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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 14:23

 

 

 

refelxion

La perception de la vérité

entre le sud et le nord de la méditerranée

Politique, religion & domaines d’application

 

 

Avant-propos :

C’est une réflexion que nous traînons, en fait, depuis plusieurs années sans oser trouver le courage de l’expliciter, vu la complexité liée à sa rédaction. D’autant plus que ce sujet, très sensible, touche aussi bien à la science, la sociologie, la politique que la religion. La publication, dernièrement, de chiffres au sujet de la perception de la vérité en méditerranée nous a donné l’occasion inespérée d’une sorte de porte d’entrée à ce sujet épineux. Un sujet qui constitue une matrice essentielle à toutes les réflexions et analyses sur PHARHAMSTER   

 

88% des Marocains pensent

qu’il existe une vérité absolue.

On note une moyenne de

6 personnes sur 10 dans le sud de la méditerranée

Versus

78% des Européens pensent

que la vérité est relative

 

Source : Rapport de la fondation Anna Lindh, présenté le 15/09/10 à Bruxelles, rapporté par LE SOIR du 16/09/10, n°659, p 16 – 19

 

La perception de la vérité entre le sud et le nord de la méditerranée

           Indépendamment des précautions d’usages au sujet de ce genre de statistiques, des précautions à prendre en compte d’autant plus que l’échantillonnage est extrêmement vaste, ces chiffres, s’ils sont avérés,  montreraient de graves divergences de fond entre le sud et le nord, explications : 

Admettre l’existence d’une vérité absolue (hors le champ théologique) montre l’incapacité de l’individu à développer des analyses intégrant plusieurs paramètres à la fois, car la notion de vérité absolue implique de façon intrinsèque une analyse binaire (le vrai vs le faux) avec tout au plus deux paramètres,  et cela est en rapport, entre autre, avec la qualité et le niveau de formation de l'individu.

La notion de vérité relative s’articule, elle, autour de plusieurs paramètres, plus leurs nombre augmente plus l’analyse devient complexe nécessitant de facto des capacités de synthèse relativement élevées.       

          De là les chiffres présentés, en ce qui concerne le Maroc, sont en phase avec les données socio-économiques (taux d’analphabétisme et autres indices du développement humain).

Cette donnée est fondamentale, car elle montre la difficulté, voir les dangers, d’appliquer une démocratie type helvétique dans des pays où la capacité d’analyse, et donc de discernement, de l’électeur lambda sont grevées par son niveau de formation et d’éducation, favorisant ainsi l’émergence, au niveau des instances politiques, des tendances populistes au détriment des analyses rationnelles.                

          Inversement plus le niveau de formation augmente, plus, en principe, la capacité d’intégration de plusieurs paramètres se généralise dans la population.

En principe uniquement, car en scrutant l’émergence en force des idées populistes et analyses simplistes en Europe (et plus sidérant encore dans les pays scandinaves), on peut se demander si les chiffres présentés par la fondation Anna Lindh, à propos de l’Europe ne sont pas, malgré leurs sérieux,  biaisés par la méthodologie de travail : la façon de poser la question, le timing, l’échantillonnage lui-même …

Et pour preuve, les discours actuels d’un certains nombre de chefs d’Etats européens (Italie, France …) qui n’admettent que très peu la notion de vérité relative.  Cette attitude est  souvent en cohérence avec le profil intellectuel de ces Hommes politiques démocratiquement élus, donc représentatifs d’une partie qui est loin d’être négligeable de l’opinion européenne.                   

 

En fait autant dans les pays du sud que dans ceux du nord, la démocratie, comme on la déjà écrit, nécessite impérativement un citoyen électeur :

 

 - à la hauteur de la complexité des problèmes actuels

 - aguerri aux techniques de la communication

 - et surtout avec un sens aiguisé de l’analyse rationnelle à même de ne pas le faire tomber dans la facilité voir la passivité intellectuelle, hypothéquant par là sa conscience et ses valeurs au profit d’autrui.

 

 

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La perception de la vérité : Politique, religion & domaines d’application

 

La vérité absolue et la politique : 

             La question de la perception de la vérité, est une donnée centrale en rapport d’une part avec la formation et d’autre part avec la mise en œuvre de la démocratie dans le Nord et particulièrement dans le Sud, où il faudra suffisamment de  créativité politique pour imaginer des systèmes, certes, pseudo-démocratiques transitoires (qui ne répondent pas forcement aux exigences de la morale politique) mais qui aurons pour avantage le développement du progrès social et la création de richesses, qui sont eux le socle d’une démocratie   moderne.         

             Cela peut paraître choquant à priori, car cela donne lieu à penser qu’on peut développer, en quelque sorte, des politiques amorales - et non immorales - qui n’obéissent pas certes aux critères des ONG humanistes, mais qui auraient l’immense avantage de casser le cercle vicieux de la démocratie et du sous-développement humain. De telles politiques ne peuvent être menées à bien que si elles étaient accompagnées d’une communication externe et interne ciblée et efficace.  

             De nos jours nous assistons au paradoxe des discours politiques hautement moralisateurs, avec des vérités absolues à profusion, qui s’accompagnent au même temps d’actes immoraux autant au niveau économique (la crise mondiale) qu’au niveau social et religieux, et cela autant au Nord qu’au Sud.

 

La vérité absolue dans le champ religieux : 

             Dans toutes les grandes religions monothéistes, Dieu constitue l’une des représentation les plus intelligente de l’absolu (si non la seule) avec comme caractéristiques : la bonté absolue, la générosité absolue, la clémence absolue, le châtiment absolu, la force absolue, la vérité absolue … . Et c’est d’autant plus intelligent qu’en Islam, par exemple, sa représentation matérielle est un blasphème, car comment peut-on représenter l’absolu si non en le minorant d’une manière ou d’une autre ?

L’immatérialité de Dieu, ou comme nous aimons l’appeler l’abstraction de la divinité, est un exemple de concept génial existant dans plusieurs religions, qui en l’étendant de manière absurde à d’autres domaines, interdisant ainsi toute représentation des êtres humains, devient un concept totalement rétrograde et anachronique.

Pire encore, l’appréciation de l’abstraction, autant en art pictural qu’en religion, nécessite un niveau intellectuel relativement élevé. Un tel niveau n’étant pas accessible à une grande majorité de la population, cette dernière ayant besoin d’un  interlocuteur physique pour ses doléances reporte sa foi sur des marabouts « plus proches », considérés implicitement comme des représentants de Dieu sur terre (Oualyo Allah) qui acceptent et refusent les doléances : l’absurdité est alors totale, puisque cela va à l’encontre du concept de base.

La vérité absolue constitue une  composante essentielle de cet absolu, et en admettant que c’est une caractéristique fondamentale de la divinité, cela suppose qu’elle échappe à l’esprit de l’Homme. La vérité au niveau de l’humain ne peut être que relative. Conséquences :

 

        - Cette relativité de la vérité s’applique notamment à la compréhension et à l’explication des textes religieux, puisqu’elles dépendent fondamentalement des capacités humaines. Quelque soit le texte, il ne peut y avoir d’explication unique. Si unicité de la compréhension il y a, cela veut dire que l’homme de la religion (imam, rabbin, curé ou autre) s’accapare des prérogatives divines ! Plus prosaïquement, en se présentant comme le représentant de la vérité absolue, le religieux cherche, instinctivement par là, à être Dieu à la place de Dieu, comme la fameux Iznogoud qui voulait être khalife à la place du khalife, ce qui, plus sérieusement, est une attitude humaine normale d’identification psychologique à celui qui vous domine. (Une sorte de variante du Syndrome de Stockholm)

Admettre le caractère pluriel de l’interprétation des textes religieux, c’est la meilleure façon d’évincer les extrémismes, et c’est le premier pas pour une humanisation profonde des croyances des gens. Ce caractère pluriel est aussi une assurance pour la pérennité d’une religion donnée, car cela va lui apporter une plus grande adaptabilité dans le temps au progrès social et scientifique.         

           - En acceptant que la vérité humaine ne peut être que relative, cela implique que tout être humain détient une part de vérité plus ou moins grande. Admettre que votre interlocuteur quel qu’il soit détient une part de vérité est le premier pas pour asseoir un dialogue positif, autrement dit c’est le B.A.-BA de la démocratie. Il est entendu que la démocratie ne peut être réduite à une mécanique électorale mathématique. C’est d’abords un comportement impliquant d’admettre, de façon intrinsèque, que l’autre peut avoir raison. Le fait d’être élu, même de la manière la plus transparente, n’implique pas que vous être démocrate si dans vos propos ou votre attitude vous cultivez la négation de l’avis de l’autre. Combien d’élus dans le monde sont-ils réellement démocrates ?

          - Au final, on peut admettre que les concepts religieux sont susceptibles de mener l’être humain autant aux barbaries les plus basses, qu’a des comportements hautement civilisés voir vertueux. Le gros des problèmes ne réside pas dans les textes mais dans l’usage qu’on en fait qui dépend lui de la volonté humaine.             

 

Vérité et domaines d’application :

La relativité de la vérité implique un certain degré d’incertitude qui dépend du champ d’application.

          - Dans les sciences exactes : physique, chimie …

Dans ces domaines où le nombre de paramètres est souvent bien défini, l’incertitude, qui existe toujours et qui caractérise toute mesure sérieuse, reste relativement faible vu le nombre réduits de paramètres. C’est là où la vérité s’approche très fortement, sans l’atteindre, de la vérité absolue.        

         - Dans les sciences de la vie : biologie, médecine, agronomie …

Le nombre de paramètres à gérer est souvent important, et par conséquent les incertitudes le sont tout autant. Etablir des vérités s’approchant de l’absolu dans les sciences de la vie est souvent très difficile, voir impossible. Et les sciences pharmaceutiques, alors qu’elles donnent une impression d’une grande véracité, n’y échappent pas. Cela doit inciter tout professionnel sérieux  à une certaine humilité intellectuelle et scientifique d’une part, et à développer un sens aigu de l’analyse critique, car rien n’est définitivement admis. Et même les fameuses « conduites à tenir » pratiques doivent être soumises de temps à autre à une réévaluation rationnelle.

          - Dans les sciences humaines : sociologie, philosophie et disciplines afférentes  

On se retrouve ici avec un nombre de paramètres incalculable, et les incertitudes le sont tout autant. La vérité ne peut être alors que relative. La réalité, s’il n’y en qu’une, est complexe,  multi paramétrable, dépendant de l’espace et du temps … l’absolu n’est alors qu’une vue de l’esprit.

          La vérité et la justice : c‘est exemple remarquable où les sociétés modernes admettent, sans pour autant l’affirmer, la relativité de la vérité. En effet, un système judiciaire équitable se base, classiquement, pour établir la vérité sur un procureur et un avocat qui apportent deux visions antagonistes d’un même fait. La vérité, qui se situe le plus probablement entre les deux visions, ne peut être absolument juste, et même si elle l’était personne ne peut l’établir car elle n’est pas quantifiable.

Ces deux pôles, que sont le procureur et l’avocat, définissent une forme d’intervalle de confiance (le fameux oméga des statisticiens), intervalle où se situ vraisemblablement la vérité sans pour autant pouvoir l’établir dans l’absolu. Symboliquement on retrouve ici la célèbre courbe de Gauss*, où d’un côté il y a la version de l’avocat et de l’autre celle du procureur, plus on va vers les extrêmes plus la probabilité d’obtenir la vérité s’amenuise. De manière générale, plus on s’approche des thèses extrémistes, plus la probabilité de la véracité des propos se réduit.                    

La justice rendue par les Hommes, même au nom de Dieu, ne peut être que relative. L’admettre c’est rendre justice à la justice qui ne peut rendre que ce que les Hommes lui ont donné.  

 

La vérité absolue dans la politique, la justice ou les sciences humaines, est une construction de l’esprit, destinée à simplifier l’appréhension de la chose publique pour le citoyen de base, sans aucune preuve de sa véracité. 

courbe de Gauss       

 * NB : Cette courbe est elle-même critiquable, car le sommet (où la dérivée seconde, f”, est égal à zéro) n’est pas forcément au milieu … bon courage !                                                      

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Published by Amster - dans REFLEXIONS
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Clovis Simard 26/07/2012 14:19


Blog(fermaton.over-blog.com),No-19.- THÉORÈME VERITAS. - La vérité c'est quoi ?

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