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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 12:52

REFLEXION

LE PHALLOCRATE & LE PRIMATE

 

 

Source de base : Raoult D "La leçon sexiste du chimpanzé" Le Point 2016; 21 avril (2276): 18.

Rapporté par     : Luc Cifer « Primates » La Revue Prescrire, n°393, page 553, juillet 2016.  

 

Là on vous fait partager un joli texte rapporté par la sérieuse Revue Prescrire du mois de juillet 2016 

« PARDON SI JE VOUS DÉRANGE : Primates

       Le bonobo (Pan paniscus) appartient à la famille des hominidés. Il s'y distingue par des spécificités comportementales : l'acte sexuel ne paraît pas, chez lui, uniquement dévolu à la reproduction, mais s'intègre dans un système de régulation sociale, avec une codification très élaborée.

- Ce n'est pas parce qu'une femelle bonobo s'enduit de sent-bon (parfum) au lait de coco qu'elle est disponible pour le premier mâle de rencontre.

 - Ce n'est pas parce qu'elle accepte, en copine, de se prêter au rituel de l'épouillage, qu'elle accepte de se faire sauter par l'épouilleur. Pour aller plus loin, il lui faut des manières.

À cet égard il y a, dans la sexualité bonobo, un léger décalage entre les sexes. Pour coucher, une femelle a besoin d'un motif... un mâle a juste besoin d'un endroit où se mettre.

- Le motif peut être de l'ordre de l'affect.

- Il apparaît parfois lié à des considérations matérielles. Depuis les temps les plus anciens, les femelles ont remarqué que le mâle était souvent prêt à céder une part de sa ration nutritive contre une petite fantaisie, voire plus, si affinités.

L'idée s'est ainsi fait jour que la relation sexuelle pouvait devenir une monnaie d'échange, et pourquoi pas un dû au bénéfice du mâle ?

      Du point de vue sociologique, la population mâle se montre très structurée : au-dessus du tout-venant des subordonnés, dit groupe "bêta", les singes "alpha" mâles dominants, eux-mêmes coiffés des "alpha-alpha" où se recrutent les dirigeants de la tribu. Cette graduation s'accompagne d'un taux de testostérone croissant de bas en haut de l'échelle, avec pour les chefs un petit rabiot de cortisone. De fait, chez les bonobos, l'organisation de la hiérarchie ne dépend pas de la culture mais de la concentration hormonale.

Il existe également des femelles dominantes, s'imposant aux autres femelles, avec qui les mâles ont souvent du fil à retordre. Notamment en raison d'entorses aux bons usages. Certains mâles, à l'occasion, dérapent, se mettant à pratiquer le sexisme ordinaire, gestes inconvenants, allusions graveleuses, pressions diverses, mains baladeuses, car le bonobo peut pratiquer la bipédie. Le mâle en situation de dominance, tout à son délire de supériorité, cède facilement à ses pulsions et à la tentation de considérer les femelles comme du gibier.

Les femelles bonobos les plus représentatives ont récemment voulu marquer un coup d'arrêt à ces attitudes de bonobo praedator, réclamant qu'un peu de civilisation vienne moduler l'influence des stéroïdes anabolisants. Il faudra sûrement du temps pour y parvenir, car bonobo qui bande n'a plus de cervelle. »

 

L’avis De l’apothicaire du coin :

      Le comportement phallocrate rapproche de manière extraordinaire le bonobo de l’homme et inversement l’esprit  phallocrate rapproche l’homme du primate. Ainsi en a décidé mère nature avec sa vicieuse testostérone.

Dans nos sociétés où on évolue de plus en plus vers des rapports humains ultra-matérialistes, où les valeurs de l’amour sont remplacées soit par du « porno-chic », soit par des « conceptions religieuses rigoristes » qui dans tous les cas déshumanisent le désir, et qui sont en réalité les deux faces d’une même réalité structurée par les males, en tant que genre prédateur qui impose un ordre sociale qui a comme source et finalité l’entre-jambe des citoyens.

      Si la phallocratie rapproche les Hommes des primates,  l’éducation et la culture sont là en réalité pour « domestiquer » nos pulsions naturelles.

Le constat aujourd’hui est manifestement  amer, ce qu’on présente souvent comme liberté ou libération est en fait une régression de l’éducation accompagnée d’une augmentation de diverses formes de violence.

Ce qu’on marginalise souvent, c’est que le bien-être sexuel est d’abord psychique et mental avant tout, c’est aussi, et il faut le dire, un malicieux jeu de rapport de force qui grâce à l’éducation, se « règle » de manière intelligente et surtout consensuelle. L’objectif final de l’acte sexuel n’est pas l’onanisme mais bien le partage.

La phallocratie, qu’elle soit d’obédience religieuse ou porno-libertaire, c’est souvent la négation du partage, la marginalisation du plaisir, du désir et de l’humanité de l’autre qui devient une « chose ». Cela est clairement générateur de tension et de violence homme-femme  mais aussi entre hommes. Oui des rapports sexuels apaisent les tensions … sociales à condition qu’ils soient indexés à une l’éducation de qualité et une culture riche.

       L’éducation sexuelle (quand elle existe …) se limite aujourd’hui souvent à la description anatomique fonctionnelle de la reproduction, des rapports sexuels et à l’utilisation des moyens de contraception (pilules et condoms), elle néglige scandaleusement l’aspect humain. En cela elle cautionne la pornographie comme comportement naturel !    

Non la sexualité des êtres humains n’est pas une mécanique huilée, non on ne peut faire de règles générales comme le voudraient les traditions religieuses car ne nous sommes qu’une suite de cas particuliers, non il ne suffit pas de prendre une célèbre pilule bleue pour arrivé au bien-être. Tout cela contribue au contraire à la déshumanisation des rapports sexuels. Une déshumanisation génératrice d’une insatisfaction chronique qui débouche sur une « consommation de la chose » frôlant l’absurde.   

       Oui des rapports sexuels bien amenés de part et d’autre sont d’une complexité extraordinaire où l’aspect psychologique est dominant. Nier cet aspect c’est déshumaniser les rapports humains et faire le lit de la phallocratie qui nous fait rapprocher de nos cousins primates. Aussi sympathique soit-il, le comportement des bonobos quand il est adopté par les humains est une régression sociale manifeste.                                              

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 21:14

RÉFLEXION

ENTRE MEDICAMENT & MOUTON

UN CHOIX CORNÉLIEN

ENTRE MEDICAMENT & MOUTON

          A la base de cette réflexion, l’insertion suivante parue dans la revue marocaine TELQUEL, n°589, page 33, du 11 au 17 octobre 2013 

« 8,c'est en milliards de dirhams, le montant qui sera déboursé par les Marocains pour l'achat de moutons et autres caprins à l'occasion de Aïd Al Adha. Ce chiffre énorme, qui avoisine la dépense annuelle en médicaments, correspond à une demande estimée à 5,4 millions de moutons. Une demande couverte largement par l'offre, qui dépasse les 8 millions de têtes, rassure le département de l'Agriculture. »

 

L’avis de l’apothicaire :

     Sur la forme : La revue ne cite pas explicitement les sources sur lesquelles elle se base, mais on comprend en filigrane qu’il s’agit du ministère de l’agriculture.

Cela dit, le fait que les marocains dépensent autant en médicaments pour toute une année que pour l’achat du mouton de l’Aid paraît vraisemblable. En effet, avec une consommation annuelle en médicaments oscillant entre 340.00 à 400.00 DH par an par personne (soit pour une famille de 5 personnes 1700.00 à 2000.00 par an) et un prix du mouton variant entre 1500.00 à 3000.00 DH, la corrélation de la revue TELQUEL paraît tout à fait plausible.

     Sur le fond : Nous vous invitons vivement à lire ou à relire notre article : AÏD AL ADHA OU FÊTE DU MOUTON

Ce parallélisme pourrait paraître moins choquant si les marocains pouvaient pratiquer le rite religieux en le délestant des traditions anachroniques (à la limite de l’absurde) et ce, simplement en imitant, pour une fois, ce qui se passe en Arabie Saoudite (plus musulman que ça … tu meurs).

En effet, si la place de l’AID AL ADHA est grande dans nos cœurs, celle du mouton devrait être soit dans la bergerie,  soit dans l’abattoir (désolé pour les « âmes sensibles » voire, hypocrites qui ne supportent pas qu’on égorge des moutons. Franchement, entre la guillotine et la chaise électrique, le pauvre mouton n’en a que faire).

En outre, le fait de sacrifier les moutons dans des abattoirs agrées permet de sécuriser sur le plan hygiénique la chaîne alimentaire (chaîne du froid et contrôle vétérinaire). A ce sujet, la recrudescence des maladies diarrhéiques après l’AÏD est tout à fait palpable dans notre officine, sans parler des hydatidoses et autres parasitoses qui surviennent bien après.                       

Mieux encore, grâce aux équipements frigorifiques des abattoirs, un des actes fondamentaux  du rituel religieux de l’AÏD peut être mis en pratique. En effet, « il » est dit qu’il faut offrir aux nécessiteux au minimum 1/3 et au maximum les 2/3 du mouton sacrifié. Ce pan de l’AÏD est tout à fait appliqué en Arabie Saoudite (plus musulman que ça …) alors que les familles marocaines le négligent complètement pour moult raisons (on ne trouve aucune personne à qui donner, absence de structures adéquates, et vraisemblablement sans oser le dire par manque de solidarité !).

Faire le sacrifice du mouton dans les abattoirs a donc l’avantage rationnel de l’hygiène et l’avantage citoyen et religieux de la solidarité, sans oublier qu’ainsi, la collecte des peaux se fera de manière saine et hygiénique, au grand plaisir des tanneurs et autres maroquiniers !   Imaginez … le rêve :(faire vivre les âmes qui s’accrochent au progrès), que les deux tiers des moutons sacrifiés puissent être servis durant toute l’année dans les cantines scolaires déshéritées, les foyers des étudiants, et autres centres d’accueil de personnes nécessiteuses, imaginez… que l’Aïd devienne une immense fête de la solidarité (là je rêve …) et non pas une gabegie anachronique associée à une orgie alimentaire collective alors que les préceptes religieux islamiques exigent la modération, en particulier dans le comportement alimentaire. De la sorte, même si cela coûte un an de consommation de médicament pour un ménage, l’AÏD restera une très belle fête. Quand on voit notre réalité, on ne peut s’empêcher de dire : Mon Dieu ! Qu’a bien pu faire mon pays pour mériter ce qu’on vit aujourd’hui ?

Dans un célèbre verset coranique, il est dit à peu près ce qui suit : lorsqu’on veut anéantir une communauté, on demande à ses élites de devenir malfaisantes, et ainsi elle est détruite.

En clair, la faute ne revient pas à nos pauvres ni à nos analphabètes (et ils sont nombreux), la responsabilité incombe en premier à nos élites : religieux, intellectuels, hauts cadres et autres médecins, pharmaciens, ingénieurs, avec des bacs plus 7 (et plus …) et incapables de se départir de traditions anachroniques, qui n’ont rien à voir avec la religion. Incapables de penser la religion en termes de progrès et développement humain. Incapables de développer des analyses rationnelles voire au minimum penser notre société avec simplement du bon sens.

Des intellectuels apathiques face à l’hécatombe du sous-développement humain et à l’arriération affligeante de notre société, des hommes de religion au regard phallocratique absurde, obnubilés par l’entrejambe des gens, promotionnant des rites pseudo-religieux obsolètes, tellement absurdes qu’ils contredisent les préceptes mêmes de la religion. Mon Dieu ! Qu’a-t-on fait pour mériter nos élites ?

 

A la mémoire  de SAADIA : SAADIA, cette belle femme citée dans  AÏD AL ADHA OU FÊTE DU MOUTON, décédée  l’année dernière  suite à une insuffisance respiratoire, laissant Abdellah et toute la famille dans un désarroi incommensurable.

A lire dans la même revue une remarquable chronique de Reda Allali, qui décortique de façon remarquable une bonne partie de nos contradictions : Zakaria Boualem et l'affaire des adolescents de Nador                                                             

Autres  articles à lire sur ce même blog :

- Escapade entre la barbe et la chose

- La perception de la vérité

- Analphabétisme démocratie et religion

- Les ambiguïtés rationnelles dans le discours

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:53

RÉFLEXION

LA DÉSILLUSION POST « PRINTEMPS ARABE »

 

 

أحمد فؤاد نجم

                        بعد الطز لم يعد يليق بك التحية


ما أخبار العراق .. بلد الموت اللذيذ والرحلة فيه مجانية

ما أخبار الأردن .. لا صوت ولا صورة والاشارة فيه وطنية
ما أخبار مصر .. عروس بعد الثورة ضاجعها الاخوانجية
ما أخبار ليبيا .. بلدّ تحولّ الى معسكرات اسلحة وأفكار قبلية
ما أخبار تونس .. انتعلّ رئاستها مهرجّ بدعوى الديمقراطية
ما أخبار المغرب .. انتسب الى مجلس خليجي باسم الملكيّة
ما أخبار الصومال .. علمها عند الله الذي لا تخفى عنه خفيّة
ما أخبار السودان .. صارت بلدان والخير خيران باسم الحرية
ما أخبار اليمن .. صالحها مسافر وطالحها كافر وشعبها قضيّة منسيّة
ما أخبار عمان .. بلد بكل صدق لا تسمع عنه إلا في النشرات الجوية
ما أخبار السعودية .. أرض تصدرّ التمر وزادت عليه الافكار الوهابية
ما أخبار الامارات .. قبوّ سري جميل تحاك فيه كل المؤامرات السرية
ما أخبار الكويت .. صارت ولاية عربية من الولايات المتحدة الامريكية
ما أخبار البحرين .. شعب يموت ولا أحد يذكره في خطاباته النارية
ما أخبار قطر .. عرابّة الثورات وخنجر الخيانات ومطبخ للامبريالية
الى الأمة العربية .. بعد ” الطز ” لم يعد يليق بكِ التحية
لم يعد يليق بكِ سوى النعيق والنهيق على أحلامك الوردية
لم يعد يليق بكِ سوى أن تكوني سجادة تدوس عليها الأقدام الغربية
لم يعد يليق بكِ شعارات الثورة حين صار ربيعك العربي مسرحية
لم يعد يليق بكِ الحرية حين صارت صرخاتك كلها في الساحة دموية
لم يعد يليق بكِ أن تصرخيّ بالاسلام وتهمتكِ بالأصل أنكِ ارهابية
لم يعد يليق بك يا أمة مؤتمراتها مؤامرات وكلامها تفاهات وقراراتها وهمية
لم يعد يليق بكِ التحيةّ .. يا أمة دفنت كرامتها وعروبتها تحت التراب .. وهي حي

 

 

          La réflexion de l'apothicaire du coin  :

       Remarquable ce texte du célèbre poète égyptien d’obédience gauchiste, Ahmed Fouad Najm. Remarquable car, même si on n’est pas forcément d’accord avec la totalité du contenu, ce texte témoigne de la profonde désillusion de la rue arabe par rapport aux espoirs soulevés par les diverses expériences du « Printemps Arabe », en particulier pour ceux qui escomptaient un minimum de progrès social.

Le fait est que, changer de gouvernant reste possible, mais la plus grande difficulté réside dans le changement de société. Or tout véritable changement se base sur un projet de société, et c’est là où le bas blesse. Les offres de « Projet de Société » dans les sociétés arabes d’aujourd’hui oscillent entre

    - Des projets modernistes, avec un humanisme utopique, inapplicablent dans l’état actuel de nos sociétés.

&

    - Des projets religieux, souvent intégristes, d'une violence inouï, qui vont à l’encontre des aspirations de progrès social (voire juste de la sécurité des personnes). De facto ils deviennent un épouvantail pour la partie modérée des sociétés arabes (qu’on ose estimer majoritaire).

Cette « tranche modérée » de nos sociétés se trouve elle-même désabusée par la schizophrénie de nos hommes politiques qui, à défaut d’un projet de société cohérent et réaliste, naviguent entre une modernité caricaturale* et une tradition anachronique. C'est une sorte de 3ème voie qui elle-même va nul part, sans réelle vision ni perspective.   

* Lire à ce sujet cet excellent  dossier de la revue TELQUEL « Décryptage : Au royaume des illusions » Ref. TELQUEL, pages 16 à 28, du 19 au 25 04/2013.

Cette impasse est d’autant plus profonde, que nos philosophes et intellectuels ne produisent plus rien en termes de concepts sociaux. C’est une profonde léthargie qui impacte lourdement les décideurs politiques, qui n’arrivent plus à avoir de matière 1ère intellectuelle pour structurer leurs discours. De facto, à la schizophrénie structurelle ambiante s’ajoute un discours populiste, qui en soi n’est pas forcement dangereux, sauf que dans le cas marocain ce discours n’est là que pour faire de la politique politicienne … A Dieu progrès social, du moins pour les 2 ou 3 siècles à venir.

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 19:12

 

RÉFLEXION

Le système bancaire marocain

Entre promotion du surendettement des ménages

& blocage de l’investissement productiF

 

 banquiers usuriers 2 copie 

Source : Hicham El Moussaoui, Analyste pour libreafrique.org, « Les banquiers au Maroc sont-ils des rentiers ? », Le Soir, n°1285, page 24, du 13/03/2013  Sources image  Le Soir du 04/11/2011, Strips Journal , Photocompostion : PHARAMSTER 

          On vous rapporte ici quelques idées marquantes d’une remarquable analyse publiée dans le journal Le Soir du 13/03/2013.

Un constat :

        Selon le dernier rapport du conseil de la concurrence traitant du secteur bancaire, entre 2005 et 2011, on apprend que le secteur bancaire marocain est dominé par deux banques, Attijariwafa Bank (AWB) et la Banque Populaire (BP). Dans cette étude on apprend aussi que le produit net bancaire (mesurant la rentabilité du secteur) a progressé de 30 % entre 2005 et 2011, en dépit du contexte de crise. Le secteur bancaire marocain serait-il si résilient* que ça ? (*  Résistant aux chocs)

En effet, c’est une question tout à fait pertinente, le décalage criant entre la rentabilité des banques et la crise économique, témoigne d’une anomalie manifeste du fonctionnement du système bancaire marocain.  

Analyse de l’auteur   
         « Si le secteur bancaire a vu ses profits exploser, en dépit du marasme actuel, c’est parce que c’est un secteur rentier. En effet, le secteur profite d’une rente de situation liée à sa structure oligopolistique (peu d’offreurs face à un grand nombre de demandeurs). Il n’y a qu’à voir les deux banques dominantes AWB et la BP … Cette structure est le résultat de plusieurs barrières à l’entrée. »

         L’auteur rappelle qu’en 2012 AWB et la BP ont réalisé, à tous deux, un bénéfice de 770 milliards de CTS. Une rentabilité qui s’explique en partie par la gratuité de la moitié des dépôts collectés auprès des clients, puisqu’il s’agit des dépôts à vue non rémunérés, contrairement à ce qui se fait en Tunisie ou en Égypte par exemple. Ajoutez à cela les facilités de BAM (Banque centrale marocaine) pour renforcer la liquidité des banques (baisse du taux directeur à 3 % et des réserves obligatoires à 4 %), et vous comprendrez mieux pourquoi les banques continuent à faire des bénéfices. Surtout qu’elles ne prennent pas beaucoup de risques car au lieu de prêter aux entreprises, elles préfèrent prêter aux ménages (moins risqués), aux entreprises publiques ou encore mieux, placer leurs ressources dans les bons de trésor.

L’avis du pharmacien : « Sauf erreur ou omission »

        C’est une réalité amère ; les banques continuent d’être dynamiques sur le marché du crédit à la consommation, allant jusqu’à la promotion de la stupidité à travers les crédits pour l’achat du mouton de l’Aïd, alors qu’elles restent très frileuses dés qu’il s’agit de crédit à l’investissement, exigeant moult documents et garanties (…) en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui sont l’ossature de la croissance (comme le prouve le cas allemand). 

En claire les banques participent beaucoup plus au surendettement des ménages qu’a la stimulation de la création de richesse. En cela elles sont non seulement rentières mais elles constituent une source de blocage aux principaux investissements créateurs d’emplois et de croissance économique.

Par ailleurs La surconsommation favorisée par le crédit à la consommation avantage le plus souvent les produits importés (voitures, électroménagers …) ce qui aggrave la balance commerciale du pays.                   

       Comme le montre l’analyse de l’auteur, la raison de cette situation ahurissante est toute simple, les banques ne veulent prendre aucun risque, ce dernier est totalement endossé par le contractant (au cas où on daigne lui débloquer son crédit à l’investissement). Au final, les banques ne se comportent absolument pas en tant qu’entrepreneurs financiers, car le b.a.-ba de l’entrepreneur c’est la prise de risque. Le système financier marocain parait, pour les simples roturiers économiques que nous sommes, plus comme une sangsue économique qu’un catalyseur de la croissance.     

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:16

RÉFLEXION

ARABISER OU REFRANCISER ?

 

ARABISER-OU-FRANCISER-copie.jpg

 

 

            Ce texte est, en fait, un petit encadré qui accompagnait un excellent article du journal L’Economiste au sujet du coût de l’arabisation au Maroc.

Source : H. El Arif « Arabisation la facture trop cher » L’Economiste, n°3866, supplément Les cahiers de l’émergence, page XXX du 13/09/12 

Source image : The Dizzy Doser, photocomposition : PHARAMSTER 

 

Arabiser ou refranciser?

Plusieurs années plus tard, des experts pédagogiques appellent encore les pouvoirs publics à «refranciser» les matières scientifiques, tout en renforçant l'enseignement de l'arabe et des langues étrangères, en l'occurrence le français, comme langue de travail et l'anglais comme langue d'ouverture. D'autres, par contre, exhortent la tutelle à arabiser. «C'est trop tard», rétorque Abderrahman El Bouhmidi, professeur universitaire. «Depuis que le Maroc a adopté une nouvelle Constitution reconnaissant l'amazigh comme langue officielle et les cultures hassanie et hébraïque comme affluents de l'identité marocaine, il n'est plus possible d'arabiser. Les Amazighs pourraient réclamer aussi un enseignement dans leur langue», affirme El Bouhmidi. Petit bémol tout de même de Mohamed Darif, politologue et enseignant universitaire, à ce sujet «Il faudra attendre l'adoption de la loi organique et ses textes d'application avant de fixer les conditions d'utilisation de l'amazigh», précise-t-il. Refrancisation ou arabisation, là n'est pas la question. Il faudrait homogénéiser l'enseignement pour réduire la fracture entre l'enseignement bilingue dans le privé et l'enseignement arabophone

 L'avis de l'apothicaire :

        Ce débat pose en filigrane deux problèmes fondamentalement stratégiques pour le Maroc :  

       1- L’échec calamiteux d’une arabisation réclamée et appliquée de façon démagogique par le parti de l’Istqlal. Cet échec masque en lui-même l’hécatombe de l’enseignement public au Maroc. Cette hécatombe est, elle-même, à mettre à l’actif de divers acteurs politiques au Maroc.

La concomitance de ces deux échecs a engendré, et engendre encore, la perte de plusieurs générations de marocains, hypothéquant par là, la réussite de toutes les tentatives de développement humain. Mettre à genou le développement humain d’un pays, c’est le condamner à ne jamais pouvoir imaginer (même en rêve) l’émergence d’un système démocratique digne de ce nom. Pire encore, saper le développement humain d’un pays est un crime que seul l’Histoire est à même de juger les responsables.   

Si les disparitions et autres assassinats au cours des années de plomb ont été largement condamnés, le crime qu’a subi l’enseignement de générations de marocains, est passé dans le cadre normalisé de la politique politicienne. … Désolant          

       2- Cela saute aux yeux, cet encadré pose le problème de l’identité culturelle du marocain. On comprend rapidement que cette identité est d’une part complexe et d’autre part plurielle. Ces deux caractéristiques, qui auraient pu être, de toute évidence, une source de richesse, deviennent des handicaps majeurs dans une société marquée, pour de nombreuses futures générations, par le sous-développement catastrophique du facteur humain.      

 

       A noter qu’au milieu des années 80, une énième refonte des programmes de l’éducation nationale a visé particulièrement l’enseignement de la philosophie. Cette réforme a vidé cette discipline de sa substance et par la même occasion  a supprimé de l’enseignement tout ce qui concerne « ILMO ALKALAM » littéralement la science de la parole. Cette discipline, apparentée à la philosophie,  permettait à l’époque d’appréhender la religion musulmane, sans démagogie, à travers le prisme strict du savoir. ILMO ALKALAM permettait entre autres d’identifier, sans a priori, les diverses tendances et interprétations de la pensée islamique. A la place de « ILMO ALKALAM » l’apprentissage strict du dogme a été renforcé

      Conséquences : La rationalité dans le mode de pensée du jeune marocain a été marginalisée au profit d’un apprentissage dogmatique. Au bout d’une dizaine d’années, cette réforme a concouru à l’émergence d’une élite marocaine caractérisée par, ce qu’appelle feu Pr HAROUCHI, l’analphabétisme fonctionnel.

Cette stratégie n’était probablement pas le fruit du hasard, elle était dictée par les impératifs sécuritaires de l’époque. En effet pour en finir une fois pour toutes avec la gauche marocaine, qui était déjà sur la pente descendante, la solution optimale était de soustraire l’esprit rationnel de la pensée marocaine et de consolider le dogme, à travers l’enseignement mais aussi en ouvrant les portes au Wahhabisme. Tout cela a eu comme dégât collatéral, la radicalisation des mouvements religieux mais, à notre avis, la conséquence la plus catastrophique qui toucha la majeure partie des élites du pays (médecins, pharmaciens, ingénieurs, penseurs …) est la marginalisation de l’esprit rationnel qui touche non seulement le champ religieux (ce qui est normal) mais aussi la vie professionnelle, l’entreprise, la formation, les médias et même des choses de la vie de tous les jours comme la conduite d’un véhicule sur la voie publique.

Descartes n'est pas marocain, comme le titrait Philippe Brachet en 1982 avec comme sous-titre «  le développement du sous-développement au Maroc ». Certes, Descartes n'est pas marocain, mais il aurait pu le devenir si on avait mis en place une politique de l’enseignement qui visait la promotion de la raison et de l’esprit critique.

Et justement, la promotion de l’esprit critique c’est ce qu’on retrouve dans l’enseignement français au Maroc, qui malgré ses imperfections (et elles sont nombreuses) reste le seul système qui permet d’espérer l’émergence d’une très petite minorité de cadres dotés de ses bases. Reste que cet enseignement forme des élites qui sont le plus souvent déconnectées de la réalité socioculturelle et de l’Histoire du pays. Ce dernier n’arrive pas à en tirer un grand profit.

     Imaginez qu’un enfant en CM2 dans le système français est déjà mis en contacte avec les idées d’une personnalité comme Diderot, entre autre, célèbre auteur du livre « Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient ». Au même temps, dans l’enseignement secondaire marocain, on marginalise Averroès auteur du livre Tahafut al-Tahafut (incohérence de l'incohérence), et on insiste sur Al-Ghazâlî auteur en 1095 du livre Tahafut al-Falasifa (L'incohérence des philosophes). C’est ainsi que l’esprit critique et l’analyse rationnelle sont écrasés par le poids de l’esprit dogmatique.

Comment en vouloir à un médecin, à un pharmacien de ne pas avoir suffisamment de recul face aux affirmations du marketing ? Comment en vouloir à des hauts cadres du pays d’avoir une logique décisionnelle complètement irrationnelle ?                

L’enseignement au Maroc n’est rien d’autre qu’une série de gâchis à tous les niveaux.    

PS du 23 octobre 2012 :       

Un article* paru ce mardi 23 octobre 2012 dans le journal marocain LE SOIR Echos vient corroborer notre analyse.

En effet cet article rapporte les faits suivants : 

Mercredi dernier, faculté des lettres à Meknès. Il est 11 heures. Mustapha Merizak, professeur universitaire, donne un cours d’anthropologie à ses étudiants quand tout d’un coup près d’une vingtaine de jeunes interrompent d’une façon brutale le cours et envahissent la salle. « Ils m’ont dit qu’ils voulaient parler aux étudiants. Par respect, je leur avait accordé un moment. Ils ont fait un long discours pendant une vingtaine de minutes appelant les étudiants à adhérer à la grève. Aucun étudiant n’a voulu les suivre. Je leur avais alors demandé de sortir. Eh bien leur réponse était que c’est à moi de sortir. Ils m’ont insulté de tous les noms. Le même jour, un autre enseignant de sociologie a subi le même sort. Je pense que ces deux branches à savoir la sociologie et l’anthropologie dérangent les islamistes », raconte cet enseignant membre du SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur) et de l’OMDH.

Plus loin l’article donne le constat suivant du président de l’OMDH (Organisation marocaine des droits de l’Homme) :

«  Après la dissolution de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) par l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri, les islamistes intégristes se sont emparés de cette organisation », relate Mohamed Nechnach, président de l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH). L’université devient un champ de bataille entre gauchistes et islamistes appartenant au mouvement Justice et bienfaisance (Al Adl Wal Ihsan) et des partisans du mouvement amazigh.

Pour nous c’est simple, c’est une stratégie de la terre brulée. Sauf que, ce qu’on a brûlé ici c’est l’enseignement de millions de marocains. Et au delà de l’enseignement au sens strict, ce qu’on a tué, c’est l’esprit critique et rationnel dans ce qui devait être les futures élites marocaines. Pire qu’un crime contre l’humanité, c’est un crime contre l’Histoire de toute une population.

Oui la sociologie, l’anthropologie … n’ont pas de place dans l’esprit primaire des extrémistes. Qu’ils soient gauchistes, islamistes ou amazighs (qu’on devrait appelés « amazighinistes »), lorsqu’on inscrit le dogme comme seul mode réflexion, on ne s’étonnera pas de récolter quelques années plus tard que de la violence et de l’inculture, non seulement dans les universités, mais dans touts les pans de la société depuis l’école jusqu’au stade de foot.                     

Source : Khadija Skalli « OMDH : Hale à la violence à l’université », LE SOIR Echos, n°1191, page 7, du 23/10/12.   

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 19:28

REFLEXION

NOUS* & LE PARADOXE ALGERIEN

 

* Les marocains

12-04-30-Nous-et-le-paradoxe-algerien.jpg

 

Sources :

1 - FMI « Les plus grosses réserves de devises »  Le Soir Echos, N°1070, Page 11, du 30/04/2012

2 - M.A. Hafidi : « La facture pétrolière aggrave le déficit » Le Soir Echos, n°1082, page 10, du 17/05/12

3 - M.A.B. « 8% du PIB en déficit commercial ! » L’ECONOMISTE, n°3785, page 2, du 17/05/12    

 

           Frappant, c’est le moins qu’on puisse dire, ce classement des plus grosses réserves en devises,  même si c’est prévisible vu les énormes potentialités géologiques de l’Algérie.   

Le FMI a classé l’Algérie comme le pays le moins endetté des 20 pays de la région MENA (Moyen orient et Afrique du  Nord) pour l'année en cours, et le deuxième plus gros détenteur de réserves officielles de change après l'Arabie Saoudite, avec des prévisions de clôture de l'année 2012 de 205,2 milliards de dollars.

Le paradoxe algérien :

           Si l’Arabie Saoudite domine largement la région en termes de réserves de devises, elle reste néanmoins lourdement handicapée par le sous-développement du facteur humain pour des raisons historiques, géographique (enclavement …), et culturelles. Et c’est ces mêmes raisons (présence française, ouverture ancestrale vers la méditerranée depuis les romains, diversité culturelle) qui font que le potentiel humain de l’Algérie est largement favorable à un progrès socioéconomique soutenu par rapport à la majorité des pays du Golf.

L’Algérie est l’un des rares, si non le seul, pays de la région qui se caractérise par la concomitance d’une aisance financière manifeste et d’un potentiel humain indéniable. Malheureusement  cette spécificité n’est pas corrélée par les indicateurs classiques du développement économique humain. Ce qui laisse l’Algérie dans le peloton des pays sous-développés.

L’Algérie aurait due être, au moins, un leader régional incontesté et incontestable. Elle aurait due être la locomotive du progrès dans la région or c’est loin d’être le cas. Sur plusieurs indicateurs elle se retrouve soit au même niveau soit en deçà des autre pays maghrébins en particulier de la Tunisie d’avant révolution.

Les raisons du paradoxe :

            La culture politique algérienne de l’après colonisation est particulièrement dominée par l’esprit militaire avec une connotation mi-nationaliste, mi-religieuse, vaguement socialiste. Ainsi, en parlant de concurrence, on pense d’abord concurrence sur l’armement, là où le « civile » penserait commerce, industrie … On parlant de conquêtes extérieure, on pense espace vital et zone de sécurité, là où le « civile »pense exportations et marchés extérieurs.

Certes, cette culture politique est à la base une culture de révolution (pas forcement révolutionnaire) qui, indéniablement, fait  l’honneur de l’Algérie. Sauf que … pour que cette révolution deviennent créatrice de richesse et de progrès social il est nécessaire qu’elle se mue en une révolution citoyenne. Sauf erreur de notre part, cette mutation ne s’est jamais faite, et même les tentatives de transformation ont échoué du fait de l’extrémisme religieux des uns et le manque de flexibilité intellectuelle des autres. C’est ce qu’on a appelé ailleurs la plasticité dans la gestion de la chose politique qui est un élément managérial essentiel dans une société apaisée, dominée un esprit « civile ».

La gestion militaire, ou sous domination militaire, de la chose publique est clairement contre productive au niveau intérieur et elle implique au niveau extérieur des tensions maintenues même artificiellement, qui permettent de soutenir et de renforcer l’esprit de conquête et de révolution permanente d’un  point de vu militaire.

Et nous alors ?

12-04-30-le-deficit-commercial-marocain.jpg

             Le hasard des publications a fait que, l’Office des changes marocains a publié presque au même temps que ces données du FMI, les chiffres du déficit commercial marocain. On apprend ce qui suit [2,3] :

- Au terme des quatre premiers mois de l’année, le déficit atteint 64 milliards de DH.

- C’est 15 milliards de plus qu’en mars et 4 milliards de plus par rapport à la même période de 2011. Désormais, la facture du déficit commercial représente plus de 7,8% du PIB.                                                         

- « Même si la progression des importations ne représente plus le double de celle des exportations, elle reste tout de même plus importante que celle des nos ventes à l’étranger. En effet, lorsque les exportations progressent de 4,3%, les importations, elles, augmentent de 5,2%. Le même rapport est valable en valeur absolue. »

- Plus précisément : « A fin avril, l’import culmine à plus de 123 milliards de DH tandis que les exportations ne se sont élevées qu’à 60 milliards de DH. Résultat: un déficit commercial qui se creuse de 6%. »

- « La progression des importations reste en grande partie imputable à la flambée de la charge des produits énergétiques. »

L'avis de l'apothicaire du coin : Ce qui fait la richesse du voisin de l’Est, creuse dangereusement la balance commercial du côté de l’atlantique : l’énergie fossile. 

L’évolution de l’offre exportable du Maroc à fin avril fait ressortir les éléments suivants :

-  la poursuite de la diminution de 1,6% des expéditions de dérivés de phosphates à 10,4 milliards de DH. Les exportations de phosphate, elles, se maintiennent (+15,7%) à 4,3 milliards de DH. 
- Les produits alimentaires suivent un  trend baissier.

- La commercialisation de véhicules industriels à l’étranger a bondi de 62%, celle des voitures de tourisme a plus que doublé en raison probablement de l’effet Renault.

- Même tendance pour les expéditions d’huile de pétrole, lubrifiants, gas-oils et fuel-oils.

- Les exportations d’articles d’habillement, pour leur part, baissent pour ce qui est de la confection de vêtements à 6,5 milliards de DH. Les articles de bonneterie, eux,  progressent de 5,8%.

 12-04-30-le-deficit-commercial-marocain-detail.jpg

 

            Le paradoxe du côté marocain, c’est qu’avec ses difficultés financières de plus en plus sérieuses, la Maroc conserve globalement le même trend  des indicateurs de développement et des indices macroéconomiques ce qui laisse le pays presque au même niveau développement que son riche voisin de l’Est.

La question qui s’impose : Et si le Maroc avait eu la même aisance financière que l’Algérie aurait-il fait mieux que ce qu’elle fait ?

Certes c’est de la politique-fiction, cependant répondre à une telle question permuterait de mieux cibler le model de développement qu’on désire. En effet si le Maroc avait la même aisance financière, ce n’est pas sûr que cela révolutionnerait complètement son développement. Le scénario le plus probable serait, dit trivialement, que ceux qui volent quelques milliards aujourd’hui, voleraient quelques dizaines de milliards demain. Cependant la gestion « civile » de la chose publique au Maroc apporterait vraisemblablement un certain plus, par rapport au voisin de l’Est.

Comme concrétisation de ce « plus » on vous propose de lire ou de relire notre article daté du 22 mai 2010 intitulé « Maroc – Espagne : entre la confrontation des populismes et la course géostratégique au progrès » (cliquer sur le titre). On comprend facilement qu’actuellement, le choix de la violence et du militarisme est une option qui fait perdre de précieux points de PIB. Avec comme seul bénéfice la démagogie qui est le socle des analyses populistes.

L’usine Renault à Tanger vient corroborer encore plus cette réflexion. S’additionnant aux autres infrastructures de bases, le port de Tanger-med et la rocade autoroutière du Nord, ce tissu constitue en soi une arme redoutable

    - au niveau intérieur : désenclavement de larges régions, réduction de le la dépendance économique de la région vis-à-vis du cannabis, diversification des exportations.

    - au niveau extérieur : ancrage de la région sur la scène internationale, réduction de l’importance économique et géostratégique de Cebta et Melillia, ouvrant par là avec l’Espagne des rapports de forces basés plus sur l’économie et le progrès que sur l’unique puissance militaire. On sait ce que la guerre des Malouines a engendré.

 L’approche militariste en politique, apporte tout au plus une gloire éphémère à ceux qui la génèrent, elle reste néanmoins toujours néfaste pour la population qui en paye le prix fort en terme souffrance humaine et de régression économique.              

Sur le même thème lire : Maghreb : l’option pragmatique                        

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 19:09

 

REFLEXION

TARIQ RAMADAN &

LE PRINTEMPS ARABE

 

         Dans cette vidéo de 35mn qu’on vous propose, Tariq Ramadan expose avec moult détails, une vision originale et une lecture particulière des dernières évolutions sur la scène arabe.

Tariq Ramadan, un personnage avec qui on n’est pas forcement d’accord, tout autant que Bernard Henry-Levy, pour la simple raison que ces éminents penseurs, alors qu’ils admettent volontiers touts les deux l’absence de vérité absolue dans leur théorie, se transforment en théoriciens absolutistes dés qu’il s’agit de leurs propres idées. Distribuant les bons et les mauvais points aux uns et aux autres, se transformant parfois en caution morale des plus puissants … allant jusqu’à prophétiser ce qui est moral et ce qui ne l’est pas.

Peu importe le personnage ..., Tariq Ramadan nous livre ici une lecture intéressante, avec un certain recul qui tranche avec une certaine euphorie populiste ambiante.

Oui les peuples arabes ce sont révoltés, sauf que cette révolte a été prévue, anticipée et accompagnée dés le début et même bien avant par les Etats-Unis, du moins à en croire les données troublantes présentées dans ce document vidéo. Ce qui tend de facto à démontrer la raison du retard de l’Europe et de la France par rapport aux évolutions sur le terrain.    

Cet « accompagnement » n’implique pas que tout était prévu ou que les scénarios avenirs sont déjà écrits. Il y a toujours dans ces stratégies des opportunités et des impondérables, mais dans l’ensemble le cap est bien tenu, du moins jusqu’à présent.

Par ailleurs l’idée de contrecarrer l’hyper-puissance financière chinoise n’est pas forcement dénuée de bon sens, avoir des dirigeants démocrates, musulmans de surcroît, pourrait être en faveur, à long terme, d’une pérennisation de l’influence américaine avec, toute fois, comme énormes impondérables deux éléments : d’une part l’extrémisme religieux et d’autre part une instabilité latente préjudiciable au commerce classique.                                             

 

PS : On vous invite vivement à lire ce texte remarquable : Les 4 saisons du printemps arabe  

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 20:45

R E F L E X I ON

LE MONDE ARABE & LA DÉMOCRATIE

LES ORGINES D’UN CLIVAGE ANNONCÉ

 

11 09 28 Démocratie & Démocratisme pharamster 

Rappel : L’erreur est inhérente à l’exercice de la réflexion qui ne peut être considérée comme la négation l’avis de l’autre. C’est un exercice libre et libéral à la fois.

 

Source principale : Omar Saghi « 1811-2011, bicentenaire oublié … » Le Soir Echos n°918, page 12, du 26/09/11. Omar Saghi, politologue et écrivain, enseignant chercheur à Science Po Paris. Autres articles du même auteur dans le même journal : 

21 septembre 2011 : La revanche d’Enver Pacha sur Mustapha Kemal ? 19 septembre 2011 : Sarkozy parle aux Arabes.16 septembre 2011 : Adonis, la mosquée et la révolution. 14 septembre 2011 : La troisième vie de la question palestinienne. 10 juin 2011 : Le Golfe et l’Atlantique, mariage d’amour  

 

              Omar Saghi, nous livre ici un article riche en terme de données historiques pertinentes, néanmoins il le conclu par la phrase suivante que nous avons trouvé fort optimiste, dictée plus par l’enthousiasme que par la réalité des sociétés arabes : « Les développements en cours dans le monde arabe, malgré des apparences trompeuses, laissent penser que c’est plutôt aux institutions civiles qu’on demandera désormais, plutôt qu’à la caserne ou à la mosquée, le fondement du vivre-ensemble ». Pourtant, dans le corps de cet écrit on retrouve suffisamment de signes pour présager le contraire. Ci-après on vous propose un extrait du dit article suivit d'une discussion.  

Note à part :  

« Le Monde Arabe » : c’est une terminologie qui, au singulier, ne veut rien dire puisqu’elle regroupe au moins 3 entités, culturellement historiquement et sociologiquement largement distinctes, sauf pour certains analystes simplificateurs et certains nationalistes qui réduisent cette diversité en une unité qui n’a aucun sens socioculturel et qui trouve sa raison dans les calcules politiques des uns et des autres. Les 3 trois grandes entités de ce « Monde Arabe » tournent autour du Maghreb et du  Moyen Orient qui lui-même est constitué de deux entités d’une part les Pays du Golfe  et d’autre part le groupe Egypte - Bilad el-cham (ce dernier nom désigne selon Wikipedia : Syrie, Jordanie, Liban et les Territoires palestiniens auxquelles ou peut légitimement ajouté le Liban). Réduire toute cette diversité en une seule entité est tout simplement réducteur.                        

E x t r a i t  :

              « Les esclaves de l’État : Très tôt dans son histoire, l’État musulman eut à se confronter à un problème central : gouvernant des populations massivement tribales, il ne pouvait fidéliser une caste de fonctionnaires et de militaires à la seule raison d’État. Derrière chaque soldat, chaque conseiller, chaque fonctionnaire, étaient tapis la famille, le clan, la communauté régionale ou religieuse. Le prince se savait à la merci de ces fidélités parasites. Le calife abbasside Al-Mu‘tassim (833-847) inventa une solution, ou, plutôt, il améliora et fit systématiser une pratique qui émergea avant lui et qu’on retrouvait également chez les Byzantins : il établit une armée d’esclaves, des jeunes Turcs importés d’Asie centrale et formés à la guerre et au pouvoir. Arraché aux siens, le Mamelouk vouait à son maître et à la raison d’État qu’il incarne la fidélité du chien à son maître. Le problème public central sembla résolu. L’efficacité, la rationalité, la fidélité des Mamelouks à la chose publique étaient indéniables.

Cette «solution» se répandit dans tout le monde musulman. L’Iran eut ses Ghilman géorgiens ; l’Empire ottoman, ses Janissaires balkaniques ; le Maroc, ses ‘Abid el-Bokhari. On aboutit à ce suprême paradoxe : une communauté de croyants libres gérée par des États de serfs, à l’inverse des sociétés européennes, composées de serfs gérés par des aristocrates libres. »

L ’ a v i s   de   l ’ a p o t h i c a i r e  :

              Cet extrait met en exergue de façon indéniable l’origine du clivage entre le Monde Arabe dans sa diversité et les pratiques démocratiques.  

En claire, les diverses dictatures dans le monde arabe ont, durant des décennies, masqué les structures sociologiques profondément tribales. Ces structures se révèlent en particulier au moment des changements de régimes comme en Iraq, qui constitue à lui seul un cas d’école en la matière. À ce sujet on vous invite vivement à lire cette excellente interview de l’anthropologue irakien Hosham Dawod publiée dans le journal du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique en France) : Tribus et pouvoir en terre d’islam                

Au vu de l’extrême diversité des sociétés arabes, on comprend facilement que l’importance des tribus dans la société arabe diffère énormément d’un pays à un autre et d’une entité à une autre. Si dans des pays comme la Libye, l’Irak, le Yémen ou les pays du Golfe la société est fortement dominée par la culture tribale, ce n’est pas le cas dans d’autre pays comme le Maroc, l’Algérie, l’Egypte et encore plus la Tunisie où la société s’est structurée autour de valeurs nationales et même dans certains cas citoyennes, avec des nuances plus ou moins marquées entre ces divers pays (cas des tribus du sahara au Maroc).

A noter qu’on ne devrait surtout pas confondre entre région et tribu. Si une région est déterminée par une zone géographique donnée, la tribu a comme référence de base la race. Alors que la région et son développement est un atout pour un pays donné, la tribu constitue en soi une régression des valeurs citoyennes qui sont par essence supraraciales. La tribu, quand elle constitue la structure de base d’une société donnée, devient un indice important de la faiblesse du niveau de développement humain.

A notre sens, le clivage entre les pratiques démocratiques et les sociétés arabe trouve son origine non seulement dans des régimes dictatoriaux anachroniques mais aussi dans la faiblesse du niveau développement humain.

La question qui se pose actuellement est la suivante : la démocratie à la scandinave, par exemple, est-elle soluble dans un environnement marqué par le sous-développement humain ? 

En toute honnêteté,  certainement pas, par contre on est en droit d’imaginer des systèmes qui sans être totalement transparents, permettent une transition graduelle des mentalités et des meurs, basés d’une part sur l’école comme moyen structurant le citoyen du futur, et d'autre part sur la refonte des pratiques religieuses qui constituent, qu’on le veuille ou non, un référentiel incontournable pour les valeurs morales.

Contrairement à ce qu’a conclu Omar Saghi, le changement de régime en Tunisie et en Egypte n’a été permis que grâce à la non obstruction, voir la facilitation des institutions militaires. Institutions qui demeurent encore l’ossature inamovible assurant la pérennité et la non dislocation de l’Etat, déterminant ainsi, au fur et à mesure, un système semi démocratique, qui s’il est bien exploité aujourd’hui pourrait déboucher dans les 50 prochaines années à des régimes démocratiques. Quand on parle de systèmes semi démocratiques, le Maroc paraît, malgré toutes les critiques bien-fondés, comme un cas intéressant à suivre de près.                                 

 

Démocratie & démocratisme :

               Imposer des mécanismes démocratiques (élections, scrutins …) à une société dominée par des structures tribales ou par un niveau de développement humain très bas (cas de l’Afrique et du Monde Arabe) c’est ce qu’on appellera faire du démocratisme. Lire à ce sujet une interview fort intéressante de Mohammed Chahid : Le démocratisme n’est pas une foi, un autre texte à lire aussi ce lui de P. E. Thomann paru sur le site de l’Institut Européen des Relations Internationales IERI : « Démocratisme », « Realpolitik » et « Multiculturalisme » : Approche Géopolitique des crises méditerranéennes et européennes.

De tout cela on en déduit de manière toute simple (Pharamster oblige …) que le démocratisme n’est autre qu’une approche démagogique de la démocratie. Approche qui voudrait nier ou gommer autant les réalités socioculturelles que les héritages historiques, au profit d’un système théoriquement séduisant qui, dans la pratique, s’avère contreproductif, hypothéquant sérieusement l’émergence et le développement de systèmes où le savoir vivre-ensemble, comme dit Saghi, émane non pas de considérations théologiques ou de dictat militaire, mais de valeurs citoyennes.               

L’idéal de beaucoup des systèmes politiques est à la base tout à fait recevable. Chez les communistes c’est un cas d’école : si le principe d’égalité stricte entre touts les citoyens est humainement valable, le problème se pose lorsqu’on commence à l’appliquer de façon démagogique, le communisme devient alors contreproductif voir dangereux avec l’émergence de la dictature prolétariat. La même logique, avec certaines nuances, peut être appliquée entre l’idéal démocratique et le démocratisme comme dogme.                

Beaucoup de ceux qui se considèrent de fervents démocrates honnêtes et rationnels, tombent, souvent par excès de zèle, dans le démocratisme, ces « démocratistes » ont souvent du mal à admettre que la démocratie, comme système politique, se conjugue elle-même au pluriel.       

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 13:08

LE CANNABIS EN QUESTION III

R E F L E X I O N

La réglementation du cannabis

Entre aspiration à la liberté individuelle et les contraintes liées au développement humain

 

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        C’est le 3ème volet de cette petite série d’articles au sujet du cannabis, après  « La production de cannabis au Maroc » et « La relation entre cannabis et psychose », consacré à une réflexion libre au sujet de la réglementation du cannabis comme exemple de produit toxique dont l’usage est largement diffusé voire admis.             

        La réglementation du cannabis, comme par ailleurs d’autres substances toxiques comme le tabac ou l’éthanol (appelé communément alcool), est sujette souvent à des discussions passionnelles amalgamant allégrement considérations scientifiques, convictions culturelles et orientations politiques (les partis écologiques par exemple). Comme toute réglementation elle touche d’une manière ou d’une autre à la restriction de la liberté individuelle.

Question : dans quelle mesure on peut libéraliser la commercialisation d’un produit reconnu toxique ?

        La déréglementation, plus ou moins partielle, de la commercialisation d’un produit toxique devrait être indexée, sauf erreur de notre part, au niveau de développement humain dont deux éléments nous intéressent particulièrement :

 - Le niveau de civisme des citoyens : cela implique de la part de tout un chacun le respect de la vie, autant la sienne que celle des autres. Exemples : tabagisme passif, alcool au volant, respect des règles de sécurité de base …

- Le niveau d’analphabétisme fonctionnel : c’est une donnée capitale, car il ne suffit pas uniquement d’être outiller pour accéder à l’information, il faut en plus savoir l’analyser correctement pour pouvoir l’utiliser de manière rationnelle.

Moyennant un niveau de civisme élevé et un taux d’analphabétisme fonctionnel très bas, ont peut parfaitement imaginer que la phrase mythique des mouvements contestataires de 1968 en France « Il est interdit d’interdire » ne soit pas totalement dénouée de sens.

Autrement dit, plus une société a un niveau de développement humain élevé, plus les restrictions des libertés individuelles peuvent sauter, sans pour autant créer de tensions sociales ou faire prendre des risques non maîtrisés à l’ensemble de la société.

Ainsi des sociétés qui peuvent paraître, de ce côté-ci de la méditerranée, comme « permissives » voire « dissolues », sont en réalité plus ou moins en phase avec leur niveau de développement humain.         

Autres remarques : Mettre un policier dans chaque carrefour (et même, mettre un policier derrière chaque policier), est un signe de régression de la société humaine. C'est un signe de sous-développement du facteur humain.

Les débats actuels dans leurs ensemble, 

               - soient ils mettent en avant l’universalité à outrance de la liberté l’individuelle, ce qui est en soi est une utopie qui peut coûter très chère aux sociétés,

               - soient ils mettent en avant les impératifs liés à la gestion de la chose publique, ce sont là des impératifs  essentiellement d’ordre sécuritaires, impliquant une inflation  vertigineuse des réglementations, une complexification des règles, un appareillage répressif onéreux et au final une inefficience des appareils de l’Etat doublée d’une frustration de l’individu.

         L’idée c’est d’indexer clairement et sans aucune stigmatisation l’expansion inexorable du champ des libertés individuelles sur le niveau de développement humain. Cela créera de facto un changement de repère où le véritable moteur du progrès social ne sera pas forcément la liberté individuelle ou collective mais le facteur humain lui-même.

Le cas de la révolution tunisienne est un exemple parfait de discordance entre un niveau de développement humain relativement élevé et un champ des libertés réduit. Sachant que l’inverse existe aussi c’est-à-dire un niveau développement humain relativement bas avec un champ des libertés, par moments, large : c’est le cas entre autre du Maroc.

Une extension fulgurante des champs des libertés dans une société avec un niveau de développement humain bas n'a pour conséquence que le passage d’un despotisme à un autre, réalisant ainsi une simple reconfiguration des élites dirigeantes avec des résultats mitigés et un coût humain exorbitant. C’est le cas typique de la révolution de 1917, en effet près d’un siècle après et malgré touts les bouleversements, ceux qui se sont sacrifiés pour la révolution bolchevique et jusqu’à leurs arrières petits-fils d’aujourd’hui n’ont vu  de la liberté que le mirage.                          

           En clair indépendamment des convictions religieuses, politiques ou autre, on peut toujours imaginer une libéralisation totale de la commercialisation et de la consommation des substances toxiques, à condition (!!!) d’avoir un niveau développement humain tel qu’il permet à chaque citoyen d’accéder à une capacité de discernement et d’analyse à même de lui permettre d’apprécier à leur juste valeur les risques de chaque substance, ou chaque comportement, pour lui-même et pour les autres.     

En attendant, il paraît judicieux de mettre le développement du facteur humain au centre nos préoccupations avec des politiques courageuses et imaginatives et d’indexer l’extension du champ des libertés sur les résultats acquis dans le domaine humain afin d’éviter que la liberté ne soit qu’un simple intermède entre deux despotismes. Sur le plan pratique l’idée serait d’avoir une seule législation pour touts les produits reconnus comme toxiques indépendamment des fameuses spécificités culturelles (cas du cannabis), religieuses (cas de l’éthanol, en France ça serait une spécificités culturelle) ou financières (cas du tabac), car au final les exigences sanitaires qui sont d’ordre physiologiques ne reconnaissent aucune de ces spécificités. Seul comptent la toxicité intrisèque des produits et le niveau de développement du facteur humain pour déterminer l’espace adéquat à laisser pour la liberté individuelle.       

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 00:21

Réflexion politiquement incorrecte & sciemment amorale

LA LEÇON TUNISIENNE

« LE CAS MAROCAIN »

Copie de 10 09 17 Homme politique marocain

RAPPELS DEONTOLOGIQUES : C’est une simple réflexion d’apothicaire, loin de nous tout côté « donneur de leçons », PHARAMSTER considère que ne nous détenons pas de vérité absolue (cliquez pour plus d’information), en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi, sauf erreur fort possible de notre part.     

 

           Dans un article publié dans le journal Le Soir [Réf. Le Soir Echos, n°769, page 14, du 24/02/2011], Mohamed Horani président de la CGEM (confédération générale des entreprise du Maroc) s’exprimait après les manifestations, relativement calmes, du 20 avril 2011. Le patron des patrons reconnaît solennellement, selon le journal, la légitimité des slogans brandits et ajoute que le mode de gouvernance économique au Maroc doit être repensé.

Cette sortie de Mohamed Horani, qui vient d’être nommé par le Roi au nouveau conseil économique et social (CES) est tout simplement remarquable, elle montre la capacité du système marocain à absorber et à digérer les protestations. En effets les revendications des promoteurs des manifestations du 20 avril 2011 ont été intelligemment « pillées » d’abords par les ONG des droits de l’homme, puis, par de plus en plus de partis politiques pour finalement arriver avec une vitesse grand V  aux patronat, qui les a fait siennes.

C’est comme si Laurence Parisot présidente du MEDEF (le patronat français) trouvait recevable les thèses  d’Olivier Besancenot le candidat à la présidentielle de la LCR (la ligue communiste révolutionnaire). Il faut le faire !

En réalité ce qui arrive au Maroc c’est une réadaptation à la marocaine de la technique de Sarkozy face au Front National, qui s’est approprié ses sujets phares. Sauf qu’en France à force de chasser sur les terres du FN, on fini par adopter une bonne partie de ses thèses, et entre l’original et la copie une partie non négligeable des français pourrait choisir « l’original » avec son lot d’antisémitisme sournois et de xénophobie bien étalée.     

Cette plasticité des institutions est une caractéristique fondamentale du système marocain, car même au plus fort des années de plomb (les années Hassan II) les canaux de dialogues et d’échanges non jamais été complètement rompus entre l’institution monarchique les mouvements contestataires. Et ce qui était à l’époque des contacts officieux, a été depuis institutionnalisé, dés lors que personne (ou presque) ne conteste plus la légitimité de la monarchie constitutionnelle. C’est ce qui fait l’originalité imperceptible du « cas marocain » par rapport aux autres pays de la région caractérisés par une forme de rigidité dans le gestion de la chose politique.

Le Maroc connaît une moyenne de 24 protestations et revendications par jour. Source : Le Soir Echos, n°764, page3, du 16/02/2011

Cela ne veut pas dire que c’est une sécurité à toute épreuve, cette plasticité donne simplement une plus grande marge de manoeuvre au niveau strictement politique (vous remarquerez qu’on n’a pas parlé ici de démocratie). La question reste de savoir si cette plasticité pourra résister au choc des bouleversements actuels dans le Monde Arabe ? D’autant plus que ces événements seront, et sont, envenimés de façon opportuniste, et c’est de bonne guerre, par divers groupes de pressions (syndicats …) et par des mouvements classiquement marginaux dans la société marocaines : les extrémistes qu’ils soient de gauche ou d’obédience religieuse, les mouvements amazigh, les pro-polisario etc. …          

Sauf erreur de notre part, l’attachement à la monarchie consacre en réalité le désire intuitif d’une bonne partie des marocains de sécuriser la continuité de l’Etat, particulièrement dans un pays où le niveau de développement humain est très bas et où toute rupture de cette continuité est fortement anxiogène, une anxiété accentuée par l’absence d’alternatives crédibles.

De là, on peut comprendre facilement que les manifestations du 20 avril ait pu se dérouler dans un climat plutôt calme malgré une certaine fébrilité dans les décisions et la communication des structures étatiques ces deux dernières semaines.

Lors de ces manifestations, dont la sérénité du déroulement a été saluée par le Wall Street Journal et par la radio publique américaine NPR [Réf. Le Soir, n°767, page 3, du 22/02/2011], on avait l’impression que les forces de l’ordre, du moins celles qui sont visibles, ce sont focalisées beaucoup plus sur les risques de hooliganisme (qui se greffe sur les mouvements de foule, autant dans les manifestations politiques que sportives) que sur les manifestants pacifiques. Le pire pour le pays, et son image, aurait été le mélange des genres, sur ce point la gestion de ces manifestations a été plutôt correcte.                 

Cela a ouvert la porte au « pillage », une sorte d'accaparement intelligent, des revendications des promoteurs de ces manifestations par un panel large d’élites politiques et économiques. On a opéré ici ce qu’on peut appeler un mouillage.

En pharmacie galénique le terme mouillage signifie dilution, on a choisi ce terme pour la simple raison que son synonyme en dialecte marocain est tout aussi adapté cette situation.           

Il nous reste trois points à expliciter : le rôle des ONG des droits de l’Homme, le rôle d’Internet et enfin se poser la question what’s next ?

Les ONG des droits de l’Homme :

       Au Maroc nous avons une dizaine d’ONG opérant sur ce thème. Pourtant il y a une question qui saute aux yeux (politiquement incorrecte bien sur) : Si les droits de l’Homme sont universels, se positionnant au dessus de toute politique, pourquoi y a-t-il autant d’ONG dans un seul et même pays ? Logiquement on aurait du avoir Une seule ONG. On doit, certainement là encore, se tromper (et non pas tremper comme c'était écrit) au vu de l’halo de sainteté attribué par les mass media à ces ONG.  

En recoupant diverses informations, on se rend compte que la thématique des droits de l’Homme permet le recyclage dans le circuit médiatico-politique d’un certain nombre de personnalités dont les thèses politiques ne leurs permettent plus d’avoir une assise populaire à même de passer directement par le jugement des urnes. Ainsi on y retrouve comme par hasard des anciens extrémistes de gauche non encore séduit par le goût du caviar, ou encore des personnalités issues de courants religieux qui dès qu’ils sont au pouvoir consacreraient la suprématie du droit divin sur les droits de l’Homme.

Si les radicaux apaisés ce sont engouffrés dans le cheval de Troie que sont les droits de l’Homme, les autres partis politiques ne sont pas restés les mains liés, chacun d’entre eux a ses entrées dans telle ou telle ONG, d’où la multiplicité d’organisations supposées être audessus des "basses" considérations politiques, avec une "moralité" et un "humanisme" irréprochables (...). On se retrouve ainsi face à des personnalités qui sont certainement honnêtes par rapport à leurs convictions, mais qui, pour exister médiatiquement, sont forcées de devenir politiquement hypocrites.

 Le rôle d’Internet

        Internet, avec ses réseaux sociaux et ses blogueurs "hardis", a été depuis un certain temps présenté comme un éden de la liberté. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout fait juste non plus, c’est un exemple de ce qu’on appel une vérité partielle (lire à ce sujet sur ce même blog : Les ambiguïtés rationnelles)     

A chaque fois que l’on écrit un mot sur Internet, il faut savoir qu’immédiatement, avec des moyens adéquats, on peut connaître qui écrit quoi. L’anonymat sur le net est une notion toute relative.  

On présente aussi l’Internet comme un media incontrôlable : c’est vrai et faux à la fois

- C’est vrai au sens basique du terme contrôle, c'est-à-dire une censure à la chinoise. La censure peut être assimilée, dans ce cas, à une forme de violence, elle consacre de facto un état d’échec de l’intelligence humaine, lire à ce sujet : De la violence en général et de celle à l’égard des femmes en particulier.

- C’est faux, quand on sait la puissance actuelle des techniques d’intelligence économique et de veille Internet. Ce sont des techniques qui ont été développées au début pour défendre l’image de marque des grandes entreprises sur le réseau. Elles impliquent la collecte et le traitement d’un nombre colossal d’informations, puis le développement de stratégies pour réaliser les objectifs des donneurs d’ordre qu’ils soient des entreprises ou des Etats. Ces « opérations » sont le plus souvent sous-traitées en toute confidentialité auprès de structures spécialisées (on en connaît à pharamster au moins deux). On comprendra facilement que les vieux dictateurs ont du mal à adopter ces nouvelles donnes, se contentant de censurer ce qui en soit est une bêtise monumentale.

Un intervenant dans l’émission Capital de M6, consacrée à Facebook, a très bien résumé la situation de l’envahissement des réseaux sociaux dans la vie publique en disant à peu près l'idée suivante : soit on se met en retrait (on censure, on bloque) et on laisse le champs libre aux autres (...), soit on intègre le système et on y « diffuse intelligemment » sa vision, mouillant par la même occasion les idées des autres.

De la sorte Internet à défaut d’être littéralement contrôlable, devient parfaitement gérable à condition d’en avoir les moyens techniques et humains. Dans le « cas marocain », cette donne nous paraît relativement bien assimilée.

What’s next ?

         Là on est dans le domaine de la spéculation politique, naturellement hasardeuse. En effet, l’éventualité d’un changement de premier ministre pourrait sérieusement être posée (Mostafa Terrab actuel PDG de l’OCP, pourrait être un candidat sérieux). Là deux façons de procéder sont possibles : 

Soit par décision royale directe, cette manière, nous parait à double tranchant, puisqu’elle pourrait être interprétée autant comme un gage d’apaisement que comme un signe de fragilité.

Soit on peut imaginer (c’est de la fiction politique) une mention de censure déposée au parlement contre le gouvernement actuel par le PAM et le PJD qui ferait tomber de facto le premier ministre. Cela aura l’avantage de mettre l’institution monarchique au dessus des joutes politiques et de renforcer la position du parlement, une donne qu’on peut vendre autant à l’opinion nationale qu’internationale comme un gage de renforcement de la démocratie parlementaire (...). Et c’est tout à fait réalisable au vu des attaques virulentes, depuis plus d’une année, du PAM contre les ministres de l’Istiqlal, le parti du 1er ministre.  Ça serait alors le hold-up politique du siècle, puisque les revendications des promoteurs du 20 avril seraient, alors, totalement digérées par le système, du moins tant que sa plasticité le lui permet.

 

Cet article est la suite logique de deux articles antérieurs politiquement incorrects :

- A propos de la corruption rédigé juste avant la chute de BEN ALI  

- La leçon tunisienne : une valse à deux temps rédiger juste après la chute de BEN ALI  

Il sera suivi, incha allah, si tout va bien (ou allaaah yester), c’est le cas de le dire au vu des incertitudes actuelles, par un article qui terminera cette série « politiquement incorrecte » et « sciemment amorale » avec comme titre : Démocratie, "démocratisme" & alternatives.  Un sujet dont nous n’avons pour le moment que le titre et quelques idées éparses qu’il va falloir mettre en forme dans la limite de nos capacités linguistiques. Bonne semaine.       

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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