NOVALGINE / BARALGIN REINTRODUCTION SUR LE MARCHE MAROCAIN
Remise sur le marché marocain des spécialités
NOVALGINE & BARALGIN
On avait annoncé avec grande satisfaction sur
pharamster dans un article (à lire absolument) daté du 27 avril 2009 la décision de la direction du médicament de
supprimer les spécialités NOVALGINE & BARALGIN.
Le 22 juin 2009 un courrier du laboratoire fabriquant adressé aux pharmaciens annonce la décision du ministère de la santé de remettre sur le marché marocain ces deux spécialités à partir de la
mi-juillet 2009 moyennant 2 conditions :
1° Le rajout au niveau du conditionnement secondaire de la notice la mention suivante en rouge "produit soumis à prescription médicale".
2° Le rajout au niveau de la notice des mises en garde concernant les accidents immuno-allergiques (agranulocytose et choc) sic
L’avis du
pharmacien :
La noramydompyrine (DCI de ces deux
spécialités) est une molécule dont le bénéfice / risque est largement défavorable (lire en particulier la deuxième partie de notre
article du 27 avril 09). Elle a été tout simplement mise à l’écart voire supprimée dans plusieurs pays en Europe.
Le fait de
rajouter, au niveau du prospectus, la mention « produit soumis à prescription médicale » ne changera certainement en rien les pratiques de délivrance de ces spécialités au Maroc où on
vend facilement des produits tableau C ou A sans prescription (pour différentes raisons notamment économiques) d’autant plus que le NOVALGINE et le BARALGIN constituent des spécialités
largement utilisées en automédication, elles sont de facto très peu prescrites par les médecins.
Le fait
de rajouter sur la notice la possibilité de survenue d’accidents immuno-allergiques sans préciser qu’il s’agit d’agranulocytoses mortelles dans 10 % des
cas n’aura non plus aucun impact sur l’utilisation de ces produits.
Il est clair que le marché de ces deux spécialités est suffisamment gros pour que le laboratoire
fabriquant mette autant de pression pour leurs remise sur le marché marocain malgré les risques encourus par les
patients. Par
ailleurs il y a eu une succession d’événements assez troublante, dont on vous laisse juge, à savoir
- Au mois d’avril 2009 la direction du médicament annonce le retrait des spécialités précitées
- Un mois plus tard, Pr. Agoumi, qui était jusquà là à la tête de cette direction, est limogé.
- Un mois encore plus tard, on annonce la remise sur le marché marocain des spécialités susmentionnées
Pr. Aziz Agoumi : pharmacien de formation et il est enseignant chercheur à la faculté
de médecine et de pharmacie de Rabat
Mr Omar Bouazza son remplaçant, est pharmacien de formation avec un master de gestion
d’entreprise de l’ISCAE, ex pharmacien chef à la délégation de Sidi Kacem et de l’hôpital semi-publique Cheikh Zaid
En claire on a remplacé un homme de la recherche par un homme de l’entreprise, on peut facilement
prévoir l’orientation des décisions futures en matière de médicament au Maroc
In fine :
Les décisions concernant les médicaments sont souvent complexes, et largement obscures pour le commun des citoyens, car elles impliquent :
- d’une part la maîtrise de connaissances pharmacologiques trés poussées
- elles impliquent d’autre part
de faire des compromis avec de gros intérêts financiers, économiques et industriels qui constituent de véritables groupes de pressions fort puissants aux effets spectaculaires sur les
appréciations et les décisions des fonctionnaires de l’Etat.
Malgré cet état de fait lourd et pesant, le corps médical peut encore réagir à 2 niveaux :
- Au niveau individuel : en mettant en avant son éthique et
sa conscience professionnelle, cette conscience doit être appuyée par une formation continue pertinente et indépendante
- Au niveau
collectif : là c’est le rôle des institutions représentatives (Ordre et syndicats), qui ne peuvent se recroqueviller uniquement sur des considérations corporatistes. Elles doivent investir
impérativement le champ scientifique et technique et donner leurs avis en mettant le patient au cœur de
leurs préoccupations