Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 18:14

LECTURE OFFICINALE

 JEÛNER

UN MOYEN DE LUTTE CONTRE LE CANCER !

 

Le Jeûne et cancer 

Sources principales : 

1- Longo VD* et al. «Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy. » Sci Transl Med. 2012 Mar 7;4(124):124ra27. Epub 2012 Feb 8.

* Andrus Gerontology Center, Département des sciences biologiques, Norris Cancer Center, Université de Californie du Sud.

2- Odile Capronnier « Le jeûne est une arme contre le cancer » Science & vie, n°1137, pages 88-91, juin 2012

3- Btissam ZEJLY « Ramadan propice à la hausse des dépenses » L’Economiste n°3842 p14 du 07/08/12.

 

        Cette lecture officinale se base sur le travail d’une équipe de l’université Southern California. Menée par Valter Longo, cette équipe s’intéressait à la base à l'allongement de l'espérance de vie « elle testait l'hypothèse qu'une restriction calorique contrecarre certains effets du vieillissement. En réduisant l'apport en nourriture sur de longues périodes, voire tout au long de la vie, chez différents animaux (drosophile, souris, singe...) l’équipe Valter Longo découvre alors qu'une privation, brève mais totale, de nourriture a aussi un effet sur les cellules... mais qu'il n'est pas le même selon leur type. Ainsi, les cellules cancéreuses semblent plus sensibles que les autres au jeûne»[2]

Méthode :

Les chercheurs ont utilisé un modèle à base :  

        - Des cellules de Saccharomyces cerevisiae génétiquement modifiées exprimant le RAS2 oncogène-like (val19) sensible au stress oxydatif

        - 15 lignées de cellules cancéreuses de mammifères

Ces cellules ont été soumises à des cycles de privation nutritionnelle  puis traitées par des anticancéreux.

Les chercheurs ont aussi utilisé un modèle murin de neuroblastomes  leur appliquant des cycles de privation nutritionnelle associés à la chimiothérapie. (Modèle murin : modèle d'expérimentation animale utilisant la souris).

Dans un deuxième temps, certaines de ces cellules tumorales actives ont été greffées sur des souris, à qui on a appliqué des cycles de jeûne.     

Résultats :

        - Sur des lignées de cancer du sein : après 48 heures de jeûne (24 heures avant et 24 heures pendant le traitement), le taux de survie des cellules tumorales passe de 100 % à moins de 30 %  [2]

         - In vivo, les chercheurs greffent chez des souris des tumeurs dont ils mesurent ensuite l'évolution. Dans le cas de tumeurs mammaires, les animaux jeûnent pendant deux cycles de 48 heures, séparés par huit jours d'alimentation normale. Un mois après, la taille de la tumeur se trouve réduite de moitié par rapport aux rongeurs nourris en continu [2]

         - Ces résultats s'avèrent encore plus spectaculaires lorsque les deux stratégies, jeûne et chimiothérapie, sont combinées : les souris présentent des tumeurs qui font à peine un quart de la taille de celles des souris témoins [2]

         - Même dans le cas de cancers métastatiques, pourtant les plus difficiles à combattre, de courtes périodes de jeûne potentialisent l'effet des chimiothérapies.

         - Dans le cas de neuroblastomes métastasés, 100 % des souris non traitées meurent avant 40 jours, contre 90 % de celles soumises à une chimiothérapie seule. A l'opposé, plus de 40 % des animaux ayant combiné deux cycles de jeûne et de chimiothérapie sont vivants trois mois après le début des traitements... [2] 

 

          Globalement, les auteurs estiment que les cycles de privation nutritionnelle étaient aussi efficaces que les agents anticancéreux pour retarder la progression de différentes tumeurs. Par ailleurs, ces cycles de jeûne ont permis une augmentation de l'efficacité des médicaments contre le mélanome, le gliome, et les cellules cancéreuses du sein.

Au niveau des cellules cancéreuses du sein, une privation nutritionnelle de courte durée entraine des modifications enzymatiques (en particulier au niveau de la Caspase) endommageant l’ADN des cellules cancéreuses qui finissent par déterminer une apoptose (suicide cellulaire).        

Conclusion des auteurs :

Ces études suggèrent que plusieurs cycles de jeûne favorisent une sensibilisation différentielle d’un large éventail de tumeurs. Cette méthode  pourrait potentiellement remplacer ou augmenter l'efficacité de certains agents de chimiothérapie dans le traitement de divers cancers.

 

     Explications :

      « Tandis que la privation de nourriture provoque un arrêt de la division des cellules saines, qui adoptent une "attitude de protection" face au stress oxydatif (la cascade de réactions induites dans la cellule agressée), les cellules cancéreuses, au contraire, activent des réactions qui amplifient les effets du stress dû au manque de nutriments. Ce qui, in fine, les affaiblit encore plus. » [2]

     Odile Capronnier dans son article paru dans S&V ajoute : « Les cellules tumorales activent des gènes spécifiques, les oncogènes, qui, dans des conditions normales, leur confèrent un avantage pour croître et se diviser très rapidement. Or, dans un milieu appauvri, ces oncogènes deviennent un handicap, certains d'entre eux empêchant la cellule cancéreuse de passer en "mode résistance" Ainsi, soumises aux cocktails de médicaments utilisés dans les chimiothérapies, les  cellules tumorales normalement nourries résistent bien ; tandis qu'affamées, elles deviennent beaucoup plus sensibles à la toxicité du traitement »

     En clair, l’efficacité du jeûne repose sur la différence de métabolisme entre les cellules saines, capables de s’adapter à la privation de glucose, et les cellules cancéreuses, qui en sont dépendantes.
L’association du jeûne avec les chimiothérapies anti-cancéreuses va amplifier l’effet cytotoxique de manière spécifique vis-à-vis des cellules cancéreuses.

Une courte durée du jeûne (2 à 3 jours) ne suffit pas à affaiblir l’organisme, mais suffit par contre à faire passer le métabolisme des cellules saines en mode de « diète cétogène » : les tissus n’utilisent plus le glucose pour fonctionner, mais les corps cétoniques issus de l’utilisation des réserves graisseuses (lipolyse). Or, selon Valter Longo, les cellules cancéreuses n’apprécient pas ce nouveau carburant !
A ce stade, l’arrivée des drogues anti-cancéreuses semble alors beaucoup plus préjudiciable pour les cellules cancéreuses que pour les cellules saines. Source :
M. Lallement  

N;B : En 2007 déjà David Servan-Schreiber chercheur en neurosciences dans son livre  Anticancer[  Ed. Robert Laffont] disait que « le cancer se nourrit de sucre », l’ingestion de  sucre induit une sécrétion massive d’insuline qui a un effet prolifératif reconnu. Il devient alors plausible qu’une restriction hydrocarbonée soit en faveur d’un blocage des cellules cancéreuses.           

     L’avis du pharmacien :

    Outre la revue Science et Vie, cette étude a été rapportée, entre autres, dans le journal Le Monde du 08/02/12 sous le tire  « Le jeûne, nouvelle arme de lutte contre le cancer ? ».

Par ailleurs, le travail de Valter Longo a été brillamment commenté par  Christian Linard Professeur à l'Université du Québec et Directeur du Laboratoire LSIA dans article intitulé « Le jeûne aussi efficace que la chimiothérapie pour lutter contre le cancer »   

On est ici loin d’une étude farfelue ; d’autant plus que ce travail n’est autre que la suite de plusieurs études antérieures (depuis 2008) du même auteur et de son équipe, entre autres :

- En 2009 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »   

- En 2009 : « Reduced Levels of IGF-I Mediate Differential Protection of Normal and Cancer Cells in Response to Fasting and Improve Chemotherapeutic Index »   

- En 2010 : « Fasting and differential chemotherapy protection in patients »       

- En 2010 : « Reduced IGF-I differentially protects normal and cancer cells and improves chemotherapeutic index in mice » 

- En 2011 : « Fasting vs dietary restriction in cellular protection and cancer treatment: from model organisms to patients »

- En 2011 : « Fasting and cancer treatment in humans: A case series report »

Si la véracité des résultats de cette étude est indéniable, des questions restent en suspens : Quelle est la durée optimale du jeûne? Ses bienfaits persistent-ils après la reprise d'une alimentation normale? 

      Pascal Pujol, cancérologue au CHU de Montpellier, reste prudent: "Ces résultats sont prometteurs. Mais avant de passer à l'application clinique, nous avons besoin de définir des stratégies précises. Faire jeûner un patient au cours d'un premier cycle de chimiothérapie ne semble pas trop risqué. C'est moins évident pour des patients atteints de cancers métastasés, déjà affaiblis par la maladie et le traitement." [2]

Il est clair que des études avec de grandes séries sont nécessaires pour, d’une part déterminer les stratégies à suivre et d’autre part, valider sur le plan clinique les résultats de l’équipe de Valter Lango.

En tout état de cause, ces études montrent que le jeûne peut avoir un intérêt sûr pour la santé, contrairement à l’avis d’un certain nombre de scientifiques, dont un exemple est à lire sur ce blog dans un article mis en ligne le 15/08/2011 intitulé « Le jeûne & la santé »        

Le jeûne entre réalité scientifique et approche irrationnelle :

    Ces résultats aussi préliminaires soient-ils, sont déjà exploités par diverses structures peu sérieuses médicales paramédicales ou de médecine alternative, en Russie et en Allemagne (entre autres) à des fins thérapeutiques et de bien-être avec des arguments du genre « détoxification du corps ».

Il faut savoir que le terme « détoxification » est un terme fourre-tout, qui devient un non-sens pharmacologique utilisé pour justifier tel ou tel cure ou remède.

Le Larousse rapporte uniquement le terme de détoxication : « Processus par lequel l'organisme inactive les substances toxiques d'origine interne ou externe. Il  se produit essentiellement dans les cellules hépatiques. » C’est un processus physiologique classique qui ne supporte aucune spéculation ou surenchère.

En principe le jeûne, du fait de la déshydratation, accentue même la concentration de diverses molécules (toxiques ou non) dans le corps, d’où le fait de déconseiller la pratique du sport et du jeûne comme on l’avait dit dans notre article « Le jeûne & la santé »    

      La réflexion de l’apothicaire : Et de la religion !

      La pratique d’une diète restrictive (jeûne) est largement diffusée dans plusieurs cultures (les Hounzas du Karakoram, les Abkhases du Caucase russe, ou en Équateur  …).

Dans les trois grandes religions monothéistes on retrouve bien entendu la pratique du jeûne, le taanit chez les juifs, le carême chez les chrétiens et le ramadan chez les musulmans, avec comme objectif global, indépendamment des rites, la pénitence et la recherche du pardon.

      Les protocoles de jeûne en cours d’étude par l’équipe par Valter Lango sont loin des pratiques religieuses. Dire que la pratique du ramadan prévient ou traite une maladie comme le cancer est un raccourci facile que n’hésiteront pas à prendre des personnalités d’obédience religieuse, mystique voire sectaire (irrationnelles par essence). Néanmoins, il pourrait être possible dans une certaine limite d’adapter les pratiques religieuses afin qu’elles répondent à des exigences avérées de prévention sanitaire.              

      Le ramadan : le paradoxe marocain  

Source-Olivier-Duval.jpg

      La pratique d’une diète restrictive (avec les rites afférents) peut être comprise à l’heure actuelle comme une contre-réaction vis-à-vis de la société de surconsommation dans laquelle on beigne aujourd’hui. En cela, le jeûne devient un concept réellement moderne à condition qu’il s’accompagne d’une baisse globale de la consommation autant alimentaire qu’énergétique. Cette baisse est en parfaite adéquation avec les préceptes religieux d’humilité et de modération … d’une part et d’autre part, avec le concept écologique de décroissance contrôlée  (certes discutable …) qui implique des économies d’énergie, d’eau et une baisse draconienne des déchets.

C’est tout le contraire qui se passe au Maroc en ce mois sacré (un sacré mois) où la consommation des ménages frôle l’hystérie. En effet, dans un article du journal L’Economiste [3], cette augmentation de la consommation est chiffrée à 1500,00 DH par ménage. Ce qui est énorme par rapport au niveau moyen de la population.

Cette augmentation n’a aucun justificatif religieux, c’est plutôt lié au fait que le marocain festoie pendant 30 nuits avec des orgies alimentaires nocturnes qui dépassent de loin le cadre de la compensation de la privation diurne !

Par ailleurs, cette augmentation de la consommation s’accompagne, comme le montrait un article du journal L’Economiste*, d’une baisse de la productivité industrielle. Autrement dit, on consomme plus et on produit moins. La baisse de la productivité industrielle, logique au vu du stress métabolique que subit le corps qui jeûne (en particulier au cours la première moitié du mois de ramadan), aurait put être sans conséquence si elle était corrélée à une baisse de la consommation. Sur le plan macroéconomique, cela va plus ou moins s’équilibrer, avec un bénéfice environnemental et sanitaire indéniable.

* les références exactes de cet article, nous les avons perdus malheureusement.  

Le ramadan, comme la majorité des autres pratiques religieuses au Maroc et ailleurs, est écrasé par le poids de rites rétrogrades, obsolètes, anachroniques et contre-productifs.

La religion est un besoin légitime, pour la majeure partie des populations. Ce besoin  répond à l’angoisse face aux incertitudes du futur et à l’incompréhension du fait présent ou passé. Il est le plus souvent exploité à des fins de politique politicienne. Néanmoins, et contrairement à ce que pensent les ultra-modernistes, cette soif peut être réorientée vers le progrès social à condition d’avoir suffisamment de clairvoyance et de recul par rapport au dogme. Cette clairvoyance paraît totalement absente des discours autant des curés, des rabbins que des imams.

     Conclusion générale :

      Le jeûne crée une situation de stress métabolique, et il n’est pas le seul dans ce cas. Un effort intense type semi-marathon ou encore le froid comme on l’a expliqué dans notre article « le froid rend-il malade ? » poussent le corps vers ses limites. A priori, soumettre l’organisme à ce genre de situations n’est pas bénéfique ; pourtant, les données actuelles nous laissent penser que quand ce genre de pratique est géré de façon rationnelle, le corps humain peut en tirer un bénéfice certain.

Dans le cas présent, la pratique du jeûne chez un cancéreux, doit être médicalement encadrée. Encore faut-il avoir des protocoles confirmés par des études cliniques avérées. En absence de ces études, la prudence reste de mise et en tout état de cause, dans la limite des connaissances actuelles « ne jamais arrêter une chimiothérapie ou une radiothérapie dûment prescrites ».  

Article initié par Dr Amine, Médecin généraliste

Relu et commenté par Dr Mouna, Pharmacienne d’officine

Rédaction Amster

Document annexe :

Une thèse de doctorat en médecine, remarquable, de l’université de Genève, soutenue en 2000, ayant reçu le prix Tissot en 2001 : DESHUSSES EPELLY, Florence Gisèle Suzanne « Suivi médical de 55 grévistes de la faim : enseignements et recommandations » fichier pdf de 91 pages. On vous conseil vivement de consulter l’abstract suivant de la dite thèse : « Jeûne et grève de la faim » qui montre avec beaucoup de clarté les mécanismes physiologiques d’adaptation du corps humain au jeûne.       

Repost 0
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 12:37

ANALYSE CRITIQUE DE LA SPECIALITE FEBREX "LE FERVEX MAROCAIN" LECTURE OFFICINALE

LE FROID REND-T-IL MALADE ? 

 IDÉES REÇUES & PHYSIOPATHOLOGIE

 11 10 12 le froid rend-t-il malade PHARAMSTER

Source : L. De Saint-Martin Pernot* « Tombe-t-on malade quand on prend froid? », Pour la Science, n°408, pages 22-23, oct. 2011. Affiliation de l’auteur : médecin interniste au Centre hospitalier régional universitaire de Brest.

 

              Remarquable, cet article de deux petites pages, paru dans la revue Pour la Science de ce mois d’octobre 2011. Par sa pertinence et sa rationalité, il démêle de façon simple la réalité physiologique à l’aune des connaissances actuelles et les idées reçues qui, le plus souvent, sont de parfaites vérités partielles.

Le froid ne constitue pas en lui-même un agent infectieux. Pourtant en Europe, comme le précise cet article, la mortalité est minimale vers les 22° C, elle s’accentue de façon nette autant avec les fortes chaleurs (épisode caniculaire) qu’avec des températures froides. Par ailleurs, en hiver on observe une augmentation du nombre de pathologies cardio-vasculaires

En France, durant la vague de froid de 1985, on a comptabilisé une augmentation de 17% d’infarctus et de 54 % d’accidents vasculaires cérébraux par rapport à une période équivalente où la température avait été plus clémente

«Tu vas prendre froid», sous-entendu : « Tu vas tomber malade», cette réflexion est fréquente, mais repose-t-elle sur une quelconque réalité scientifique ? Que se passe-t-il en hiver: sommes-nous plus vulnérables, ou les agents pathogènes sont-ils plus nombreux ?         

On vous propose d’abord quelques extraits percutants de cette analyse puis notre avis de pharmacien.

Lecture :              

       Cet article donne une explication physiologique toute simple montrant la relation entre la survenue du froid et l’émergence des pathologies hivernales :    

           - Le froid et les pathologies cardiovasculaires :

«  Par temps froid, les vaisseaux sanguins de la peau se contractent; cette vasoconstriction crée un gradient de température entre la peau et les organes internes, qui permet de limiter les pertes de chaleur de l’organisme.

Si cet aspect est positif, il est partiellement gommé par le fait que ces modifications vasculaires entraînent un stress physiologique : le sang devient plus visqueux, de sorte que le système cardiaque doit fournir un effort supplémentaire. Une part de la surmortalité par temps froid viendrait de cette contrainte physiologique. Toutefois, la mortalité hivernale est surtout liée aux maladies infectieuses : pneumonie, grippe, bronchite, sinusite, laryngite, etc.» Cela explique surmortalité cardiovasculaire susmentionnée.

           - Le froid et les pathologies infectieuses :

« Plusieurs travaux ont montré que le risque de contracter une maladie respiratoire d’origine infectieuse augmente quand la température extérieure baisse, en particulier chez les personnes âgées de plus de 60 ans »

« Quand il fait froid, on adopte des comportements qui favorisent la transmission des virus. On reste confiné à l’intérieur, ce qui augmente la promiscuité, et les agents infectieux, même les moins résistants, se transmettent plus facilement.
Viennent ensuite les conséquences de l’adaptation physiologique au froid. La vasoconstriction crée un gradient de température entre la peau et les organes qui s’exerce aussi au niveau des bronches. Cela provoque une diminution des défenses immunitaires et mécaniques de l’organisme:       

- d’une part, les cellules immunitaires du sang éliminent moins bien les bactéries

- d’autre part, les cils bronchiques qui nettoient en permanence les bronches ne sont plus aussi efficaces.

En outre, la diminution de l’ensoleillement et de la température modifie plusieurs paramètres physiologiques; par exemple, la concentration en vitamine D, qui participe aux défenses immunitaires et est produite par la peau sous l’effet des rayonnements ultraviolets, diminue en hiver »

 

« D’autres facteurs environnementaux favorisent les infections hivernales. La sécheresse accompagnant le froid et les polluants atmosphériques, dont les concentrations augmentent, car les habitations sont insuffisamment ventilées, provoquent une irritation des voies nasales et bronchiques. On constate alors à la surface des cellules nasales une augmentation du nombre de protéines ICAM1 [2] qui sont des «serrures» par lesquelles les rhinovirus, responsables du rhume, entrent dans les cellules et les infectent. »

             - Le cas de la grippe :

Le froid fragilise ainsi l’organisme, mais pire encore il permet à certains virus de persister plus longtemps dans l’air, c’est le cas du virus de la grippe.  

« Le virus de la grippe se multiplie dans les cellules de la personne infectée. Les particules virales sont recouvertes d’une coque, composée d’éléments lipidiques des membranes cellulaires de l’individu infecté ; cette coque doit être assez résistante pour protéger le virus quand il est dans l’air, mais pas trop pour qu’elle puisse libérer son contenu au contact de la muqueuse nasale d’une future victime. Or la durée de vie de cette coque dans l’air et, par conséquent, celle du virus augmentent quand la température extérieure diminue : son pouvoir contagieux en est renforcé.

En outre, lors d’une épidémie, la majorité de la population est en contact à un moment ou à un autre avec l’agent infectieux, et développe une réaction immunitaire qui permet de lutter contre l’infection. Pendant quelque temps, une nouvelle épidémie avec le même agent est donc peu probable ; puis, après un délai qui dépend du type de micro-organisme, la population redevient sensible, soit par disparition de l’immunité si l’agent était peu «immunogène», soit parce que cet agent a muté, si bien qu’il n’est plus reconnu par le système immunitaire des individus exposés au premier virus. En hiver, plusieurs épidémies de virus proches peuvent apparaître par vagues.

Par ailleurs, une infection détourne une grande partie des ressources immunitaires contre l’agent en cause, si bien que l’individu risque de se retrouver désarmé face à d’autres pathogènes. C’est ce qui explique qu’une personne infectée par la grippe contracte parfois une pneumonie à pneumocoques. »

La remarque du pharmacien : cela explique les surinfections bactériennes lors des grippes hivernales qui engendrent une sur prescription d’antibiotiques à tort ou à raison. Et pour cause la délimitation entre la primo-infection virale et la surinfection bactérienne est très difficile à déterminer, du moins nous semble-t-il.     

«  Enfin, l’état sanitaire général de la population est également un point important. Se défendre contre une infection mobilise des ressources physiologiques qu’il faut être capable de fournir. Certaines personnes risquent plus que d’autres de contracter une infection : les nourrissons, les femmes enceintes, les personnes âgées ou celles souffrant déjà d’une autre pathologie. Cet état sanitaire dépend bien sûr du statut socioéconomique de la population et de facteurs tels que la malnutrition, voire la dénutrition. »
 « Malgré l’accumulation de données épidémiologiques et une meilleure compréhension des mécanismes physiopathologiques, notre capacité à modéliser la surmortalité par temps froid reste limitée. À la fin des années 1960, Ronald Douglas [1], de l’Université du Texas, et ses collègues n’ont pas réussi à relier l’infection par le rhinovirus à une simple exposition à de l’air froid, car le nombre de facteurs pouvant jouer un rôle est trop important. »

La remarque du pharmacien : Ces affirmations sont extrêmement importantes, elles montrent que malgré tout ce qui a été dit, on n’a jamais pu déterminer une relation claire entre l’exposition au froid et l’apparition d’une infection par le rhinovirus. Cette infection est plus en relation avec une multitude de facteurs, comme l’explicite l’auteur par la suite.       

« À l’inverse, d’autres facteurs ont été reliés au risque d’attraper un rhume, alors qu’il n’y a pas de relation de causalité directe : par exemple, un temps de sommeil inférieur à sept heures multiplie par trois ce risque (mais on ignore si le manque de sommeil diminue les défenses immunitaires ou s’il s’agit d’un biais statistique).
De surcroît, le refroidissement de l’organisme au-dessous de 37° C, par exemple, dépend non seulement de la température extérieure, mais aussi de phénomènes d’évaporation, liés à l’humidité et à la présence de vent fort.

Ainsi, une température de -10° C avec un vent soufflant à 30  kilomètres par heure correspond à -18° C sans vent.

De même, certains déterminants, telles la pollution ou la promiscuité, sont difficiles à quantifier. Sans compter le rôle des déplacements, notamment en avion, ou de la mode vestimentaire ou encore des événements naturels, tels qu’une inondation. » 
            La prévention : Peut-on réduire les risques de contamination ? 
 « On « attrape froid» et on tombe malade car en hiver quand les défenses de l’organisme sont affaiblies et les virus plus nombreux qu’en été. Ce sont ces paramètres, conséquences du froid, qui sont responsables de la recrudescence des maladies infectieuses en hiver.
Peut-on l’éviter ? L’écharpe ou le grog permettent-ils de se protéger des pathologies par temps froid ? Probablement pas, car ils n’empêchent pas d’être en contact avec les agents infectieux, et ne suffisent pas à réchauffer l’organisme, ni l’air inspiré.

En revanche, placer l’écharpe sur le nez réchauffe l’air avant son entrée dans les poumons, et évite la vasoconstriction des bronches dont nous avons évoqué les conséquences néfastes.
Enfin, n’oublions pas que la plupart des pathogènes sont transmis par les mains et que le lavage régulier des mains est l’une des meilleures protections possibles contre les infections. Et rappelons qu’en ce début d’automne, la vaccination contre la grippe, l’utilisation de mouchoirs jetables, et le port d’un masque restent les meilleurs moyens de se protéger et de protéger les autres, en particulier les plus fragiles, contre les maladies respiratoires infectieuses.»

La remarque du pharmacien : la vaccination contre la grippe devrait être réservée au personnes fragiles (en cas de diabète, pathologie cardiovasculaire, personnes âgées et autres immunodéprimés) sa généralisation n’a pas de sens. Les autres moyens de prévention nous paraissent tout à fait pertinents : lavage des mains et protection mécanique des bronches.      

L’avis du pharmacien :             

            Le froid et les affections broncho-pulmonaires :   

            Ces propos tout aussi justifiés qu’ils le sont devraient, à notre sens, êtres nuancés. Et pour cause, touts ceux qui pratiquent le sauna dans les règles de l’art, savent qu’après la forte chaleur du sauna, classiquement, on prend immédiatement après une douche froide. A condition de s’être habituer petit à petit, cette pratique ne rend pas pour autant malade, loin de là (les slaves et surtout les scandinaves peuvent en témoigner).

Ce qui contribue à l’émergence des pathologies broncho-pulmonaires ce n’est tant le froid que la variation brutale des la température qui crée, vraisemblablement, un stress physiologique (vasoconstriction brutale …) lui-même engendrant une baisse de l’immunité. Or chez les pratiquants réguliers du sauna, il y a certainement une forme « d’entraînement » et d’adaptation aux variations brutales de température.

Si ce « training » est valable pour les pratiquants du sauna, on peut imaginer pouvoir l’adapter de manière plus douce au reste de la population. Autrement dit, faire passer le message que les variations de températures ne sont pas forcément néfastes à condition de s’y préparer avec une bonne hygiène de vie (sport régulier, alimentation variée, zéro cigarette et sommeil reposant), commencer sa douche avec de l’eau chaude et la terminer avec une eau fraîche, ne pas trop s’emmitoufler sans raison. Tout cela permettrait, à notre sens, une plus grande adaptabilité des organismes aux variations brutales de températures.                                                      

Au Maroc, au niveau populaire, le froid est mis en cause à tort et à raison dans diverses affections.

             « Je me suis lavé les parties intimes par l’eau froide, et depuis j’ai des pertes jaunâtres »

 Non, le froid n’a rein avoir avec le trichomonas, le chlamydia, la blépharite, l’herpes ou une candidose génitale. C’est bien entendu une absurdité, quelle soit chaude ou froide la température ne permet en aucun cas de prévenir ces infections. Le préservatif reste jusqu’à preuve du contraire le meilleur moyen pour la prévention contre les IST.

              « Je me suis douché avec de l’eau froide, et depuis j’ai mal au dos et aux genoux »

Le mal de dos ou des articulations est le plus souvent causé par une inflammation dont l’origine peut être rhumatismale (arthrose, maladie de système …) ou mécanique (surpoids, portage de charge lourdes, position de travail …).

Le froid n’engendre pas d’inflammation au contraire, appliquer une vessie de glace immédiatement après un choc est un geste salvateur, qui permet de bloquer l’inflammation (c’est qu’on fait pour les footballeurs). Certains rhumatologues préconisent parfois, pour certaines inflammations chroniques des membres, d’alterner immédiatement bain froid et bain chaud (sorte de sauna). 

La chaleur a-t-elle un effet bénéfique sur l’inflammation ? Certainement pas. Cependant il faut faire la part des choses. En effet le froid excessif, comme la chaleur excessive, peut causer des brûlures sévères, par contre un froid modéré apporte une agréable sensation de fraîcheur (effet climatiseur) tout comme la chaleur modérée apporte une relaxation musculaire notable (effet hammam). Globalement autant le froid modéré que la chaleur modérée s’ils ont un effet certain sur le bien-être, n’ont pas réellement d’effets thérapeutiques clairement démontrés.

Enfin, et pour être complet, au sujet des pommades révulsives, dans ces topiques la chaleur n’est qu’un moyen pour faire pénétrer le principe actif. Exemple :  BAUME ALGIPAN  
                - Nicotate de méthyl : un vasodilatateur périphérique
                - Capscine et Histamine : des rubéfiants locaux
                - Salicylate de glycol : un analgésique salicylé (comme l’aspirine)
                - Mephénesine : un myorelaxant local (jadis dans le DECONTRACTYL et le RELAXYL)
On retrouve ici le schéma classique des topiques cutanés à visée antalgique où on attaque la peau avec des rubéfiants (voir même des vasodilatateurs comme ici) afin d’augmenter la pénétration de l’antalgique et du myorelaxant.

Notes   

[1] : Malgré tous nos efforts nous n’avons pas pu trouver les références bibliographiques exactes de cette étude.  

[2] : L’ICAM-1 est une protéine apparentée aux immunoglobulines (variété d'anticorps) qui intervient dans l'inflammation en attirant les polynucléaires (variété de globules blancs). Cette molécule intervient dans le processus de migration des éosinophiles (variété de globules blancs).
Le mécanisme est le suivant : pour se rendre sur les lieux où se situe la réaction allergique, les éosinophiles doivent quitter les vaisseaux et pour cela, ils adhèrent à la paroi de ce vaisseau (endothélium vasculaire). La diapédèse (sortie du globule blanc du capillaire, qui est un minuscule vaisseau) nécessite tout d'abord une adhésion à cet endothélium, ce qui est possible grâce à la présence de certaines molécules et tout particulièrement de ICAM-1.
Intérêt : Certains médicaments, et tout particulièrement la cétirizine (antihistaminique), inhibent l'adhésion des éosinophiles et l'expression de ICAM-1 en empêchant ainsi les éosinophiles d'adhérer aux cellules épithéliales de l'œil et du nez, retardant du même coup de l'inflammation d'origine allergique (obstruction nasale et réaction de la muqueuse bronchique associée chez les patients présentant une rhinite allergique).

Autres article sur la même thématique :

- Au 31 janvier 2009 :  Les médicaments anti-rhume, étude comparative Rinomicine® vs Rhumix®

- Au 23 juin 2009 :       Rhinofluimucil®, attention à l’usage abusif

- Au 21 octobre 2009 : Rhufene®, Pseudoéphédrine et Ibuprofène     

- Au 13 janvier 2012 : Analyse critique de la spécialité Febrex (Fervex en France)

Repost 1
6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 20:13

LECTURE OFFICINALE

IMPACT DE L’UTILISATION D’INTERNET

SUR LA MÉMOIRE HUMAINE

 

  11-09-30-Memoire---Internet-Pharamster-copie.jpg

           Préambule : en toute honnêteté, jamais une étude ne nous a touché directement autant que celle que nous avons le plaisir de vous présenter ci-après à travers cette lecture officinale. Elle concerne globalement la relation entre notre capacité de mémorisation et l’utilisation d’Internet. Cette relation, comme on le verra par la suite dans « l’avis du pharmacien », remet en cause de façon  substantielle nos méthodes d’apprentissage (didactique et formation continue).           

La lecture officinale

Il s’agit d’une étude américaine publiée au cours de ce mois d’août 2011 dans la revue Science [1] par une équipe de psychologues de 3 universités (Université de Columbia, Université de Wisconsin–Madison et enfin l’Université de Harvard). 

       Méthode :

- Les psychologues ont mené une série d’expériences avec des étudiants de l’université Harvard.

- Ils ont d’abord voulu savoir si ces derniers pensaient à Internet lorsqu’ils cherchaient une information. Pour cela, ils ont utilisé une méthode classique en psychologie appelée « tâche de Stroop ». Elle consiste à montrer aux sujets des mots écrits avec une couleur donnée sur un écran, puis à leur demander de quelle couleur est le mot en mesurant leurs temps de réponse.

Il existe un effet d'interférence sémantique (en rapport avec le sens), ou effet Stroop, provoqué par la lecture automatique du mot.

En principe : lorsqu'un mot est lié à des idées que la personne avait déjà entête, elle répond plus lentement, à cause d’interférences entre les deux traitements de la même information.

- B. Sparrow et ses collègues ont donc posé à 46 étudiants des questions difficiles. Immédiatement après, ils leur ont fait passer une tâche de Stroop. Parmi les mots présentés, certains avaient un rapport avec Internet, comme « Google » ou « navigateur », d’autres n’en avaient pas.

      Résultats :

      Les étudiants ont mis plus de temps à donner la couleur des mots liés à Internet que celle des autres mots [fig.1]. La preuve qu’ils pensaient déjà y chercher les réponses aux questions.

11-09-30-Comment-Google-transforme-notre-memoire-copie.jpgNike : est une marque de sportswear. Target : est une très grande chaîne de supermarchés en Amérique du Nord

Autrement dit : ce graphique montre que lorsque la question posée est en rapport avec l’informatique la réponse est plus lente qu’avec des questions sans rapport directe avec Internet.

Autre expérience :

- Dans une seconde série d’expériences, les psychologues ont voulu savoir de quelle manière les étudiants mémorisaient une information en fonction de sa disponibilité ultérieure.

- Les résultats démontrent que les étudiants se souviennent moins bien quand ils savent que l’information sera stockée sur un ordinateur que quand ils savent qu’elle n’y sera plus disponible.

Par ailleurs, ils mémorisent plus facilement le lieu où est stockée l’information sur l’ordinateur - l’emplacement du fichier sur le disque dur - que l’information elle-même. 
        Discussion :

        En clair, quand l’étudiant sait qu’une information est disponible sur son terminal Internet (Ordinateur, PC, Smartphone et autres Tablettes) il s’en déleste, réservant sa capacité de mémorisation d’une part à la méthode de son obtention et d’autre part à des informations d’ordre pratiques (supermarchés, habillement …).           

        Selon Francis Eustache éminent neuropsychologue à l’université de Caen [3] «L’homme se sert depuis toujours de mémoires externes, Certaines sont naturelles, comme les personnes de notre entourage; d’autres sont artificielles, par exemple les bibliothèques (Post-it …). Cette étude montre qu’en très peu de temps Internet est devenu une mémoire externe de première importance, du moins pour des jeunes possédant un niveau élevé d’éducation. Sa spécificité est qu’elle est accessible à tout moment et que la quantité d’informations y est presque infinie.»

A la question de savoir si cette évolution pourrait réduire nos capacités de mémorisation ? Il ajoute : « Le risque serait de se reposer presque exclusivement sur Internet et de n’utiliser que très peu notre propre mémoire. C’est pourquoi l’usage d’Internet devrait faire l’objet d’un apprentissage dès l’enfance »

L’avis du pharmacien :

        « Mémoire externe », le mot est lâché. Cela implique tout simplement que les terminaux Internet dont nous disposons deviennent par la force des choses une extension de notre mémoire.

Cas concret : rares sont ceux capables de mémoriser aujourd’hui touts les numéros de téléphones qu’ils utilisent, pour la simple raison qu’ils sont devenus disponibles sur nos appareils ; de facto, le téléphone portable devient une extension de notre mémoire et plus il contient d’applications (calendrier, agenda, bloc note, recherche Internet …) plus cet « appendice»  prend de l’importance. Internet pour le cerveau est alors assimiler à un disque dur externe aux capacités illimitées, votre connexion au réseau devenant une sorte de cordons ombilical pour votre mémoire.

         Par ailleurs au vu de l’augmentation vertigineuse de nombre d’informations qu’on doit gérer, le cas de la pratique officinale est à ce sujet édifiant, il paraît humainement impossible à tout un chacun de mémoriser toutes les données qu’il utilise. Par contre, il devient primordial de savoir parfaitement chercher l’information utile et pertinente dans des délais très courts. Cette mémoire externe qu’est devenu Internet, devient incontournable dans toute pratique professionnelle efficiente et évolutive. Se « déconnecter » du réseau, c’est se « déconnecter » de la marche du progrès. Et en un temps plus bref qu’on ne le croit, cette déconnection impactera lourdement sa pratique professionnelle, on est tout simplement « largué ».                     

A quoi sert d’apprendre par cœur ?

         Jadis l’apprentissage classique était basé essentiellement sur la mémorisation des textes et le mimétisme des anciens. Il y a une dizaine d’années en France, et ailleurs, un mouvement pédagogique moderniste voulait bannir la mémorisation par cœur de l’école, et basé toute la didactique sur la méthode. Mais les résultats n’étaient pas au rendez-vous …

Les résultats de cette nouvelle étude américaine nous permettent de nuancer tout ce débat. En effet apprendre à rechercher l’information pertinente, autant sur votre ordinateur que sur Internet, avec célérité et efficience est devenu un enjeu pédagogique capital. Il n’en demeure pas moins que la mémorisation (naturelle) d’un certain nombre de données de base reste atout irremplaçable pour accentuer la vitesse d’obtention de l’information.

La réflexion de l’apothicaire :

          Entre un analphabète et un érudit, le décalage réside essentiellement dans la vitesse !

         Cette affirmation, aussi choquante soit-elle, n’est pas dénouée de bon sens. En effet, en posant la même question à un érudit et à un analphabète, avec les technologies de l’information actuelles, les deux peuvent obtenir la bonne réponse, à la différence près que le premier va l’obtenir en quelques minutes et le second en quelques années (…).

Plus concrètement, par rapport à une discipline donnée, entre un « spécialiste » et un « non spécialiste » la différence sera de quelques heures à quelques jours. Autrement dit en tant qu’officinal la différence entre « moi » et « mon patient » ne réside plus uniquement dans le nombre d’années passées à la faculté de pharmacie, mais dans ma capacité à lui fournir une réponse pertinente, rapide et indépendante. Mémorisé, dans notre cas, certaines données de base usuelles nous permet d’avoir une avance de plus sur « Dr Google », par ailleurs l’usage régulier d’Internet permet d’affiner les adresses utiles, et en cas d’utilisation d’un moteur de recherche, de mieux cibler les mots clefs pertinents. Tout cela contribue à une plus grande célérité dans les réponses.

          Trouver l’information idoine, c’est bien mais, encore une fois, ce n’est pas suffisant !

          Dans un article qu’on avait rédigé le 15/01/2010, intitulé « Analphabétisme, démocratie & religion » on avait explicité la notion d’analphabétisme fonctionnel. Et en effet, trouvé la bonne information c’est bien, encore faut-il savoir l’analyser et l’exploiter correctement. Un processus d’apprentissage abouti devrait inclure, à notre sens, 3 paliers essentiels :

- L’acquisition (la mémorisation) des données de bases essentielles

- La maîtrise des méthodologies de prospection et de recherche de l’information utile, tel que mis en exergue par cette étude américaine 

- Et enfin la maîtrise de l’exploitation et de l’intégration des informations trouvées, permettant l’émergence d’analyses rationnelles.

Ce dernier palier constitue la quintessence des objectifs escomptés d’un système d’enseignement donné, car il abouti à un citoyen armé de suffisamment de capacités d’analyse qui lui seront utiles non seulement dans sa vie professionnelle mais aussi pour exercer pleinement ses prérogatives citoyennes à savoir le droit de vote, en ayant les outils nécessaires pour comprendre la complexité de son environnement politique économique et social.

Au vu des défis économiques et écologiques qui s’imposent à nous tous, le vote (ou comme disent les Suisses la votation) ne peut plus se faire sur des bases émotionnelles ou impulsives. C’est éminemment dangereux car ce genre d’attitude favorise au mieux les courants populistes et au pire les partis extrémistes. L’école a une responsabilité centrale dans l’évolution de nos sociétés vers le meilleur comme vers le pire.                                                            

Sources :

[1] Sparrow, B., Liu, J., and Wegner, D.M. (2011) Google effects on memory: Cognitive consequences of having information at our fingertips. Science, 333: 776-778.

Affiliation des auteurs :

- Betsy Sparrow: Department of Psychology, Columbia University, 1190 Amsterdam Avenue, New York, NY 10027, USA.

- Jenny Liu: Department of Psychology, University of Wisconsin–Madison, 1202 West Johnson Street, Madison, WI 53706, USA.

- Daniel M. Wegner: Department of Psychology, Harvard University, 33 Kirkland Street, Cambridge, MA 02138, USA.

[2] Le commentaire de : Genius across Cultures and the “Google Brain”

[3] Jaques Abadie « Comment Google transforme notre mémoire » La Recherche, n°455, page 26-27, Sept. 2011 

Repost 0
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 19:56

LECTURE OFFICINALE

LE JEÛNE & LA SANTÉ

 

 10 08 10 Ramadan le soir 633 copie

Nous vous rapportons comme promis un article paru dans la revue Pour La Science de ce mois de juin 2011 avec comme titre « Le jeûne est-il sain ? » qu’on discutera par la suite. Un sujet sensible, mais d’emblé, pratiquer le jeûne n’est pas spécifique à la religion musulmane, loin de là il existe dans la plus part des grandes religions sous une forme ou une autre. Il est même pratiqué par certaines communautés à caractère non religieux pour « purifier » le corps. L’article suivant, aussi critiquable soit-il, constitue un point de départ, relativement intéressant, pour une réflexion rationnelle à ce sujet.            

 

Source : Jean-Michel LECERF* « Le jeûne est-il sain ? » Revue Pour la Science, n°404, page 20, juin 2011

*Chef du Service de Nutrition - Professeur associé à l’Institut Pasteur de Lille

« L’homme moderne est souvent gavé de nourriture et de biens de consommation : il est repu ! Il n'est pas pour autant comblé. Dès lors, doit-il réapprendre à jeûner ? Le jeûne est une privation volontaire, ou non, de nourriture. Il peut avoir une dimension spirituelle. Jeûner, c'est aussi apprendre à se détacher du corps, des sens, aller à l'essentiel, écouter l'autre ... Le jeûne revient à la mode. Pourtant, il est néfaste pour la santé. Revenons sur le sens de cette pratique avant d'en présenter les conséquences.

Dans toutes les religions, il y a une recherche d'ascèse** et d'effort à travers le jeûne. Dans la religion chrétienne, le jeûne se limite à celui du carême, où il est associé à la prière et à la charité, notamment le mercredi des Cendres (premier jour du carême) et le vendredi saint. Le jeûne devient partage et offrande; il n'est ni une mortification ni une performance. Dans la religion musulmane, le ramadan est un jeûne diurne; c'est un rite, un signe de reconnaissance entre croyants et d'appartenance à une communauté.

Proche de cette dimension spirituelle, le jeûne de la non-violence est une protestation silencieuse, mais visible, des causes humanistes. On est là dans une dimension philosophique, voire politique. Le jeûne conscient de l'anorexique est une autre forme de contestation: il se prive pour dominer et écraser son corps et ses sens. Il trouve du plaisir à supprimer certains plaisirs sensoriels. Le jeûne sanitaire moderne est aussi une protestation contre la suralimentation et l'accumulation de «toxines », C'est ainsi qu'aujourd'hui, de nombreux groupes prônent le jeûne, en tant que thérapie. Les défenseurs de ce principe et leurs adeptes parlent de détoxification, de purification et de mise au repos de l'organisme. Mais ce discours ésotérique n'est ni scientifique ni médical.

Le jeûne fait partie de la physiologie normale de l'organisme. Tous les jours, en générai la nuit, on cesse de se nourrir pendant 4 à 12 heures. L’organisme trouve alors son énergie, sous forme de glucose, en puisant dans le stock hépatique et musculaire de glycogène - le principal glucide de réserve -, puis dans les graisses. Si le jeûne se prolonge au-delà de quelques heures, le foie produit du glucose supplémentaire en utilisant les acides aminés dits glucoformateurs qui se trouvent dans les tissus maigres, tels les os et les muscles. Or ces acides aminés sont essentiels au renouvellement des tissus.

La nourriture, source d'énergie vitale : Le cerveau consomme 140 grammes de glucose par jour, et c'est pour assurer cet apport d'énergie que ces mécanismes de survie se mettent en place. En parallèle, la lipolyse -la libération des graisses du tissu adipeux - entraîne la production de corps dits cétoniques, ce qui engendre une anorexie rendant le jeûne «aisé» : on ne se rend pas compte que l'on a faim, alors que les réserves d'acides aminés, de glucides et de lipides s'épuisent.

En aucun cas, le jeûne ou les régimes hypocaloriques drastiques - sans graisses ni glucides - ne peuvent être une méthode d'amaigrissement. Ils entraînent un risque majeur de reprise du poids dans le tissu adipeux et non dans le tissu maigre, même s'ils sont associés à un régime hyperprotidique (riche en acides aminés). Chez les personnes âgées, le risque de dénutrition est important, y compris chez les obèses. Et la répétition des jeûnes augmente ces troubles, quel que soit l'âge.

Quant aux défenseurs du jeûne, ils le considèrent comme une thérapie contre les maladies inflammatoires, intestinales ou articulaires par exemple. Qu'en est-il vraiment? Le jeûne supprime effectivement l'inflammation physiologique survenant après le repas et certains symptômes digestifs (par exemple les ballonnements], et l'amaigrissement diminue l'inflammation modérée liée à l'obésité. Et il est vrai que les choix alimentaires (l'excès de matières grasses par exemple) peuvent moduler cette inflammation « à bas bruit », source de stimulation permanente et délétère du système immunitaire. Mais aucune étude n'a montré de rémission durable ou de guérison de ces troubles avec le jeûne. En fait, on a montré que le jeûne diminue les défenses immunitaires de ces patients, ce qui les affaiblit et les rend plus susceptibles de tomber malades.

Ainsi, le jeûne peut avoir un sens spirituel, philosophique ou politique, mais il n'a aucune justification pour la santé. Si le jeûne peut compenser des excès alimentaires, le bon sens consiste à les éviter. En résumé, bien manger est source de bienfaits, tandis que le jeûne peut engendrer des risques pour la santé lorsqu'il est prolongé. »

** Effort visant à la perfection spirituelle par une discipline constante de vie

 

L’avis du pharmacien :

     Sans aller chercher des explications biochimiques, il aisé de comprendre que le jeûne réduit de façon significative les capacités physiques de l’organisme et cela est parfaitement visible chez les sportifs de haut niveau. Une privation stricte d’eau et de nutriments pendant une période relativement longue crée vraisemblablement une situation de stress métabolique pour l’organisme.

De tout temps on essaye de trouver des explications scientifiques (théoriquement rationnelles) à des injonctions religieuses. La pratique du jeûne, est en théorie une pratique spirituelle, marquée le plus souvent par des traditions très fortes et bien ancrées, elle ne peut pas obéir à un raisonnement scientifique rationnel. Les bienfaits procurés par le jeûne se résument à un bien-être spirituel doublé d’une adhésion identitaire à communauté donnée. Le physique lui reste vraisemblablement en situation de souffrance métabolique.

Vouloir expliquer la religion par la science ou inversement, (chose qui est largement pratiquée dans les médias) conduit à des analyses et à des polémiques complètement stériles. Chercher coûte que coûte à trouver des explications médicales à des pratiques religieuses spirituelles c’est vouloir mélanger ce qui ne peut être miscible. La science, avec ses incertitudes et ses doutes, ne devrait obéir qu’à l’analyse rationnelle indépendamment des convictions intimes et des certitudes des uns et des autres. Par contre, il est plus raisonnable d’analyser les pratiques religieuses sur des bases religieuses, à ce sujet deux questions fondamentales restent posées à propos du jeûne :

        Primo : les objectifs escomptés par la pratique jeûne, en terme de comportement humain et d’humilité dans la consommation, sont-ils atteints ? En observant les comportements de nos concitoyens la réponse est désespérément NON, tant l’incivisme est monnaie courante* et la consommation des ménages en alimentation frôle l’absurde, on assiste non pas à une rupture de jeûne mais à des orgies alimentaires, on est à mille lieux de l’esprit d’humilité prôné par les préceptes religieux !   

Lire à ce sujet : A. Bennani « Le mois de tous les forfaits » Le Soir Echos, n°894, page 16 du 18/08/2011 

       Secundo : les objectifs escomptés par la pratique du jeûne peuvent-ils être atteints sans passer par le rite ? La réponse est clairement oui, puisque la cohésion sociale, la lutte contre les inégalités, la lutte contre la surconsommation voire la remise en question même de la société de consommation sont des requêtes qui sont reprises par un grand nombre de structures politiques ou ONG.

Au final, dans notre société marquée par un niveau de développement humain très bas, le rite prend une place énorme par rapport aux objectifs pour lesquels il a été mis en place, à tel point que non seulement ces nobles objectifs n’ont jamais été atteints (depuis 14 siècles) mais on se retrouve dans une situation affligeante où chaque jour on bafoue en long et en large ces objectifs mêmes, c’est le comble de l’absurdité.

Post-scriptum du 26/08/2011 

On vous rapporte une jolie déclaration de l’imam (et député) Abdelbari Zemzemi qui donnait son avis à propos des nuits « chaudes » du ramadan à Casablanca

« Certains ne prennent pas la religion au sérieux. Ils la pratiquent comme bon leur semble. Que ce soit après le ftour ou à la fin du ramadan, ils reprennent leurs vices de plus belle. Mais ça ne me choque pas. Cela arrive partout. Même à Médine, les gens sortent la prière des Tarawihs pour s’adonner à l’adultère par exemple »

Source : A. Benanni « Le mois de tous les paradoxes » Le Soir Echos, n°898, page16 du 25/08/2011

L’Homme il est ce qu’il est. Il semble plus intelligent de gérer ses comportements dans le respect de la dignité, avec le progrès comme point de mire, que de vouloir l’accabler d’interdits inapplicables (à part dans une société idéale donc utopique) le transformant un schizophrène non déclaré.

« Mais ça ne me choque pas » heureusement car ceux qui sont les plus effarouchés, le sont souvent du fait de leur ignorance de l’Histoire.

Post-scriptum du 18/10/2011

PRODUCTION INDUSTRIELLE L’EFFET RAMADAN : La production industrielle a accusé une baisse en août dernier avec un solde négatif de 21%, selon les résultats de l’enquête mensuelle de conjoncture dans l’industrie réalisée par Bank al-Maghrib (BAM : la banque centrale marocaine). En effet, 43% des chefs d’entreprises de l’enquête font ressortir une régression de l’activité ; 35% une stagnation ; et 22% un développement, soit un solde négatif de 21%. Par branche, la baisse observée en août, qui a coïncidé cette année avec le mois du Ramadan, a concerné l’ensemble des branches, à l’exception des industries agroalimentaires, qui ont connu une hausse de leur production. Source : Le Soir Echos, n°917, page 2, du 23/09/2011

Lire sur ce même blog : BON RAMADAN

Repost 0
29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 21:40

LECTURE OFFICINALE

D R O S P I R É N O N E

 JASMINE®, YASMIN®, YAZ®

& RISQUES DE TRHOMBOSE VEINEUSES

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Rappels déontologiques :

- Note importante pour les patients : cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences.

- L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons », sur PHARAMSTER on considère que ne nous détenons pas de vérité absolue, loin de là, toutes les analyses présentées ici sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, PHARAMSTER reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

          Les contraceptifs oraux Yasmin® (au Maroc Jasmine® PPM 100,00 DH) et Yaz®, sont largement utilisés à travers le monde. La spécialité Yaz® vient en ce mois de juin 2011 d’être commercialisée au Maroc (au prix 141,80 DH) elle ne diffère de Jasmine que par la quantité d’éthinylestradiol utilisée 0,020 mg (contre 0,030 mg pour Jasmin®).

Fabriqué par le même laboratoire, Bayer, ces deux spécialités se positionnent au niveau pharmaco-marketing comme le meilleur moyen pour combattre les symptômes prémenstruels tout en réduisant les effets secondaires tels que la prise de poids par rétention d’eau.

          Deux études, l’une britannique et l’autre américaine, toutes deux publiées dans le même numéro du British Medical Journal (BMJ) d’avril 2011, évoquent un risque accru de thromboses veineuses avec les contraceptifs oraux combinés (COC) a base de drospirénone par rapport aux contraceptifs classiques  à base de levonorgestrel. Nous vous proposons de suite une lecture officinale de ces deux études (deux études au prix d’une, c’est le mois de soldes à PHARAMSTER), suivie de la réaction officielle du laboratoire Bayer, ainsi que d’autres acteurs de scène, puis d’une filiation chimique et pharmacologique de la drospérinone afin de la située par rapport autres contraceptifs oraux, et on finira par une discussion générale, le fameux « Avis du pharmacien ».          

D’emblé deux textes importants à consulter sur ce même blog (cliquer pour visualiser) :

La balance estroprogestative & Classification des pilules contraceptives  

Pour faciliter leurs consultations régulières nous les avons mis à votre disposition dans la rubrique « Texte Integral » à droite de votre écran.

 

I - LECTURE OFFICINALE :

   Etude britannique et néo-zélandaise : 

Source : Parkin L, Sharples K et al. Risk of venous thromboembolism in users of oral contraceptives containing drospirenone or levonorgestrel: nested case-control study based on UK General Practice Research Database. BMJ. 2011 Apr

Note sur les auteurs : c’est une équipe néo-zélandaise du département de médecine préventive et sociale, Dunedin School of Medicine, University of Otago, New Zealand

O b j e c t i f  :

             Evaluer le risque de thrombo-embolie veineuse idiopathique non mortelle chez les utilisatrices actuelles d'un contraceptif oral combiné contenant de la drospirénone, par rapport aux utilisateurs actuels de préparations contenant du lévonorgestrel

M é t h o d e  : 

             Cette étude cas-témoin est basée sur les données de la UK General Practice Research Database (GPRD) [base de données britannique sur la recherche en pratique générale] qui est un système offrant des rapports à l'aide des dossiers électroniques de santé avec pour objectif de faciliter le travail des chercheurs scientifiques et des décideurs. Site officiel : gprd.com  

Rappel : Une étude cas témoin est une étude qui consiste simplement à sélectionner  un groupe de personnes atteintes d’une maladie (cas) et un groupe de personnes indemnes de cette maladie, (témoins) et à comparer leur niveau d’exposition à un ou plusieurs facteurs de risque.

. Les femmes prisent en compte étaient :  

- âgées de 15-44 ans

- sans facteurs de risque majeur de maladie thromboembolique veineuse

- prenant un contraceptif oral contenant 30 mg d'œstrogène en association avec la drospirénone ou le lévonorgestrel

. La période étudiée s’étalait entre mai 2002 et Septembre 2009. Soit 7 ans et 4 mois
. Les intervalles de confiance étaient de 95%

R é s u l t a t s  :

- 61 cas de maladie thromboembolique veineuse idiopathique et 215 contrôles appariés ont été identifiés.

- Dans l'analyse cas-témoins, l'utilisation de la contraception avec la drospirénone était associée à un risque trois fois plus élevé de maladie thromboembolique veineuse idiopathique non-mortelle par rapport à l'utilisation de lévonorgestrel, l'odds ratio ajusté pour l'indice de masse corporelle était de 3,3 (intervalle de confiance 95%).

- Le taux brut d'incidence a été

 - de 23,0 (intervalle de confiance 95% de 13,4 à 36,9) pour 100.000  femmes par année d'utilisation avec la drospirénone

- et 9,1 (6,6 à 12,2) pour 100.000  femmes par année d'utilisation chez les utilisatrices de contraceptifs oraux à base de lévonorgestrel.

Autrement dit : selon cette étude les femmes qui utilisent les pilules contraceptives contenant l’hormone de synthèse drospirénone auraient 3 fois plus de risque de souffrir d’une formation de caillots sanguins dans les veines que celles utilisant une pilule contraceptive de vieille génération contenant le levonorgestrel.  

C o n c l u s i o n   d e s   a u t e u r s  :

             Ces résultats appuient les arguments, de plus en plus nombreux, qui démontrent que la prise des contraceptifs oraux combinés contenant de la drospirénone est corrélée à un risque élevé de thromboembolie veineuse par rapport aux formulations contenant du lévonorgestrel.

  

    Etude américaine :

Source : Jick SS, Hernandez RK. Risk of non-fatal venous thromboembolism in women using oral contraceptives containing drospirenone compared with women using oral contraceptives containing levonorgestrel: case-control study using United States claims data. BMJ. 2011 Apr 21;342:d2151. doi: 10.1136/bmj.d2151.

N o t e  s u r  l e s  a u t e u r s : c’est une équipe du Boston Collaborative Drug Surveillance Program rattaché à la Boston University School of Medicine, Lexington. Site officiel bcdsp.net . Il s’agit d’une des institutions pionnières en pharmacovigilance à l’échelle internationale puisqu’ils ont démarrer leur programme en 1966, oui vous avez bien lu : il y a 45 ans qu’ils ont commencé la surveillance épidémiologique pour quantifier les effets indésirables potentiels des médicaments … qui a dit qu’on été en retard ?        

Objectif est le même que l’étude britannique

M é t h o d e : 

- Il s’agit d’une étude cas témoin cohorte basée sur des données provenant de PharMetrics, une société américaine qui recueille des informations sur les indemnités versées par les régimes de soin.

Rappel : Une étude cohorte est une étude qui consiste à observer dans le temps 2 groupes de personnes,  l’un exposé à un facteur de risque et l’autre non,  mais tous deux indemnes d’une certaine maladie et de comparer la survenue de cette maladie dans chacun des groupes

- L'étude englobait toutes les femmes âgées de 15 à 44 ans qui ont reçu un contraceptif oral contenant soit drospirénone ou le lévonorgestrel après 1 Janvier 2002.

R é s u l t a t s  :

Cette étude a montré que le risque de thrombose veineuse est 2,3 fois plus élevé chez les femmes utilisant un contraceptif a base drospirénone par rapport à celles qui utilisent le levonorgestrel. Le taux d’incidence est de 30,8 et 12,5 cas par 100 000 femmes par année d’utilisation respectivement.

Dans les deux cas, ce risque est significatif même en considérant d’autres facteurs de risque comme l’âge, le poids (indice de masse corporelle) et le tabagisme

C o n c l u s i o n  d e s  a u t e u r s  :

          Le risque de thromboembolie veineuse non mortelles chez les utilisatrices de contraceptifs oraux contenant de la drospirénone semble être environ deux fois celui des utilisatrices de contraceptifs oraux contenant du lévonorgestrel, même en prenant en compte les autres facteurs.

II - AVIS & RÉACTIONS

      La réaction du fabricant Bayer :

Sitôt les études publiées, le groupe Bayer à travers sa filiale au Canada a contesté les conclusions de ces études via un communiqué daté du 26 mai 2011 intitulé « Innocuité des contraceptifs hormonaux combinés (YAZ®, YASMIN®) » (cliquer pour visualiser)

Selon ce communiqué « Les résultats de ces études prospectives ne correspondent pas aux nombreuses données issues des études cliniques et de pharmacovigilance sur Yasmin® et Yaz®. Les plans de toutes ces études comportaient de grandes lacunes méthodologiques importantes, ce qui soulève d’importantes questions quant à la validité des conclusions tirées par les auteurs» Sic. Selon le fabricant, l’utilisation de Yasmin et de Yaz n'est pas plus risquée que les autres contraceptifs oraux qui, eux aussi, augmentent les risques de caillots sanguins.

       Avis de la revue Prescrire

Au sujet de la drospirènone un avis est paru dans le numéro de septembre 2010, se basant entre autre sur deux études fondamentales, toutes deux de financement public (crédibilité …) :

- Une étude cohorte danoise de 2009 : Lidegaard Ø et coll. « Hormonal contraception and risk of venous thromboembolism : national follow-up study » BMJ 2009 ; 339 :b2890doi :10.1136/bmj.b2890.

- Une étude cas/témoin hollandaise de 2009 : Van Hylckama Vlieg A et coll. « The venous thrombotic risk of oral contraceptives, effects of oestrogen dose and progestogen type : results of the MEGA case-control study » BMJ 2009 ;339 :b2921doi :10.1136/bmj.b2921. 

Conclusion de la rédaction de la revue : « Chez les femmes sans risque particulier de thrombose et qui souhaitent une contraception orale estroprogestative, la balance bénéfices-risques des associations à base de drospirénone n'est pas la plus favorable. Mieux vaut s'en tenir à des associations d' éthinylestradiol et de lévonorgestrel ou de noréthistérone, avec lesquelles le risque de thromboses veineuses est plus faible qu'avec les autres progestatifs. »

Source : Rédaction Prescrire « Drospirénone : un risque élevé de thromboses veineuses » Rev Prescrire 2010 ; 30 (323) : 673-675

La remarque de l’apothicaire :

Il faut bien noter que ce problème de thromboses veineuses liées à la drospirènone a été soulevé déjà en 2002 (prés de 9 ans déjà) par un groupement de médecins généralistes hollandais dans un article remarquable paru la même année dans le BMJ, où ils s’opposaient clairement à la prescription de ce genre de contraceptifs. 

Source : Tony Sheldon « Dutch GPs warned against new contraceptive pill » BMJ. 2002 April 13; 324(7342): 869. (Cliquer sur le titre pour visualiser, c’est fort instructif) 

      Autres réactions :

Selon Martin Winckler, médecin et auteur français, à la base, et chercheur invité au Centre de Recherches en éthique à l'Université de Montréal : 

Source consultée : entre autre le site Agora Santé (cliquer pour visualiser) 

- « La drospirénone, aurait un léger effet diurétique afin de contrer la rétention d’eau chez certaines utilisatrices. Or, cela ferait augmenter le taux de potassium dans l'organisme, ce qui pourrait causer des problèmes de santé. »

- « Ce qui est inadmissible, c’est qu’on propose une pilule avec un ajout purement cosmétique pour prévenir la rétention d’eau, sans intérêt d’un point de vue contraceptif, et qu’on accroît du même coup le risque de thrombose chez les jeunes femmes », ajoute encore Martin Winckler.

- « Une jeune femme ne devrait pas choisir cette pilule nouvelle génération pour une première prescription, car nous manquons de recul pour évaluer ses effets. Le risque de thrombose est à son maximum lors des deux premières années d’utilisation. Aussi bien opter pour des anovulants de vieille génération pour ne pas courir de risque inutile », affirme-t-il.

 

Avant de vous proposer, en toute humilité, notre propre avis en toute indépendance il nous est apparu fondamental de situer la drospirénone dans la panoplie des contraceptifs estroprogestatifs oraux  

III - Filiation chimique de la drospirénone :

Source de base : un travail remarquable du site pharmacorama

La formule chimique de la drospirénone ressemble à celle de la canrénone, métabolite actif de la spironolactone (Aldactone®, Aldactazide®) et antagoniste de l'aldostérone

  11-06-20-LO-drospirenone-2-copie.jpg

Les propriétés pharmacologiques de la drospirénone sont les suivantes :

- effet progestatif comme la progestérone

- effet antiandrogène mais beaucoup plus faible que celui de la cyprotérone

- effet antialdostérone (antiminéralocorticoïde), mais moindre que celui de la spironolactone.

IV - Filiation pharmacologique de la drospirénone :

Comme vous le savez l'effet contraceptif des estroprogestatifs est obtenu :

- par inhibition de l'ovulation en freinant la sécrétion des FSH par les estrogènes et de LH par les progestatifs, ce qui empêche le développement du follicule. L'arrêt de la prise de l'estroprogestatif provoque une chute de l'imprégnation hormonale, partiellement responsable de la menstruation.

- par modification du développement de la muqueuse utérine rendue impropre à la nidation.

- par modification de la glaire cervicale rendue impropre à la pénétration des spermatozoïdes (effet progestatif)

Pour pouvoir apprécier réellement toutes les subtilités de cette pharmacodynamie, nous vous invitons vivement à consulter notre page dans la rubrique « Texte intégral » intitulée « La balance oestroprogestative », c’est une présentation croisée des effets des oestrogènes et des progestatifs.       

Par ailleurs nous vous proposons une classification des pilules contraceptive que nous avons établie en 2005, publiée dans une revue médicale marocaine. Sans prétendre être exhaustive ce tableau mis à jour, permet de se situer relativement facilement : Classification des pilules contraceptives.       

L’objet de cette filiation est de répondre à la question fondamentale suivante : ou peut-on situer les pilules combinées à base de drospirénone dans la panoplie des contraceptifs estroprogestatifs oraux ? Pour ce faire, même s’il est de plus en plus difficile de proposer une classification cohérente de pilules, on rappellera les points suivants :   

La contraception combinée commune comporte toujours l'association : 

- d'un estrogène, pratiquement c’est toujours l’éthinylestradiol et  

- d'un progestatif soit en quantités constantes ce sont les pilules monophasiques, soit en quantités différentes au cours du cycle.

Les paramètres sur lesquels vont agir les laboratoires sont globalement les suivants :

- La quantité d’éthinylestradiol et de progestatif : l’objectif étant de trouver les quantités minimales efficaces (Indice de Pearl), afin de réduire le plus possible les effets secondaires œstrogéniques.

Ainsi de 15 à 40 microgrammes d’éthinylestradiol on parle de pilules minidosées. A 50 microgrammes ce sont des pilules normodosées ou de première génération.   

Au sujet toujours des la quantité de principe actif : pour tenter de « coller » au cycle naturel de la femme on a proposer de varier les quantités en deux phases ce sont les pilules biphasiques (cas Adepal, Pheva ) ou en 3 phases successives ce sont les triphasiques

- La qualité du progestatif : 

L’objectif c’est d’avoir un effet progestatif contraceptif marquant avec le minimum d’effets secondaire en particulier les effets androgènes qui sont plus marqués dans les progestatifs de 1ère que dans ceux 2ème génération

Les progestatifs de synthèse dont les effets androgènes sont les plus faibles sont progestatifs de 3ème génération. Ils inhibent l'ovulation, essentiellement par action antigonadotrope.  

Pour se faire une idée exacte de l’état des lieux, sans vous encombré de la chimie des progestatifs (qui est passionnante mais qui nécessite elle seule tout un article) on vous propose un petit tableau tout simple où on vous a classé les progestatifs utilisés en contraception par génération : 

Source facultative: http://www.kup.at/kup/pdf/MenoSH3-2002-CH-5.pdf

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

LES DERIVES DE LA TESTOSTERONE

  Estranes

1ère  Génération : Noréthistérone  - Triella - Milligynon

2ème Génération : Lévonorgestrel  - Adepal - Minidril - Trigynon - Trinordiol - Microval

Gonanes

2ème Génération : Norgestrel - Stederil

3ème Génération : Désogestrel - Microdiol - Mercilon - Gracial - Cerazette

3ème Génération : Gestodéne - Moneva - Minulet - Trimunlet - Phaeva

LES DERIVES DE LA SPIRONOLACTONE

Drospirénone - Yasmin - Jasmine - Yaz

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ 

D’un simple coup d’œil on réalise que la dropirénone, avec ses effets progestatifs démontrés ne provient ni de la progestérone ni de la testostérone, mais d’un antihypertenseur diurétique épargneur potassique : la spironolactone (Aldactone, Aldactazine en association). De facto elle devient inclassable.

 

V - L’avis du pharmacien :

            L’évolution de la formulation des pilules contraceptives est réellement passionnante, le premier objectif de ces formulations est le blocage de l’ovulation (les canadiens utilisent souvent le terme, tout à fait descriptif, d’« anovulant » pour désigner les contraceptifs oraux combinés). Pour ce faire on passe par le blocage (effet feedback négatif) de la FSH par les estrogènes et de LH par les progestatifs. On aurait pu utilisé les hormones naturelles, mais leur effet ne serait pas fiable pour une contraception efficace. On est obligé de passer par des molécules de synthèse.     

Pour l’œstrogène une seule molécule s’impose, quasi incontournable, c’est l’éthinylestradiol. Ce qui est incroyable dans le développement des pilules c’est qu’on n’a jamais pu se passer de cette molécule alors que l’essentiel des effets secondaires des contraceptifs oraux combinés provient de … l’œstrogène.

A défaut de faire évoluer l’œstrogène les grandes firmes pharmaceutiques ce sont rabattues sur le progestatif. Et là … comme disent les arabes « hadith oula haraj* »    

* parles ... sans contraintes            

Le rapprochement entre la molécule de testostérone et de progestérone étant remarquable, l’idée de produire des progestatifs hautement efficaces à partir de la testostérone devient presque évidente.

11 06 20 Progesterone Vs Testosterone

On a donc produit la série des progestatifs de synthèse en apportant plusieurs modifications. Et cela a très bien marché, la preuve : la majorité écrasante de vos pilules provient de la testostérone.

11-06-20-LO-drospirenone-Principales-modifications-de-la-t.jpgLe problème c’est que …l’origine de ces molécules (leur pedigree) va les rattraper à travers des effets androgéniques marqués. Plusieurs substitutions (bricolage chimique de haut vole) on été réalisées avec pour objectif déclaré la réduction de ces effets secondaire aboutissant in finé à une classification par génération dans laquelle, en théorie, on a de moins en moins d’effets androgéniques.

Avec le temps ce concept, dominé par le hollandais Organon, (si nos informations sont bonnes) va montrer ses limites.

L’attaque frontale va venir du géant allemand Bayer, qui au lieu de passer par la testostérone va utiliser un métabolite de la spironolactone pour mettre au point son nec le plus ultra, avec la drospirènone. En filigrane on comprend mieux la réaction épidermique du collectif de médecins hollandais en 2002 qu’on vous a rapporté (…) « Dutch GPs warned against new contraceptive pill ».

Sauf que, comme dirait Pierre Bellemare, les « choses » n’allaient pas en resté là, car  indépendamment de ces querelles germano-néerlandaises sur fond du marché gigantesque et ultra rentable des contraceptifs, un effet secondaire s’est  retrouvé au cœur de cette bataille, les thromboses veineuses liées au progestatif qui certes existaient dans les progestatifs dérivés de la testostérone, mais qui se retrouvent largement amplifiés avec le dérivé de spironolactone de Bayer, j’ai nommé la drospirènone, comme le prouve un faisceau de preuves de plus en plus incontestables. Alors que la bataille se faisait autour de la réduction de l’effet androgénique, la mise sur le marché de la drospirénone a replacé les thoromboses veineuses au cœur du débat.    

 

         La plus part des études comparent la drospirènone par rapport au lévonorgestrel, de facto le profile des effets secondaires de ce dernier se retrouve clairement plus favorable que celui de la drospirènone.

Vous l’avez certainement oublié, mais ce fameux lévonorgestrel n’est autre que le progestatif de notre Kinat Alhilal nationale (Minidril, Microgynon) ; absolument et qui du haut de ses 8,80 DH (pour le Microgynon) et 9,05 DH (pour le Minidril) se retrouve complètement en phase avec les recommandations d’une revue internationale comme la Revue Prescrire.

Oui cette pilule connue de toutes les familles marocaines, distribuée gratuitement aux plus démunis dans les centres de santé les plus pauvres, qui a largement contribué la « Transition démographique au Maroc » (Cliquer sur le titre), qui du fait de son prix même et de sa grande disponibilité est délaissée par le gynécologues à la « mode » prescrivant des pilules pour des considérations cosmétiques comme avait dit Martin Winckler , se retrouve tout à fait d’actualité, sa fiabilité incontestable (Indice de Pearl à 0,10) et le recul qu’on a avec son utilisation nous permettent de dire que pour moins de 10,00 DH nous avons un bijou ! Mieux encore, le choix qui a été fait par les cadres du ministère de la santé, il y a plus de dix ans, de faire la promotion de cette formulation s’avère judicieux à plus d’un titre :

- Rapport qualité prix imbattable

- Efficacité optimale

- Sécurité à long court, tout à fait acceptable.

C’est comme aurai pu dire le camarade Fidel Castro (qui castre bien la liberté de son peuple) : c’est la revanche des femmes prolétaires !   

La question qui fâche est la suivante, dans un pays comme le Maroc a-t-on réellement besoin de pilules qui coûtent 100,00 et au-delà, avec un rapport bénéfice/risque/prix discutable et ce à l’échelle internationale ?

Du haut de notre hamster, on ne se permettra pas de répondre à cette question, on préfère en toute humilité laisser à tout un chacun, en fonction de ses convictions intimes et de son intégrité intellectuelle, la responsabilité de ses prescriptions.   

De quoi je me mêle ?

Ah ! on aurait tant voulu et tant souhaité que ce genre de débats courageux prime dans nos congrès. Malheureusement, on reste sur des réunions plus mondaines que réellement instructives, dominées par des « formations » distillées et taillées sur mesure par les départements marketing des laboratoires, qui de toute façon ne trouvent, face eux, aucun contrepoids positif ni force de proposition ni capacité d’analyse. Dommage qu’avec un bac plus 7 minimum on se retrouve acculer au rôle de «délivreur de médicaments » sans avis critique ni analyse rationnelle.          

La contraception hormonale féminine, par sa complexité, par sa finesse, est un art en soi. Ce travail aussi compliqué soit-il a été pour nous un réel plaisir, car malgré les difficultés du début il aura été une occasion en or de remettre à plat une bonne partie de se qu’on croyait connaître et qui ne l’était pas vraiment (...).

Repost 0
11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 17:25

LECTURE OFFICINALE

LA DOSE JOURNALIÈRE ADMISSIBLE D.J.A.

ENTRE FAUSSES CERTITUDES & DEMAGOGIE

  11 06 11 Incertitudes

        Nous vous rapportons ici en intégralité un article remarquable par son sens rationnel, paru dans le journal français Le Canard Enchaîné du 09/03/2011, qui bas en brèche l’une des bases fondamentales de la toxicologie moderne : la bien nommée « dose journalière admissible ».

Le raisonnement est tel, que ce qui est présenté et vendu comme des certitudes scientifiques absolues et rationnelles se retrouve largement nuancé, et le mot est faible, quand on essai de soumettre ses bases à l’analyse critique rationnelle.

Le texte se suffit à lui-même, cependant on vous proposera (plus exactement à votre sens critique) par la suite une discussion d’un point de vu général.         

-----------------------------------------------------------------------------------

Les cobayes vous saluent bien !

Source : J-L Porquet « Les cobayes vous saluent bien », Le Canard Enchaîné, n°4715, page 07, du 09/03/2011 

Prenez une souris. Injectez-lui une goutte de pesticide: elle meurt dans d'affreuses convulsions, particulièrement télégéniques. Répétez l'opération sur des tas d'autres souris, en diminuant la dose. Lorsque la moitié seulement de votre stock de souris pesticidées passe l'arme à gauche, vous tenez votre dose létale, baptisée DL 50 : la dose à laquelle la mortalité est de 50 %.

Vous êtes sur la bonne voie, continuez votre expérience, répétez l'opération jusqu'à obtenir une dose qui ne produit aucun effet apparent sur les souris. Baptisez cette dose du doux nom de « Noael » : dose sans effet toxique observé. Puis livrez-vous à un petit calcul : puisque votre étude vise à déterminer la dose à laquelle le pesticide que vous testez est inoffensif pour l'homme, appliquez un facteur de sécurité de 10, c'est-à-dire divisez votre dose par 10, l'idée étant qu'un humain, être suprêmement évolué, est certainement 10 fois plus sensible qu'une rudimentaire souris blanche. Et, puisque d'un humain à l'autre les réactions à un empoisonnement peuvent varier considérablement, appliquez à nouveau ce facteur 10. Ce qui revient, vous l'aurez compris car vous excellez en calcul mental, à diviser la Noael par 100.

Et hop! Vous venez de trouver «la DJA », dose journalière admissible, laquelle s'exprime en milligrammes par kilo de matière corporelle.

Valeur de référence absolue pour les experts chargés de réglementer les produits chimiques qui contaminent notre chaîne alimentaire, la DJA représente donc ce que nous sommes censés pouvoir ingérer chaque jour durant toute notre vie sans en être incommodés le moins du monde. Exemple: si vous pesez 60 kilos, vous pouvez vous gaver chaque jour de 12 mg d'un pesticide dont la DJA est de 0,2 mg/kg, car 60 fois 0,2 font 12, et vive la santé!

Après nous avoir bien expliqué ce processus, Marie-Monique Robin, auteur de « Notre poison quotidien» (Arte, mardi 15 mars à 20 h 40), demande à un ponte de l'EFSA, l'agence européenne chargée de s'assurer entre autres que l'industrie agroalimentaire ne nous empoisonne pas: « Est-ce que c'est un concept scientifique la DJA ? » Et lui de répondre, pas vraiment convaincu: « Oui j'ose bien l'espérer ... » Mais, à la même question, le professeur Erik Millstone, de l'université du Sussex, tonne que « le facteur de sécurité de 100 est un chiffre tombé du ciel et griffonné sur un coin de nappe» !

Pifomètre, donc, mais aussi raisonnement faussé, car il s'appuie sur cette vieille sentence signée Paracelse: « C'est la dose qui fait le poison. » Or cette hypothèse, qui date du XVI siècle et a longtemps semblé frappée au coin du bon sens, est invalidée par la science moderne ; il est en effet prouvé que nombre de produits chimiques ne suivent pas les règles de la toxicologie classique. Agissant comme des hormones, ils sont actifs à des doses infinitésimales, des centaines et même des milliers de fois inférieures à la fameuse DJA Ainsi les perturbateurs endocriniens comme le bis phénol A, les dioxines, les PCB, le Teflon, certains additifs alimentaires et pesticides.

Conclusion de ce documentaire béton et d'utilité publique, qui offre une solide synthèse du débat en cours sur l'empoisonnement de nos assiettes (et insiste particulièrement sur l'aspartame et le bis phénol A) : « Tout indique que le système de réglementation des produits chimiques doit être repensé de fond en comble. » Tout indique aussi que l'industrie chimique et agroalimentaire tient à continuer à faire de nous ses cobayes.

Jean-Luc Porquet

-----------------------------------------------------------------------------------

L’avis du pharmacien :

          La problématique fondamentale qui se pose au-delà du cas de la « dose journalière admissible », c’est la question des « normes » et les problèmes liés à la gestion de nos incertitudes.

Nous ne reviendrons pas ici sur la question  la vérité qu’on a déjà traité dans un billet du 22/09/10 intitulé « La perception de la vérité » (cliquer pour visualiser). De façon générale toute mesure, toute norme et toute donnée physique implique de façon intrinsèque un certain degré d’incertitude.

Le problème de la perception des incertitudes par la population générale :

           Si pour tout esprit scientifique qui se respecte, l’incertitude est une donnée habituelle et même fondamentale pour apprécier le niveau de justesse d’une mesure donnée ; pour le grand public l’incertitude est une donnée fortement anxiogène sur laquelle surf beaucoup de personnes (Hommes politiques, religieux, et autres philosophes moralisateurs et rigoristes) fortement attachées à la vérité comme une valeur sure. Le peuple admet difficilement la relativité des choses comme on l’avait déjà écrit :

« Admettre l’existence d’une vérité absolue (hors le champ théologique) montre l’incapacité de l’individu à développer des analyses intégrant plusieurs paramètres à la fois, car la notion de vérité absolue implique de façon intrinsèque une analyse binaire (le vrai vs le faux) avec tout au plus deux paramètres,  et cela est en rapport, entre autre, avec la qualité et le niveau de formation de l'individu.

La notion de vérité relative s’articule, elle, autour de plusieurs paramètres, plus leurs nombre augmente plus l’analyse devient complexe nécessitant de facto des capacités de synthèse relativement élevées. »

Pour évoluer de manière paisible par rapport aux divers risques, le peuple a besoin qu’on le rassure, qu’on lui donne des repères et des normes qualifiés de quasi immuables vis-à-vis de l’énergie nucléaire, des risques sanitaires, des risques liés aux catastrophes naturelles, des risques liés au transport ou encore à ceux liés à l’instabilité politique. Sans cela, l’anxiété crée par le risque génère des mouvements de foules excessifs et disproportionnés par rapport à la réalité du risque question, causant souvent plus de dégâts que le risque lui-même.

Au vu de ces mouvements de foules, le politique ou le décideur est amené malgré lui à donner des assurances allant jusqu’au fameux « principe de précaution » sensé protéger la population de tous les risques éventuels futurs et qui ne sert, en réalité, que comme remède anxiolytique politiquement correcte largement rentable électoralement.

Deux axes de réflexions :

- Au niveau de la population : le système éducatif devrait être repenser de fond en comble avec comme objectif claire la lutte contre l’analphabétisme fonctionnel qui est l’une des causes principales des analyses erronées et de l’incapacité d’un grand nombre de personnes à assimiler les notions de risque et d’incertitudes comme les corollaires inéluctables de toute action. Ce qui reste à discuter c’est quel niveau de risque est sensé être acceptable ?     

- Au niveau des décideurs : calmer l’anxiété de la population, même si c’est une nécessité managériale, ne devrait pas être un objectif en soi. Une politique de transparence raisonnée et courageuse visant à identifier les incertitudes réelles indépendamment des divers groupes de pression (les lobbys) serait une attitude constructive. Se pose alors deux questions :

- Le problème lié à l’indépendance décisionnelle des structures de l’Etat. Ce thème a été déjà évoqué dans notre article du 15/02/2011 : « La commissionite »            

- Les questions liées d’une part à la communication et au marketing social et son efficience réelle, et d’autre part à la maîtrise de la gestion de l’information sur le Net.          

Au final :

        Au-delà des accusations de complot en tout genre, qui sont elles-mêmes anxiogènes, l’idée plus constructive, serait de repenser en intégralité notre attitude commune vis-à-vis du risque et des incertitudes de façon générale. Cela nécessitera de la part de tout un chacun une grande dose d’humilité chose qui manque cruellement chez la majorité de nos décideurs

 

Post-scriptum du 13 06 2011 :

La même analyse qui a été appliquée ici à la « dose journalière admissible » est possible à faire de manière inverse avec la fameuse « dose journalière recommandée » (DJR)  

 

Repost 0
11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 10:57

L E C T U R E S   O F F I C I N A L E S

PEUT-ON REPRENDRE L’ASPIRINE Á FAIBLE DOSE

APRÈS UN ULCÈRE DIGESTIF HÉMORRAGIQUE ?

Aspirine-et-Saule-Blanc-Salix-alba.jpg

 

L’arbre représenté sur l’image est le saule blanc (Salix alba) de l’écorce duquel on avait, au cours des années 1800 préparé la salicyline que des scientifiques allemands purifièrent et qu’on appellera par la suite acide salicylique, l’acétylisation viendra pars la suite. On aurait pu prendre comme arrière plan de notre formule La Reine-des-prés qui est aussi riche en acide salicylique, mais le saule blanc reste historiquement le plus connu.    

Note importante pour les patients :  Cet article est une discussion professionnelle, ne pas changer ni arrêter votre traitement sans l’avis de votre médecin, ce dernier connaît parfaitement votre cas. Par ailleurs les données scientifiques sont en perpétuelle évolution, il se peut que votre médecin traitant puisse se baser sur des données dont nous ne disposons pas. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences pour votre santé.

 

        Peut-on reprendre l'aspirine à faible dose après une ulcère digestif hémorragique ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une équipe de l'Institut des maladies digestives, de l'Université de Hong Kong, dans un article publié dans la revue américaine Annals of Internal Medecine du mois de janvier 2010. C’est une question fort intéressante quand on sait que l’aspirine est l'antiagrégant de référence dans la prévention des récidives des accidents cardiovasculaires selon la Revue Prescrire [1] 

Source:

- Sung JJ et coll. "Continuation of low-dose aspirin therapy in peptic ulcer bleeding. A randomized trial" Ann lntern Med 201O; 152 (1): 1-9.

- Lien Internet : cliquer sur le titre souligné. Remarquer, en passant, un petit paragraphe en bas intitulé « Potential Conflicts of Interest » qui montre les conflits d’intérêts potentiels entre les auteurs et certains laboratoires pharmaceutiques (Pfizer entre autre), par ailleurs l’article mentionne que le financement de cette étude a été supporté par l'Université de Hong Kong. Ces « petits » détails plaident pour le sérieux des auteurs. Comme quoi on peut avoir des relations sérieuses avec les firmes et rédiger des analyses honnêtes et rationnelles, sur lesquels se base une revue indépendante et rigoureuse comme Prescrire [2].

Méthode :

- C’est un essai randomisé, en double aveugle réalisé entre 2003 et 2006

- Il a inclus 156 patients à très haut risque cardiovasculaire, ayant arrêté un traitement préventif cardiovasculaire par aspirine suite à une hémorragie digestive liée à un ulcère gastrique ou duodénal.   

- Cet essai a comparé la reprise d'un traitement par aspirine (80 mg par jour) immédiatement après la guérison de l'hémorragie versus placebo pendant 8 semaines.

- Les patients ont d'abord eu un traitement endoscopique de l’hémorragie et ont débuté un traitement par un inhibiteur de la pompe à protons (pantoprazole (Eupantol", Inipomp" ou autre)). Tous les patients ont reçu une perfusion de 72 heures de pantoprazole suivie par pantoprazole par voie orale

- Le critère principal d'évaluation était la récidive de l'hémorragie dans les 30 jours, confirmée par endoscopie. Un des critères secondaires était la mortalité globale à 8 semaines de suivi

Résultats : 

- Sur les 156 patients de départ, trois patients se sont retirés avant la fin de l’essai.

- Les récidives hémorragiques dans les 30 jours étaient de

                   > dans le groupe aspirine 10,3%

                   > dans le groupe placebo 5,4%

                   Avec  Intervalle de confiance IC : 95%

- Les patients qui ont reçu l'aspirine avaient un taux de mortalité globale (toutes causes confondues) moindre que les patients ayant reçu le placebo :

                   > dans le groupe aspirine  1,3%

                   > dans le groupe placebo 12,9%

Autrement dit, si les récidives hémorragiques ont paru plus fréquentes dans le groupe aspirine que dans le groupe placebo, la mortalité globale a été moindre dans le groupe aspirine que dans le groupe placebo et ce de manière statistiquement très significative: 1,3 % contre 12,9 %

Conclusions :

               Les auteurs concluent que l'aspirine en traitement continu peut, certes, augmenter le risque de récidives hémorragiques, cependant elle fait baisser le taux de mortalité. Des essais plus larges sont nécessaires pour confirmer ces résultats, selon les auteurs de cette étude, d’ailleurs parmi les limites de ce travail rapportées dans les conclusions de cette étude il y a la taille du panel (156 patients) jugé par les auteurs eux-mêmes comme relativement petit.     
               La Revue prescrire quant à elle préconise, sur la base de cette étude, ce qui suit : « En pratique, après une hémorragie digestive liée à un ulcère, chez des patients ayant déjà eu un accident cardiovasculaire. Il semble préférable de reprendre le traitement préventif cardiovasculaire par aspirine à faible dose dès l'arrêt de l'hémorragie, bien que les récidives hémorragiques soient fréquentes. »

L’avis du pharmacien :  

               Il y a quelques années, nous avons eu à gérer sur le plan des conseils, un patient de 60 ans ayant présenté une diverticulose hémorragique sévère, qui a nécessité une hospitalisation d’urgence (avec perfusion …). Ce patient ayant une cardiopathie était entre autre sous diltiazem (Tildiem ou autre) trinitrine (Lenitral ou autre) et de l’aspirine. Quelques années après cet épisode il a en effet pu reprendre sans grand problème, mais sous un suivi médical strict, de l’aspirine à 75 mg en traitement continu.

Cette étude vient à point nommé pour conforter les médecins traitants dans leur décision. En clair, une hémorragie digestive ne signe pas forcément l’arrêt de l’aspirine, car si le risque hémorragique est réel, le risque de mortalité élevée d’origine cardiovasculaire, sans aspirine l’est tout aussi.

En fait pourquoi s’accrocher à l’aspirine ? à notre avis, pour au moins deux raisons, la première c’est l’avis de la Revue Prescrire qui considère que « En prévention d'une récidive d'un accident cardiovasculaire, l'aspirine est l'antiagrégant de référence » [1], la deuxième c’est le prix et la disponibilité de l’acide acétylsalicylique.                        

Autres sources :

1- Prescrire Rédaction "Les antiagrégants chez les patients à risque cardiovasculaire très élevé. L’aspirine reste le plus souvent le premier choix" Rev Prescrire 2009; 29 (306) : 278-283.

2 - Prescrire Rédaction "Prévention cardiovasculaire : Reprendre l’aspirine à faible dose après ulcère digestif hémorragique" Rev Prescrire 2010; 30 (326) : 921-922.

3 - A propos de l’aspirine on peut lire chez Wikipedia un article fort correcte : Acide acétylsalicylique

Repost 0
28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:57

L E C T U R E   O F F I C I N A L E

RELATION ENTRE PRISE DE PARACETAMOL DANS LA PETITE ENFANCE & LE DEVELOPPEMENT D’ALLERGIES

  PARACETAMOL-PHARAMSTER-2.jpg

Source :

- Référence : Wickens K et coll. «  The effects of early and late paracetamol exposure on asthma and atopy: a birth cohort». Clin Exp Allergy 2011; 41: 399–406

- Lien Internet : Les effets de l'exposition précoce et tardive au paracétamol sur la survenue d’asthme et d’atopie: une cohorte de naissance.

Définitions à toute fin utile : 

- Une cohorte : Ensemble d'individus suivis chronologiquement, à partir d'un temps initial donné, dans le cadre d'une étude épidémiologique.

- Une étude cohorte : Étude qui consiste à observer dans le temps 2 groupes de personnes,  l’un exposé à un facteur de risque et l’autre non,  mais tous deux indemnes d’une certaine maladie et de comparer la survenue de cette maladie dans chacun des groupes

       La relation entre la prise de paracétamol dans la petite enfance et la survenue d’asthme a été rapportée dans plusieurs études, cependant la causalité n’a pas été clairement déterminée. L’objectif de ce travail néo-zélandais, publier dans l’excellente revue Clinical & Experimental Allergy de ce mois de mars 2011, est d’étudier justement cette relation à travers le suivit d’une cohorte de naissance.

Méthode :

- Les auteurs ont recueillit, en Nouvelle-Zélande, les données sur l’exposition au paracétamol :

              - à 15 mois, pour 505 enfants          

              - entre 5 et 6 ans, pour 914 enfants

- L’existence d’un asthme, de sifflements et d’une atopie (mise en évidence par des prick-tests cutanés) a été recherchée à l’âge de 6 ans chez tous les enfants.
- Le nombre d’infections respiratoires et l’utilisation d’antibiotiques ont été considérés comme facteurs confondants potentiels.

Résultats :

- L’exposition au paracétamol avant l’âge de 15 mois a été associée à la présence d’une atopie à l’âge de 6 ans avec un risque relatif (odds ratio ajusté) de 3,61  sur la base d’un intervalle de confiance 95 %.
- L’association entre l’utilisation de paracétamol de 5 à 6 ans et l’existence de sifflements et d’asthme était dose-dépendante. Aucune association avec l’atopie n’a été mise en évidence à cet âge.

En effet, par rapport aux enfants exposés au paracétamol entre 0 et 2 reprises :

Le risque relatif pour la survenue de sifflements était de

          - de 1,83  pour une utilisation de 3 à 4 fois  et

          - de 2,30  pour une utilisation supérieure à 10 fois.

Pour l’asthme, le risque relatif était

          - de 1,63 pour une utilisation de 3 à 10 fois

          - de 2,16 pour une utilisation supérieure à 10.

Pour l’atopie, le risque relatif était

          - de  0,96 de 3 à 10 fois

          - de 1,05  pour plus de 10 utilisations de paracétamol

Conclusion :

Les auteurs concluent que ces résultats suggèrent que le paracétamol administré en bas âge a un rôle dans le développement de l'atopie, et le maintien des symptômes d'asthme. Cependant, avant de faire des recommandations pour la pratique clinique, des essais contrôlés randomisés sont nécessaires pour déterminer la causalité entre ces événements.

L’avis du pharmacien :

Rappel déontologique en direction des patients : il s’agit ici d’une discussion interprofessionnelle, seul votre médecin traitant est à même de prendre les décisions idoines pour le cas de votre enfant. Ne jamais se fier à Internet pour prendre des décisions médicales ou thérapeutiques, les risques d’erreurs sont énormes avec de sérieuses conséquences !

1- La première constatation qui saute aux yeux, est que la banalisation de toute molécule médicamenteuse même celles considérées comme anodines est une fausseté dont nos patients  peuvent en payer parfois un lourd tribut. Cette banalisation est la double conséquence de l’aveuglement commercial de certains industriels (la recherche du chiffre par tous les moyens) et l’irrationalité des modes de réflexion en pratique quotidienne d’une bonne partie du corps médical.

A ce propos on reste (à PHARAMSTER) scandaliser par les publicités pour les médicaments qui passent dans télévisions françaises et surtout suisses avec des produits contenant l’ibuprofène ou, pire encore, la pseudo-éphédrine (Actifed pour ne pas le nommer). Cette étude montre qu’en pharmacie il n’y a pas de produits anodins.         

2- Il faut bien noter que les auteurs de cette étude néo-zélandaise précisent dans leur conclusion que pour tirer de ce travail des recommandations pratiques, on a encore besoins d’essais contrôlés randomisés. Malgré la qualité indéniable de cette étude, le raisonnement rationnel des auteurs les obligent à prendre en considération une certaine marge d’incertitude.

C’est un exemple qui montre que, dans les sciences de la vie, parler de certitudes est une absurdité, en médecine et en pharmacie on travail avec des probabilités (les vérités absolues on les laissent pour les imams, les curés et les rabbins) pour une raison toute simple c’est que le nombre de paramètres qu’on ne maîtrise pas reste encore assez important.

3- En prenant compte de ces deux premiers points essentiels, il paraît logique pour le moment de ne pas "bannir" l’usage du paracétamol dans la petite enfance, vu qu’en cas de fièvre la balance bénéfice-risque reste pour le moment favorable à son utilisation. D’autant plus que l’aspirine, qui est l’alternative naturelle au paracétamol, n’est pas non plus dénouée d’effets secondaires (dont le plus problématique est le syndrome de Reye). L’ibuprofène étant d’emblé écarté. 

Dans la pratique quotidienne autant pour le paracétamol  que pour l’aspirine, leur usage doit être raisonné et justifié, toute banalisation ou sur-utilisation est en soi un comportement à risque.

4- Cette étude a tendance à montrer que la réitération des traitements à base de paracétamol est un facteur de risque non négligeable, l’idée est, qu’en cas de nécessité, d’alterner pour le même petit patient des ordonnances au paracétamol avec d’autres à l’aspirine (à discuter ...). L’utilisation concomitante de paracétamol et d’aspirine est une pratique qui nous paraît injustifiée, il en résulte une addition d’effets secondaires sans effets synergiques tangibles.

5- Enfin si les résultats de cette étude se vérifient pas la suite, l’adjonction de paracétamol dans des formulations destinées au nourrisson devrait être bannie puisqu’elles impliquent une surexposition souvent injustifiée et sournoise au paracétamol.                     

Repost 0
24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 11:29

L E C T U R E   O F F I C I N A L E

PARDON, VOUS AVEZ DIT « NATUREL » ?

 

Rappels déontologiques :  L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois. Loin de nous tout côté « donneur de leçons », PharHamster considère que ne nous détenons pas de vérité absolue, en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur ou omission éventuels, pharHamster reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à tous.

 11 03 23 Vous avez dit naturel 2

         Dans un article, de la revue LA RECHERCHE du mois de février 2011, rédigé sous forme de 6 questions consacrées aux cosmétiques, nous avons relevé un paragraphe remarquable par sa pertinence et son esprit rationnel. En effet à la cinquième question les auteurs tentent de répondre à l’interrogation suivante : Les crèmes « bio » ou naturelles ont-elles la même action que les autres ?

Nous vous rapportons ci-après ce paragraphe texto, qu’on discutera par la suite, c’est un régal pour les esprits cartésiens qu’ils soient dans la santé ou dans d’autres secteurs.

 

Les crèmes « bio » ou naturelles ont-elles la même action que les autres ?

- Il faut d'abord savoir ce qui se cache derrière ces appellations. Il n'existe pas de définition précise des produits « naturels » si ce n'est qu'ils ne renferment a priori pas d'ingrédients de synthèse.

- Les formules « bio» sont quant à elles constituées à 95 % au moins d'éléments issus de l'agriculture biologique: Leur principale qualité est d'être dépourvus de pesticides. Mais aucune de ces deux appellations n'est un gage d'efficacité ni même de sécurité.

- Tout ce qui est naturel n'est pas dénué de risques. N'oublions pas que les poisons les plus violents {la ciguë, certains champignons} ou les plus grands allergènes sont d'origine végétale. Les modes d'extraction des principes actifs sont également importants. L’ajout de solvants toxiques peut se révéler désastreux même si la plante de départ est d'excellente qualité.

- Les produits «bio» peuvent aussi poser des problèmes de santé publique en raison des puissants allergènes qu'ils contiennent parfois {protéines de blé, huile d'arachide, extraits de noix et de noisettes, chitosane issu de carapaces de crustacés, etc.}.

Source : F. Lemarchand, E. Perrier. « Les cosmétiques en 6 questions », Rev. La Recherche, n°42 Hors série, pages 82-85, février 2011

 

Discussion :

             Le marché pharmaceutique marocain est jonché de produits étiquetés « naturels » présentés aux médecins comme des médicaments alors qu’ils ne sont au mieux que des compléments alimentaires non remboursés, sur lesquels nos patients payent injustement 20% de TVA, c’est une imposture dont l’Etat est co-bénéficiaire.

L’appellation « naturel » est en soi est une insulte à l’intelligence du corps médical, car elle ne se base sur aucune définition pharmacologique claire, pire encore elle est utilisée pour distiller de deux fausses idées manifestes :

 « Docteur, mais c’est un produit naturel donc pas de problème » :

            FAUX. Tout ce qui est naturel n'est pas dénué de risques, en effet les exemples ne manquent pas le chardon a glue (Atractylis gummifera, en arabe addad), la grande ciguë (Conium maculatum, en arabe chawkarane), la colchique (Colchicum atumnale, en arabe bûchrika) … sont tous des produits naturels qui peuvent donner la mort, rien que cela. L’absinthe (Artemisia absinthium, en arabe chiba) est un produit naturel neurotoxique, et en plus il n’y a pas plus naturel que l’arsenic …

Quant un terme signifie une chose et son contraire, il devient logiquement un argument fallacieux. Lorsque « quelqu’un » présente un produit avec comme argument que c’est un produit naturel, au minimum il est entrain de vous induire en erreur et au pire c’est un charlatan. « Laxatif naturel », « Magnésium naturel », « Fer naturel » ou encore « Anti-stress naturel » ne sont rien que des appellations emphatiques sans aucune base pharmacodynamique rationnelle.

            Oui l’adjectif « naturel » est recevable mais en physiologie pour faire la différenciation entre une molécule qui existe de façon normale dans le corps et une molécule de synthèse : exemple on parle d’une hormone naturelle par opposition à une hormone de synthèse, cela n’augure en rien ni de l’innocuité de l’efficacité de l’une ou de l’autre, c’est un simple état de fait. Un corticoïde naturel, par exemple, est plus difficile à manipuler (addition d’effet mineralocorticoïde et glucorticoïde) qu’un corticoïde de synthèse qui a une action un peu plus ciblée.

L’organisme humain ne reconnaît pas sur le plan pharmacodynamique la spécificité d’un « sel marin » ou d’un « iode marin », c’est absurde. Le patient peut toujours faire la liaison entre ce genre de produits et la mer, le soleil, les vacances … mais cela n’à strictement rien avoir avec la pharmacologie. (Dieu seul sait qu’on aurait bien voulu que cela ne soit pas ainsi, malheureusement pour nous on n’est pas des GO de Club Med mais de simples apothicaires au service de nos patients).         

Seule les études cliniques, sérieuses, méthodologiquement bien menées, sur des séries statistiquement exploitables, sont à même d’apporter les arguments en faveur ou en défaveur de l’utilisation d’une molécule donnée.             

 

« Docteur, c’est un produit utilisé depuis toujours, c’est naturel et efficace je l’ai même testé sur ma mère Ouallah* » : * En arabe « Je le jure »

         ABSURDE. Le terme naturel, malgré sa consonance écolo-compatible, n’est absolument pas un critère d’efficacité. Le fait que vous constatiez que tel produit a une certaine efficacité sur votre sœur, sur votre mère ou même sur vous-même, n’est absolument pas un critère rationnel d’efficacité.

L’efficacité est une donnée statistique, déterminée sur de grandes séries avec des études randomisées, en double aveugle contre placebo.

Les exemples de produits qui sont utilisés depuis l’antiquité et qu’on se rend compte aujourd’hui qu’ils sont potentiellement toxiques grâce aux études récentes ne manquent pas, le dernier en date est l’absinthe reconnue neurotoxique. Mais encore l’opium, le cannabis et les feuilles de coca qui sont aussi utilisés depuis l’antiquité. Au Yémen les feuilles du fameux Khat Catha edulis (cliquer c’est édifiant) sont mâchés rituellement par la population depuis des millénaires alors qu’il ont un effet pharmacologiquement proche des amphétamines !

Par ailleurs rappelons nous que certains produits qui jadis étaient considérés comme des médicaments sont devenus aujourd’hui de simples aliments c’est le cas du chocolat. La vitamine C (l’acide ascorbique) qui au début était un médicament contre le scorbut est utilisé aujourd’hui beaucoup plus comme un banal conservateur dans l’agroalimentaire (un antioxydant, pour que les produits ne noircissent pas, il est noté E300 sur les emballages).

En réalité, le corps humain sur le plan pharmacodynamique ne reconnaît ni l’ancestralité d’utilisation d’un produit ni son côté naturel, seul compte deux points

- L’interaction d’une composition chimique (y compris dans sa structure stéréochimique) avec le corps.                   

 -La réceptivité psychologique d’un traitement c’est-à-dire l’effet placebo et effet nocebo. (Cliquer c’est un article succin et très bien référencé d’un site belge).        

Conclusion :

       L’utilisation abusive du terme « naturel » comme argument de promotion par les fabricants de « remèdes » voire de certains médicaments, et la perception irrationnelle des ces arguments par le corps médical (pharmaciens et médecins) est un exemple édifiant de ce qu’a appelé dans son livre Pr Harouchi, et que nous avons repris à notre façon : l’analphabétisme fonctionnel où notre incapacité, après 7 ans d’études minimum après le bac, à développer un raisonnement rationnel et une pensée critique constructive.

De quoi je me mêle ?

       Au delà de l’aspect purement pharmacologique de l’analphabétisme fonctionnel, il constitue en réalité un handicape dans beaucoup de pays aux USA (avec l’élection de Mr G.W. Bush), en Italie (avec l’élection de Mr Berlusconi), et de plus en plus en France comme dans le reste de l’Europe (avec l’émergence des idées extrémistes aux raccourcis simplistes et nauséabonds).

Chez nous c’est encore plus grave, car si dans les pays développés l’analphabétisme fonctionnel est le lot de l’électorat moyen, au Maroc il touche une grande partie de nos élites (divers cadres supérieurs…) et c’est d’autant plus navrant que ces élites ne sont pas si nombreuses qu’on le croit. La majorité de notre population baigne, en fait, dans l’analphabétisme primaire et le peu d’élite qu’on a n’arrive pas à développer une pensée rationnelle, alors que cette catégorie devrait être le véritable moteur du progrès social.

Si le changement d’une constitution ou d’un premier ministre, aussi amorphe soit-il, pouvait changer les choses ça aurait été facile.

Malheureusement, il faut reconnaître que notre problématique est plus profonde que cela, à ce sujet on ne peut pas ne pas se rappeler la célèbre phrase coranique « Dieu ne changera ce qu’il y a dans une population, que lorsque cette dernière change ce qu’elle a en elle » c’est paradoxalement (...) édifiant de rationalité et de bon sens. Si progrès il y a, il ne peut s’opérer qu’à travers la prise de conscience de nos élites de la nécessité d’une remise en question de nos modes de pensée. Une remise en question qui devrait aboutir à un changement de comportement individuel et collectifs (honnêteté intellectuelle, civisme, citoyenneté …) permettant d’accompagner les évolutions futurs dans notre pays et d’en pérenniser les acquis escomptés, sans cela il y a de forte chance que ces évolutions ça ne soient qu’un simple intermède entre une gabegie et une autre, avec une redistribution de cartes entre anciens et nouveaux opportunistes aux « CV » encore vierges.                                           

Repost 0
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 18:16

LE CANNABIS EN QUESTION II

L E C T U R E   O F F I C I N A L E

RELATION ENTRE CANNABIS & PSYCHOSE

 Cannabis & Psychose

      Nous avons réellement l’honneur de vous présenter cette étude néerlandaise – allemande, dirigée par Rebecca Kuepper (Department of Psychiatry and Neuropsychology, South Limburg Mental Health Research and Teaching Network, Maastricht University Medical Center ) publiée dans le BMJ du mois de Mars 2011 (c’est tout frais).

- Un lien : n’hésitez pas à cliquer, c’est remarquable autant sur la forme que sur le fond, d’autant plus que c’est libre d’accès : Continued cannabis use and risk of incidence and persistence of psychotic symptoms 

- La référence : Kuepper R et coll.: Continued cannabis use and risk of incidence and persistence of psychotic symptoms: 10 year follow-up cohort study. BMJ 2011; 342:d738

Quelques définitions à toute fin utile : 

Une cohorte : Ensemble d'individus suivis chronologiquement, à partir d'un temps initial donné, dans le cadre d'une étude épidémiologique.

Une étude cohorte :  Étude qui consiste à observer dans le temps 2 groupes de personnes :  l’un exposé à un facteur de risque et l’autre non,  mais tous deux indemnes d’une certaine maladie et de comparer la survenue de cette maladie dans chacun des groupes

Incidence : Nombre de nouveaux cas d'une maladie constatés pendant une période déterminée et dans une population donnée (OMS).

Prévalence : Nombre de cas de maladie ou de malades, ou de tout autre événement, dans une population déterminée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens (O.M.S).

OBJECTIFS :

     Le lien entre la consommation de cannabis et les troubles psychotiques a été plusieurs fois démontré, sans qu’on parvienne à préciser si c’est le cannabis qui est responsable des troubles constatés ou si ceux-ci préexistaient à l’utilisation du cannabis.

METHODE :

- Cette étude, étalée sur 10 ans, a été réalisée sur une cohorte de 1923 personnes, âgées de 14 à 24 ans au début de l’étude,

- Elle est basée sur la déclaration par les patients de leur consommation de cannabis et leur description d’expériences psychotiques, révélant, ce que les auteurs appellent, une psychose infraclinique, c’est-à-dire en deçà des critères de trouble psychotique constitué.

- L’étude s’étale donc sur une durée de 10 ans avec des « états des lieux » périodiques :  

- Etat des lieux à T1 : démarrage de l’étude,

- Etat des lieux à T2 : en moyenne 3,5 ans après le début et

- Etat des lieux à T3 : en moyenne 8,4 ans après le début.

RESULTATS :

       - Pour les sujets qui au démarrage de l’étude ne signalent aucun usage de cannabis et ne décrivant aucune expérience psychotique : la consommation de cannabis entre le début de l’étude (T1) et 3,5 ans après (T2) augmente significativement le risque d’expérience psychotique survenue 4 ans après c’est-à-dire entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans) de l’ordre 1,1 à 3,1 avec un intervalle de confiance à 95 %.

       - La poursuite de la consommation de cannabis semble avoir aussi un impact sur le risque de répétition et de persistance des symptômes psychotiques entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans) de l’ordre de 1,2 à 4,2 avec un intervalle de confiance à 95 %. 

       - L’incidence des expériences psychotiques de T1 (début) à T2 (3,5 ans) est de 31 % parmi les consommateurs de cannabis, contre 20 % chez les patients non-consommateurs.

       - Entre T2 (3,5 ans) et T3 (8,4 ans), cette incidence est de 14 % parmi les consommateurs de cannabis et 8 % chez les patients non-consommateurs. Cette association est indépendante de l’âge, du sexe, des conditions socio-économiques, de l’utilisation d’autres drogues, de l’environnement rural ou urbain, et de traumatismes de l’enfance. L’ajustement pour d’autres désordres psychiatriques ne change pas non plus les données.

CONCLUSIONS :

      - Les auteurs estiment que cette étude plaide contre la théorie de l’utilisation à des fins médicales du cannabis, puisqu’ils constatent que les expériences psychotiques survenant au cours de l’étude chez les non consommateurs ne sont pas un facteur prédictif de l’utilisation de cannabis par la suite.

      - Ils insistent par contre sur le fait que les expériences psychotiques, relativement fréquentes dans la population générale et la plupart du temps transitoires, peuvent persister anormalement, voire s’aggraver et conduire au stade de la psychose constituée, si elles sont combinées à une consommation persistante de cannabis. Ce dernier venant alors se joindre aux autres facteurs de risque environnementaux reconnus de maladie psychotique.

L’AVIS DU PHARMACIEN :

      - Cette étude remarquable vient confirmer le lien entre l’utilisation du cannabis et la survenue d’épisodes psychotiques.

      - Dans notre pratique quotidienne, le passage de l’utilisation du cannabis notamment chez les jeunes vers des consultations psychiatriques avec des ordonnances type [Haldol, Artane et Largactil] est bien établi. Cette étude c’est du pain béni pour l’officinal puisqu’elle nous donne un argument solide et rationnel contre l’usage du cannabis, qui jadis était considéré, à tort ou à raison, comme la porte d’entrée vers les drogues plus dures et qui aujourd’hui doit être considéré comme une porte d’entrée vers les psychoses avec ce que cela engendre comme déchéance pour l’usager et comme drame pour son entourage.

L’officinal n’a pas à faire de morale, ni à porter un jugement de valeur sur le comportement des gens, par contre il est de son devoir de présenter des arguments solides et rationnels.                   

      - Cette étude met clairement en doute les arguments pour la légalisation du cannabis. Que cette légalisation se fasse de manière directe ou sous forme d’une « automédication » contrôlée, en principe à usage thérapeutique.    

Cette question de la légalisation d’un produit reconnu toxique nous mènera au troisième volet de cette mini série d’articles sur le cannabis où on évoquera la célèbre phrase en 1968 de  Jean Yanne « il est interdit d’interdire » et on verra que paradoxalement, alors qu’on est loin d’être des anarchistes, que cela n’est pas totalement dénoué de bon sens (tout un programme).   

Repost 0

Recherche