CAS D'OFFICINE DEXTROPROPOXYPHENE + BROMAZEPAM
Cas d’officine : Dextropropoxyphène & Bromazépam
Ci-après la présentation d’un cas concret qui démontre les risques d’une polymédication incluant du dextropropoxyphène

Rappels
déontologiques :
- les coordonnés du médecin traitant et du patient on été expressément masqués. Cette image est publiée à titre strictement informatif afin de rapprocher
le plus possible le lecteur de la réalité complexe de notre exercice professionnel.
- Loin de nous tout côté « donneur de leçons », Pharamster considère que ne nous
détenons pas de vérité absolue, en fait toutes les analyses, présentées ici, sont rédigées de bonne foi en fonction des données scientifiques dont nous disposons. Face à toute imprécision, erreur
ou omission éventuels, pharamster reste ouvert à toute remarque, critique ou rectification dans l’intérêt de tous et surtout dans l’intérêt du patient qui reste le cœur de notre métier à
tous.
Il s’agit d’une ordonnance émanant du secteur libéral datée du 02/07/2009, pour Mme Izza, une patiente de plus de 50 ans avec :
- Carboline 1 CP x 3 /
Jour
Charbon végétal
- Digestine 1 CP / Jour
Métoclopramide sous forme de
résinate
- Diantalvic 1CP x 3 /
Jour
Dextropropoxyphène +
Paracétamol
- Vastarel 35 LM 1 CP X 2 / Jour
Trimétazidine Médicament à visée anti-angineuse utilisé dans les
vertiges et acouphènes
- Anxiol 6 mg 1
CP le soir
Bromazépame
Analyse :
Au-delà de la discussion autour de l’intérêt
réel de la Trimetazidine qui est tout à fait discutable, en effet selon la revue Prescrire (N° 295, page 339, mai 2008) « La trimétazidine (Vastarel° ou autre) est commercialisée depuis plus
de 45 ans en France, malgré une balance bénéfices-risques défavorable. Son efficacité n'est pas solidement démontrée dans ses diverses indications thérapeutiques, que ce soit en cardiologie
(angor), en ophtalmologie (troubles visuels), ou en neurologie (vertiges, bourdonnements et sifflements d'oreilles) ; et elle expose notamment à des risques de syndromes
parkinsoniens. »
Au-delà du risque de potentialisation des syndromes
extrapyramidaux par l’association de Métoclopramide (se rappeler d’abord que c’est un neuroleptique utilisé dans les vomissements) et de la trimétazidine
Cette ordonnance pose sérieusement le problème de l’association d’un opiacé dérivé
de la méthadone en l’occurrence le déxtropropxyphéne et une benzodiazépine qui a 20 h de demi-vie : le Bromazépame (plus connu sous la dénomination
commerciale de Lexomil) et ce à divers niveaux :
- Il y a un fort risque de dépression respiratoire pouvant être fatal pour la
patiente
- Ce risque est accentué par l’age de la
patiente
- Ce risque est accentué encore par la présence de
métoclopramide (lire simplement les interactions médicamenteuses de cette molécule dans le Vidal)
Il s’agit là d’un exemple classique de situation
- Où on banalise, sous l’effet du matraquage marketing des
laboratoires, l’usage de produits hautement dangereux
- Où on oubli la DCI, et on se contente des noms commerciaux
qui n’apportent aucune information technique
- Et enfin, où on oubli la filiation chimique et pharmacologique des molécules qu’on utilise ce qui
conduit manifestement à l’émergence d’effets secondaires gravissimes.
En juin 2009 l'agence européenne du médicament (EMEA) a recommandée le retrait du marché de l'association dextropropoxyphène + paracétamol suivit en
cela par les autorités françaises puis après quelques semaines par les autorités marocaines.
Lire à ce sujet : DEXTRAMOL DEXTROPROPOXYHENE PARACETAMOL