiques et aminés, des sels minéraux, des matières volatiles qui donnent au miel son arôme, des pigments qui lui donnent sa couleur, des vitamines : B1, B2, PP..., des enzymes, des flavonoïdes aux effets antioxydants et toutes sortes d'autres substances. [Pour 15 ml de miel : Calorie 65 ; protéines 1,1 g ; glucides 17,7 ; lipides et fibres alimentaires 0 g]

De part sa composition complexe qui est variable d’un miel à l’autre, et d’une région à une autre, la reproductibilité à grande échelle des résultats de cette étude parait fortement aléatoire. Pour accéder à une telle reproductibilité, on devrait disposer d’un « miel standard », or c’est loin d’être le cas.

Autre problème posé par la composition du miel : le marché du miel est dominé, autant en Europe qu’au Maroc, par le miel chinois. Le problème est que ce miel, présenté sous divers emballage pompeux, est décrié de toute part pour sa mauvaise qualité et surtout pour la présence de substances dangereuses comme des antibiotiques, lire à ce sujet un document de 2002 de Santé Canada « Le Chloramphénicol dans les produits alimentaires »           

  Conclusion générale :

         A notre avis, malgré l’étude présentée ci-dessus, le miel ne peut être considéré comme un médicament. Il trouve sa place parfaitement comme alicament au même titre que les yaourts, l’huile d’olive, les omégas 3 …

 

Enfin, disons que :

       - grâce à son innocuité indéniable, hormis le fort apport en glucides qu’il faut rappeler aux diabétiques,

       - vu le peu de thérapeutiques disponibles contre la toux chez l’enfant de moins de deux ans

       - vu son efficacité probable dans le traitement des épisodes de toux nocturne chez les enfants de moins de 5 ans 

Le miel, à condition qu’il soit de bonne qualité …, constitue :  

       - un conseil officinal judicieux                    

       - un choix thérapeutique médical qui peut  être considéré soit comme une alternative crédible, dans les cas bénins, soit comme un traitement adjuvant des thérapeutiques actuellement disponibles.   

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